La fenêtre d’en face - Jean Pierre Martinez - pp 16-20
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The Window Across the Way - Jean Pierre Martinez - pp 16-20.

Madison – The one who was in love with that woman in the photo. And who still had a zest for life... Alexandre – I don't know if you would have liked him.
Madison – He was undoubtedly full of enthusiasm and hope.
Alexandre – Full of ambition, in any case.
Madison – You really don’t have any friends anymore?
Alexandre – I can’t stand old people, so I avoid spending time with people my own age as much as possible. I don't want to be constantly held up a mirror to contemplate my decrepitude.
Madison – I’m sure you haven’t stopped writing all these years.
Alexandre – Is that why you made me drink? Dans l’espoir que je vous ferais des confidences... Madison – Un écrivain, c’est fait pour écrire.
Alexandre – D’accord, c’est vrai. J’ai continué à écrire... Mais je ne publierai plus rien... Madison – Pourquoi ?
Alexandre – Je vous l’ai dit. Je n’écris plus pour être lu. Ou alors par les générations futures. Aux lecteurs d’aujourd’hui, je n’ai plus rien à dire.
Madison – Même à moi ?
Alexandre – Je ne vous connais pas. Qu’est-ce qui vous fait penser que j’ai quelque chose à vous dire ?
Madison – Nous avons peut-être plus en commun que vous ne le pensez... Alexandre – Hormis le fait que nous sommes tous les deux condamnés à brève échéance ?
Madison – Dites-moi au moins quel est le sujet de votre livre... Il hésite un instant.
Alexandre – C’est un roman... très personnel.
Madison – Autobiographique, donc... Alexandre – Disons une autofiction, comme on dit aujourd’hui.
Madison – C’est pour ça que vous ne voulez pas le publier ? Parce que c’est trop personnel ?
Alexandre – Je préfère considérer ce manuscrit comme un journal intime. Je n’aime pas l’exhibitionnisme. Si je publie ça, on dira que sur le tard, je suis devenu un auteur de romans à l’eau de rose... Madison – Je pensais que vous vous fichiez de ce qu’on pensait de vous.
Alexandre – Il faut croire que je n’en suis pas encore tout à fait arrivé à ce stade de sagesse.
Madison – Parce que c’est impossible.
Alexandre – Ne perdez pas votre temps à faire une thèse sur moi. Ça n’en vaut pas la peine, croyez-moi.
Madison – Pour moi, c’est important.
Alexandre – Mais pourquoi ? Vivez votre vie, bon sang ! Surtout si elle peut s’arrêter d’une minute à l’autre... D’ailleurs, je ne vous crois pas, et vous ne m’avez toujours pas montré ce dossier médical.
Madison – Si vous ne me croyez pas, pourquoi avoir accepté de me parler malgré tout ?
Alexandre – Je me suis dit que pour inventer une histoire pareille, vous deviez avoir une bonne raison. Laquelle ?
Madison – C’est un peu compliqué... Alexandre – Donc vous mentiez. Et votre cœur va très bien.
Madison – Disons que... mes problèmes de cœur sont plutôt de l’ordre du symbolique.
Alexandre – Pourquoi m’avoir raconté ça ?
Madison – Pour vous apitoyer, j’imagine. Vous vouliez me jeter dehors... Alexandre – Je pourrais le faire maintenant... Madison – Mais vous ne le ferez pas.
Alexandre – Et pourquoi cela ?
Madison – Parce que je vous intrigue... Alexandre – Vous dites que vos problèmes de cœur sont d’ordre symbolique. Vous voulez dire... un chagrin d’amour ?
Madison – En quelque sorte... Comme vous, j’ai souffert de l’absence d’un être aimé.
Alexandre – Et qu’est-ce que j’ai à voir là-dedans ?
Madison – Je vous le dirai bientôt, c’est promis. Mais auparavant, j’aimerais vous demander une faveur.
Alexandre – Dites toujours... Madison – Je voudrais lire ce manuscrit.
Alexandre – Pourquoi je vous le confierais ?
Madison – Parce qu’au fond de vous-même, vous avez envie que quelqu’un le lise, et vous donne son avis. Un auteur écrit toujours pour être lu... et reconnu. Pour être aimé... Alexandre – La seule personne dont j’aurais voulu me faire aimer... elle a disparu de ma vie il y a plus de quarante ans.
