EL AMANTE JAPONÉS - Isabel ALLENDE - 39 / EL AMANTE JAPONÉS.
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Fin
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L'amant japonais.

Le vendredi, Irina Bazili arriva de bonne heure à Lark House pour voir comment allait Alma avant de commencer sa journée.
Alma n'avait plus besoin d'elle pour s'habiller, mais elle appréciait que la jeune fille vienne dans son appartement pour partager la première tasse de thé de la journée.
— Marie-toi avec mon petit-fils, Irina ; tu nous rendras à tous, les Belasco, un grand service », répéta-t-elle.
Irina aurait dû lui faire comprendre qu'elle ne pouvait pas surmonter la terreur du passé, mais elle ne pouvait pas parler de tout cela sans se sentir mourir de honte.
Comment pouvait-elle expliquer à la grand-mère que les souvenirs douloureux, tapis dans sa mémoire, revenaient à la surface quand elle allait faire l'amour avec son petit-fils.
Seth comprenait bien qu'elle n'était pas prête à en parler et il cessa d'insister pour qu'elle consulte un psychiatre ; pour le moment il se contentait d'être son confident.
Ils pouvaient attendre. Irina lui avait proposé un remède de cheval :
visionner ensemble les vidéos de son beau-père, qui devaient encore traîner par ci par là et qui la feraient souffrir jusqu'à la fin de ses jours,

mais Seth avait trop peur que, libérées, ces créatures perverses ne deviennent incontrôlables.
Lui préférait plutôt à y aller progressivement, avec amour et humour, si bien qu'ils faisaient comme une danse, deux pas en avant, un pas en arrière ;
déjà ils dormaient dans le même lit et il leur arrivait de s'éveiller dans les bras l'un de l'autre.
Ce matin là, Irina n'avait pas trouvé Alma dans son appartement,
ni le sac de voyage de ses sorties secrètes ni ses chemises de nuit en soie.
Et cette fois, le portrait d'Ichimei avait également disparu.
Elle pensa que sa voiture ne serait pas sur le parking et elle ne s'inquiéta pas, car Alma était maintenant solide sur ses jambes et elle supposa qu'Ichimei l'attendrait. Elle ne serait pas seule.
Le samedi elle n'était pas de service à Lark House, ce pourquoi elle avait somnolé jusqu'à 9 heures,
un luxe qu'elle pouvait s'offrir le week end depuis qu'elle vivait avec Seth et qu'elle avait arrêté le toilettage de chiens.
Il l'avait réveillée avec un bon bol de café au lait et il s'était assis près d'elle pour planifier leur journée. Il arrivait de la salle de sport, douché, les cheveux humides et encore tout excité par les exercices,
sans imaginer une seconde que ce jour là il ne planifierait rien avec Irina ; ce serait un jour d'adieu.
Le téléphone sonna à ce moment là ; c'était Larry Belasco qui annonçait à son fils que la voiture de sa grand-mère avait glissé sur un chemin de campagne et qu'elle était tombée dans un ravin, quinze mètres plus bas.
— Elle est en soins intensifs à l'hôpital Général de Marin, dit-il... — Grave ? demanda Seth, atterré.
— Oui. Sa voiture est complétement foutue. J'ignore ce que ma mère était allé faire dans pareil endroit.
— Elle était seule, papa ?
— Oui.
A l'hôpital ils trouvèrent Alma consciente et lucide, malgré les drogues en intraveineuse qui, d'après le médecin, auraient assommé un boeuf.
Elle avait pris l'impact de l'accident de plein fouet. Dans une voiture plus grosse les dégâts auraient peut-être été moindres, mais la petite Smart vert citron s'était désintégrée et Alma, la ceinture de sécurité attachée, avait été écrasée.
Tandis que le reste de la famille Belasco se lamentait dans la salle d'attente, Larry expliqua à Seth qu'il y avait peut-être une mesure extrême à prendre :
faire une incision à Alma, remettre les organes en place et drainer la plaie plusieurs jours, jusqu'à la disparition de l'inflammation et pouvoir réintervenir. On pourrait ensuite réduire les fractures. Le risque, énorme chez une personne jeune, était bien plus important chez une personne de plus de quatre-vingt ans, comme Alma ; le chirurgien qui l'avait reçue à l'hôpital n'osait pas le prendre.
Catherine Hope, accourue immédiatement avec Lenny Beal, estimait qu’une telle intervention serait cruelle et inutile;
il fallait seulement soulager Alma le plus possible en attendant une fin qui ne saurait tarder. Irina laissa la famille discuter avec Cathy de l'idée de la transférer à San Francisco, où il y avait plus de moyens, et elle entra discrètement dans la chambre d'Alma.
— Vous avez mal ? lui demanda-t-elle dans un murmure. Voulez-vous que j'appelle Ichimei ?
Alma était sous oxygène, mais elle pouvait respirer et elle lui demanda de se rapprocher d'un geste lent. Irina ne voulait pas penser au corps blessé sous une coque recouverte par un drap ; elle se concentra sur le visage, resté intact et qui semblait embelli.
— Kirsten, balbutia Alma.
— Voulez-vous que j'aille chercher Kirsten ? lui demanda Irina, surprise.
— Et dis-leur de ne pas me toucher, ajouta Alma d'une voix claire, et elle ferma les yeux, épuisée.
Seth appela le frère de Kirsten et il l'emmena à l'hôpital dans l'après-midi. Cette dernière s'assit sur la seule chaise de la chambre d'Alma,
attendant calmement des instructions, comme elle le faisait dans l'atelier auparavant, avant de travailler avec Catherine Hope dans la clinique de la douleur. À un moment, avec les derniers rayons de soleil, Alma sortit de sa léthargie due aux médicaments Elle observa ceux qui l'entouraient, essayant de les reconnaître : sa famille, Irina, Lenny, Cathy, et elle sembla réagir a la vue de Kirsten. Celle-ci s'approcha du lit, lui prit la main qui n'était pas reliée à la perfusion et lui fit des bises humides des doigts jusqu'au coude ; angoissée, elle lui demandait si elle était malade, si elle allait aller mieux, et elle répétait qu'elle l'aimait beaucoup. Larry essaya de l'éloigner, mais Alma lui indiqua faiblement qu'on les laisse seules.
Larry, Doris et Seth se relayèrent les deux premières nuits, et Irina, comprenant qu'ils étaient à bout de forces, se proposa de veiller Alma la troisième nuit. Alma n'avait pas prononcé un mot depuis la visite de Kirsten et restait endormie, haletante comme un chien fatigué, se détachant de la vie. Ce n'est pas facile de vivre et pas facile de mourir, pensa Irina. Le médecin assurait qu'elle ne souffrait pas, elle était sous une forte dose de calmants.
À une certaine heure, les bruits de l'appartement commencèrent à s'estomper. La pièce était plongée dans une pénombre apaisante, mais les couloirs étaient toujours éclairés par des lampes puissantes et par la lumière bleue des ordinateurs du poste des infirmières. Le bourdonnement de l'air conditionné, la respiration forcée d'Alma et de temps en temps des pas ou des voix discrètes de l'autre côté de la porte étaient les seuls bruits qu'Irina percevait.
