AMOUR PROPRE ET ARGENT SALE - Jean Pierre MARTINEZ - SCÈNE 6 - FIN -
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SCENE 6 Frédéric is reading his father's diary. He seems moved. Delphine arrives.
Delphine – Up already...?
Frédéric closes the diary.
Frédéric – I didn’t sleep a wink last night.
Delphine pours herself a coffee.
Delphine – I know...Neither did I... Frédéric – I really had to read this.
Delphine – Do you feel like talking to me about it?
Frédéric – It’s strange... I knew nothing about my begetter, and now that he is dead, I know more about him than any child will ever know about his father.
Delphine – I hope this will help you reconcile a little with him.
Frédéric - I would have preferred to do it while he was still alive, but anyway . . . Delphine - Will you tell me about it?
Frédéric - Of course . . . You can even read it. A little later . . . Delphine – All right.
Frédéric - Believe me, there's enough here to write a novel.
Delphine - Are you going to do it?
Frédéric - I'm too emotionally involved, I couldn't. Besides, you're the writer, aren't you?
Delphine - Yes . . . Well, I haven't written anything yet . . . Frédéric - I don't believe you.
Delphine – OK, j’ai quelques notes dans mes tiroirs. Et un début de roman... Frédéric – J’ai hâte de lire ça... Delphine – Et si tu étais déçu ?
Frédéric – Rien de ce qui vient de toi ne pourra jamais me décevoir.
Delphine – Maintenant, c’est moi qui vais avoir besoin que tu crois en moi.
Frédéric – Attention... J’ai dit que ça ne me décevrait pas, je n’ai pas dit que je trouverai ça forcément bon... Delphine – Si c’est si mauvais que ça, tu me le diras ?
Frédéric – À ton avis ?
Delphine – Je crois que tu sauras me le faire comprendre.
Frédéric – Un jour, je te montrerai mon premier tableau.
Delphine – Tu l’as gardé ?
Frédéric – Je ne le montre à personne, tu penses bien. Mais quand je doute vraiment de moi, j’y jette un coup d’œil. Je me rends compte du chemin parcouru, et ça me remonte le moral. Pour un temps au moins, parce qu’après je pense au chemin qui reste à faire.
Delphine – Je serais curieuse de voir ça... Frédéric – Tu verras. Ça te rendra plus indulgente avec ton premier roman. Tu crois vraiment que Léonard de Vinci a peint la Joconde du premier coup ? Le génie, ça n’existe pas. La vérité ou la perfection non plus. Le génie, c’est une détermination totale à persévérer dans l’erreur. Jusqu’à parvenir à se tromper d’une façon sublime.
Ils s’apprêtent à s’embrasser, mais la sonnette retentit. Delphine va ouvrir et revient avec Vanessa, plutôt apaisée et souriante, un sac en papier à la main.
Vanessa – Salut Fred. Bonjour Delphine. Tiens, je vous ai apporté des chouquettes.
Frédéric – Qu’est-ce qu’ils ont tous en ce moment avec ça ? Il y a une promo sur les chouquette à la boulangerie du coin ?
Delphine – Tu veux un café ?
Vanessa – Oui, merci.
Frédéric – Ça a l’air d’aller mieux, toi ?
Vanessa – Je vais divorcer.
Frédéric – Dans ton cas, j’imagine que c’est une bonne nouvelle.
Vanessa – C’en est une.
Delphine – Vous êtes arrivés à un arrangement avec Marc ? À l’amiable... Frédéric – Il ne t’a pas demandé de lui laisser la moitié de ton héritage, au moins ?
Vanessa – Non. Il ne m’a rien demandé du tout. Je ne sais pas pourquoi, maintenant il est très gentil avec moi.
Delphine – Et tu ne lui as rien promis en échange de son consentement pour le divorce ?
Vanessa – Rien... Même en ce qui concerne les enfants, il est d’accord pour me laisser la garde exclusive... Frédéric – C’est ce que tu voulais, non ?
Vanessa – Bien sûr. C’est pour ça que je ne voulais pas divorcer, avant d’avoir la certitude de pouvoir les garder avec moi.
Frédéric – Tu crois qu’il aurait été capable de faire du mal aux enfants ?
Vanessa – Je ne sais pas... Delphine – Et... tu as une idée de ce qui a pu le faire changer d’attitude aussi brusquement ?
Vanessa – Non... (Un temps) La dernière fois, il est revenu à la maison avec des traces de coups sur le visage. Je ne sais pas s’il y a un rapport... Frédéric – Ah oui... Peut-être un peu quand même... Vanessa – Tu sais qui a bien pu lui faire ça ?
Frédéric – En tout cas, ce n’est pas moi, je te le jure.
Vanessa a l’air mal à l’aise.
Delphine – Je vais finir de me préparer.
Delphine sort.
Frédéric – Tu as autre chose à me dire ?
Vanessa – Oui... Frédéric – Je t’écoute.
Vanessa – Maman me parlait beaucoup, tu sais... Surtout vers la fin de sa vie... Elle me faisait des confidences parfois... Frédéric – Plus qu’à moi, en tout cas... Et ?
Vanessa – Il y a une chose qu’elle ne t’a jamais dite... Enfin, je crois... Une chose que je voudrais que tu saches... Frédéric – D’accord... Vanessa – En réalité, si ton père est parti... Frédéric – « Mon » père ? C’est aussi le tien, non ?
Vanessa – Justement... Si Charles est parti... c’est parce qu’elle l’avait trompé.
Frédéric – Pardon ?
Vanessa – En fait, je ne suis pas sa fille. C’est en l’apprenant que Charles a décidé de partir en Amérique.
Frédéric – C’est maman qui t’a dit ça ?
Vanessa – Oui.
Frédéric – OK... (Un temps) Et moi ?
Vanessa – Toi ?
Frédéric – Je suis le fils de qui ?
Vanessa – Tu es bien le fils de Charles, rassure-toi.
Frédéric – S’agissant d’un proxénète un peu narcotrafiquant, je ne suis pas sûr que ça me rassure, mais bon... Très bien... Vanessa – Enfin, pour toi, elle n’a rien dit, en tout cas.
Frédéric – D’accord... Et toi, tu es la fille de qui ?
Vanessa – Du meilleur ami de Charles, qui était aussi son associé, je crois. Un certain Karl qui a disparu lui aussi peu de temps après ma naissance.
Frédéric – Pas dans des circonstances mystérieuses, j’espère... Vanessa – Maman ne l’a jamais revu. Et moi non plus, évidemment... Frédéric – Et ça expliquerait que Charles nous ait tous abandonnés ?
Vanessa – Il s’est senti trahi. Par sa femme. Par son ami. Il n’a pas pu le supporter. C’est pour ça qu’il est parti en Amérique.
Frédéric – Et c’est maintenant que tu me le dis ?
Vanessa – C’est surtout moi que ça regardait.
Frédéric – Alors pourquoi m’en parler aujourd’hui ?
Vanessa – Je vais accepter cet héritage... Tu envisages de le refuser... Ce serait aberrant que tout cet argent me revienne, plutôt qu’à toi, alors que moi je ne suis même pas sa fille... Frédéric – Il t’a reconnu, non ? Tu portes son nom.
Vanessa – Quand il est allé me déclarer à la mairie, il ignorait encore que je n’étais pas sa fille.
Frédéric – Tu n’es pas responsable de tout ça, Vanessa. Tu es comme moi, tu as subi. Pour moi, tu seras toujours ma sœur... Pour le meilleur et surtout pour le pire... Vanessa – Alors tu veux bien partager avec moi ?
Frédéric – Bien sûr... Je ne saurais déjà pas quoi faire de cinq millions, alors dix, tu penses bien.
Vanessa – Merci, Fred... Tu sais, en réalité, je ne t’ai jamais détesté... autant que j’en avais l’air.
Frédéric – C’est un aveu qui me touche beaucoup.
Vanessa – Je crois qu’en réalité, j’étais jalouse de toi.
Frédéric – De moi ? Je suis un artiste raté. Je vis aux crochets de ma femme. Et d’après elle, je suis un donneur de leçons... Vanessa – Oui, c’est... Ce n’est pas faux non plus... Frédéric – Et donc, tu es jalouse de quoi, au juste ?
Vanessa – De ton indépendance, j’imagine. Tu as choisi ta vie. Contre vents et marées. Tu as essayé de réaliser ton rêve... Tu n’as pas réussi... Frédéric – Merci... Vanessa – Mais au moins tu as essayé.
