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Sur un plateau - JEAN-PIERRE MARTINEZ – ACTE 2.
Gégé et Momo, les deux techniciens, reviennent.
Gégé – C’est quoi, maintenant, sur le plateau numéro 2 ?
Momo – Téléachat.
Gégé – Qu’on nous vende des lessives ou des politiques, de toute façon... Ils nous promettent toujours de laver plus blanc… La télé, c’est toujours du téléachat, non ?
Ils passent un coup de balai par terre, nettoient la table et remettent en place les micros.
Momo – Qu’est-ce que tu en as pensé du centriste ?
Gégé – Ben tu vois, il m’a plutôt déçu en bien.
Momo – Oui, moi aussi.
Gégé – On enlève les fauteuils ?
Momo – Il faut faire de la place pour les produits.
Gégé – Qu’est-ce que c’est comme produits ?
Momo – Des urnes.
Gégé – Non ? Après nous avoir vendu le candidat, ils nous vendent les urnes ?
Momo – Des urnes funéraires !
Gégé – Ah ouais…
Momo – L’après-midi, il n’y a plus que le quatrième âge qui regarde la télé. Il faut reconnaître, ce n’est pas évident de trouver des produits qui les font encore rêver.
Gégé – Tu as raison, juste après la sieste, une bonne promo pour la crémation...
Momo – Vivement la retraite, tiens. Que nous aussi on se la coule douce devant la télé au lieu de bosser dedans.
Gégé – Qui est-ce qui va le présenter, ce téléachat ?
Momo – C’est Samantha, la stagiaire, qui va s’y coller. Je l’ai fait un peu répéter son rôle tout à l’heure. Rien que de la voir serrer une urne funéraire contre sa poitrine, ça donne envie de se faire incinérer.
Gégé – Ah ce point là ?
Momo – C’est de la bombe, je te dis. Tu ne l’as pas encore aperçue ?
Gégé – Je ne crois pas.
Momo – Tu t’en souviendrais, crois-moi… Tiens, la voilà justement…
Samantha, la stagiaire, arrive, paniquée.
Gégé – Ben qu’est-ce qui vous arrive, mon petit ?
Samantha – Oh mon Dieu ! Vous avez vu Delphine ?
Momo – Elle était là tout à l’heure… Qu’est-ce qui se passe ?
Samantha – Je viens de trouver Charles Dalencourt dans les toilettes pour hommes.
Gégé – Les toilettes pour hommes ? Et c’est si grave que ça ?
Delphine – Il est mort !
Samantha repart.
Momo – Dalencourt ? Mort ?
Gégé – Apparemment, ton centriste ne sera jamais Président de la République…
Momo – Oui, ça devient très improbable, en effet. On dirait que dans ce pays, le centre est frappé d’une malédiction. Tout de même, c’est bizarre...
Gégé – Quoi ?
Momo – Qu’est-ce qu’elle faisait dans les toilettes pour hommes…
Gégé – Qui ?
Momo – La stagiaire !
Gégé – Un candidat aux présidentielles est mort, et c’est tout ce qui te paraît bizarre dans cette histoire, toi ?
Momo – Tu crois qu’ils vont maintenir le programme de téléachat.
Gégé – Tu as raison, on ferait mieux d’aller se renseigner. Pas la peine de se fatiguer pour rien…
Ils sortent. Samantha arrive avec Delphine.
Delphine – Mort ? Vous êtes sûre ?
Samantha – J’ai déjà vu des morts à la télé, et croyez-moi, il a l’air très mort.
Delphine – Ce n’est pas vrai ! Il nous aura tout fait, celui-là ! Il faut prévenir Bruno tout de suite.
Samantha – Vous avez raison, je vais aller le chercher…
Mais Bruno arrive.
Bruno – Je suis déjà au courant... Bon sang, il ne manquait plus que ça ! Pour mon premier jour à l’antenne avec Une Volonté, Un Destin, mon invité qui meurt presqu’en direct ! Tu parles d’un baptême du feu. Plus personne ne va vouloir venir dans l’émission…
Delphine – D’un autre côté, l’audience était en chute libre. Ça pourrait relancer l’intérêt du public…
Bruno – Vous croyez ?
Delphine – Quoi qu’il en soit, pour l’instant, il faut appeler la police.
Bruno – C’est déjà fait. Ils seront là dans un instant.
Delphine (à Samantha) – Mais il est mort comment ?
Samantha – Je ne sais pas moi !
Bruno – Pas de vieillesse en tout cas. (À Delphine) Et si vous alliez voir ?
Delphine – Je ne sais pas si… Il vaudrait mieux que personne n’entre dans ces toilettes pour l’instant. C’est la scène de crime…
Samantha – Vous pensez qu’il s’agit d’un crime ?
Delphine – Non, je veux dire… Je n’en sais rien… Mais c’est là qu’on a retrouvé le corps. Il vaut mieux ne toucher à rien avant l’arrivée de la police, non ?
Bruno – Samantha, mon petit, allez mettre un panneau sur la porte des toilettes pour éviter que quelqu’un les utilise avant que ce petit problème ne soit résolu.
Samantha – Et qu’est-ce que je marque dessus ?