On lui avait donné une couverture et un coussin pour qu'elle s'installe le mieux possible, mais il faisait chaud et il était impossible de dormir sur la chaise. Elle s'assit parterre, s'appuya sur le mur et pensa à Alma, qui trois jours plus tôt était encore une femme passionnée qui était sortie en toute hâte pour rencontrer son amant et qui maintenant était moribonde, dans ce lit. Reprenant brièvement conscience, avant de retomber dans la torpeur et les hallucinations des drogues,
Alma la pria de lui mettre du rouge à lèvres, car Ichimei allait venir la chercher.
Irina ressentit un terrible chagrin, un élan d’amour pour cette merveilleuse vieille femme, une affection de petite-fille, celle d'une fille, d'une sœur, d'une amie, tandis que des larmes coulaient sur ses joues et mouillaient son cou et son chemisier.
elle souhaitait qu'Alma parte une fois pour toutes pour mettre fin à ses souffrances, tout en voulant qu'elle ne parte jamais, que ses organes et ses os brisés se réparent par une action divine, qu'elle ressuscite et qu'elles puissent toutes deux revenir à Lark House et y reprendre leur vie d'avant. Elle lui consacrerait plus de temps, elle l'accompagnerait davantage, elle arracherait ses secrets à la cachette où elle les gardait, elle lui trouverait un autre chat comme Neko et s'arrangerait pour qu'elle ait des gardénias frais chaque semaine, sans lui dire qui les lui envoyait Et tous les absents vinrent ensemble l'accompagner dans sa peine : ses grands-parents couleur terre, Jacques Devine et son scarabée de topaze, les anciens, morts à Lark House pendant ces trois dernières années, Neko avec sa queue tordue et son ronronnement satisfait, et même sa mère, Radmila, qu'elle avait pardonnée et dont elle n'avait pas entendu parler pendant plusieurs années. Elle avait besoin que Seth soit auprès d'elle maintenant, pour lui présenter tous les personnages de la liste que lui ne connaissait pas et enfin se reposer serrée contre lui. Elle s'endormit nostalgique et triste, recroquevillée dans un coin.
Elle n'entendit pas l'infirmière qui venait régulièrement surveiller l'état d'Alma, ajuster la perfusion et le cathéter, prendre sa température, sa tension et lui administrer ses sédatifs.
Au plus profond de la nuit, à l'heure mystérieuse où le temps s'étire, lorsque se lève le voile qui sépare ce monde et celui des esprits, arriva enfin le visiteur attendu par Alma. Il entra silencieusement, en chaussons de caoutchouc, si doucement qu'Irina ne se serait pas réveillée sans le gémissement rauque d'Alma percevant son approche. Ichi! Il était à son chevet, penché sur elle, mais Irina, qui ne pouvait le voir que de profil, l'aurait reconnu n'importe où, à n'importe quel moment, car elle aussi l'attendait. Il était tel qu'elle l'avait imaginé quand elle avait vu son portrait dans le cadre d'argent ; de taille moyenne et large d'épaules, les cheveux raides et gris, le teint olivâtre à la lumière du moniteur, le visage noble et serein. Ichimei ! Il lui sembla qu'Alma ouvrait les yeux et répétait son nom, mais elle n'en était pas certaine et comprit qu'ils devaient être seuls pour se dire adieu. Elle se leva doucement, pour ne pas déranger, et se glissa hors de la chambre, fermant la porte derrière elle. Elle attendit dans le couloir, fit quelques pas pour se dégourdir les jambes, but deux verres d'eau à la fontaine près de l'ascenseur, puis elle retourna à son poste de sentinelle près de la porte d'Alma.
A quatre heures du matin vint l'infirmière de service, une grande noire qui sentait bon le pain, et elle buta sur Irina qui bloquait l'entrée. "S'il vous plaît, laissez les seuls encore un moment", supplia-t-elle et elle lui raconta d'un trait l'amant qui était venu accompagner Alma dans ses derniers instants. On ne pouvait pas les déranger. «Ce n'est pas l'heure des visites», répondit l'infirmière, surprise, et sans attendre, elle écarta Irina et ouvrit la porte. Ichimei était parti et l'air de la chambre était imprégné de son absence..
Alma était partie avec lui.
Ils veillèrent Alma en privé dans la maison de Sea Cliff, là où elle avait vécu presque toute sa vie. Son modeste cercueil en pin fut placé dans la salle des banquets, éclairée par dix-huit bougies dans les chandeliers utilisés par la famille pour les célébrations traditionnelles. Même s'ils n'étaient pas pratiquants, les Belasco se plièrent au rituel funéraire en respectant les instructions du rabbin. Alma avait toujours dit qu'elle voulait passer de son lit au cimetière ; pas question d'aller à la synagogue. Deux femmes pieuses du Chaves Kadisha lavèrent le corps et l'habillèrent d'un linceul de lin blanc sans poches, lequel symbolise l'égalité devant la mort et l'abandon de tout bien matériel.
Irina, telle une ombre invisible, participa au deuil derrière Seth,
qui semblait écrasé de douleur, incrédule face à l'abandon soudain de son immortelle grand-mère. Quelqu'un de la famille resta près d'elle jusqu'au moment de l'amener au cimetière, pour laisser à l'esprit le temps de faire ses adieux. Il n'y eut pas de fleurs, considérées comme une frivolité, mais elle emporta un gardénia au cimetière, où le rabbin fit une brève prière : Dayan Ha'met, béni soit le juge de la vérité. Ils descendirent le cercueil en terre, à côté de la tombe de Nathaniel Belasco, et lorsque les proches s'en approchèrent pour y jeter une poignée de terre, Irina laissa tomber le gardenia sur son amie. Cette nuit-là commença Shiva, les sept jours de deuil et de retraite. Dans un élan inattendu, Larry et Doris demandèrent à Irina de rester avec eux pour réconforter Seth. Comme les autres membres de la famille, Irina posa sur sa poitrine un morceau de tissu déchiré, symbole de deuil.
Le septième jour, après avoir reçu tous les visiteurs qui venaient présenter leurs condoléances tous les après-midi, les Belasco retrouvèrent leur rythme de vie et chacun reprit ses habitudes. Un mois après les funérailles, ils allumeraient une bougie en hommage à Alma, et, au bout d'une année,lors d'une simple cérémonie, ils mettraient une plaque portant son nom sur la tombe.
Alors la plus grande partie des gens qui l'avaient connue ne penseraient plus beaucoup à elle ;
Alma vivrait à travers ses tissus peints, dans la mémoire obsessionnelle de son petit-fils Seth et dans les cœurs d'Irina Bazili et de Kirsten, qui, elle, ne comprendrait jamais où elle était partie.
Pendant le shiva, Irina et Seth attendirent avec impatience la venue d'Ichimei Fukuda, mais les sept jours passèrent et il ne vint pas.