Frédéric – Ouais... Pas toi ?
Vanessa – Mon problème, à moi, c’est que je n’avais pas de rêve du tout... Alors je me suis contentée de me marier, avec quelqu’un qui s’occuperait bien de moi. Enfin, c’est ce que je pensais... Frédéric – Alors toi non plus, tu penses qu’on n’a pas le choix... Vanessa – Le choix...? La vie, c’est comme le scrabble. La règle est la même pour tous, et on te fait croire que chacun a la même chance de gagner. Mais quand tu tires des lettres de merde au début, et que ça continue en cours de route... Des w, des k, des y... Frédéric – Tu en rajoutes quelques-unes, tu peux faire whisky.
Vanessa – C’est ce que j’ai fait... Whisky, Vodka, Raki... Étreinte fraternelle.
Frédéric – Je suis vraiment désolé. J’avais ça sous les yeux, et je n’ai rien vu... Vanessa – Oui... Pour un peintre... c’est un comble. Ne rien voir... Frédéric – Je m’en veux... J’étais ton grand frère, c’était à moi de te protéger.
Vanessa – Mon demi-grand-frère... Frédéric préfère revenir à la plaisanterie.
Frédéric – Tu as raison... La bonne nouvelle, dans tout ça, c’est que... tu n’es que ma demi-sœur, finalement.
Vanessa – Et malgré ça, tous tes ennuis, c’est à cause de moi, tu vois... Frédéric – Bizarrement, ça ne m’étonne pas... Vanessa – Je t’ai aussi raconté ça pour que tu sois un peu plus indulgent avec ton père.
Frédéric – Après... tous les maris trompés ne partent pas en Amérique pour ouvrir des bordels... Vanessa – Non... C’est le destin, comme tu dis. Il faut croire que ça aussi, c’était écrit d’avance... Frédéric – Ouais... Vanessa – Et toi ?
Frédéric – Quoi moi ?
Vanessa – Puisqu’on est à l’heure des confidences... Tu sais quelque chose que je devrais savoir ?
Frédéric – Pas encore... Vanessa – Comment ça, pas encore ?
Frédéric – Carlos m’a remis... le journal de papa. Je n’ai pas encore fini de le lire.
Vanessa – Je pensais qu’il n’y avait que les jeunes filles un peu dépressives qui écrivaient un journal... Frédéric – Il faut croire que ce vieux maquereau avait lui aussi sa part de féminité.
Frédéric lui tend le journal, et elle le feuillette. On sonne. Delphine arrive avec Carlos.
Carlos – Voilà, tous les papiers sont là. Vous n’avez qu’à signer.
Vanessa – Très bien.
Carlos – Mais avant, il faut que je vous dise quelque chose.
Frédéric – Encore ? Décidément, vous savez ménager vos effets.
Delphine – Oui... Vous devriez écrire des pièces de théâtre... Frédéric – Je vous écoute... Mais je crains le pire... Carlos – Au Mexique, votre père avait pris sous sa protection une enfant. Une orpheline qui a maintenant cinq ans... Frédéric – C’est l’âge que j’avais quand il m’a abandonné... Carlos – Votre père n’a pas eu le temps, avant de mourir, d’adopter cette enfant en bonne et due forme... Vanessa – Et ?
Carlos – Le projet de votre père était de la ramener en France, pour qu’elle puisse bénéficier d’une bonne éducation, et d’un meilleur avenir. Évidemment, maintenant... Frédéric – Je crois que je commence à comprendre... Vanessa – Et vous dites que ce n’est pas sa fille naturelle.
Carlos – C’est l’enfant d’une prostituée qui travaillait dans l’un de ses établissements, et qui est décédée peu de temps après la naissance. Évidemment, on ne sait pas qui est le père... Un temps.
Vanessa – Et notre héritage, c’est à la condition que nous nous occupions de cet enfant ?
Carlos – Ce n’est pas stipulé dans un testament, puisque Charles n’en avait pas fait. Mais il est évident que c’est sans aucun doute ce que votre père aurait souhaité... Vanessa – Je ne sais pas quoi dire... Fred, qu’est-ce que tu en penses ?
Frédéric – Est-ce qu’on a vraiment le choix...?
Carlos – D’un strict point de vue légal, vous pouvez très bien accepter cet héritage, et ne pas vous préoccuper du devenir de cet enfant.
Delphine – Légalement, oui. Mais ce serait monstrueux... Frédéric – Vous avez une photo ?
Carlos – Bien sûr.
Vanessa – Tu es conscient, Frédéric, que si nous regardons cette photo, ne serait-ce qu’une seconde, nous ne pourrons plus revenir en arrière... Frédéric – Donnez-moi cette photo.
Carlos lui tend la photo, et il la regarde, longuement. Avant de la passer à Vanessa.
Vanessa – Non, désolée... Je ne peux pas... Pas maintenant... Delphine prend la photo, et la regarde. Elle échange avec Frédéric un regard lourd de sens.
Frédéric – Vous avez encore beaucoup de nouvelles comme ça ? Parce que sinon, autant tout nous dire d’un coup... Carlos – Je crois que cette fois, vous savez tout.
Frédéric – Ça m’étonnerait.
Carlos – Disons... tout ce que vous avez besoin de savoir.
Silence.
Vanessa – Moi j’ai déjà deux enfants... Et je n’ai plus de mari... Frédéric – Mais tu es multimillionnaire.
Carlos – C’est une décision importante. Si vous le souhaitez, je peux vous laisser quelque temps pour réfléchir.
Frédéric – Si on réfléchit, on dira non. Ma sœur a raison, je réfléchis trop.
Carlos – Donc c’est oui ?
Frédéric – Delphine ?
Delphine – On n’a pas eu d’enfant. Je ne sais pas vraiment pourquoi.
Frédéric – Mon histoire personnelle ne m’a pas beaucoup encouragé à fonder une famille.
Delphine – Je n’ai pas insisté. Pour ne pas te perdre. Ce sera l’enfant que nous n’avons pas eu ensemble... Frédéric – Ça justifiera de prendre cet argent. Pour cette enfant. Pour lui offrir une vie heureuse. En tout cas une vie meilleure... Vanessa – Oui, pour elle ce sera une réparation, et pour vous, ce sera une sorte... de punition. (Les autres la regardent, étonnés). Je veux dire, pour avoir accepté de l’argent sale... Frédéric – Je ne voulais pas prendre cet argent par amour propre. Mais finalement, amour propre, argent sale... L’amour non plus, ce n’est pas toujours propre... Carlos – J’ai aussi les papiers d’adoption pour l’enfant... Si vous êtes d’accord, vous n’avez qu’à signer.
Delphine – Et cette enfant, elle est où ?
Carlos – Dans un orphelinat au Mexique.
Un temps.
Frédéric – Nous acceptons cet héritage. Et nous adoptons cet enfant... Vanessa – Merci... Je vous aiderai, je vous le promets.
Delphine (à Vanessa) – Je suis sûre que tu feras une tante formidable... Carlos – Dans ce cas, vous n’avez plus qu’à signer.
Frédéric – Très bien.
Carlos – Vous ne voulez pas lire d’abord ?
Frédéric – Je ne sais vraiment pas pourquoi, mais je vous fais confiance.
Frédéric et Vanessa signent les documents.
Carlos – Avec cette procuration, je ferai toutes les démarches à votre place. Vous serez avertis des transferts de titres de propriété et des virements.
Delphine – Et pour l’enfant ?
Carlos – Avec ces papiers, vous pourrez aller la chercher en toute légalité. Dans quelques semaines... Delphine – Nous irons dès que possible.
Carlos – Merci.
Vanessa – Tu as fait le bon choix, Frédéric.
Frédéric – Je ne pense pas que j’avais le choix. Mais c’était le bon choix quand même.
Carlos – Alors je vais vous laisser. En famille.
Delphine – Merci... Carlos s’apprête à partir.
Vanessa – On se reverra ?
Carlos – Dieu seul le sait... Mais de loin, je continuerai à prendre de vos nouvelles... Delphine et Vanessa s’éloignent un instant. Frédéric s’adresse à Carlos en aparté.
Frédéric – Et pour ma sœur ? C’est vous qui avez su parler à son mari ?
Carlos – Nous avons eu une petite conversation, en effet. Je lui ai rappelé quelques points de droit concernant la législation sur les héritages.
Frédéric – Vous êtes vraiment très pédagogue, parce que jusqu’à maintenant, il ne voulait rien entendre... Ma sœur m’a dit qu’il avait le visage un peu tuméfié... J’imagine que lorsque vous dites quelques points de droit, ça inclut aussi quelques directs du droit pour souligner l’importance de vos propos ?