Madison – Où est ce manuscrit ?
Il montre un dossier sur son bureau.
Alexandre – Il est là... Madison – Je peux le voir ?
Elle fait un geste pour le prendre, mais il l’en empêche.
Alexandre – Non !
Elle hésite un instant. Une lueur de tristesse passe dans son regard.
Madison – Finalement, c’est vous qui avez raison. Vous êtes vraiment un vieux con. Je vous laisse vous apitoyer sur vous-même... Elle s’apprête à partir.
Alexandre – Attendez... Il hésite, puis il prend le manuscrit et lui tend.
Alexandre – Je vous autorise à le lire, à une condition.
Madison – Je vous écoute.
Alexandre – Ce manuscrit ne sortira pas d’ici.
Madison – Vous craignez que j’en fasse une copie, et que je le publie sans votre autorisation ?
Alexandre – C’est à prendre ou à laisser.
Elle prend le dossier et le soupèse.
Madison – Ça va me prendre un peu de temps.
Alexandre – Je ne suis pas pressé. Et vous ?
Madison – Moi non plus.
Alexandre – J’ai une chambre d’ami, si vous voulez. Je ne l’utilise plus guère. Tous mes amis sont morts... Madison – Merci de votre hospitalité.
Alexandre – Je vous laisse à votre lecture... Il sort. Elle se plonge dans la lecture du manuscrit.
Noir.
Assise dans un fauteuil, Madison est toujours en train de lire le manuscrit. Elle tourne la dernière page. Elle referme le dossier, et reste pensive un instant. Elle se lève, et regarde du côté de la fenêtre d’en face, côté public. Alexandre arrive avec deux tasses de café. Il en pose une devant elle.
Alexandre – Tenez... Je vous préviens, c’est du déca. Ne comptez pas là-dessus pour vous réveiller.
Madison – Merci.
Alexandre – Alors, vous n’avez pas réussi à aller jusqu’au bout... Madison – Je viens de le finir... Alexandre – Déjà ? Ce n’est pas possible, vous avez dû sauter des pages... Madison – Non, je vous assure... Alexandre semble un peu inquiet du silence qui suit.
Alexandre – Ne vous sentez pas obligée de me dire ce que vous en pensez... Surtout si vous n’avez pas aimé... Madison – Je l’ai dévoré de la première à la dernière page. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit.
Alexandre – Bon... Ça me rassure un peu... Mais je ne pensais pas avoir écrit un roman à suspense... Madison – C’est votre meilleur livre. Il en ressort une humanité qui manquait à tous les autres.
Alexandre – Du coup, je ne sais pas si je dois prendre ça comme un compliment... Pour ce qui est du reste de mon œuvre, en tout cas.
Madison – Vos autres romans étaient brillants. Celui-là est bouleversant.
Alexandre – Et vous avez remarqué ? Le sujet est tout à fait en rapport avec le sujet de votre thèse.
Madison – Ma thèse...?
Alexandre – « La figure de l’absence dans l’univers romanesque d’Alexandre Delacroix. » Vous avez déjà oublié ?
Madison – Non, bien sûr. Et vous avez raison. L’histoire de cet homme qui à vingt ans choisit de vivre avec pour seule compagnie le fantôme d’un amour de jeunesse... Alexandre – On n’oublie jamais son premier amour. Parce qu’on a la nostalgie de sa jeunesse, justement. La nostalgie de toutes ses premières fois... On doit rester fidèle à son premier amour. Même si on ne peut pas toujours rester fidèle à la première femme qu’on a aimée.
Madison – Oui, mais on prend un risque. Celui de vivre dans le passé... Alexandre – En tout cas, il ne faut jamais renoncer à ses rêves. Alors vous pensez que je devrais le publier ?
Madison – Si je vous dis oui, vous le ferez ?
Alexandre – Vous êtes une spécialiste de mon œuvre, après tout.
Madison – Je suis sûre que ce roman peut relancer votre carrière littéraire... Pour moi, il mérite un Goncourt.
Alexandre – N’en faites pas trop quand même. J’apprécie que vous vouliez me remonter le moral. Mais il faut que ça reste crédible... Madison – Je suis tout à fait sincère, je vous assure.
Alexandre – Et parfaitement objective, bien sûr.
Madison – Vous en doutez ?