La première chose qu'Irina fit après cette semaine de deuil rituel fut d'aller récupérer les affaires d'Alma à Lark House. Elle avait obtenu de Hans Voigt la permission de s'absenter quelques jours, mais elle devait bientôt retourner au travail. L'appartement était resté comme Alma l'avait laissé, car Lupita Farías avait décidé de ne pas le nettoyer jusqu'au départ de la famille. Dans cet espace réduit, les rares meubles, plus utiles que décoratifs, iraient à la boutique des objets oubliés. excepté le fauteuil abricot refuge du chat ces dernières années ; Irina décida de le donner à Cathy qui l'avait toujours trouvé à son goût. Elle mit tout le linge dans des valises, les pantalons larges, les tuniques en lin, les grosses vestes de laine de vigogne, les écharpes en soie, tout en se demandant qui pourrait hériter de tout cela, désirant être grande et forte comme Alma pour porter ses vêtements, être comme elle et mettre du rouge à lèvres, et se parfumer avec son eau de toilette masculine à la bergamote et à l'orange. Elle mit le reste dans des cartons que le chauffeur des Belasco viendrait chercher plus tard. Il y avait les albums qui résumaient la vie d'Alma, des documents, quelques livres, le tableau sombre de Topaze et pas grand chose d'autre. Elle se rendit compte qu'Alma avait préparé son départ avec le sérieux qui la caractérisait ; elle s'était débarrassée du superflu pour ne garder que l'essentiel, elle avait mis de l'ordre dans ses affaires et dans ses souvenirs. Pendant la semaine de shiva, Irina avait eu le temps de la pleurer, mais en mettant fin à sa présence à Lark House, elle lui dit à nouveau au revoir et c'était comme l'enterrer à nouveau. Le cœur brisé, elle s'assit au milieu les cartons et des valises et ouvrit le sac qu'Alma portait toujours lors de ses escapades, que la police avait récupéré dans l'épave de la Smart et qu'elle avait ramené de l'hôpital. À l'intérieur il y avait ses belles chemises, sa lotion, ses crèmes, quelques linges de rechange et le portrait d'Ichimei dans son cadre argenté. Le verre était brisé. Elle retira soigneusement les morceaux de verre et sortit la photographie, disant également adieu à cet amant énigmatique. Et c'est alors qu'une lettre, qu’Alma avait gardée derrière la photographie, lui tomba sur les genoux.
C'est à ce moment que quelqu'un poussa la porte entrouverte et sortit timidement la tête. C'était Kirsten. Irina se leva et la femme l'embrassa avec le même enthousiasme que d'habitude.
—Où est Alma ? demanda-t-elle.
— Au ciel, fut la seule réponse qui vint à I'esprit d'Irina.
— Elle revient quand ?
— Elle ne reviendra pas, Kirsten.
— Plus jamais ?
— Non.
Un voile de tristesse ou d'inquiétude traversa le visage candide de Kirsten. Elle enleva ses lunettes, les essuya sur le pan de sa chemise, les remit et s'approcha du visage d'Irina pour mieux la regarder.
—Tu promets qu'elle ne reviendra pas ?
— Je te le promets. Mais tu as beaucoup d'amis, Kirsten, nous t'aimons tous beaucoup.
La femme lui fit signe d'attendre et elle descendit le couloir d'un pas nonchalant, se dandinant avec ses pieds plats vers la maison du magnat du chocolat, là où se trouvait la clinique de la douleur. Elle revint quinze minutes plus tard, avec son sac à dos, essoufflée par la précipitation que son gros cœur avait du mal à supporter. Elle ferma la porte de l'appartement, mit le verrou, tira les rideaux soigneusement et elle mit un doigt sur les lèvres pour montrer à Irina qu'il ne fallait pas faire de bruit. Elle lui tendit finalement son sac à dos et attendit, les mains derrière le dos avec un sourire entendu, en se dandinant. «Pour toi» dit-elle.
Irina ouvrit le sac à dos, vit les paquets fermés par des élastiques et sut immédiatement qu'il s'agissait des lettres qu'Alma recevait régulièrement et que Seth et elle avaient longtemps cherchées : les lettres d'Ichimei. Elles n'étaient pas perdues pour toujours dans le coffre-fort d'une banque, comme ils le craignaient, mais dans l'endroit le plus sûr du monde : le sac à dos de Kirsten. Irina comprit qu'Alma, sachant que sa fin était proche, avait indiqué à Kirsten la personne à qui les remettre. Pourquoi elle ? Pourquoi ni à son fils ni à son petit-fils, mais à elle ? Elle l'interpréta comme un message posthume d'Alma, une façon de lui dire combien elle l'aimait , combien elle lui faisait confiance. Elle sentit que quelque chose se brisait dans sa poitrine avec un bruit de cruche qui se brise et son cœur se remplir de reconnaissance et d'orgueil ; il palpitait telle une anémone diaphane dans la mer. Devant cette preuve d’amitié, elle se sentit respectable comme au temps de l’innocence ; Les fantômes de son passé commencèrent à s'éloigner, et la puissance terrifiante des vidéos de son beau-père fut réduite à sa véritable dimension : de la charogne pour des êtres anonymes, sans identité ni âme, impuissants.

--- Mon dieu, Kirsten. Tu te rends compte Kirsten, j'en suis à la moitié de ma vie et je n'ai plus peur de rien.
--- Pour toi, répéta Kirsten, en lui montrant le contenu de son sac à dos renversé par terre.
Ce soir là, lorsque Seth revint à son appartement, Irina se jeta à son cou et l'embrassa débordant d'une joie nouvelle, qui en ces jours de deuil semblait inappropriée.
— J'ai une surprise pour toi, Seth, lui annonça-telle.
— Moi aussi. Mais donne-moi d'abord la tienne.
Impatiente, Irina le conduisit jusqu'à la table de granit de la cuisine où se trouvaient les paquets du sac.
--- Ce sont les lettres d'Alma. Je t'attendais pour les ouvrir.
Les paquets étaient numérotés de un à onze. Chacun contenait dix enveloppes, sauf le premier qui comptait six lettres et quelques dessins. Ils s'assirent sur le canapé et les feuilletèrent dans l'ordre où leur propriétaire les avait laissés. Il y avait cent-quatorze lettres, certaines brèves, d'autres plus longues, certaines plus intéressantes que d'autres, signées simplement Ichi. Celles de la première enveloppe, écrites au crayon d'une écriture enfantine sur des feuilles de cahier, provenaient de Tanforan et de Topaz et étaient tellement censurées qu'elles n'avaient plus aucun sens. Dans les dessins on devinait déjà le style épuré aux traits nets du tableau qui avait suivi Alma à Lark House. Il leur faudrait plusieurs jours pour lire cette correspondance, mais après les avoir parcourues brièvement, ils virent que le reste des lettres s'étalait sur différentes périodes à partir de 1969 ; C'étaient quarante années de correspondance irrégulière avec une constante : c'étaient des messages d'amour.
--- J'ai trouvé aussi une lettre datée de janvier 2010 derrière le portrait d'Ichimei. Mais toutes ces lettres sont anciennes et adressées à la maison des Belasco à Sea Cliff. Où sont celles qu'elle a reçues à Lark House lors de ces trois dernières années ?
— Je crois que ce sont celles-ci, Irina.
— Je ne te comprends pas.
—Ma grand-mère a passé sa vie à collectionner les lettres d'Ichimei qu'elle recevait à Sea Cliff, car elle y avait toujours vécu. Plus tard, lorsqu'elle emménagea à Lark House, elle commença à s'envoyer à elle-même des lettres de temps en temps, une à une, dans les enveloppes jaunes que nous avons vues toi et moi.
Elle les recevait, les lisait et les conservait précieusement comme si de rien n'était.
--- Pourquoi faisait-elle ça, Seth ? Alma avait toute sa tête.
Elle n'a jamais donné des signes de sénilité.
--- C'est ce qu'il y a d'extraordinaire, Irina. Elle l'a fait en toute conscience et avec pragmatisme pour garder vivante l'illusion du grand amour de sa vie.