Bruno – Je ne sais pas, moi… Improvisez !
Samantha sort.
Bruno – Quelle gourde…
Delphine – C’est vous qui l’avez recrutée…
Bruno – Il faut bien donner sa chance à la jeunesse.
Delphine – Si c’est une œuvre humanitaire alors…
Ramirez et Sanchez (hommes ou femmes) arrivent.
Ramirez (montrant sa carte) – Commissaire Ramirez, et voici mon adjoint, Sanchez.
Bruno – Ah, bonjour Commissaire, nous vous attendions. Bruno Cascaldi, présentateur de cette émission Une Volonté, Un Destin. Et voici mon assistante Delphine Lambal.
Ramirez – Très bien. Alors j’ai une première question à vous poser Monsieur Cascaldi.
Bruno – Je vous écoute.
Ramirez – Vous connaissez le présentateur de la météo sur France 2 ?
Delphine – Vous pensez qu’il a quelque chose à voir avec le décès de Charles Dalencourt ?
Ramirez – Rien ne permet de le supposer pour l’instant. Je voulais seulement savoir si vous étiez intime avec lui. Ma belle-mère l’adore. Si vous pouviez m’avoir un autographe. C’est un de vos amis ?
Bruno – Ma foi… J’ai eu l’occasion de le rencontrer, oui… Dans le métier, vous savez, on se connaît tous. Et puis il a une maison en Provence pas très loin de la mienne.
Sanchez – Vous jouez aux boules avec le présentateur de la météo ?
Bruno – Euh… Non. Pas que je me souvienne… On a peut-être pris un pastis ensemble une fois ou deux…
Delphine – Le corps est dans les toilettes, Commissaire.
Ramirez – Ah oui, le corps... Sanchez, allez jeter un œil sur le cadavre, voulez-vous ?
Sanchez – Oui, Commissaire.
Delphine – C’est par là, je vais vous accompagner…
Ramirez – J’ai horreur de voir des cadavres. Je sais, dans mon métier, je devrais avoir l’habitude, mais non. Je n’arrive pas à m’y faire… Quand il n’y a pas de sang, ça va encore. Il est dans quel état ?
Bruno – Je ne l’ai pas vu non plus, à vrai dire. C’est la stagiaire qui a découvert le corps, et… je vous avoue que moi non plus, je ne suis pas fan de ce genre de spectacle.
Ramirez – Le pire, c’est l’odeur. Les corps en décomposition, c’est une horreur…
Bruno – Aucun risque de ce côté là, Commissaire, je parlais encore avec lui il y a à peine un quart d’heure. Son cadavre est encore chaud, je vous le garantis.
Ramirez – Vous me rassurez, Bruno… Donc il s’agit de Charles Dalencourt, c’est bien ça.
Bruno – Oui, tout à fait.
Ramirez – Son nom me dit quelque chose…
Bruno – Il est député, et on parle de lui pour le Ministère de l’Intérieur… Si vous ne l’aimiez pas, vous avez de la veine, a priori, il n’y a plus guère de chance qu’il soit un jour votre patron…
Ramirez – Vous savez, nous, la politique… Depuis Pétain jusqu’à Mitterrand et encore aujourd’hui, les gouvernements passent, la police reste… Il était de gauche ou de droite, celui-là ?
Bruno – Centriste…
Ramirez – Qui pourrait bien en vouloir à un centriste… Enfin, je veux dire au point de le tuer…
Bruno – Vous pensez qu’il s’agit d’un meurtre, Commissaire ?
Ramirez – Tant qu’à faire, je préférerais. Au moins, je ne me serais pas déplacé pour rien… (Il jette un regard vers le public) Mais dites-moi, c’est qui tous ces gens qui nous regardent, là ?
Bruno – C’est… le public, Commissaire !
Ramirez – Le public ? Je pensais que la télé, on la regardait tout seul dans son salon…
Bruno – L’émission était diffusée en direct, et en public.
Ramirez – Je vois… Bon, eh bien vous leur dites de rester à la disposition de la police, hein ?
Bruno – Vous voulez dire qu’ils ne peuvent pas rentrer chez eux ?
Ramirez – J’en ai peur, cher ami. Après tout, il y a peut-être là des gens qui depuis des années rêvent d’assassiner un centriste.
Bruno – Dans ce cas, Mesdames et Messieurs, je vais vous demander de rester assis à vos places jusqu’à nouvel ordre. Si cette situation venait à se prolonger trop longtemps, bien sûr, nous vous ferons apporter de l’eau minérale et des couvertures. Merci pour votre compréhension, et encore désolé pour cet incident aussi regrettable qu’imprévu.
Ramirez – Eh oui, qu’est-ce que vous voulez. Il y a des jours comme ça. C’est la faute à pas de chance… C’est comme au théâtre. On ne peut pas se barrer avant la fin de la représentation. Vous allez au théâtre de temps en temps, vous ?
Bruno – Rarement, à vrai dire.
Ramirez – Vous avez bien raison. Dimanche dernier, ma femme m’a traîné voir une pièce en matinée. Croyez-moi, si j’avais pu m’échapper à l’entracte…
Bruno – On vous en a empêché…
Ramirez – Pire… Il n’y avait pas d’entracte !