Alexandre – Je ne sais pas... Quelque chose me dit que vous n’êtes pas seulement venue à Paris pour faire une thèse sur un écrivain passé de mode.
Un temps.
Madison – En effet. Je ne vous ai pas dit toute la vérité.
Alexandre – Vous n’êtes pas malade du cœur. Vous n’avez pas de chat. J’imagine que vous n’êtes pas étudiante non plus... Madison – Ce qui est vrai, c’est que je suis américaine, et que je venue en France pour vous rencontrer.
Alexandre – Vous habitez l’appartement d’en face depuis plusieurs semaines déjà... Pourquoi maintenant ?
Madison – Hier matin, par la fenêtre, je vous ai vu accrocher cette corde au plafond. Puis sortir ce pistolet.
Alexandre – Je n’ai pas trouvé d’endroit pour accrocher la corde.
Madison – J’ai eu peur pour vous. Peur que vous disparaissiez avant que je puisse vous connaître. Je me suis précipitée chez vous... et j’ai improvisé.
Alexandre – C’était très réussi. Vous devriez faire du théâtre... Mais vous savez, dans la vie comme au théâtre, il faut se méfier de ce qu’on voit derrière les rideaux. Ce n’est parfois qu’une illusion. La projection de nos propres fantasmes... Madison – La corde, ce n’était pas pour vous pendre ?
Alexandre – Et si je voulais seulement... accrocher un lustre ?
Madison – Et le pistolet ?
Il sort l’arme du tiroir.
Alexandre – Cela pourrait être un jouet. Une arme factice pour impressionner les cambrioleurs... Ou encore un simple briquet... (Il appuie sur la gâchette et une flamme sort du canon.) Un briquet qui ne me sert plus à rien, d’ailleurs. J’ai tellement peur de mourir que j’ai arrêté de fumer. Mais je garde toujours un paquet de cigarettes à portée de la main, pour me prouver que je suis capable de résister à la tentation. J’ai aussi arrêté l’alcool, et même la caféine. C’est dire si je prends soin de ma santé... Madison – Alors vous n’aviez pas le projet de mettre fin à vos jours ?
Alexandre – Le projet, pas encore. L’envie peut-être. À vrai dire, c’est la seule envie qui me reste encore. L’envie d’en finir. Mais pour se suicider, il faut du courage... Et je n’ai pas ce courage-là. Ou bien je ne suis pas encore assez désespéré. Et puis à quoi bon ? J’attendrai mon tour, comme tout le monde... Madison – Alors notre rencontre serait le fruit d’un simple malentendu ?
Alexandre – J’ai du mal à croire qu’on puisse traverser l’Atlantique seulement pour interviewer un écrivain comme moi. Et je ne crois pas au hasard. Alors pourquoi êtes-vous là ?
Madison – Je vais vous le dire, mais tout d’abord, merci de m’avoir fait l’honneur d’être la première lectrice de ce manuscrit.
Alexandre – Ça vous a vraiment plu ?
Madison – C’est un chef d’œuvre. Mais je vais vous faire une petite critique.
Alexandre – Nous y voilà... Ça m’étonnait, aussi... Je vous écoute.
Madison – Je n’ai pas trouvé la fin tout à fait convaincante... Alexandre – Vous avez raison... C’est une histoire inachevée... Comme s’il manquait un épilogue... Madison – Je pourrais vous aider à le trouver...
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La fenêtre d’en face - Jean Pierre Martinez - pp 16-20.
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Madison – Celui qui était amoureux de cette femme, sur la photo.
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Madison – Il était sans doute plein d’enthousiasme et plein d’espoir.
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Alexandre – Plein d’ambition, en tout cas.
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Madison – Vous n’avez vraiment plus d’amis ?
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Alexandre – C’est pour ça que vous m’avez fait boire ?
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Alexandre – D’accord, c’est vrai.
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Alexandre – Je vous l’ai dit.
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Je n’écris plus pour être lu.
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Ou alors par les générations futures.
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Aux lecteurs d’aujourd’hui, je n’ai plus rien à dire.
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Madison – Même à moi ?
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Alexandre – Je ne vous connais pas.
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Qu’est-ce qui vous fait penser que j’ai quelque chose à vous dire ?
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Alexandre – C’est un roman... très personnel.
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Madison – C’est pour ça que vous ne voulez pas le publier ?