Cette femme âgée, qui paraissait solide comme un roc, était au fond une incurable romantique. Je suis sûr qu'elle s'envoyait aussi des gardénias chaque semaine et que ses escapades n'étaient pas avec son amant ; elle allait seule à la cabane de Point Reyes pour revivre ses rendez-vous passés, et d'en rêver , comme elle ne pouvait plus les partager avec Ichimei.
— Mais pourquoi dis-tu ça ? Elle était là-bas avec lui quand l'accident s'est produit.
Ichimei est allé à l'hôpital pour lui dire adieu, je l'ai vu l'embrasser, je sais qu'ils s'aimaient, Seth.
— Tu ne peux pas les avoir vus, Irina. J'ai ètè trés étonné que cet homme n'ait pas ètè au courant du décés de ma grand-mère, la nouvelle étant parue dans les journaux. S'il l'aimait autant que nous le croyons, il aurait dû se rendre à l'enterrement ou présenter ses condoléances à la Shiva.
J'ai décidé d'aller le voir aujourd'hui même ; Je voulais le rencontrer et dissiper certains de mes doutes au sujet de ma grand-mère. Ce fut très facile, je n'ai eu qu'à me présenter à la pépinière des Fukuda.
--- Elle existe encore ?
--- Oui. C'est Peter Fukuda qui la gère, un des fils d'Ichimei. Quand je lui ai dit mon nom, il me reçut très bien, parce qu'il était au courant pour les Belasco, et il est allé chercher sa mère.Delphine. La dame est très aimable et jolie, elle a un de ces visages asiatiques qui semblent ne jamais vieillir.
— C'est l'épouse d'Ichimei. Alma nous a dit l'avoir connue aux funérailles de ton arrière-grand-père.
—Ce n'est pas l'épouse d'Ichimei, Irina, c'est sa veuve. Ichimei est mort d'un infarctus il y a trois ans.
— C'est impossible, Seth ! s'exclama-elle.
— Il est mort à peu près à l'époque où ma grand-mère est partie vivre à Lark House. Peut être y a-t-il un lien de cause à effet. Je pense que cette lettre de 2010, la dernière qu’Alma ait reçue, était son adieu.
— Mais j'ai vu Ichimei à l'hôpital !
— Tu as vu ce que tu voulais voir, Irina.
— Non, Seth. Je suis certaine que c'était lui. Voici ce qu'il s'est passé. Elle l'aimait si fort qu'elle réussit à ce qu'il vienne la chercher.
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El amante japonés.
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unit 4
«Cásate con mi nieto, Irina; nos harías un favor a todos los Belasco», le repetía.
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unit 7
asomaban sus cabezas de lagarto cuando se disponía a hacer el amor con su nieto.
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por el momento era suficiente con que él fuera su confidente.
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unit 10
Podían esperar.
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Irina le había propuesto una cura de caballo:.
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pero Seth temía que, una vez sueltas, esas criaturas retorcidas serían incontrolables.
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unit 15
ya dormían en la misma cama y a veces amanecían abrazados.
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unit 16
Esa mañana Irina no había encontrado a Alma en su apartamento,.
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unit 17
ni el bolso de sus salidas secretas o sus camisas de dormir de seda.
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unit 18
Por una vez, tampoco estaba el retrato de Ichimei.
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No andaría sola.
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El sábado no tenía turno en Lark House y se quedó dormitando hasta las nueve,.
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Venía del gimnasio, recién duchado, con el pelo húmedo y todavía agitado por el ejercicio,.
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sin imaginar que ese día no tendría planes con Irina, sería un día de despedida.
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—Está en la unidad de cuidados intensivos del Hospital General de Marin —dijo.. —¿Grave?
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—preguntó Seth, aterrado.
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—Sí.
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Su coche quedó totalmente destrozado.
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No sé qué andaba haciendo mi madre por esos sitios.
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—¿Iba sola, papá?
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unit 33
—Sí.
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Había recibido el impacto del accidente sin una defensa.
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Después se podría pensar en operar los huesos rotos.
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el cirujano que la recibió en el hospital no se atrevía a intentarlo.
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sólo cabía mantener a Alma lo más cómoda posible y esperar su fin, que no iba a tardar.
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unit 45
—¿Tiene dolor?
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—le preguntó en un susurro—.
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unit 47
¿Quiere que llame a Ichimei?.
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unit 48
Alma estaba recibiendo oxígeno, pero respiraba sola, y le hizo un gesto leve para que se acercara.
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unit 50
—Kirsten —balbuceó Alma.
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unit 51
—¿Quiere que busque a Kirsten?
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unit 52
—le preguntó Irina, sorprendida.
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—Y diles que no me toquen —agregó Alma claramente antes de cerrar los ojos, exhausta.
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unit 54
Seth llamó al hermano de Kirsten y esa misma tarde él la llevó al hospital.
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unit 55
La mujer se sentó en la única silla de la habitación de Alma,.
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unit 57
antes de trabajar con Catherine Hope en la clínica del dolor.
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unit 58
unit 59
Recorrió con la vista a quienes estaban a su alrededor, esforzándose por reconocerlos:.
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unit 60
su familia, Irina, Lenny, Cathy, y pareció animarse cuando su mirada se detuvo en Kirsten.
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unit 62
unit 63
Larry trató de apartarla, pero Alma le indicó débilmente que las dejaran solas.
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unit 66
No es fácil vivir ni es fácil morir, pensó Irina.
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unit 67
El médico aseguraba que no sentía dolor, estaba sedada hasta la médula.
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unit 68
A cierta hora fueron apagándose los ruidos del piso.
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unit 69
En la habitación reinaba una penumbra apacible,.
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unit 72
Le habían dado una frazada y un cojín para que se acomodara lo mejor posible,.
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unit 73
pero hacía calor y era imposible dormir en la silla.
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unit 74
Se sentó en el suelo, apoyada en la pared, pensando en Alma,.
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unit 76
En un breve despertar, antes de perderse nuevamente en el sopor alucinante de las drogas,.
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unit 77
Alma le pidió que le pintara los labios, porque Ichimei iría a buscarla.
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unit 78
Irina sintió un terrible desconsuelo, una oleada de amor por esa vieja estupenda,.
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unit 81
que se le acomodaran por obra divina los órganos desordenados y los huesos rotos,.
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unit 82
que resucitara y pudieran regresar juntas a Lark House y continuar con sus vidas como antes.
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unit 85
Sus ausentes acudieron en tropel a acompañarla en su pena:.
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unit 86
sus abuelos color tierra, Jacques Devine y su escarabajo de topacio,.
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unit 87
los ancianos fallecidos en Lark House durante los tres años que había trabajado allí,.
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unit 88
Neko con su cola torcida y su ronroneo satisfecho, incluso su madre,.
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unit 89
Radmila, a quien ya había perdonado y de quien no había oído nada en muchos años.
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unit 91
Se adormeció en la nostalgia y la tristeza, encogida en su rincón.
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unit 93
En la hora más oscura de la noche, la hora misteriosa del tiempo delgado,.
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unit 94
cuando el velo entre este mundo y el de los espíritus suele descorrerse,.
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unit 95
llegó por fin el visitante que Alma estaba esperando.
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unit 97
¡Ichi!
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unit 98
Estaba junto a la cama, inclinado sobre ella,.
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unit 100
Era como lo había imaginado cuando estudiaba su retrato en el marco de plata,.
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unit 102
¡Ichimei!
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unit 103
Le pareció que Alma abría los ojos y repetía el nombre,.
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unit 104
pero no estaba segura y comprendió que en esa despedida debían estar solos.