Bruno – Les pièces sans entracte, ça devrait être interdit.
Ramirez – Bon, alors qui d’autre était présent dans ce studio lorsque la mort de Monsieur Dalencourt est survenue ?
Bruno – Voyons voir… Les témoins qu’on avait invités à participer à cette émission pour parler de lui, les techniciens de plateau…
Ramirez – Dans ce cas, personne ne doit sortir d’ici, n’est-ce pas ?
Bruno – Très bien Commissaire.
Ramirez – Vous étiez intime avec la victime ?
Bruno – Intime... non, on ne peut pas dire ça.
Ramirez – Mais vous l’appelez quand même par son prénom.
Bruno – Vous savez, dans ce milieu, on s’appelle tous par nos prénoms et on se fait la bise. Parfois même on couche ensemble. Ça ne veut pas dire qu’on est intimes pour autant… Enfin, nous avons étudié ensemble à HEC il y a quelques années...
Ramirez – Vraiment ? Quel genre d’étudiant était-il ? Bon élève ? Bon camarade ?
Bruno – Déjà un peu fayot, à vrai dire… Mais vous êtes sûr que cela peut faire avancer l’enquête ?
Ramirez – Probablement pas. D’ailleurs, il faudrait d’abord savoir si la mort de Monsieur Dalencourt n’est pas naturelle. Ah, voilà Sanchez qui revient justement…
Sanchez arrive avec Delphine.
Ramirez – Alors, ce cadavre, qu’est-ce qu’il dit ?
Sanchez – À première vue pas grand chose, Commissaire. Pas de sang. Pas de trace de coups. Pas de marques de strangulation. Mais bon, j’ai préféré ne toucher à rien avant l’arrivée du légiste.
Delphine (ravie) – C’est dingue ! J’ai l’impression d’être dans une série policière...
Ramirez – Apparemment, le décès de la victime ne vous perturbe pas plus que ça…
Delphine – C’était la première fois que je le voyais… et il est vrai qu’il n’était pas particulièrement sympathique. Je pense que notre stagiaire vous le confirmera…
Ramirez – Votre stagiaire… C’est elle qui a découvert le corps, je crois. J’aimerais l’entendre, en effet.
Bruno – Je vais la chercher, Commissaire…
Le portable de Sanchez sonne.
Sanchez – Oui... D’accord, j’arrive… Le légiste vient d’arriver, je m’en occupe.
Ramirez – Asseyez-vous là, Mademoiselle.
Delphine s’assied dans un des fauteuils et Ramirez dans l’autre.
Delphine – C’est amusant. J’ai l’impression d’être l’invitée de l’émission…
Ramirez – Ça tombe bien, j’ai toujours rêvé d’être animateur télé.
Delphine – Je peux vous offrir un café, Commissaire.
Ramirez – Non, merci, jamais de café. Après je n’arrive pas à dormir de toute la journée. (Il aperçoit la tasse encore à demi remplie laissée là par Charles) Mais ça qu’est-ce que c’est ?
Delphine – C’est… de la tisane. Celle que Monsieur Dalencourt avait demandé qu’on lui serve pour s’éclaircir la voix avant l’émission.
Ramirez – Je vois… Un truc du métier quand on passe à la télé…
Delphine – Apparemment il n’en a bu que la moitié. Mais ça doit être froid, maintenant…
Ramirez toussote un peu.
Ramirez – Ça ira très bien. Moi aussi, j’ai un chat dans la gorge.
Ramirez vide la tasse de tisane sous le regard interdit de Delphine. Bruno revient.
Bruno – Samantha arrive tout de suite…
Ramirez – Très bien. Alors à nous deux.
Delphine – Je suis prête à répondre à toutes vos questions, Commissaire.
Ramirez – Nom, prénom, âge, qualités…
Delphine – Lambal Delphine. Pour mon âge c’est une information que je ne vous révélerai qu’après avoir reçu quelques coups de bottin sur la tête. Quant à mes qualités, je dirais le courage et la ténacité.
Bruno – Par qualité, je crois que Monsieur le Commissaire pensait plutôt à votre état civil et votre métier.
Delphine – Je suis célibataire, sans enfants à charge, et je suis l’assistante personnelle de Monsieur Bruno Cascaldi.
Ramirez fait un geste vers la régie. Un projecteur est braqué vers Delphine.
Ramirez – Alors, Delphine ? Parlez-moi un peu de vos relations avec Monsieur Cascaldi. J’ai lu dans la presse que votre histoire avec lui n’était pas seulement professionnelle…
Delphine – Vous savez, on raconte tellement de choses dans les journaux…
Ramirez – Vous n’allez pas vous en tirer avec une telle pirouette, Delphine. Le public est là, il vous écoute. Et lui aussi, il a envie de savoir…
Delphine – Ah, le public, c’est vrai… On devrait peut-être les libérer, non ?
Ramirez – Ne vous occupez pas d’eux, ma chère. Ils n’avaient qu’à rester tranquillement chez eux à regarder la télé, comme tout le monde. Mais vous n’avez pas répondu à ma question… Alors, si vous deviez choisir un statut Facebook pour décrire votre relation avec Monsieur Cascaldi ? En couple ? En partenariat domestique ? Dans une relation libre ?