Carlos – Je lui ai laissé le choix entre le divorce et le veuvage. En lui précisant que pour le veuvage, je parlais de celui de sa femme. Il a très bien compris.
Frédéric – Pourquoi faites-vous tout ça pour nous ?
Carlos – Je vous l’ai dit, votre père était un ami. J’ai l’habitude de régler ses affaires... Frédéric – Et il était comment mon père ? Comme ami... Carlos – Pas très démonstratif. Mais c’était quelqu’un sur qui on pouvait compter. Il aurait pu mourir pour vous... Vanessa s’approche.
Vanessa – Je vais y aller aussi. Les enfants m’attendent. On s’est installés à l’hôtel, provisoirement. (À Carlos) Vous pouvez me déposer ?
Carlos – Bien sûr... Carlos et Vanessa s’en vont.
Delphine – Tu crois qu’elle s’est déjà trouvé un nouveau protecteur ?
Frédéric – J’ai cru que tu allais dire souteneur... (Incrédule) Non...? Il pourrait être son père.
Delphine – Au point où on en est, rien ne pourrait plus m’étonner... Frédéric – Qu’est-ce que tu veux dire ?
Delphine – C’est peut-être lui, l’ami de ton père... Son associé qui aurait couché avec sa femme.
Frédéric – Et qui serait le père de Vanessa ?
Delphine – C’était comment, le prénom de ce type qui aurait lui aussi mystérieusement disparu ?
Frédéric – Karl.
Delphine – Karl, Carlos... Avoue que c’est troublant.
Frédéric – Je crois qu’on commence à délirer, non ?
Delphine – Oui... Et puis aussi bien, c’est ta mère qui a inventé tout ça.
Frédéric – Tu crois...?
Delphine – Il faut bien dire que sur la fin, elle perdait sérieusement la tête, non ?
Frédéric – Et pourquoi elle aurait inventé ce... Karl ? Pourquoi elle aurait prétendu avoir trompé mon père ? Ce n’est pas vraiment le genre de choses dont on se vante.
Delphine – Je ne sais pas... Peut-être pour justifier que votre père vous ait abandonnés. Pour vous aider à assumer ça. C’est dur d’accepter qu’un père vous abandonne sans raison. Là au moins, il avait une raison. Elle prenait la faute sur elle, en quelque sorte... Frédéric – Ouais... Delphine – Ou alors, elle était tout simplement folle.
Frédéric – Bon... Je ne sais pas si on peut dire que tout est bien qui finit bien.
Delphine – On va quand même toucher cinq millions... Frédéric – Je vais pouvoir continuer à peindre.
Delphine – Et pour moi, ce sera ma dernière rentrée.
Frédéric – Ta prochaine, ce sera la rentrée littéraire... Delphine – Et notre premier voyage de millionnaire, ce sera le Mexique.
Frédéric – Tu veux dire notre dernier voyage de couple sans enfant. Parce qu’après... Delphine – Finalement, il avait un bon fond, ce Carlos.
Frédéric – Oui. Ce qui est sûr c’est qu’il avait une bonne droite.
Le téléphone sonne.
Delphine – Oui... Le Crédit Solidaire...? Ah, oui... Frédéric – Passe-les moi... (Il prend le combiné) Oui... Écoutez, cher Monsieur, je suis vraiment désolé, mais nous allons devoir changer de banque... Oui, c’est ça... Nous allons prendre une banque plus en rapport avec notre patrimoine... Bonjour chez vous.
Delphine – Ça te réussit, la paternité.
Frédéric – Je n’attendais que ça pour devenir tout à fait un homme... Il jette un regard à son ordinateur qui vient d’émettre un son.
Frédéric – Tiens, une nouvelle commande... de mon client mystère.
Delphine – Ce ne serait donc pas ton père, finalement ?
Frédéric – Qui alors ?
Delphine – Cet avocat mexicain...? Tu m’as dit qu’il appréciait beaucoup ta peinture... Frédéric – Peut-être... Delphine – Ou alors... c’est que ton père n’est pas vraiment mort.
Frédéric – Pardon...?
Delphine – Carlos a dit qu’on n’avait jamais retrouvé son corps. Pour un type recherché par la police, mourir est une bonne solution.
Frédéric – Avant de renaître, sous une fausse identité. Mais il resterait reconnaissable !
Delphine – Il y a aussi la chirurgie esthétique.
Frédéric – Et il aurait abandonné son enfant ?
Delphine – Ce ne serait pas la première fois qu’il change de vie en abandonnant tout derrière lui.
Frédéric – Et puis il ne l’abandonne pas vraiment, puisqu’il a réussi à nous le refourguer.
Delphine – Il ne peut pas l’emmener dans sa cavale, c’est tout, et il voulait assurer son avenir. Comme le nôtre, d’ailleurs... Frédéric – Tu crois ?
Delphine – Et si c’était lui ?
Frédéric – Lui ?
Delphine – Carlos, ton père !
Frédéric – Mais enfin, je l’aurais reconnu !
Delphine – S’il s’est fait refaire le visage... Frédéric – Tout de même... Delphine – Tu ne l’as presque pas connu... Et puis Charles... Carlos... Carlos, c’est bien Charles en espagnol, non... Frédéric – Alors d’après toi, Charles, Karl et Carlos, ce serait une seule et même personne...?
Delphine – C’est juste une hypothèse. On ne saura probablement jamais...
Silence.
Frédéric – Je ne sais pas si on le reverra un jour... Delphine – C’est peu probable. C’est trop dangereux pour lui... Frédéric regarde la photo de la petite Mexicaine.
Delphine – Tu crois que c’est vrai ce qu’il nous a raconté ?
Frédéric – Quoi ?
Delphine – Que c’est la fille d’une prostituée, née de père inconnue... C’est peut-être sa fille à lui... Il ressemblait à quoi, ton père ?
Frédéric –Je ne sais plus très bien.
Delphine – Tu n’as pas de photo ?
Frédéric – J’ai tout brûlé.
Delphine – On dirait qu’elle te ressemble un peu... Frédéric – Tu crois ?
Delphine – C’est toi qui as raison. Percer le mystère d’un visage, c’est l’œuvre d’une vie.
Frédéric – Et encore, on n’est même pas sûr d’y arriver.
Delphine – Surtout quand les gens changent de visage volontairement... Frédéric – J’ai l’impression qu’on n’en a pas fini avec ce roman familial... Mais est-ce qu’on peut encore appeler ça une famille ?
Delphine – On va en avoir une tout de même... Frédéric – Oui... Une enfant à qui nous donnerons pendant vingt ans tous les soins et l’amour dont elle a besoin, et qui nous reprochera pendant le restant de sa vie tout ce qu’on n’a pas fait pour elle. En nous rendant responsables de tout ce qui ne va pas dans sa vie... Delphine – J’ai hâte de commencer.
Frédéric – Moi aussi... Delphine – Je crois que j’ai une idée pour mon premier livre. Ce ne sera pas un roman, mais une pièce de théâtre. J’ai déjà le titre : Amour propre et argent sale... Frédéric – Ou l’inverse.
Elle regarde le tableau.
Delphine – Ce visage, c’est celui de ton père, non ?
Le portable de Frédéric sonne.
Frédéric – Oui ? Oui, c’est moi... Non, ce n’est pas moi qui... D’accord... Non, non, demain, à 15 heures, c’est très bien. Parfait... Alors à demain... Merci... (Il range son portable) C’était la directrice de Tendances Contemporaines à Paris. Elle veut faire un accrochage de mes toiles dans sa galerie.
Delphine – Non ?
Frédéric – Je t’assure... J’espère que ce n’est pas une blague.
Delphine – Je ne crois pas, non.
Frédéric – Et si c’était Carlos ?
Delphine – Carlos ?
Frédéric – Enfin... Charles... Ou Karl... Il est peut-être allé les voir... Il leur a proposé de l’argent... Ou pire... Il les a menacés... Delphine – Ta confiance en toi m’étonnera toujours... Alors tu penses qu’une galerie ne peut accepter de présenter tes toiles que sous la menace ?
Frédéric – Désolé... C’est le manque d’habitude... Mais ils ont dit qu’ils connaissaient déjà mon travail... Il y a bien quelqu’un qui... Delphine – C’est moi.
Frédéric – Toi ?
Delphine – Je suis allée les voir avec ton catalogue.