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unit 105
Se levantó con prudencia, para no molestarlos,.
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unit 106
y se deslizó fuera de la habitación, cerrando la puerta a sus espaldas.
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unit 107
Esperó en el pasillo, paseando para desentumecer las piernas dormidas,.
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unit 109
unit 110
y se encontró con Irina bloqueando la entrada.
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unit 111
«Por favor, déjelos solos un rato más»,.
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unit 113
No podían interrumpirlos.
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unit 114
«A esta hora no hay visitantes»,.
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unit 115
replicó la enfermera, extrañada, y sin más apartó a Irina y abrió la puerta.
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unit 116
Ichimei se había ido y el aire de la habitación estaba lleno de su ausencia.
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unit 117
Alma se había ido con él.
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unit 123
que simboliza la igualdad en la muerte y el abandono de todos los bienes materiales.
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unit 124
Irina, como una sombra invisible, participó en el duelo detrás de Seth,.
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unit 125
que parecía atontado de dolor, incrédulo ante el súbito abandono de su abuela inmortal.
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unit 126
Alguien de la familia estuvo junto a ella hasta el momento de llevársela al cementerio,.
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unit 127
para darle tiempo al espíritu de desprenderse y despedirse.
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unit 129
Dayan Ha’met , Bendito es el Juez de la Verdad.
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unit 130
Bajaron el ataúd a la tierra, junto a la tumba de Nathaniel Belasco,.
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unit 132
Esa noche comenzó el shiva , los siete días de duelo y retiro.
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unit 133
unit 134
unit 136
los Belasco recuperaron el ritmo habitual y cada uno volvió a sus vidas.
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unit 138
Para entonces la mayor parte de la gente que la había conocido pensaría poco en ella;.
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unit 148
El resto lo puso en cajas, que el chofer de los Belasco recogería más tarde.
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unit 153
que la policía recuperó del Smartcar destrozado y que ella trajo del hospital.
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unit 155
El vidrio estaba partido.
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unit 157
Y entonces le cayó en el regazo una carta, que Alma había guardado detrás de la fotografía.
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unit 158
En eso estaba, cuando alguien empujó la puerta entreabierta y asomó tímidamente la cabeza.
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unit 159
Era Kirsten.
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unit 160
Irina se puso de pie y la mujer la abrazó con el entusiasmo que siempre ponía en sus saludos.
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unit 161
—¿Dónde está Alma?
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unit 162
—preguntó.
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unit 163
—En el cielo —fue la única respuesta que se le ocurrió a Irina.
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unit 164
—¿Cuándo vuelve?
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unit 165
—No va a volver, Kirsten.
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unit 166
—¿Nunca más?
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unit 167
—No.
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unit 168
Una sombra de tristeza o preocupación pasó fugazmente por el rostro inocente de Kirsten.
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unit 170
—¿Prometes que no va a volver?
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unit 171
—Te lo prometo.
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unit 172
Pero aquí tienes muchos amigos, Kirsten, todos te queremos mucho.
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unit 177
«Para ti», le dijo.
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unit 181
¿Por qué a ella?
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unit 182
¿Por qué no a su hijo o a su nieto, sino a ella?
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unit 185
Ante esa prueba de amistad se supo respetada como en los tiempos de la inocencia;.
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unit 187
—Dios mío, Kirsten.
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unit 188
Imagínate, llevo más de media vida con miedo de nada.
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unit 189
—Para ti —repitió Kirsten, señalando el contenido de su mochila volcado en el suelo.
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unit 191
—Tengo una sorpresa para ti, Seth —le anunció.
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unit 192
—Yo también.
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unit 193
Pero dame la tuya primero.
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unit 194
unit 195
—Son las cartas de Alma.
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unit 196
Te estaba esperando para abrirlas.
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unit 197
Los paquetes estaban marcados del uno al once.
1 Translations, 1 Upvotes, Last Activity 7 months, 1 week ago
unit 198
Contenían diez sobres cada uno, excepto el primero, con seis cartas y algunos dibujos.
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unit 199
Se sentaron en el sofá y les echaron una ojeada en el orden en que su dueña los había dejado.
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unit 204
eran cuarenta años de correspondencia irregular con una constante: eran mensajes de amor.
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unit 205
—También encontré una carta fechada en enero de 2010 detrás del retrato de Ichimei.
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unit 207
¿Dónde están las que recibió en Lark House en los últimos tres años?
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unit 208
—Creo que son éstas, Irina.
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unit 209
—No te entiendo.
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unit 212
Las recibía, las leía y las atesoraba como si fueran frescas.
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unit 213
—¿Por qué iba a hacer algo así, Seth?
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unit 214
Alma estaba en sus cabales.
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unit 215
Nunca dio muestras de senilidad.
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unit 216
—Eso es lo extraordinario, Irina.
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unit 220
a soñarlos, ya que no podía compartirlos con Ichimei.
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unit 221
—¿Por qué no?
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unit 222
Venía de estar allí con él cuando ocurrió el accidente.
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unit 223
Ichimei fue al hospital a despedirse de ella, lo vi besarla, sé que se amaban, Seth.
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unit 224
—No puedes haberlo visto, Irina.
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unit 227
Decidí buscarlo hoy mismo, quería conocerlo y salir de algunas dudas sobre mi abuela.
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unit 228
Fue muy fácil, sólo tuve que presentarme en el vivero de los Fukuda.
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unit 229
—¿Todavía existe?
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unit 230
—Sí.
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unit 231
Lo maneja Peter Fukuda, uno de los hijos de Ichimei.
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unit 233
La señora es muy amable y bonita, tiene uno de esos rostros asiáticos que parecen no envejecer.
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unit 234
—Es la esposa de Ichimei.
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unit 235
Alma nos contó que la conoció en el funeral de tu bisabuelo.
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unit 236
—No es la esposa de Ichimei, Irina, es la viuda.
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unit 237
Ichimei murió de un infarto hace tres años.
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unit 238
—¡Eso es imposible, Seth!
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unit 239
—exclamó ella.
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unit 240
—Murió más o menos en la época en que mi abuela se fue a vivir a Lark House.
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unit 241
Tal vez ambas cosas están relacionadas.
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unit 242
Creo que esa carta de 2010, la última que Alma recibió, fue su despedida.
1 Translations, 1 Upvotes, Last Activity 6 months, 3 weeks ago
unit 243
—¡Yo vi a Ichimei en el hospital!
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unit 244
—Viste lo que deseabas ver, Irina.
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unit 245
—No, Seth.
1 Translations, 1 Upvotes, Last Activity 6 months, 3 weeks ago
unit 246
Estoy segura de que era él.
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unit 247
Esto es lo que sucedió:.
1 Translations, 1 Upvotes, Last Activity 6 months, 3 weeks ago
unit 248
de tanto amar a Ichimei, Alma logró que viniera a buscarla.
1 Translations, 1 Upvotes, Last Activity 6 months, 3 weeks ago

El amante japonés.

El viernes Irina Bazili llegó temprano a Lark House a echar una mirada
a Alma antes de empezar su jornada.
Alma ya no la necesitaba para vestirse, pero agradecía que la muchacha se asomara en su
apartamento para compartir la primera taza de té del día.
«Cásate con mi nieto, Irina; nos harías un favor a todos los Belasco», le repetía.
Irina habría debido aclararle que no lograba vencer el terror del pasado,
pero no podía mencionar nada de eso sin morirse de vergüenza.