Delphine – Disons plutôt… C’est compliqué.
Ramirez – Je vois… Enfin non, je ne vois pas du tout, en fait…
Sanchez revient avec Samantha, la stagiaire. Elle porte un sac à main contenant quelque chose d’assez volumineux.
Sanchez – Je vous ramène la stagiaire, Commissaire. Elle s’apprêtait à partir, mais j’ai réussi à l’intercepter…
Ramirez – Alors Mademoiselle ? Vous ne vous plaisez pas avec nous ?
Samantha – Mais pas du tout ! J’allais juste…
Ramirez – Nous allons voir ça tout de suite. Des nouvelles du légiste ?
Sanchez – D’après lui, cela ressemblerait à une intoxication, Commissaire.
Ramirez – Une intoxication… volontaire, vous voulez dire ? Un empoisonnement ?
Bruno – Mais qui aurait bien pu vouloir empoisonner Charles Dalencourt ?
Sanchez – Le labo nous en dira sûrement un peu plus tout à l’heure.
Ramirez – Très bien, alors à nous, Samantha.
Samantha (involontairement provocante) – Je suis à l’entière disposition de la police, Commissaire…
Ramirez – Et croyez bien que nous sommes très sensibles à votre désir de coopérer. (Ramirez, cependant, se tortille un peu sur sa chaise.) Sanchez, occupez-vous d’elle, je reviens tout de suite. J’ai un truc à faire aux toilettes.
Delphine – C’est-à-dire que… C’est là où se trouve le cadavre.
Ramirez – Bon, ben j’en profiterai pour jeter un coup d’œil sur le corps au passage.
Sanchez – Posez votre sac, et asseyez-vous là.
Delphine – Je vais vous accompagner, Commissaire.
Ramirez et Delphine sortent. Samantha pose son sac et s’assied.
Samantha – Merci…
Sanchez – Comment vous appelez-vous ?
Samantha – Samantha Roubiniac.
Sanchez – Alors, Samantha ? Que faisiez-vous dans les toilettes pour hommes quand vous avez découvert le corps sans vie de Monsieur Dalencourt ?
Samantha – Eh bien, je…
Sanchez – Convenez que la place d’une dame est plutôt dans les toilettes pour dames… Alors ?
Samantha semble très embarrassée.
Bruno – Elle était avec moi.
Sanchez – Ah oui ?
Bruno – Je suis un gentleman, je ne peux pas laisser Mademoiselle dans l’embarras.
Sanchez – Une chose m’échappe, Monsieur Cascaldi… Pourquoi un gentleman comme vous avait-il besoin de donner rendez-vous à sa stagiaire dans les toilettes pour homme ?
Bruno – Je ne vais pas vous faire un dessin…
Sanchez – Nous verrons plus tard si c’est nécessaire. Mais je peux vous poser une question, Monsieur Cascaldi ?
Bruno – Oui…
Sanchez – Entretenez-vous une relation amoureuse avec Mademoiselle Roubiniac ?
Bruno – Euh… C’est ce que je viens de vous dire, non ?
Sanchez – Ah, pardon, je n’avais pas compris… Ah, d’accord… Mais dans ce cas, Monsieur Cascaldi, pourquoi ne pas avoir dit tout de suite que vous étiez là lorsque votre stagiaire a découvert le corps de Monsieur Dalencourt ?
Bruno – Nous étions tous les deux enfermés dans une cabine des toilettes pour hommes ! Vous comprenez que c’était assez embarrassant…
Sanchez – Embarrassant pour qui ?
Ramirez revient avec Delphine.
Sanchez – Ah ! Du nouveau, Commissaire ?
Ramirez – Je n’ai pas pu utiliser les toilettes pour hommes, il y avait un panneau sur la porte indiquant qu’elles étaient momentanément inutilisables à cause d’un chantier de désamiantage.
Les regards de Bruno et Delphine se tournent vers Samantha.
Samantha – Je me suis dit que c’était l’argument le plus efficace pour éviter que quiconque pénètre dans ces toilettes pendant que le corps s’y trouve toujours…
Ramirez – Quoi qu’il en soit, d’après les premières analyses du légiste, Charles serait mort d’une overdose.
Bruno – Une overdose ? Je ne savais pas qu’il était toxicomane.
Sanchez – Une overdose de quoi, Commissaire ?
Ramirez – Une overdose de tisane, selon l’hypothèse la plus probable.
Bruno – Si c’est votre hypothèse la plus probable, commissaire, j’avoue que je serais assez curieux de savoir quelle serait pour vous la moins probable des hypothèses.
Delphine – Une overdose de tisane ? Je ne savais pas que la tisane pouvait être toxique à ce point…
Ramirez – D’après le légiste, à très haute concentration, si. Apparemment, Monsieur Dalencourt aurait absorbé en une seule tasse une dose massive de tisane Nuit Tranquille. Ce qui l’aurait plongé dans un sommeil profond, proche du coma.
Samantha – Il n’est donc pas mort ?
Ramirez – Pas encore, mais rien ne dit qu’il se réveillera un jour.
Sanchez saisit la tasse vide qui se trouve sur la table et l’examine, songeur.