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Parce que c’est trop personnel ?
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Je n’aime pas l’exhibitionnisme.
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Madison – Parce que c’est impossible.
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Alexandre – Ne perdez pas votre temps à faire une thèse sur moi.
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Ça n’en vaut pas la peine, croyez-moi.
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Madison – Pour moi, c’est important.
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Alexandre – Mais pourquoi ?
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Vivez votre vie, bon sang !
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Laquelle ?
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Et votre cœur va très bien.
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Alexandre – Pourquoi m’avoir raconté ça ?
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Madison – Pour vous apitoyer, j’imagine.
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Alexandre – Et pourquoi cela ?
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Vous voulez dire... un chagrin d’amour ?
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Alexandre – Et qu’est-ce que j’ai à voir là-dedans ?
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Madison – Je vous le dirai bientôt, c’est promis.
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Mais auparavant, j’aimerais vous demander une faveur.
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Alexandre – Pourquoi je vous le confierais ?
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Un auteur écrit toujours pour être lu... et reconnu.
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Madison – Où est ce manuscrit ?
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Il montre un dossier sur son bureau.
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Alexandre – Il est là... Madison – Je peux le voir ?
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Elle fait un geste pour le prendre, mais il l’en empêche.
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Alexandre – Non !
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Elle hésite un instant.
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Une lueur de tristesse passe dans son regard.
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Madison – Finalement, c’est vous qui avez raison.
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Vous êtes vraiment un vieux con.
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Alexandre – Je vous autorise à le lire, à une condition.
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Madison – Je vous écoute.
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Alexandre – Ce manuscrit ne sortira pas d’ici.
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Alexandre – C’est à prendre ou à laisser.
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Elle prend le dossier et le soupèse.
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Madison – Ça va me prendre un peu de temps.
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Alexandre – Je ne suis pas pressé.
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Et vous ?
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Madison – Moi non plus.
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Alexandre – J’ai une chambre d’ami, si vous voulez.
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Je ne l’utilise plus guère.
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Tous mes amis sont morts... Madison – Merci de votre hospitalité.
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Alexandre – Je vous laisse à votre lecture... Il sort.
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Elle se plonge dans la lecture du manuscrit.
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Noir.
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Elle tourne la dernière page.
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Elle referme le dossier, et reste pensive un instant.
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Alexandre arrive avec deux tasses de café.
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Il en pose une devant elle.
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Alexandre – Tenez... Je vous préviens, c’est du déca.
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Ne comptez pas là-dessus pour vous réveiller.
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Madison – Merci.
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Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit.
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Il en ressort une humanité qui manquait à tous les autres.
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Madison – Vos autres romans étaient brillants.
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Celui-là est bouleversant.
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Alexandre – Et vous avez remarqué ?
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Le sujet est tout à fait en rapport avec le sujet de votre thèse.
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Madison – Ma thèse...?
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» Vous avez déjà oublié ?
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Madison – Non, bien sûr.
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Et vous avez raison.
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Parce qu’on a la nostalgie de sa jeunesse, justement.
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Madison – Oui, mais on prend un risque.
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Alors vous pensez que je devrais le publier ?
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Madison – Si je vous dis oui, vous le ferez ?
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Alexandre – Vous êtes une spécialiste de mon œuvre, après tout.
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Alexandre – N’en faites pas trop quand même.
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J’apprécie que vous vouliez me remonter le moral.
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Alexandre – Et parfaitement objective, bien sûr.
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Madison – Vous en doutez ?
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Un temps.
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Madison – En effet.
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Je ne vous ai pas dit toute la vérité.
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Alexandre – Vous n’êtes pas malade du cœur.
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Vous n’avez pas de chat.
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Puis sortir ce pistolet.
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Alexandre – Je n’ai pas trouvé d’endroit pour accrocher la corde.
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Madison – J’ai eu peur pour vous.
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Peur que vous disparaissiez avant que je puisse vous connaître.
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Je me suis précipitée chez vous... et j’ai improvisé.
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Alexandre – C’était très réussi.
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Ce n’est parfois qu’une illusion.
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Alexandre – Et si je voulais seulement... accrocher un lustre ?
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Madison – Et le pistolet ?
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Il sort l’arme du tiroir.
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Alexandre – Cela pourrait être un jouet.
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Un briquet qui ne me sert plus à rien, d’ailleurs.