Frédéric – Et ils me prennent sur catalogue ?
Delphine – Ça les a intéressés. Ils sont venus ici, et je leur ai montré tes toiles. Un jour où tu n’étais pas là.
Frédéric – Pourquoi ne rien m’avoir dit ?
Delphine – Je ne voulais pas que tu sois déçu. Au cas où cela ne marcherait pas... Et puis de toute façon, tu n’y aurais pas cru.
Frédéric – Mais toi tu y croyais.
Delphine – J’ai toujours cru en toi.
Frédéric – Finalement, je suis comme Dieu ou le Père Noël... J’ai besoin qu’on croit en moi pour continuer d’exister.
Delphine – Tout le monde a envie de croire au Père Noël, quand il vous apporte cinq millions d’euros dans sa hotte... Ils s’embrassent. Elle regarde le tableau.
Delphine – Tu as fini ton portrait ?
Frédéric – Je crois... Delphine – C’est magnifique... Ce sera la pièce maîtresse de ta première exposition à Paris.
Frédéric – Oui... Delphine – Il ressemble un peu à Dieu, non ?
Frédéric – Je ne sais pas... Il ressemble à quoi, Dieu ?
Delphine – À l’image qu’on s’en fait, j’imagine.
Frédéric considère lui aussi le tableau.
Frédéric – Ou au Père Noël... Celui qu’on ne voit jamais mais qui vous apporte des cadeaux... Delphine – On essaiera de faire quelque chose de propre avec toute cette saleté.
Frédéric – En espérant qu’on ait vraiment le choix.
Delphine – Alors espérons... Et si finalement il s’avère qu’on n’avait pas le choix... on aura toujours eu l’espérance.
Frédéric – L’espoir fait vivre... Delphine – Rassure-moi, tu ne vas pas te mettre à citer des proverbes à tout bout de champ, comme ta sœur ?
Frédéric – Ma demi-sœur... Enfin, je crois...
Noir Fin
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SCÈNE 6 Frédéric lit le journal de son père.
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Il semble ému.
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Delphine arrive.
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Delphine – Déjà levé...?
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Frédéric referme le journal.
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Frédéric – Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit.
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Delphine se sert un café.
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Delphine – Tu veux m’en parler ?
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Delphine – J’espère que ça t’aidera à te réconcilier un peu avec lui.
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Frédéric – Bien sûr... Tu pourras même le lire.
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Un peu plus tard... Delphine – D’accord.
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Frédéric – Crois-moi, il y a de quoi écrire un roman.
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Delphine – Tu vas le faire ?
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Frédéric – Ça me touche de trop près, je ne pourrais pas.
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Et puis c’est toi l’écrivain, non ?
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Delphine – OK, j’ai quelques notes dans mes tiroirs.
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Frédéric – À ton avis ?
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Delphine – Je crois que tu sauras me le faire comprendre.
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Frédéric – Un jour, je te montrerai mon premier tableau.
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Delphine – Tu l’as gardé ?
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Frédéric – Je ne le montre à personne, tu penses bien.
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Mais quand je doute vraiment de moi, j’y jette un coup d’œil.
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Je me rends compte du chemin parcouru, et ça me remonte le moral.
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Delphine – Je serais curieuse de voir ça... Frédéric – Tu verras.
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Ça te rendra plus indulgente avec ton premier roman.
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Le génie, ça n’existe pas.
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La vérité ou la perfection non plus.
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Jusqu’à parvenir à se tromper d’une façon sublime.
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Ils s’apprêtent à s’embrasser, mais la sonnette retentit.
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Vanessa – Salut Fred.
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Bonjour Delphine.
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Tiens, je vous ai apporté des chouquettes.
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Frédéric – Qu’est-ce qu’ils ont tous en ce moment avec ça ?
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Il y a une promo sur les chouquette à la boulangerie du coin ?
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Delphine – Tu veux un café ?
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Vanessa – Oui, merci.
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Frédéric – Ça a l’air d’aller mieux, toi ?
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Vanessa – Je vais divorcer.
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Frédéric – Dans ton cas, j’imagine que c’est une bonne nouvelle.
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Vanessa – C’en est une.
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Delphine – Vous êtes arrivés à un arrangement avec Marc ?
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Vanessa – Non.
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Il ne m’a rien demandé du tout.
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Je ne sais pas pourquoi, maintenant il est très gentil avec moi.
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Vanessa – Bien sûr.
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Frédéric – En tout cas, ce n’est pas moi, je te le jure.
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Vanessa a l’air mal à l’aise.
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Delphine – Je vais finir de me préparer.
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Delphine sort.
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Frédéric – Tu as autre chose à me dire ?
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Vanessa – Oui... Frédéric – Je t’écoute.
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Et ?
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C’est aussi le tien, non ?
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Frédéric – Pardon ?
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Vanessa – En fait, je ne suis pas sa fille.
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C’est en l’apprenant que Charles a décidé de partir en Amérique.
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Frédéric – C’est maman qui t’a dit ça ?
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Vanessa – Oui.
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Frédéric – OK... (Un temps) Et moi ?
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Vanessa – Toi ?
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Frédéric – Je suis le fils de qui ?
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Vanessa – Tu es bien le fils de Charles, rassure-toi.
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Frédéric – D’accord...
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Et toi, tu es la fille de qui ?
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Vanessa – Il s’est senti trahi.
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Par sa femme.
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Par son ami.
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Il n’a pas pu le supporter.
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C’est pour ça qu’il est parti en Amérique.
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unit 98
Frédéric – Et c’est maintenant que tu me le dis ?
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unit 99
Vanessa – C’est surtout moi que ça regardait.
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unit 100
Frédéric – Alors pourquoi m’en parler aujourd’hui ?
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unit 102
Tu portes son nom.
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unit 104
Frédéric – Tu n’es pas responsable de tout ça, Vanessa.
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unit 105
Tu es comme moi, tu as subi.
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unit 109
Frédéric – C’est un aveu qui me touche beaucoup.
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unit 110
Vanessa – Je crois qu’en réalité, j’étais jalouse de toi.
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unit 111
Frédéric – De moi ?
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unit 112
Je suis un artiste raté.
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unit 113
Je vis aux crochets de ma femme.
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unit 115
Vanessa – De ton indépendance, j’imagine.
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Tu as choisi ta vie.
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Contre vents et marées.
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Frédéric – Ouais... Pas toi ?
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unit 122
La vie, c’est comme le scrabble.
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unit 126
Frédéric – Je suis vraiment désolé.
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unit 134
Frédéric – Quoi moi ?
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unit 136
Frédéric – Pas encore... Vanessa – Comment ça, pas encore ?
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unit 137
Frédéric – Carlos m’a remis... le journal de papa.
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unit 138
Je n’ai pas encore fini de le lire.
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unit 140
Frédéric lui tend le journal, et elle le feuillette.
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unit 141
On sonne.
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Delphine arrive avec Carlos.
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unit 143
Carlos – Voilà, tous les papiers sont là.
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Vous n’avez qu’à signer.
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unit 145
Vanessa – Très bien.
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Carlos – Mais avant, il faut que je vous dise quelque chose.
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unit 147
Frédéric – Encore ?
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unit 148
Décidément, vous savez ménager vos effets.
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unit 154
Évidemment, on ne sait pas qui est le père... Un temps.
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Frédéric – Est-ce qu’on a vraiment le choix...?
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unit 160
Delphine – Légalement, oui.
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unit 161
Mais ce serait monstrueux... Frédéric – Vous avez une photo ?
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Carlos – Bien sûr.
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Carlos lui tend la photo, et il la regarde, longuement.
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Avant de la passer à Vanessa.
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Elle échange avec Frédéric un regard lourd de sens.
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Frédéric – Vous avez encore beaucoup de nouvelles comme ça ?
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Frédéric – Ça m’étonnerait.
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Carlos – Disons... tout ce que vous avez besoin de savoir.
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Silence.
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Vanessa – Moi j’ai déjà deux enfants...
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unit 175
Carlos – C’est une décision importante.
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Frédéric – Si on réfléchit, on dira non.
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Ma sœur a raison, je réfléchis trop.
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Carlos – Donc c’est oui ?
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Frédéric – Delphine ?
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Delphine – On n’a pas eu d’enfant.
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Je ne sais pas vraiment pourquoi.
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Delphine – Je n’ai pas insisté.
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Pour ne pas te perdre.
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Pour cette enfant.
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Pour lui offrir une vie heureuse.
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(Les autres la regardent, étonnés).