Sanchez – Et quand vous dites tisane, Commissaire, il pourrait s’agir d’une tisane comme celle que cette tasse vide semble avoir contenue ?
Delphine – Oui, je vous le confirme, c’est bien la même tisane que Monsieur Dalencourt a bu avant son décès. Mais…
Ramirez se sent soudain plutôt mal.
Ramirez – On ne va donc pas tarder à connaître les effets toxiques de ce violent poison…
Sanchez – Mais qui aurait bien pu empoisonner ce breuvage, Commissaire ?
Ramirez se tourne vers le public.
Ramirez – Et ceux-là, vous les avez interrogés ?
Sanchez – Euh… Non, pas encore…
Ramirez – Le coupable pourrait tout aussi bien se trouver parmi eux… Allez faire un tour dans le public Sanchez, et si vous en voyez un qui n’a pas l’air d’avoir la conscience tranquille… Et je ne parle pas de ceux qui ont réussi à se glisser dans la salle sans payer leur billet…
Sanchez descend dans la salle et passe en revue les spectateurs avec un regard soupçonneux. Il y aura place ici pour une petite improvisation selon la nature du public, ses réactions et selon l’inspiration du moment. Sanchez finit par s’arrêter devant un spectateur (ou une spectatrice) qui est en réalité un comédien.
Sanchez – Vous pouvez me suivre, s’il vous plaît ?
Dominique – Pourquoi moi ?
Sanchez – Disons… contrôle au faciès. Mais rassurez-vous, on vous signera un récépissé après vous avoir tabassé et on vous tatouera sur les deux fesses nos numéros matricules, ça vous va ?
Le spectateur le suit à contrecœur.
Ramirez – Fouillez-le.
Sanchez fouille le spectateur façon palpation. Il semble toucher quelque chose de suspect, qu’il retire de la poche de l’imperméable du spectateur avant de l’exhiber sous les yeux de son collègue…
Sanchez – Bingo, Commissaire. Une boîte entière de tisane Nuit Tranquille.
Ramirez – Alors, qu’est-ce que vous avez à dire pour expliquer ça ?
Dominique – C’est pour ma consommation personnelle, Commissaire !
Sanchez – Ils disent tous ça…
Ramirez – Il faudra vérifier la provenance de cette saloperie. Pour éviter d’autres victimes innocentes. Même si c’est de la bonne à l’origine, elle a pu être coupée avec des substances beaucoup plus toxiques.
Sanchez (lisant sur la boîte) – Tilleul, verveine, camomille… Vous avez raison, Commissaire, il y a aussi des colorants et des additifs...
Ramirez – Asseyez-vous là. (Le spectateur s’assied) Vous avez de la chance, mon vieux. C’est votre quart d’heure de célébrité… On va vous interviewer !
Dominique – Mais je n’ai rien fait, je vous jure !
Sanchez – C’est ça, vous allez au théâtre après avoir absorbé de la tisane Nuit Tranquille, alors que tout le monde se bourre de café pour ne pas s’endormir, et vous pensez qu’on va vous croire ?
Ramirez – Va chercher le bottin, Sanchez.
Le spectateur a l’air terrorisé.
Bruno – Tout de même, vous n’allez pas maltraiter un de nos spectateurs… On a déjà du mal à les faire venir… Imaginez les critiques désastreuses dans la presse et sur BilletReduc…
Ramirez – Rassurez-vous, c’est juste pour trouver les coordonnées d’un livreur de pizza. J’ai les crocs, moi, pas vous ?
Samantha – Je vais vous trouver ça, Commissaire.
Samantha revient avec un bottin qu’elle tend à Sanchez.
Sanchez – Voyons voir… Pizza, pizza… Ça devrait faire l’affaire… (Il compose un numéro.) Comme d’habitude, Commissaire ?
Ramirez – On ne change pas une équipe qui gagne.
Sanchez – Oui, ce serait pour faire livrer deux pizzas… Une Margarita avec un supplément de fromage et une Napolitaine. L’adresse ? (Fièrement) Alors nous sommes actuellement en tournage dans les studios de Canal Direct Plus. Oui, la chaîne de télé, c’est ça… Ah, vous savez où c’est ? Très bien. Merci.
Il range son portable.
Ramirez – Bon alors où on en était, nous…
Sanchez – Qu’est-ce qu’on va boire avec ça ?
Ramirez – Tu n’as pas commandé nos bières ?
Sanchez – Ça m’est complètement sorti de l’idée, Commissaire.
Ramirez s’adresse au spectateur.
Ramirez – Bon, va nous chercher deux canettes, toi.
Dominique – Moi ?
Sanchez – Oui, toi !
Delphine – Vous n’avez pas peur qu’il ne revienne pas ?
Sanchez – Pas avec ça.
Bruno – Un bracelet électronique ?
Sanchez – Combiné avec un taser. On a bricolé ça nous-mêmes. C’est imparable.
Bruno – Ah, oui… J’ai un truc assez similaire pour dresser mon berger allemand…
Ramirez – Oui, c’est un peu de ça qu’on s’est inspiré, c’est vrai.
Il met à la cheville du spectateur un bracelet électronique.