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J’ai tellement peur de mourir que j’ai arrêté de fumer.
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J’ai aussi arrêté l’alcool, et même la caféine.
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Alexandre – Le projet, pas encore.
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L’envie peut-être.
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À vrai dire, c’est la seule envie qui me reste encore.
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L’envie d’en finir.
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Mais pour se suicider, il faut du courage...
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Et je n’ai pas ce courage-là.
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Ou bien je ne suis pas encore assez désespéré.
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Et puis à quoi bon ?
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Et je ne crois pas au hasard.
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Alors pourquoi êtes-vous là ?
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Alexandre – Ça vous a vraiment plu ?
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Madison – C’est un chef d’œuvre.
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Mais je vais vous faire une petite critique.
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La fenêtre d’en face - Jean Pierre Martinez - pp 16-20.

Madison – Celui qui était amoureux de cette femme, sur la photo. Et qui avait encore la fureur de vivre...
Alexandre – Je ne sais pas s’il vous aurait plu.
Madison – Il était sans doute plein d’enthousiasme et plein d’espoir.
Alexandre – Plein d’ambition, en tout cas.
Madison – Vous n’avez vraiment plus d’amis ?
Alexandre – Je ne supporte pas les vieux, alors j’évite au maximum de fréquenter les gens de mon âge. Je n’ai pas envie qu’on me tende en permanence un miroir pour contempler ma décrépitude.
Madison – Je suis sûre que vous n’avez pas cessé d’écrire, pendant toutes ces années.
Alexandre – C’est pour ça que vous m’avez fait boire ? Dans l’espoir que je vous ferais des confidences...
Madison – Un écrivain, c’est fait pour écrire.
Alexandre – D’accord, c’est vrai. J’ai continué à écrire... Mais je ne publierai plus rien...
Madison – Pourquoi ?
Alexandre – Je vous l’ai dit. Je n’écris plus pour être lu. Ou alors par les générations futures. Aux lecteurs d’aujourd’hui, je n’ai plus rien à dire.
Madison – Même à moi ?
Alexandre – Je ne vous connais pas. Qu’est-ce qui vous fait penser que j’ai quelque chose à vous dire ?
Madison – Nous avons peut-être plus en commun que vous ne le pensez...
Alexandre – Hormis le fait que nous sommes tous les deux condamnés à brève échéance ?
Madison – Dites-moi au moins quel est le sujet de votre livre...
Il hésite un instant.
Alexandre – C’est un roman... très personnel.
Madison – Autobiographique, donc...
Alexandre – Disons une autofiction, comme on dit aujourd’hui.
Madison – C’est pour ça que vous ne voulez pas le publier ? Parce que c’est trop personnel ?
Alexandre – Je préfère considérer ce manuscrit comme un journal intime. Je n’aime pas l’exhibitionnisme. Si je publie ça, on dira que sur le tard, je suis devenu un auteur de romans à l’eau de rose...
Madison – Je pensais que vous vous fichiez de ce qu’on pensait de vous.
Alexandre – Il faut croire que je n’en suis pas encore tout à fait arrivé à ce stade de sagesse.
Madison – Parce que c’est impossible.
Alexandre – Ne perdez pas votre temps à faire une thèse sur moi. Ça n’en vaut pas la peine, croyez-moi.
Madison – Pour moi, c’est important.
Alexandre – Mais pourquoi ? Vivez votre vie, bon sang ! Surtout si elle peut s’arrêter d’une minute à l’autre... D’ailleurs, je ne vous crois pas, et vous ne m’avez toujours pas montré ce dossier médical.
Madison – Si vous ne me croyez pas, pourquoi avoir accepté de me parler malgré tout ?
Alexandre – Je me suis dit que pour inventer une histoire pareille, vous deviez avoir une bonne raison. Laquelle ?
Madison – C’est un peu compliqué...
Alexandre – Donc vous mentiez. Et votre cœur va très bien.
Madison – Disons que... mes problèmes de cœur sont plutôt de l’ordre du symbolique.
Alexandre – Pourquoi m’avoir raconté ça ?
Madison – Pour vous apitoyer, j’imagine. Vous vouliez me jeter dehors...
Alexandre – Je pourrais le faire maintenant...
Madison – Mais vous ne le ferez pas.
Alexandre – Et pourquoi cela ?