Cómo iba a decirle a la abuela que los engendros de su memoria,
habitualmente agazapados en sus madrigueras,. asomaban sus cabezas
de lagarto cuando se disponía a hacer el amor con su nieto.
Seth entendía que no estaba lista para hablar y dejó de presionarla para que
consultaran a un psiquiatra;. por el momento era suficiente con que él
fuera su confidente.
Podían esperar. Irina le había propuesto una cura
de caballo:.
ver juntos los vídeos filmados por su padrastro, que todavía
andaban por ahí y seguirían haciéndola sufrir hasta el fin de sus días,.

pero Seth temía que, una vez sueltas, esas criaturas retorcidas serían
incontrolables.
La cura de él consistía en ir poco a poco, con amor y
humor, así que iban avanzando en una danza de dos pasos adelante y
uno atrás;.
ya dormían en la misma cama y a veces amanecían
abrazados.
Esa mañana Irina no había encontrado a Alma en su apartamento,.
ni el bolso de sus salidas secretas o sus camisas de dormir de seda.
Por una vez, tampoco estaba el retrato de Ichimei.
Supo que su automóvil no estaría en el estacionamiento y no se alarmó, porque Alma ya se había afirmado en sus piernas y supuso que Ichimei la estaría aguardando. No
andaría sola.
El sábado no tenía turno en Lark House y se quedó dormitando hasta
las nueve,.
lujo que podía darse los fines de semana desde que vivía con
Seth y había dejado de bañar perros.
Él la despabiló con un tazón de café con leche y se sentó a su lado en la cama a planear el día. Venía del gimnasio, recién duchado, con el pelo húmedo y todavía agitado por el
ejercicio,.
sin imaginar que ese día no tendría planes con Irina, sería un
día de despedida.
El teléfono sonó en ese momento con la llamada de
Larry Belasco para anunciarle a su hijo que el coche de la abuela había
patinado en un camino rural y cayó por un barranco de quince metros.
—Está en la unidad de cuidados intensivos del Hospital General de
Marin —dijo..
—¿Grave? —preguntó Seth, aterrado.
—Sí. Su coche quedó totalmente destrozado. No sé qué andaba haciendo
mi madre por esos sitios.
—¿Iba sola, papá?
—Sí.
En el hospital encontraron a Alma consciente y lúcida, a pesar de las
drogas que goteaban en su vena y que, según el médico, habrían
noqueado a un burro.
Había recibido el impacto del accidente sin una defensa. En un vehículo más pesado tal vez el descalabro habría sido menor,
pero el pequeño Smartcar verde limón se desarmó y ella, sujeta
a su asiento por el cinturón de seguridad, quedó aplastada.
Mientras el resto de la familia Belasco se lamentaba en la sala de espera, Larry le
explicó a Seth que existía la posibilidad de una medida extrema:.
abrir a Alma en canal, colocar los órganos desplazados en el sitio
correspondiente y mantenerla abierta varios días, hasta que bajara la
inflamación y se pudiera intervenir. Después se podría pensar en operar
los huesos rotos. El riesgo, enorme en una persona joven, era mucho
mayor en alguien de más de ochenta años, como Alma;. el cirujano que
la recibió en el hospital no se atrevía a intentarlo.
Catherine Hope, que llegó de inmediato con Lenny Beal, opinó que una intervención de esa
magnitud sería cruel e inútil;.
sólo cabía mantener a Alma lo más
cómoda posible y esperar su fin, que no iba a tardar. Irina dejó a la
familia discutiendo con Cathy la idea de trasladarla a San Francisco,
donde había más recursos, y entró sigilosamente a la habitación de
Alma.
—¿Tiene dolor? —le preguntó en un susurro—. ¿Quiere que llame a
Ichimei?.
Alma estaba recibiendo oxígeno, pero respiraba sola, y le hizo un gesto
leve para que se acercara. Irina no quiso pensar en el cuerpo herido
bajo el armazón cubierto por una sábana; se concentró en el rostro, que
estaba intacto y parecía embellecido.
—Kirsten —balbuceó Alma.
—¿Quiere que busque a Kirsten? —le preguntó Irina, sorprendida.
—Y diles que no me toquen —agregó Alma claramente antes de cerrar
los ojos, exhausta.
Seth llamó al hermano de Kirsten y esa misma tarde él la llevó al
hospital. La mujer se sentó en la única silla de la habitación de Alma,.
aguardando instrucciones sin apuro, como había hecho pacientemente
en el taller durante los meses anteriores,. antes de trabajar con
Catherine Hope en la clínica del dolor. En algún momento, con los
últimos rayos de luz en la ventana, Alma volvió del letargo de las
drogas. Recorrió con la vista a quienes estaban a su alrededor,
esforzándose por reconocerlos:. su familia, Irina, Lenny, Cathy, y pareció
animarse cuando su mirada se detuvo en Kirsten. La mujer se acercó a
la cama, le tomó la mano que no estaba conectada al gotero y empezó a
darle besos húmedos desde los dedos hasta el codo,. preguntándole,
angustiada, si estaba enferma, si se iba a mejorar, y repitiendo que la
quería mucho. Larry trató de apartarla, pero Alma le indicó débilmente
que las dejaran solas.
La primera y segunda noche de vigilia se turnaron Larry, Doris y Seth,
pero en la tercera Irina comprendió que la familia estaba en el límite de
sus fuerzas y se ofreció para acompañar a Alma,. que no había vuelto a
hablar desde la visita de Kirsten y permanecía adormilada, jadeando
como perro cansado, desprendiéndose de la vida. No es fácil vivir ni es
fácil morir, pensó Irina. El médico aseguraba que no sentía dolor, estaba
sedada hasta la médula.
A cierta hora fueron apagándose los ruidos del piso. En la habitación
reinaba una penumbra apacible,. pero los pasillos estaban siempre
iluminados por lámparas potentes y el reflejo azul de las computadoras
en la central de las enfermeras. El murmullo del aire acondicionado, la
respiración esforzada de la mujer en la cama y de vez en cuando unos
pasos o voces discretas al otro lado de la puerta, eran los únicos
sonidos que le llegaban a Irina.
Le habían dado una frazada y un cojín para que se acomodara lo mejor posible,. pero hacía calor y era imposible dormir en la silla. Se sentó en el suelo, apoyada en la pared,
pensando en Alma,. que tres días antes era todavía una mujer
apasionada que había salido a toda prisa a encontrarse con su amante y
ahora estaba moribunda en su último lecho. En un breve despertar,
antes de perderse nuevamente en el sopor alucinante de las drogas,.
Alma le pidió que le pintara los labios, porque Ichimei iría a buscarla.
Irina sintió un terrible desconsuelo, una oleada de amor por esa vieja
estupenda,. un cariño de nieta, de hija, de hermana, de amiga, mientras
le corrían lágrimas por las mejillas que le mojaban el cuello y la blusa.
Deseaba que Alma se fuera de una vez para acabar con el sufrimiento y
también deseaba que no se fuera nunca,. que se le acomodaran por obra
divina los órganos desordenados y los huesos rotos,. que resucitara y
pudieran regresar juntas a Lark House y continuar con sus vidas como
antes. Le dedicaría más tiempo, la acompañaría más, le arrancaría sus
secretos del escondite donde los guardaba,. le conseguiría otro gato
igual que Neko y se las arreglaría para que tuviera gardenias frescas
todas las semanas, sin decirle quién se las enviaba. Sus ausentes
acudieron en tropel a acompañarla en su pena:. sus abuelos color tierra,
Jacques Devine y su escarabajo de topacio,. los ancianos fallecidos en
Lark House durante los tres años que había trabajado allí,. Neko con su
cola torcida y su ronroneo satisfecho, incluso su madre,. Radmila, a
quien ya había perdonado y de quien no había oído nada en muchos
años. Quiso tener a Seth a su lado en ese momento, para presentarle a
los personajes que no conocía de ese elenco y descansar aferrada a su
mano. Se adormeció en la nostalgia y la tristeza, encogida en su rincón.