Bruno – On devrait généraliser le système pour les spectateurs de théâtre. Ça limiterait les risques d’évasion pendant l’entracte.
Sanchez – Allez, va chercher, toi !
Le spectateur sort.
Ramirez – Revenons à nos moutons…
Sanchez – Donc la stagiaire se tape l’animateur dans les toilettes…
Delphine – Pardon ?
Sanchez – Désolé, si je comprends bien, vous n’étiez pas au courant…
Ramirez – Je crains qu’en ce qui concerne votre statut Facebook, vous ne deviez bientôt passer de la mention « c’est compliqué » à la mention « C’est très compliqué »…
Delphine jette un regard haineux vers la stagiaire.
Delphine – Traînée !
Samantha – Garce.
Sanchez – Allons, mesdames, un peu de tenue. Je vous rappelle que cet interrogatoire est enregistré en direct et en public…
Ramirez – Tentative d’assassinat par administration massive de tisane Nuit Tranquille… C’est curieux, ça me rappelle étrangement une autre affaire.
Sanchez – Vous pensez que nous pourrions avoir affaire à un serial killer ?
Ramirez – À moins qu’il ne s’agisse tout simplement d’un crime crapuleux.
Delphine – Mais pourquoi ?
Ramirez – C’est vrai qu’on n’a pas le mobile…
Bruno – Il rêvait de devenir président, mais il faut bien avouer que ses chances étaient assez minces.
Samantha – Ce n’était pas Kennedy, c’est clair.
Delphine – Un centriste, ça ne dérange personne.
Sanchez – Un centriste dans le coma, encore moins.
Bruno – Même si la différence avec un centriste qui n’est pas dans le coma n’est pas toujours parfaitement perceptible à l’œil nu.
Silence perplexe.
Ramirez – Amenez-moi les invités, on va les cuisiner aussi.
Samantha – Je vais les chercher.
Sanchez – À propos de cuisine, je meurs de faim moi. Pas vous, Commissaire ?
Ramirez – Je ne sais pas ce que j’ai, je n’ai pas d’appétit. J’espère que ce n’est pas les premiers effets de cette infusion toxique que je viens d’avaler.
Sanchez – C’est curieux… Moi quand je fume un pétard, ça me donne faim…
Samantha revient avec Claudine.
Ramirez – Alors la petite dame. Assez perdu de temps comme ça. Vous avouez tout de suite, ou vous préférez que je vous passe un peu à tabac avant ?
Claudine – C’est vrai, quand je l’avais pour élève à l’école primaire Notre-Dame-de-la-Bonne-Espérance, je le détestais. C’était ma tête de turc. Mais Commissaire, vous imaginez bien que la charité chrétienne m’interdit de céder au désir de la vengeance.
Ramirez – C’est ça, mémé, à d’autres, hein ? Passe moi le taser, Sanchez, ça va lui rafraîchir un peu la mémoire à cette vieille bigote.
Claudine – D’accord, autrefois, j’ai pensé à le noyer pendant la récréation en lui maintenant la tête dans la cuvette des toilettes. Mais je n’ai pas eu le courage…
Sanchez – Ça a été la seule fois ?
Claudine – Je lui ai mis aussi un peu de mort-aux-rats dans son goûter, mais ça n’a pas vraiment marché. Et puis c’était il y a des années, Commissaire. Il y a prescription, n’est-ce pas ?
Sanchez – Mais bien sûr, Mémé, ne vous inquiétez pas… Si une maîtresse d’école ne peut pas se débarrasser des gosses les plus bruyants de sa classe, comment faire régner un peu d’ordre dans l’école de la République ?
Ramirez – J’espère que personne dans la salle n’a confié ses enfants à une baby-sitter du même genre pour venir assister au spectacle… Bon, qu’est-ce qu’il fout, lui, avec nos bières ?
Sanchez – Je vais accélérer un peu le mouvement, Commissaire.
Il sort une sorte de télécommande et appuie dessus. Le spectateur apparaît aussitôt, les cheveux dressés sur la tête comme s’il venait de recevoir une décharge de haute tension. Il tend deux cartons de pizzas et deux canettes de bière aux policiers.
Ramirez – Eh ben voilà !
Dominique – J’ai croisé le livreur de pizzas en revenant…
Ils ouvrent les cartons et Sanchez commence à manger assez salement.
Sanchez – Vous en voulez ?
Delphine – Non, merci…
Sanchez – Vous avez tort, elle est très bonne.
Ramirez – Bon allez, la vioque, tu peux te casser. Au suivant…
Delphine – À l’accueil, on vous remettra une urne en guise de dédommagement pour tous ces petits tracas.
Bruno – Histoire que vous ne gardiez pas un trop mauvais souvenir de votre passage dans notre émission.
Delphine – De toute façon, on a dû annuler notre session de téléachat et on ne sait pas quoi faire des produits.
Claudine – Une urne ? Merci, c’est très gentil…
Claudine s’en va. Philippine arrive.
Ramirez – Bon, alors vous aussi vous détestiez la victime, j’imagine ?
Philippine – Mais pas du tout, je l’adorais ! Je lui vouais même un véritable culte…
Ramirez – Fouille-la, elle a une tête qui ne m’inspire pas. Et tu sais qu’en termes de délit de faciès, je me trompe rarement.