Madison – Parce que je vous intrigue...
Alexandre – Vous dites que vos problèmes de cœur sont d’ordre symbolique. Vous voulez dire... un chagrin d’amour ?
Madison – En quelque sorte... Comme vous, j’ai souffert de l’absence d’un être aimé.
Alexandre – Et qu’est-ce que j’ai à voir là-dedans ?
Madison – Je vous le dirai bientôt, c’est promis. Mais auparavant, j’aimerais vous demander une faveur.
Alexandre – Dites toujours...
Madison – Je voudrais lire ce manuscrit.
Alexandre – Pourquoi je vous le confierais ?
Madison – Parce qu’au fond de vous-même, vous avez envie que quelqu’un le lise, et vous donne son avis. Un auteur écrit toujours pour être lu... et reconnu. Pour être aimé...
Alexandre – La seule personne dont j’aurais voulu me faire aimer... elle a disparu de ma vie il y a plus de quarante ans.
Madison – Où est ce manuscrit ?
Il montre un dossier sur son bureau.
Alexandre – Il est là...
Madison – Je peux le voir ?
Elle fait un geste pour le prendre, mais il l’en empêche.
Alexandre – Non !
Elle hésite un instant. Une lueur de tristesse passe dans son regard.
Madison – Finalement, c’est vous qui avez raison. Vous êtes vraiment un vieux con. Je vous laisse vous apitoyer sur vous-même...
Elle s’apprête à partir.
Alexandre – Attendez...
Il hésite, puis il prend le manuscrit et lui tend.
Alexandre – Je vous autorise à le lire, à une condition.
Madison – Je vous écoute.
Alexandre – Ce manuscrit ne sortira pas d’ici.
Madison – Vous craignez que j’en fasse une copie, et que je le publie sans votre autorisation ?
Alexandre – C’est à prendre ou à laisser.
Elle prend le dossier et le soupèse.
Madison – Ça va me prendre un peu de temps.
Alexandre – Je ne suis pas pressé. Et vous ?
Madison – Moi non plus.
Alexandre – J’ai une chambre d’ami, si vous voulez. Je ne l’utilise plus guère. Tous mes amis sont morts...
Madison – Merci de votre hospitalité.
Alexandre – Je vous laisse à votre lecture...
Il sort. Elle se plonge dans la lecture du manuscrit.
Noir.
Assise dans un fauteuil, Madison est toujours en train de lire le manuscrit. Elle tourne la dernière page. Elle referme le dossier, et reste pensive un instant. Elle se lève, et regarde du côté de la fenêtre d’en face, côté public. Alexandre arrive avec deux tasses de café. Il en pose une devant elle.
Alexandre – Tenez... Je vous préviens, c’est du déca. Ne comptez pas là-dessus pour vous réveiller.
Madison – Merci.
Alexandre – Alors, vous n’avez pas réussi à aller jusqu’au bout...
Madison – Je viens de le finir...
Alexandre – Déjà ? Ce n’est pas possible, vous avez dû sauter des pages...
Madison – Non, je vous assure...
Alexandre semble un peu inquiet du silence qui suit.
Alexandre – Ne vous sentez pas obligée de me dire ce que vous en pensez... Surtout si vous n’avez pas aimé...
Madison – Je l’ai dévoré de la première à la dernière page. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit.
Alexandre – Bon... Ça me rassure un peu... Mais je ne pensais pas avoir écrit un roman à suspense...
Madison – C’est votre meilleur livre. Il en ressort une humanité qui manquait à tous les autres.
Alexandre – Du coup, je ne sais pas si je dois prendre ça comme un compliment... Pour ce qui est du reste de mon œuvre, en tout cas.
Madison – Vos autres romans étaient brillants. Celui-là est bouleversant.
Alexandre – Et vous avez remarqué ? Le sujet est tout à fait en rapport avec le sujet de votre thèse.
Madison – Ma thèse...?
Alexandre – « La figure de l’absence dans l’univers romanesque d’Alexandre Delacroix. » Vous avez déjà oublié ?
Madison – Non, bien sûr. Et vous avez raison. L’histoire de cet homme qui à vingt ans choisit de vivre avec pour seule compagnie le fantôme d’un amour de jeunesse...