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Delphine – Et cette enfant, elle est où ?
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Carlos – Dans un orphelinat au Mexique.
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Un temps.
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Frédéric – Nous acceptons cet héritage.
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Frédéric – Très bien.
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Carlos – Vous ne voulez pas lire d’abord ?
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Frédéric et Vanessa signent les documents.
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Delphine – Et pour l’enfant ?
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Dans quelques semaines... Delphine – Nous irons dès que possible.
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Carlos – Merci.
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Vanessa – Tu as fait le bon choix, Frédéric.
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Frédéric – Je ne pense pas que j’avais le choix.
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Mais c’était le bon choix quand même.
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Carlos – Alors je vais vous laisser.
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En famille.
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Delphine – Merci... Carlos s’apprête à partir.
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Vanessa – On se reverra ?
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Frédéric s’adresse à Carlos en aparté.
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Frédéric – Et pour ma sœur ?
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C’est vous qui avez su parler à son mari ?
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Carlos – Nous avons eu une petite conversation, en effet.
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Carlos – Je lui ai laissé le choix entre le divorce et le veuvage.
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En lui précisant que pour le veuvage, je parlais de celui de sa femme.
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Il a très bien compris.
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Frédéric – Pourquoi faites-vous tout ça pour nous ?
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Carlos – Je vous l’ai dit, votre père était un ami.
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Comme ami... Carlos – Pas très démonstratif.
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Mais c’était quelqu’un sur qui on pouvait compter.
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Il aurait pu mourir pour vous... Vanessa s’approche.
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Vanessa – Je vais y aller aussi.
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Les enfants m’attendent.
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On s’est installés à l’hôtel, provisoirement.
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(À Carlos) Vous pouvez me déposer ?
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Carlos – Bien sûr... Carlos et Vanessa s’en vont.
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Il pourrait être son père.
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Delphine – C’est peut-être lui, l’ami de ton père...
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Son associé qui aurait couché avec sa femme.
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Frédéric – Et qui serait le père de Vanessa ?
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Frédéric – Karl.
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Delphine – Karl, Carlos... Avoue que c’est troublant.
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Frédéric – Je crois qu’on commence à délirer, non ?
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Delphine – Oui...
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Et puis aussi bien, c’est ta mère qui a inventé tout ça.
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Frédéric – Tu crois...?
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Frédéric – Et pourquoi elle aurait inventé ce... Karl ?
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Pourquoi elle aurait prétendu avoir trompé mon père ?
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Ce n’est pas vraiment le genre de choses dont on se vante.
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Pour vous aider à assumer ça.
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C’est dur d’accepter qu’un père vous abandonne sans raison.
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Là au moins, il avait une raison.
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Delphine – Et pour moi, ce sera ma dernière rentrée.
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Frédéric – Tu veux dire notre dernier voyage de couple sans enfant.
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Frédéric – Oui.
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Ce qui est sûr c’est qu’il avait une bonne droite.
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Le téléphone sonne.
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Delphine – Oui...
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Le Crédit Solidaire...?
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Delphine – Ça te réussit, la paternité.
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Frédéric – Tiens, une nouvelle commande... de mon client mystère.
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Delphine – Ce ne serait donc pas ton père, finalement ?
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Frédéric – Qui alors ?
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Delphine – Cet avocat mexicain...?
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Frédéric – Pardon...?
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Delphine – Carlos a dit qu’on n’avait jamais retrouvé son corps.
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Pour un type recherché par la police, mourir est une bonne solution.
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Frédéric – Avant de renaître, sous une fausse identité.
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Mais il resterait reconnaissable !
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Delphine – Il y a aussi la chirurgie esthétique.
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Frédéric – Et il aurait abandonné son enfant ?
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Comme le nôtre, d’ailleurs... Frédéric – Tu crois ?
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Delphine – Et si c’était lui ?
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Frédéric – Lui ?
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Delphine – Carlos, ton père !
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Frédéric – Mais enfin, je l’aurais reconnu !
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Delphine – C’est juste une hypothèse.
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On ne saura probablement jamais...
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Silence.
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Delphine – Tu crois que c’est vrai ce qu’il nous a raconté ?
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Frédéric – Quoi ?
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Frédéric –Je ne sais plus très bien.
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Delphine – Tu n’as pas de photo ?
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Frédéric – J’ai tout brûlé.
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Delphine – C’est toi qui as raison.
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Percer le mystère d’un visage, c’est l’œuvre d’une vie.
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Frédéric – Et encore, on n’est même pas sûr d’y arriver.
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Ce ne sera pas un roman, mais une pièce de théâtre.
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Elle regarde le tableau.
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Delphine – Ce visage, c’est celui de ton père, non ?
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Le portable de Frédéric sonne.
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Frédéric – Oui ?
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Oui, c’est moi...
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Non, ce n’est pas moi qui... D’accord...
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Non, non, demain, à 15 heures, c’est très bien.
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Elle veut faire un accrochage de mes toiles dans sa galerie.
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Delphine – Non ?
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Delphine – Je ne crois pas, non.
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Frédéric – Et si c’était Carlos ?
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Delphine – Carlos ?
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Frédéric – Toi ?
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Delphine – Je suis allée les voir avec ton catalogue.
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Frédéric – Et ils me prennent sur catalogue ?
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Delphine – Ça les a intéressés.
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Ils sont venus ici, et je leur ai montré tes toiles.
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Un jour où tu n’étais pas là.
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Frédéric – Pourquoi ne rien m’avoir dit ?
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Delphine – Je ne voulais pas que tu sois déçu.
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Au cas où cela ne marcherait pas...
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Et puis de toute façon, tu n’y aurais pas cru.
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Frédéric – Mais toi tu y croyais.
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Delphine – J’ai toujours cru en toi.
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Elle regarde le tableau.
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Delphine – Tu as fini ton portrait ?
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Frédéric – Oui... Delphine – Il ressemble un peu à Dieu, non ?
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Frédéric – Je ne sais pas... Il ressemble à quoi, Dieu ?
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Delphine – À l’image qu’on s’en fait, j’imagine.
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Frédéric considère lui aussi le tableau.
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Frédéric – En espérant qu’on ait vraiment le choix.
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Delphine – Alors espérons...
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Frédéric – Ma demi-sœur... Enfin, je crois...
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Noir Fin
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SCÈNE 6

Frédéric lit le journal de son père. Il semble ému. Delphine arrive.
Delphine – Déjà levé...?
Frédéric referme le journal.
Frédéric – Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit.
Delphine se sert un café.
Delphine – Je sais... Moi non plus...
Frédéric – Il fallait absolument que je lise ça.
Delphine – Tu veux m’en parler ?
Frédéric – C’est curieux... Je ne savais rien de mon géniteur, et maintenant qu’il est mort, j’en sais plus sur lui que n’importe quel enfant n’en saura jamais sur son père.
Delphine – J’espère que ça t’aidera à te réconcilier un peu avec lui.
Frédéric – J’aurais préféré le faire de son vivant, mais bon...
Delphine – Tu me raconteras ?
Frédéric – Bien sûr... Tu pourras même le lire. Un peu plus tard...
Delphine – D’accord.
Frédéric – Crois-moi, il y a de quoi écrire un roman.
Delphine – Tu vas le faire ?
Frédéric – Ça me touche de trop près, je ne pourrais pas. Et puis c’est toi l’écrivain, non ?
Delphine – Oui... Enfin, je n’ai encore rien écrit...
Frédéric – Je ne te crois pas.
Delphine – OK, j’ai quelques notes dans mes tiroirs. Et un début de roman...
Frédéric – J’ai hâte de lire ça...
Delphine – Et si tu étais déçu ?
Frédéric – Rien de ce qui vient de toi ne pourra jamais me décevoir.
Delphine – Maintenant, c’est moi qui vais avoir besoin que tu crois en moi.
Frédéric – Attention... J’ai dit que ça ne me décevrait pas, je n’ai pas dit que je trouverai ça forcément bon...
Delphine – Si c’est si mauvais que ça, tu me le diras ?
Frédéric – À ton avis ?
Delphine – Je crois que tu sauras me le faire comprendre.
Frédéric – Un jour, je te montrerai mon premier tableau.
Delphine – Tu l’as gardé ?
Frédéric – Je ne le montre à personne, tu penses bien. Mais quand je doute vraiment de moi, j’y jette un coup d’œil. Je me rends compte du chemin parcouru, et ça me remonte le moral. Pour un temps au moins, parce qu’après je pense au chemin qui reste à faire.