Sanchez la fouille et sort de sa poche une figurine à l’image de Charles avec une écharpe tricolore, et des aiguilles plantées dedans.
Sanchez – Et vous aviez encore raison, Commissaire…
Ramirez – Cette poupée avec des aiguilles plantées dans les yeux… Elle ressemble beaucoup à la victime, non ? Alors c’est ça, le culte que vous lui réserviez ?
Philippine – D’accord, j’ai essayé de lui lancer un sort. Mais ça n’a jamais marché, je vous jure !
Sanchez – Jusqu’à aujourd’hui, en tout cas…
Ramirez – Bon allez, qu’elle se barre aussi. On ne va pas se mettre à faire tourner les tables, non plus… On fait dans la police scientifique, nous. On n’est pas des exorcistes…
Philippine s’en va. On entend des bruits de lutte et la baronne Cassandra Von Kronenbourg débarque sur le plateau malgré les efforts de Gégé et Momo qui tentent de l’en empêcher.
Cassandra – Lâchez-moi, bande de brutes ! Moi aussi, j’ai des choses à dire !
Momo – Allons, soyez raisonnable…
La baronne se débat pour échapper aux deux gorilles.
Cassandra – Mais enfin, laissez-moi passer !
Ramirez – C’est qui cette folle ?
Delphine – C’est la belle-mère de la victime, Commissaire.
Ramirez – La belle-doche ? Sachez Mademoiselle que dans 10% des affaires criminelles d’ordre familial, c’est la belle-mère qui assassine son gendre. Ou l’inverse… Laissez-la passer, on va l’interroger. (Gégé et Momo lâchent la baronne.) Asseyez-vous, chère Madame.
Cassandra – Ah, quand même… Merci monsieur… Vous au moins, vous êtes un vrai gentleman… (Elle remet un peu d’ordre dans sa tenue et sa coiffure et s’assied avec coquetterie) Alors ça y est ? On peut commencer ? (Comme si elle passait à la télé) Bonjour à tous. Je suis la Baronne Cassandra Von Kronenbourg.
Ramirez – Et donc, vous connaissez très bien Charles Dalencourt…
Cassandra – Si je le connais ? C’est mon gendre ! Et sans flagornerie, contrairement à tous les témoignages malveillants que j’ai pu entendre jusque là, je dois même dire que Charles est le gendre idéal !
Ramirez – Le gendre idéal ? Vous voulez dire, du fait de l’état où il est en ce moment ?
Cassandra – C’est vrai que pour moi, savoir que ma fille est mariée avec un homme qui fera peut-être d’elle la Première Dame de France… C’est une fierté. Car de ce fait, je deviendrais automatiquement, si je puis dire, la première Belle-Mère de France. J’en profite pour saluer ma fille, qui nous regarde sans doute en ce moment…
Elle fait un discret petit signe de la main.
Ramirez – Donc, selon vous, vous n’aviez aucune raison de vouloir l’assassiner ?
Cassandra – Assassiner mon gendre ? Mais enfin, c’est ridicule ! (À Delphine) Mademoiselle, vous pourriez m’indiquer où se trouve la caméra ? Je ne la vois pas…
Delphine – La caméra ? Mais il n’y a pas de caméra. Enfin, je veux dire…
Cassandra – Pas de caméra ? Mais enfin, je suis bien sur le plateau de l’émission Une Volonté, Un Destin, non ? Et ce monsieur qui me pose des questions, c’est bien le célèbre animateur Bruno Cascaldi ?
Ramirez – Qu’est-ce qu’elle dit ?
Delphine – Elle vous prend pour Cascaldi…
Bruno – Je crois que Madame a cru qu’elle était interviewée dans le cadre de l’émission…
Ramirez émet un soupir de lassitude.
Ramirez – Bon, allez, embarquez-moi ça.
Sanchez emmène Cassandra vers les coulisses.
Cassandra – Mais enfin, c’est insensé ! On veut me faire taire ! C’est un complot !
Ramirez – Faites venir les techniciens. Il n’y a qu’eux qu’on n’a pas encore interrogés.
Delphine fait entrer Gégé et Momo, toujours en bleus de travail. Sanchez revient.
Ramirez – Salut les siamois. Alors qu’est-ce que vous aviez à lui reprocher, vous, à Dalencourt ? Puisque tout le monde avait l’air de le détester…
Gégé – Lui reprocher ?
Momo – Rien du tout.
Ramirez – Il était homophobe, c’est ça ?
Gégé – Homophobe ? Non. Enfin, je n’en sais rien.
Sanchez – Il militait contre le mariage gay ?
Momo – Mais qu’est-ce que cela aurait à voir avec nous, de toute façon ?
Sanchez – Allez, les gars, on ne nous la fait pas. Ne me dites pas que vous deux…
Ramirez – La salopette, les moustaches, le look Super Mario…
Gégé et Momo s’approchent du commissaire, menaçants.
Momo – Qu’est-ce que vous voulez insinuer ?
Gégé – Non mais on va lui faire bouffer son micro…
Delphine s’interpose pour mettre fin à l’affrontement qui se prépare.