No oyó a la enfermera que entraba regularmente a controlar el estado
de Alma, ajustar el goteo y la aguja, tomarle la temperatura y la
presión, administrarle los sedantes.
En la hora más oscura de la noche, la hora misteriosa del tiempo
delgado,. cuando el velo entre este mundo y el de los espíritus suele
descorrerse,. llegó por fin el visitante que Alma estaba esperando. Entró
sin ruido, con zapatillas de goma, tan tenue, que Irina no habría
despertado sin el gemido ronco de Alma al sentirlo cerca. ¡Ichi! Estaba
junto a la cama, inclinado sobre ella,. pero Irina, que sólo podía ver su
perfil, lo habría reconocido en cualquier parte, en cualquier momento,
porque también lo estaba esperando. Era como lo había imaginado
cuando estudiaba su retrato en el marco de plata,. de mediana estatura y
hombros fuertes, el pelo rígido y gris, la piel verdosa por la luz del
monitor, el rostro noble y sereno. ¡Ichimei! Le pareció que Alma abría
los ojos y repetía el nombre,. pero no estaba segura y comprendió que en
esa despedida debían estar solos. Se levantó con prudencia, para no
molestarlos,. y se deslizó fuera de la habitación, cerrando la puerta a sus
espaldas. Esperó en el pasillo, paseando para desentumecer las piernas
dormidas,. bebió dos vasos de agua de la fuente cerca del ascensor,
después regresó a su puesto de centinela junto a la puerta de Alma.
A las cuatro de la madrugada llegó la enfermera de turno, una negra
grande que olía a pan fragante,. y se encontró con Irina bloqueando la
entrada. «Por favor, déjelos solos un rato más»,. le suplicó la joven y
procedió a hablarle atropelladamente del amante que había acudido a
acompañar a Alma en ese último trance. No podían interrumpirlos. «A
esta hora no hay visitantes»,. replicó la enfermera, extrañada, y sin más
apartó a Irina y abrió la puerta. Ichimei se había ido y el aire de la
habitación estaba lleno de su ausencia.
Alma se había ido con él.
Velaron en privado a Alma durante algunas horas en la mansión de Sea
Cliff, donde había vivido casi toda su vida. Su sencillo ataúd de pino fue
colocado en el comedor de los banquetes, alumbrado por dieciocho
velas en las mismas menorahs de plata maciza que la familia usaba en
las celebraciones tradicionales. Aunque no eran observantes, los
Belasco se ciñeron a los ritos funerarios de acuerdo con las
instrucciones del rabino. Alma había dicho en muchas ocasiones que
quería salir de la cama al cementerio, nada de ritos en la sinagoga. Dos
mujeres piadosas del Chaves Kadisha lavaron el cuerpo y lo vistieron
con la humilde mortaja de lino blanco sin bolsillos,. que simboliza la
igualdad en la muerte y el abandono de todos los bienes materiales.
Irina, como una sombra invisible, participó en el duelo detrás de Seth,.
que parecía atontado de dolor, incrédulo ante el súbito abandono de su
abuela inmortal. Alguien de la familia estuvo junto a ella hasta el
momento de llevársela al cementerio,. para darle tiempo al espíritu de
desprenderse y despedirse. No hubo flores, que se consideran frívolas,
pero ella llevó una gardenia al cementerio, donde el rabino dirigió una
breve oración:. Dayan Ha’met , Bendito es el Juez de la Verdad. Bajaron
el ataúd a la tierra, junto a la tumba de Nathaniel Belasco,. y cuando los
familiares se acercaron a cubrirlo con puñados de tierra, Irina dejó caer
la gardenia sobre su amiga. Esa noche comenzó el shiva , los siete días
de duelo y retiro. En un gesto inesperado, Larry y Doris le pidieron a
Irina que se quedara con ellos para consolar a Seth. Como los demás en
la familia, Irina se puso un trozo de tela desgarrada, símbolo del duelo,
en el pecho.
Al séptimo día, después de haber recibido a la fila de visitantes que
llegaban a presentar sus condolencias todas las tardes,. los Belasco
recuperaron el ritmo habitual y cada uno volvió a sus vidas. Al
cumplirse un mes del funeral, encenderían una vela en nombre de Alma
y al cabo de un año habría una ceremonia simple para poner una placa
con su nombre en la tumba.
Para entonces la mayor parte de la gente que la había conocido pensaría poco en ella;.
Alma viviría en sus telas pintadas, en la memoria obsesiva de su nieto Seth y en los corazones de
Irina Bazili y de Kirsten, quien nunca llegaría a comprender dónde se
había ido.
Durante el shiva , Irina y Seth aguardaron con impaciencia
que se presentara Ichimei Fukuda, pero transcurrieron los siete días sin
verlo.
Lo primero que hizo Irina después de esa semana de duelo ritual fue ir a
Lark House a recoger las cosas de Alma. Había obtenido permiso de
Hans Voigt para ausentarse por unos días, pero pronto debía
reincorporarse al trabajo. El apartamento estaba tal cual lo dejó Alma,
porque Lupita Farías decidió no hacer aseo hasta que la familia lo
abandonara. Los escasos muebles, comprados para ese espacio
reducido con ánimo utilitario, más que decorativo, irían a dar a la
Tienda de los Objetos Olvidados,. excepto el sillón color albaricoque,
donde habían transcurrido los últimos años del gato, que Irina decidió
dar a Cathy porque siempre le había gustado. Puso la ropa en maletas,
los pantalones anchos, las túnicas de lino, los chalecos largos de lana de
vicuña, las bufandas de seda,. preguntándose quién heredaría todo eso,
deseando ser alta y fuerte como Alma para usar su ropa, ser como ella
para pintarse los labios rojos y perfumarse con su colonia viril de
bergamota y naranja. El resto lo puso en cajas, que el chofer de los
Belasco recogería más tarde. Allí estaban los álbumes que resumían la
vida de Alma, documentos, algunos libros, el cuadro lúgubre de Topaz y
muy poco más. Se dio cuenta de que Alma había preparado su partida
con la seriedad que la caracterizaba, se había desprendido de lo
superfluo para quedarse sólo con lo indispensable,
había puesto en orden sus pertenencias y sus recuerdos. En la semana del shiva Irina
había tenido tiempo de llorarla, pero en esa tarea de acabar con su
presencia en Lark House volvió a despedirse; fue como enterrarla de
nuevo. Acongojada, se sentó en medio de las cajas y maletas y abrió el
bolso que Alma siempre llevaba en sus escapadas,. que la policía
recuperó del Smartcar destrozado y que ella trajo del hospital. Dentro
estaban sus camisas finas, su loción, sus cremas, un par de mudas y el
retrato de Ichimei en el marco de plata. El vidrio estaba partido. Con
cuidado retiró los pedazos y sacó la fotografía, despidiéndose también
de ese enigmático amante. Y entonces le cayó en el regazo una carta,
que Alma había guardado detrás de la fotografía.