Delphine – Je serais curieuse de voir ça...
Frédéric – Tu verras. Ça te rendra plus indulgente avec ton premier roman. Tu crois vraiment que Léonard de Vinci a peint la Joconde du premier coup ? Le génie, ça n’existe pas. La vérité ou la perfection non plus. Le génie, c’est une détermination totale à persévérer dans l’erreur. Jusqu’à parvenir à se tromper d’une façon sublime.
Ils s’apprêtent à s’embrasser, mais la sonnette retentit. Delphine va ouvrir et revient avec Vanessa, plutôt apaisée et souriante, un sac en papier à la main.
Vanessa – Salut Fred. Bonjour Delphine. Tiens, je vous ai apporté des chouquettes.
Frédéric – Qu’est-ce qu’ils ont tous en ce moment avec ça ? Il y a une promo sur les chouquette à la boulangerie du coin ?
Delphine – Tu veux un café ?
Vanessa – Oui, merci.
Frédéric – Ça a l’air d’aller mieux, toi ?
Vanessa – Je vais divorcer.
Frédéric – Dans ton cas, j’imagine que c’est une bonne nouvelle.
Vanessa – C’en est une.
Delphine – Vous êtes arrivés à un arrangement avec Marc ? À l’amiable...
Frédéric – Il ne t’a pas demandé de lui laisser la moitié de ton héritage, au moins ?
Vanessa – Non. Il ne m’a rien demandé du tout. Je ne sais pas pourquoi, maintenant il est très gentil avec moi.
Delphine – Et tu ne lui as rien promis en échange de son consentement pour le divorce ?
Vanessa – Rien... Même en ce qui concerne les enfants, il est d’accord pour me laisser la garde exclusive...
Frédéric – C’est ce que tu voulais, non ?
Vanessa – Bien sûr. C’est pour ça que je ne voulais pas divorcer, avant d’avoir la certitude de pouvoir les garder avec moi.
Frédéric – Tu crois qu’il aurait été capable de faire du mal aux enfants ?
Vanessa – Je ne sais pas...
Delphine – Et... tu as une idée de ce qui a pu le faire changer d’attitude aussi brusquement ?
Vanessa – Non... (Un temps) La dernière fois, il est revenu à la maison avec des traces de coups sur le visage. Je ne sais pas s’il y a un rapport...
Frédéric – Ah oui... Peut-être un peu quand même...
Vanessa – Tu sais qui a bien pu lui faire ça ?
Frédéric – En tout cas, ce n’est pas moi, je te le jure.
Vanessa a l’air mal à l’aise.
Delphine – Je vais finir de me préparer.
Delphine sort.
Frédéric – Tu as autre chose à me dire ?
Vanessa – Oui...
Frédéric – Je t’écoute.
Vanessa – Maman me parlait beaucoup, tu sais... Surtout vers la fin de sa vie... Elle me faisait des confidences parfois...
Frédéric – Plus qu’à moi, en tout cas... Et ?
Vanessa – Il y a une chose qu’elle ne t’a jamais dite... Enfin, je crois... Une chose que je voudrais que tu saches...
Frédéric – D’accord...
Vanessa – En réalité, si ton père est parti...
Frédéric – « Mon » père ? C’est aussi le tien, non ?
Vanessa – Justement... Si Charles est parti... c’est parce qu’elle l’avait trompé.
Frédéric – Pardon ?
Vanessa – En fait, je ne suis pas sa fille. C’est en l’apprenant que Charles a décidé de partir en Amérique.
Frédéric – C’est maman qui t’a dit ça ?
Vanessa – Oui.
Frédéric – OK... (Un temps) Et moi ?
Vanessa – Toi ?
Frédéric – Je suis le fils de qui ?
Vanessa – Tu es bien le fils de Charles, rassure-toi.
Frédéric – S’agissant d’un proxénète un peu narcotrafiquant, je ne suis pas sûr que ça me rassure, mais bon... Très bien...
Vanessa – Enfin, pour toi, elle n’a rien dit, en tout cas.
Frédéric – D’accord... Et toi, tu es la fille de qui ?
Vanessa – Du meilleur ami de Charles, qui était aussi son associé, je crois. Un certain Karl qui a disparu lui aussi peu de temps après ma naissance.
Frédéric – Pas dans des circonstances mystérieuses, j’espère...
Vanessa – Maman ne l’a jamais revu. Et moi non plus, évidemment...
Frédéric – Et ça expliquerait que Charles nous ait tous abandonnés ?
Vanessa – Il s’est senti trahi. Par sa femme. Par son ami. Il n’a pas pu le supporter. C’est pour ça qu’il est parti en Amérique.
Frédéric – Et c’est maintenant que tu me le dis ?
Vanessa – C’est surtout moi que ça regardait.
Frédéric – Alors pourquoi m’en parler aujourd’hui ?
Vanessa – Je vais accepter cet héritage... Tu envisages de le refuser... Ce serait aberrant que tout cet argent me revienne, plutôt qu’à toi, alors que moi je ne suis même pas sa fille...
Frédéric – Il t’a reconnu, non ? Tu portes son nom.
Vanessa – Quand il est allé me déclarer à la mairie, il ignorait encore que je n’étais pas sa fille.
Frédéric – Tu n’es pas responsable de tout ça, Vanessa. Tu es comme moi, tu as subi. Pour moi, tu seras toujours ma sœur... Pour le meilleur et surtout pour le pire...
Vanessa – Alors tu veux bien partager avec moi ?
Frédéric – Bien sûr... Je ne saurais déjà pas quoi faire de cinq millions, alors dix, tu penses bien.
Vanessa – Merci, Fred... Tu sais, en réalité, je ne t’ai jamais détesté... autant que j’en avais l’air.
Frédéric – C’est un aveu qui me touche beaucoup.
Vanessa – Je crois qu’en réalité, j’étais jalouse de toi.
Frédéric – De moi ? Je suis un artiste raté. Je vis aux crochets de ma femme. Et d’après elle, je suis un donneur de leçons...
Vanessa – Oui, c’est... Ce n’est pas faux non plus...
Frédéric – Et donc, tu es jalouse de quoi, au juste ?
Vanessa – De ton indépendance, j’imagine. Tu as choisi ta vie. Contre vents et marées. Tu as essayé de réaliser ton rêve... Tu n’as pas réussi...
Frédéric – Merci...
Vanessa – Mais au moins tu as essayé.
Frédéric – Ouais... Pas toi ?
Vanessa – Mon problème, à moi, c’est que je n’avais pas de rêve du tout... Alors je me suis contentée de me marier, avec quelqu’un qui s’occuperait bien de moi. Enfin, c’est ce que je pensais...
Frédéric – Alors toi non plus, tu penses qu’on n’a pas le choix...
Vanessa – Le choix...? La vie, c’est comme le scrabble. La règle est la même pour tous, et on te fait croire que chacun a la même chance de gagner. Mais quand tu tires des lettres de merde au début, et que ça continue en cours de route... Des w, des k, des y...
Frédéric – Tu en rajoutes quelques-unes, tu peux faire whisky.
Vanessa – C’est ce que j’ai fait... Whisky, Vodka, Raki...
Étreinte fraternelle.
Frédéric – Je suis vraiment désolé. J’avais ça sous les yeux, et je n’ai rien vu...
Vanessa – Oui... Pour un peintre... c’est un comble. Ne rien voir...
Frédéric – Je m’en veux... J’étais ton grand frère, c’était à moi de te protéger.
Vanessa – Mon demi-grand-frère...
Frédéric préfère revenir à la plaisanterie.
Frédéric – Tu as raison... La bonne nouvelle, dans tout ça, c’est que... tu n’es que ma demi-sœur, finalement.
Vanessa – Et malgré ça, tous tes ennuis, c’est à cause de moi, tu vois...
Frédéric – Bizarrement, ça ne m’étonne pas...
Vanessa – Je t’ai aussi raconté ça pour que tu sois un peu plus indulgent avec ton père.
Frédéric – Après... tous les maris trompés ne partent pas en Amérique pour ouvrir des bordels...
Vanessa – Non... C’est le destin, comme tu dis. Il faut croire que ça aussi, c’était écrit d’avance...
Frédéric – Ouais...
Vanessa – Et toi ?
Frédéric – Quoi moi ?
Vanessa – Puisqu’on est à l’heure des confidences... Tu sais quelque chose que je devrais savoir ?
Frédéric – Pas encore...
Vanessa – Comment ça, pas encore ?