Delphine – Je vous en prie, Messieurs, non ! Assez de violence pour aujourd’hui ! J’avoue, Commissaire, c’est moi qui ai versé un sachet de laxatif dans la tisane de Monsieur Dalencourt.
Ramirez – De laxatif ? Mais pourquoi ?
Delphine – Pour lui donner une bonne leçon ! Il avait été désagréable avec tout le monde, ici… Mais je ne vois pas en quoi cela aurait pu le tuer…
Ramirez – Un laxatif ? Alors c’était seulement ça ? Vous me rassurez. Comme j’en ai bu moi aussi… Mais ça n’explique pas l’état dans lequel Monsieur Dalencourt se trouve actuellement, en effet…
Arrive Charles, titubant.
Sanchez – Ah, voilà qui va relancer l’enquête. Dans une affaire criminelle, il est très rare qu’on puisse avoir le témoignage de la victime.
Ramirez – Alors mon vieux ? Dites-nous tout. Qui a essayé de vous tuer ?
Charles – Me tuer ?
Sanchez – Vous ne vous souvenez plus de rien, c’est ça ?
Charles – Ah si, ça me revient. J’avais une envie pressante. Je suis entré dans les toilettes et… en ressortant j’ai vu Samantha. Je lui ai demandé ce qu’elle faisait dans les toilettes pour hommes, et c’est à partir de là où je perds le fil…
Samantha – Bruno venait de sortir. Monsieur Dalencourt a essayé d’abuser de la situation… Je lui ai donné un coup avec mon sac à main pour me dégager.
Ramirez – Puisque l’honneur d’une demoiselle est en jeu, alors…
Sanchez – Mais qu’est-ce que vous avez dans votre sac à main ? Une enclume ?
Sanchez prend le sac de Samantha et en sort une imprimante.
Ramirez – Qu’est-ce que vous faites avec une imprimante dans votre sac à main ?
Sanchez – C’est juste une sécurité, au cas où on viendrait à attenter à votre vertu ?
Ramirez – Vous savez qu’une bombe lacrymogène, c’est beaucoup plus léger…
Delphine – Oui, c’est d’autant plus curieux que cette imprimante ressemble furieusement à celle qui a disparu de mon bureau ce matin.
Samantha – J’avais besoin d’une imprimante, et ce n’est pas avec ce qu’on me paie ici…
Ramirez – C’est clair que de recevoir ça sur la tronche, c’est plus efficace qu’une dose de Nuit Tranquille…
Sanchez – Vous voulez porter plainte ?
Charles – Ce ne sera pas nécessaire… Dans ma position, je préférerais que cette affaire ne s’ébruite pas trop, vous comprenez. Je peux m’en aller maintenant ?
Ramirez – Mais je vous en prie…
Charles s’en va. Samantha et Delphine lui emboîtent le pas.
Bruno – Merci Commissaire. Je vous suis très reconnaissant d’avoir conduit cette enquête avec une telle discrétion et une telle délicatesse.
Ramirez – À charge de revanche.
Bruno – Mais j’y pense, ça vous dirait de participer à l’émission ?
Ramirez – En tant qu’invité d’honneur ?
Delphine – Nous recevons aussi des personnes représentatives de la société civile. Et en tant que policier, vous êtes en quelque sorte un héros social…
Ramirez – Vraiment ?
Bruno – Avec tout ça, on a dû annuler le tournage du téléachat. On pourrait mettre en boîte cette interview maintenant. Puisque vous êtes là.
Ramirez – Pourquoi pas ? Alors je passerai à la télé ?
Bruno – Ce n’est pas TF1, mais bon…
Ramirez – C’est ma femme qui va être contente. D’accord. Je m’assieds là ?
Bruno – Tout à fait. Et cette fois, c’est moi qui pose les questions…
Ramirez – Je n’ai pas tellement l’habitude d’y répondre, mais je ferai de mon mieux…
Bruno – On va faire une petite répétition à blanc avant de lancer la caméra, d’accord ? C’est parti… Alors Monsieur Ramirez, comme vous le savez, la police est assez mal aimée dans notre pays. À votre avis pourquoi ?
On entend des éclats de voix. Samantha et Delphine arrivent sur scène en se serrant mutuellement le cou.
Bruno – Ah, je crois que nous allons devoir interrompre notre interview…
Ramirez – Qu’est-ce qui se passe encore ?
Bruno – Un petit différend domestique, apparemment…
Ramirez – C’est pas vrai ! Pour une fois que j’avais une chance de passer à la télé…
Il sort son taser et vise les deux filles qui se mettent à se tordre avant de s’écrouler.
Ramirez – Voilà, comme ça on va être tranquilles cinq minutes. Croyez-moi, c’est plus radical que la tisane.
Bruno – Ouah… Vous pourriez me fournir un truc comme ça ? Je crois que ça m’aiderait beaucoup dans mes relations professionnelles.
Ramirez – Si vous arrivez à me trouver un autographe du présentateur de la météo pour ma belle-doche…
Bruno – Je vais voir ce que je peux faire… Allez, on y retourne direct. Vous êtes prêts à la régie ? Générique.
Générique de l’émission.
Noir.
Fin