En eso estaba, cuando alguien empujó la puerta entreabierta y asomó
tímidamente la cabeza. Era Kirsten. Irina se puso de pie y la mujer la
abrazó con el entusiasmo que siempre ponía en sus saludos.
—¿Dónde está Alma? —preguntó.
—En el cielo —fue la única respuesta que se le ocurrió a Irina.
—¿Cuándo vuelve?
—No va a volver, Kirsten.
—¿Nunca más?
—No.
Una sombra de tristeza o preocupación pasó fugazmente por el rostro
inocente de Kirsten. Se quitó los lentes, los limpió con el borde de su
camiseta, volvió a ponérselos y acercó la cara a Irina, para verla mejor.
—¿Prometes que no va a volver?
—Te lo prometo. Pero aquí tienes muchos amigos, Kirsten, todos te
queremos mucho.
La mujer le hizo una seña de que esperara y se alejó por el pasillo con
su bamboleo de pies planos en dirección a la casa del magnate del
chocolate, donde estaba la clínica del dolor. Regresó a los quince
minutos con su mochila a la espalda, jadeando por la prisa, que su
corazón demasiado grande no soportaba bien. Cerró la puerta del
apartamento, le puso el cerrojo, corrió las cortinas con sigilo y le hizo a
Irina el gesto de callar con un dedo en los labios. Finalmente le pasó su
mochila y aguardó con las manos en la espalda y una sonrisa de
complicidad, balanceándose en los talones. «Para ti», le dijo.
Irina abrió la mochila, vio los paquetes sujetos con elásticos y supo de
inmediato que eran las cartas que Alma había recibido regularmente y
que tanto habían buscado Seth y ella, las cartas de Ichimei. No estaban
perdidas para siempre en la caja de seguridad de un banco, como
habían temido, sino en el lugar más seguro del mundo, la mochila de
Kirsten. Irina comprendió que Alma, al verse moribunda, había relevado
a Kirsten de la responsabilidad de guardarlas y le indicó a quién
entregárselas. ¿Por qué a ella? ¿Por qué no a su hijo o a su nieto, sino a
ella? Lo interpretó como el mensaje póstumo de Alma, su manera de
decirle cuánto la quería, cuánto confiaba en ella. Sintió que algo dentro
del pecho se le rompía con el sonido de un cántaro de greda al
quebrarse y su corazón agradecido crecía, se ensanchaba, palpitaba
como una anémona translúcida en el mar. Ante esa prueba de amistad
se supo respetada como en los tiempos de la inocencia;. los engendros de
su pasado empezaron a retroceder y el espantoso poder de los vídeos de
su padrastro se fue reduciendo a su dimensión real: carroña para seres
anónimos, sin identidad ni alma, impotentes.

—Dios mío, Kirsten. Imagínate, llevo más de media vida con miedo de
nada.
—Para ti —repitió Kirsten, señalando el contenido de su mochila volcado
en el suelo.
Esa tarde, cuando Seth regresó a su apartamento, Irina le echó los
brazos al cuello y lo besó con una alegría nueva, que en esos días de
duelo parecía poco apropiada.
—Tengo una sorpresa para ti, Seth —le anunció.
—Yo también. Pero dame la tuya primero.
Impaciente, Irina lo guió a la mesa de granito de la cocina, donde
estaban los paquetes de la mochila.
—Son las cartas de Alma. Te estaba esperando para abrirlas.
Los paquetes estaban marcados del uno al once. Contenían diez sobres
cada uno, excepto el primero, con seis cartas y algunos dibujos. Se
sentaron en el sofá y les echaron una ojeada en el orden en que su
dueña los había dejado. Eran ciento catorce misivas, algunas breves,
otras más extensas, unas más informativas que otras, firmadas
simplemente Ichi. Las del primer sobre, escritas a lápiz en hojas de
cuaderno, con letra infantil, eran de Tanforan y Topaz y estaban tan
censuradas que se perdía el significado. En los dibujos ya se
vislumbraba el estilo depurado de trazos firmes del cuadro que había
acompañado a Alma en Lark House. Se necesitarían varios días para
leer esa correspondencia, pero en el repaso somero que hicieron vieron
que el resto de las cartas estaba fechado en distintos momentos a partir
de 1969;. eran cuarenta años de correspondencia irregular con una
constante: eran mensajes de amor.
—También encontré una carta fechada en enero de 2010 detrás del
retrato de Ichimei. Pero todas estas cartas son antiguas y están
dirigidas a la casa de los Belasco en Sea Cliff. ¿Dónde están las que
recibió en Lark House en los últimos tres años?
—Creo que son éstas, Irina.
—No te entiendo.
—Mi abuela coleccionó durante una vida las cartas de Ichimei que
recibía en Sea Cliff, porque allí vivió siempre. Después, cuando se
trasladó a vivir a Lark House, comenzó a enviarse las cartas a sí misma
cada cierto tiempo, una a una, en los sobres amarillos que tú y yo vimos.
Las recibía, las leía y las atesoraba como si fueran frescas.
—¿Por qué iba a hacer algo así, Seth? Alma estaba en sus cabales.
Nunca dio muestras de senilidad.
—Eso es lo extraordinario, Irina. Lo hizo con plena consciencia y con
sentido práctico para mantener viva la ilusión del gran amor de su vida.
Esa vieja, que parecía hecha de material blindado, en el fondo era una
incurable romántica. Estoy seguro de que también se enviaba las
gardenias semanales y que sus escapadas no eran con su amante; se iba
sola a la cabaña de Point Reyes a revivir los encuentros del pasado,. a
soñarlos, ya que no podía compartirlos con Ichimei.
—¿Por qué no? Venía de estar allí con él cuando ocurrió el accidente.
Ichimei fue al hospital a despedirse de ella, lo vi besarla, sé que se
amaban, Seth.
—No puedes haberlo visto, Irina. Me extrañó que ese hombre no se
diera por enterado del fallecimiento de mi abuela, .ya que la noticia salió
en los periódicos. Si la quería tanto como creemos, tendría que haberse
presentado en el funeral o habernos dado sus condolencias en el shiva .
Decidí buscarlo hoy mismo, quería conocerlo y salir de algunas dudas
sobre mi abuela. Fue muy fácil, sólo tuve que presentarme en el vivero
de los Fukuda.
—¿Todavía existe?
—Sí. Lo maneja Peter Fukuda, uno de los hijos de Ichimei. Cuando le
dije mi apellido me recibió muy bien, porque sabía de la familia Belasco,
y fue a llamar a su madre, Delphine. La señora es muy amable y bonita,
tiene uno de esos rostros asiáticos que parecen no envejecer.
—Es la esposa de Ichimei. Alma nos contó que la conoció en el funeral
de tu bisabuelo.
—No es la esposa de Ichimei, Irina, es la viuda. Ichimei murió de un
infarto hace tres años.
—¡Eso es imposible, Seth! —exclamó ella.
—Murió más o menos en la época en que mi abuela se fue a vivir a Lark
House. Tal vez ambas cosas están relacionadas. Creo que esa carta de
2010, la última que Alma recibió, fue su despedida.
—¡Yo vi a Ichimei en el hospital!
—Viste lo que deseabas ver, Irina.
—No, Seth. Estoy segura de que era él. Esto es lo que sucedió:. de tanto
amar a Ichimei, Alma logró que viniera a buscarla.