Frédéric – Carlos m’a remis... le journal de papa. Je n’ai pas encore fini de le lire.
Vanessa – Je pensais qu’il n’y avait que les jeunes filles un peu dépressives qui écrivaient un journal...
Frédéric – Il faut croire que ce vieux maquereau avait lui aussi sa part de féminité.
Frédéric lui tend le journal, et elle le feuillette. On sonne. Delphine arrive avec Carlos.
Carlos – Voilà, tous les papiers sont là. Vous n’avez qu’à signer.
Vanessa – Très bien.
Carlos – Mais avant, il faut que je vous dise quelque chose.
Frédéric – Encore ? Décidément, vous savez ménager vos effets.
Delphine – Oui... Vous devriez écrire des pièces de théâtre...
Frédéric – Je vous écoute... Mais je crains le pire...
Carlos – Au Mexique, votre père avait pris sous sa protection une enfant. Une orpheline qui a maintenant cinq ans...
Frédéric – C’est l’âge que j’avais quand il m’a abandonné...
Carlos – Votre père n’a pas eu le temps, avant de mourir, d’adopter cette enfant en bonne et due forme...
Vanessa – Et ?
Carlos – Le projet de votre père était de la ramener en France, pour qu’elle puisse bénéficier d’une bonne éducation, et d’un meilleur avenir. Évidemment, maintenant...
Frédéric – Je crois que je commence à comprendre...
Vanessa – Et vous dites que ce n’est pas sa fille naturelle.
Carlos – C’est l’enfant d’une prostituée qui travaillait dans l’un de ses établissements, et qui est décédée peu de temps après la naissance. Évidemment, on ne sait pas qui est le père...
Un temps.
Vanessa – Et notre héritage, c’est à la condition que nous nous occupions de cet enfant ?
Carlos – Ce n’est pas stipulé dans un testament, puisque Charles n’en avait pas fait. Mais il est évident que c’est sans aucun doute ce que votre père aurait souhaité...
Vanessa – Je ne sais pas quoi dire... Fred, qu’est-ce que tu en penses ?
Frédéric – Est-ce qu’on a vraiment le choix...?
Carlos – D’un strict point de vue légal, vous pouvez très bien accepter cet héritage, et ne pas vous préoccuper du devenir de cet enfant.
Delphine – Légalement, oui. Mais ce serait monstrueux...
Frédéric – Vous avez une photo ?
Carlos – Bien sûr.
Vanessa – Tu es conscient, Frédéric, que si nous regardons cette photo, ne serait-ce qu’une seconde, nous ne pourrons plus revenir en arrière...
Frédéric – Donnez-moi cette photo.
Carlos lui tend la photo, et il la regarde, longuement. Avant de la passer à Vanessa.
Vanessa – Non, désolée... Je ne peux pas... Pas maintenant...
Delphine prend la photo, et la regarde. Elle échange avec Frédéric un regard lourd de sens.
Frédéric – Vous avez encore beaucoup de nouvelles comme ça ? Parce que sinon, autant tout nous dire d’un coup...
Carlos – Je crois que cette fois, vous savez tout.
Frédéric – Ça m’étonnerait.
Carlos – Disons... tout ce que vous avez besoin de savoir.
Silence.
Vanessa – Moi j’ai déjà deux enfants... Et je n’ai plus de mari...
Frédéric – Mais tu es multimillionnaire.
Carlos – C’est une décision importante. Si vous le souhaitez, je peux vous laisser quelque temps pour réfléchir.
Frédéric – Si on réfléchit, on dira non. Ma sœur a raison, je réfléchis trop.
Carlos – Donc c’est oui ?
Frédéric – Delphine ?
Delphine – On n’a pas eu d’enfant. Je ne sais pas vraiment pourquoi.
Frédéric – Mon histoire personnelle ne m’a pas beaucoup encouragé à fonder une famille.
Delphine – Je n’ai pas insisté. Pour ne pas te perdre. Ce sera l’enfant que nous n’avons pas eu ensemble...
Frédéric – Ça justifiera de prendre cet argent. Pour cette enfant. Pour lui offrir une vie heureuse. En tout cas une vie meilleure...
Vanessa – Oui, pour elle ce sera une réparation, et pour vous, ce sera une sorte... de punition. (Les autres la regardent, étonnés). Je veux dire, pour avoir accepté de l’argent sale...
Frédéric – Je ne voulais pas prendre cet argent par amour propre. Mais finalement, amour propre, argent sale... L’amour non plus, ce n’est pas toujours propre...
Carlos – J’ai aussi les papiers d’adoption pour l’enfant... Si vous êtes d’accord, vous n’avez qu’à signer.
Delphine – Et cette enfant, elle est où ?
Carlos – Dans un orphelinat au Mexique.
Un temps.
Frédéric – Nous acceptons cet héritage. Et nous adoptons cet enfant...
Vanessa – Merci... Je vous aiderai, je vous le promets.
Delphine (à Vanessa) – Je suis sûre que tu feras une tante formidable...
Carlos – Dans ce cas, vous n’avez plus qu’à signer.
Frédéric – Très bien.
Carlos – Vous ne voulez pas lire d’abord ?
Frédéric – Je ne sais vraiment pas pourquoi, mais je vous fais confiance.
Frédéric et Vanessa signent les documents.
Carlos – Avec cette procuration, je ferai toutes les démarches à votre place. Vous serez avertis des transferts de titres de propriété et des virements.
Delphine – Et pour l’enfant ?
Carlos – Avec ces papiers, vous pourrez aller la chercher en toute légalité. Dans quelques semaines...
Delphine – Nous irons dès que possible.
Carlos – Merci.
Vanessa – Tu as fait le bon choix, Frédéric.
Frédéric – Je ne pense pas que j’avais le choix. Mais c’était le bon choix quand même.
Carlos – Alors je vais vous laisser. En famille.
Delphine – Merci...
Carlos s’apprête à partir.
Vanessa – On se reverra ?
Carlos – Dieu seul le sait... Mais de loin, je continuerai à prendre de vos nouvelles...
Delphine et Vanessa s’éloignent un instant. Frédéric s’adresse à Carlos en aparté.
Frédéric – Et pour ma sœur ? C’est vous qui avez su parler à son mari ?
Carlos – Nous avons eu une petite conversation, en effet. Je lui ai rappelé quelques points de droit concernant la législation sur les héritages.
Frédéric – Vous êtes vraiment très pédagogue, parce que jusqu’à maintenant, il ne voulait rien entendre... Ma sœur m’a dit qu’il avait le visage un peu tuméfié... J’imagine que lorsque vous dites quelques points de droit, ça inclut aussi quelques directs du droit pour souligner l’importance de vos propos ?
Carlos – Je lui ai laissé le choix entre le divorce et le veuvage. En lui précisant que pour le veuvage, je parlais de celui de sa femme. Il a très bien compris.
Frédéric – Pourquoi faites-vous tout ça pour nous ?
Carlos – Je vous l’ai dit, votre père était un ami. J’ai l’habitude de régler ses affaires...
Frédéric – Et il était comment mon père ? Comme ami...
Carlos – Pas très démonstratif. Mais c’était quelqu’un sur qui on pouvait compter. Il aurait pu mourir pour vous...
Vanessa s’approche.
Vanessa – Je vais y aller aussi. Les enfants m’attendent. On s’est installés à l’hôtel, provisoirement. (À Carlos) Vous pouvez me déposer ?
Carlos – Bien sûr...
Carlos et Vanessa s’en vont.
Delphine – Tu crois qu’elle s’est déjà trouvé un nouveau protecteur ?
Frédéric – J’ai cru que tu allais dire souteneur... (Incrédule) Non...? Il pourrait être son père.
Delphine – Au point où on en est, rien ne pourrait plus m’étonner...
Frédéric – Qu’est-ce que tu veux dire ?
Delphine – C’est peut-être lui, l’ami de ton père... Son associé qui aurait couché avec sa femme.
Frédéric – Et qui serait le père de Vanessa ?
Delphine – C’était comment, le prénom de ce type qui aurait lui aussi mystérieusement disparu ?
Frédéric – Karl.
Delphine – Karl, Carlos... Avoue que c’est troublant.
Frédéric – Je crois qu’on commence à délirer, non ?
Delphine – Oui... Et puis aussi bien, c’est ta mère qui a inventé tout ça.
Frédéric – Tu crois...?
Delphine – Il faut bien dire que sur la fin, elle perdait sérieusement la tête, non ?