Alexandre – On n’oublie jamais son premier amour. Parce qu’on a la nostalgie de sa jeunesse, justement. La nostalgie de toutes ses premières fois... On doit rester fidèle à son premier amour. Même si on ne peut pas toujours rester fidèle à la première femme qu’on a aimée.
Madison – Oui, mais on prend un risque. Celui de vivre dans le passé...
Alexandre – En tout cas, il ne faut jamais renoncer à ses rêves. Alors vous pensez que je devrais le publier ?
Madison – Si je vous dis oui, vous le ferez ?
Alexandre – Vous êtes une spécialiste de mon œuvre, après tout.
Madison – Je suis sûre que ce roman peut relancer votre carrière littéraire... Pour moi, il mérite un Goncourt.
Alexandre – N’en faites pas trop quand même. J’apprécie que vous vouliez me remonter le moral. Mais il faut que ça reste crédible...
Madison – Je suis tout à fait sincère, je vous assure.
Alexandre – Et parfaitement objective, bien sûr.
Madison – Vous en doutez ?
Alexandre – Je ne sais pas... Quelque chose me dit que vous n’êtes pas seulement venue à Paris pour faire une thèse sur un écrivain passé de mode.
Un temps.
Madison – En effet. Je ne vous ai pas dit toute la vérité.
Alexandre – Vous n’êtes pas malade du cœur. Vous n’avez pas de chat. J’imagine que vous n’êtes pas étudiante non plus...
Madison – Ce qui est vrai, c’est que je suis américaine, et que je venue en France pour vous rencontrer.
Alexandre – Vous habitez l’appartement d’en face depuis plusieurs semaines déjà... Pourquoi maintenant ?
Madison – Hier matin, par la fenêtre, je vous ai vu accrocher cette corde au plafond. Puis sortir ce pistolet.
Alexandre – Je n’ai pas trouvé d’endroit pour accrocher la corde.
Madison – J’ai eu peur pour vous. Peur que vous disparaissiez avant que je puisse vous connaître. Je me suis précipitée chez vous... et j’ai improvisé.
Alexandre – C’était très réussi. Vous devriez faire du théâtre... Mais vous savez, dans la vie comme au théâtre, il faut se méfier de ce qu’on voit derrière les rideaux. Ce n’est parfois qu’une illusion. La projection de nos propres fantasmes...
Madison – La corde, ce n’était pas pour vous pendre ?
Alexandre – Et si je voulais seulement... accrocher un lustre ?
Madison – Et le pistolet ?
Il sort l’arme du tiroir.
Alexandre – Cela pourrait être un jouet. Une arme factice pour impressionner les cambrioleurs... Ou encore un simple briquet... (Il appuie sur la gâchette et une flamme sort du canon.) Un briquet qui ne me sert plus à rien, d’ailleurs. J’ai tellement peur de mourir que j’ai arrêté de fumer. Mais je garde toujours un paquet de cigarettes à portée de la main, pour me prouver que je suis capable de résister à la tentation. J’ai aussi arrêté l’alcool, et même la caféine. C’est dire si je prends soin de ma santé...
Madison – Alors vous n’aviez pas le projet de mettre fin à vos jours ?
Alexandre – Le projet, pas encore. L’envie peut-être. À vrai dire, c’est la seule envie qui me reste encore. L’envie d’en finir. Mais pour se suicider, il faut du courage... Et je n’ai pas ce courage-là. Ou bien je ne suis pas encore assez désespéré. Et puis à quoi bon ? J’attendrai mon tour, comme tout le monde...
Madison – Alors notre rencontre serait le fruit d’un simple malentendu ?
Alexandre – J’ai du mal à croire qu’on puisse traverser l’Atlantique seulement pour interviewer un écrivain comme moi. Et je ne crois pas au hasard. Alors pourquoi êtes-vous là ?
Madison – Je vais vous le dire, mais tout d’abord, merci de m’avoir fait l’honneur d’être la première lectrice de ce manuscrit.
Alexandre – Ça vous a vraiment plu ?
Madison – C’est un chef d’œuvre. Mais je vais vous faire une petite critique.
Alexandre – Nous y voilà... Ça m’étonnait, aussi... Je vous écoute.
Madison – Je n’ai pas trouvé la fin tout à fait convaincante...
Alexandre – Vous avez raison... C’est une histoire inachevée... Comme s’il manquait un épilogue...
Madison – Je pourrais vous aider à le trouver...