Frédéric – Et pourquoi elle aurait inventé ce... Karl ? Pourquoi elle aurait prétendu avoir trompé mon père ? Ce n’est pas vraiment le genre de choses dont on se vante.
Delphine – Je ne sais pas... Peut-être pour justifier que votre père vous ait abandonnés. Pour vous aider à assumer ça. C’est dur d’accepter qu’un père vous abandonne sans raison. Là au moins, il avait une raison. Elle prenait la faute sur elle, en quelque sorte...
Frédéric – Ouais...
Delphine – Ou alors, elle était tout simplement folle.
Frédéric – Bon... Je ne sais pas si on peut dire que tout est bien qui finit bien.
Delphine – On va quand même toucher cinq millions...
Frédéric – Je vais pouvoir continuer à peindre.
Delphine – Et pour moi, ce sera ma dernière rentrée.
Frédéric – Ta prochaine, ce sera la rentrée littéraire...
Delphine – Et notre premier voyage de millionnaire, ce sera le Mexique.
Frédéric – Tu veux dire notre dernier voyage de couple sans enfant. Parce qu’après...
Delphine – Finalement, il avait un bon fond, ce Carlos.
Frédéric – Oui. Ce qui est sûr c’est qu’il avait une bonne droite.
Le téléphone sonne.
Delphine – Oui... Le Crédit Solidaire...? Ah, oui...
Frédéric – Passe-les moi... (Il prend le combiné) Oui... Écoutez, cher Monsieur, je suis vraiment désolé, mais nous allons devoir changer de banque... Oui, c’est ça... Nous allons prendre une banque plus en rapport avec notre patrimoine... Bonjour chez vous.
Delphine – Ça te réussit, la paternité.
Frédéric – Je n’attendais que ça pour devenir tout à fait un homme...
Il jette un regard à son ordinateur qui vient d’émettre un son.
Frédéric – Tiens, une nouvelle commande... de mon client mystère.
Delphine – Ce ne serait donc pas ton père, finalement ?
Frédéric – Qui alors ?
Delphine – Cet avocat mexicain...? Tu m’as dit qu’il appréciait beaucoup ta peinture...
Frédéric – Peut-être...
Delphine – Ou alors... c’est que ton père n’est pas vraiment mort.
Frédéric – Pardon...?
Delphine – Carlos a dit qu’on n’avait jamais retrouvé son corps. Pour un type recherché par la police, mourir est une bonne solution.
Frédéric – Avant de renaître, sous une fausse identité. Mais il resterait reconnaissable !
Delphine – Il y a aussi la chirurgie esthétique.
Frédéric – Et il aurait abandonné son enfant ?
Delphine – Ce ne serait pas la première fois qu’il change de vie en abandonnant tout derrière lui.
Frédéric – Et puis il ne l’abandonne pas vraiment, puisqu’il a réussi à nous le refourguer.
Delphine – Il ne peut pas l’emmener dans sa cavale, c’est tout, et il voulait assurer son avenir. Comme le nôtre, d’ailleurs...
Frédéric – Tu crois ?
Delphine – Et si c’était lui ?
Frédéric – Lui ?
Delphine – Carlos, ton père !
Frédéric – Mais enfin, je l’aurais reconnu !
Delphine – S’il s’est fait refaire le visage...
Frédéric – Tout de même...
Delphine – Tu ne l’as presque pas connu... Et puis Charles... Carlos... Carlos, c’est bien Charles en espagnol, non...
Frédéric – Alors d’après toi, Charles, Karl et Carlos, ce serait une seule et même personne...?
Delphine – C’est juste une hypothèse. On ne saura probablement jamais...
Silence.
Frédéric – Je ne sais pas si on le reverra un jour...
Delphine – C’est peu probable. C’est trop dangereux pour lui...
Frédéric regarde la photo de la petite Mexicaine.
Delphine – Tu crois que c’est vrai ce qu’il nous a raconté ?
Frédéric – Quoi ?
Delphine – Que c’est la fille d’une prostituée, née de père inconnue... C’est peut-être sa fille à lui... Il ressemblait à quoi, ton père ?
Frédéric –Je ne sais plus très bien.
Delphine – Tu n’as pas de photo ?
Frédéric – J’ai tout brûlé.
Delphine – On dirait qu’elle te ressemble un peu...
Frédéric – Tu crois ?
Delphine – C’est toi qui as raison. Percer le mystère d’un visage, c’est l’œuvre d’une vie.
Frédéric – Et encore, on n’est même pas sûr d’y arriver.
Delphine – Surtout quand les gens changent de visage volontairement...
Frédéric – J’ai l’impression qu’on n’en a pas fini avec ce roman familial... Mais est-ce qu’on peut encore appeler ça une famille ?
Delphine – On va en avoir une tout de même...
Frédéric – Oui... Une enfant à qui nous donnerons pendant vingt ans tous les soins et l’amour dont elle a besoin, et qui nous reprochera pendant le restant de sa vie tout ce qu’on n’a pas fait pour elle. En nous rendant responsables de tout ce qui ne va pas dans sa vie...
Delphine – J’ai hâte de commencer.
Frédéric – Moi aussi...
Delphine – Je crois que j’ai une idée pour mon premier livre. Ce ne sera pas un roman, mais une pièce de théâtre. J’ai déjà le titre : Amour propre et argent sale...
Frédéric – Ou l’inverse.
Elle regarde le tableau.
Delphine – Ce visage, c’est celui de ton père, non ?
Le portable de Frédéric sonne.
Frédéric – Oui ? Oui, c’est moi... Non, ce n’est pas moi qui... D’accord... Non, non, demain, à 15 heures, c’est très bien. Parfait... Alors à demain... Merci... (Il range son portable) C’était la directrice de Tendances Contemporaines à Paris. Elle veut faire un accrochage de mes toiles dans sa galerie.
Delphine – Non ?
Frédéric – Je t’assure... J’espère que ce n’est pas une blague.
Delphine – Je ne crois pas, non.
Frédéric – Et si c’était Carlos ?
Delphine – Carlos ?
Frédéric – Enfin... Charles... Ou Karl... Il est peut-être allé les voir... Il leur a proposé de l’argent... Ou pire... Il les a menacés...
Delphine – Ta confiance en toi m’étonnera toujours... Alors tu penses qu’une galerie ne peut accepter de présenter tes toiles que sous la menace ?
Frédéric – Désolé... C’est le manque d’habitude... Mais ils ont dit qu’ils connaissaient déjà mon travail... Il y a bien quelqu’un qui...
Delphine – C’est moi.
Frédéric – Toi ?
Delphine – Je suis allée les voir avec ton catalogue.
Frédéric – Et ils me prennent sur catalogue ?
Delphine – Ça les a intéressés. Ils sont venus ici, et je leur ai montré tes toiles. Un jour où tu n’étais pas là.
Frédéric – Pourquoi ne rien m’avoir dit ?
Delphine – Je ne voulais pas que tu sois déçu. Au cas où cela ne marcherait pas... Et puis de toute façon, tu n’y aurais pas cru.
Frédéric – Mais toi tu y croyais.
Delphine – J’ai toujours cru en toi.
Frédéric – Finalement, je suis comme Dieu ou le Père Noël... J’ai besoin qu’on croit en moi pour continuer d’exister.
Delphine – Tout le monde a envie de croire au Père Noël, quand il vous apporte cinq millions d’euros dans sa hotte...
Ils s’embrassent. Elle regarde le tableau.
Delphine – Tu as fini ton portrait ?
Frédéric – Je crois...
Delphine – C’est magnifique... Ce sera la pièce maîtresse de ta première exposition à Paris.
Frédéric – Oui...
Delphine – Il ressemble un peu à Dieu, non ?
Frédéric – Je ne sais pas... Il ressemble à quoi, Dieu ?
Delphine – À l’image qu’on s’en fait, j’imagine.
Frédéric considère lui aussi le tableau.
Frédéric – Ou au Père Noël... Celui qu’on ne voit jamais mais qui vous apporte des cadeaux...
Delphine – On essaiera de faire quelque chose de propre avec toute cette saleté.
Frédéric – En espérant qu’on ait vraiment le choix.
Delphine – Alors espérons... Et si finalement il s’avère qu’on n’avait pas le choix... on aura toujours eu l’espérance.
Frédéric – L’espoir fait vivre...
Delphine – Rassure-moi, tu ne vas pas te mettre à citer des proverbes à tout bout de champ, comme ta sœur ?
Frédéric – Ma demi-sœur... Enfin, je crois...
Noir
Fin