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La fenêtre d’en face - Jean Pierre Martinez - pp 11-15.
Madison – Il faut que le donneur soit mort, que son cœur soit en bon état, et qu’on puisse le prélever assez rapidement. Ce qui arrive très rarement, hélas. Et la liste des malades qui attendent une greffe est très longue...
Alexandre – Il paraît qu’en Chine, on prélève les organes sur les condamnés à mort. C’est beaucoup plus pratique, évidemment. On commence par fixer la date de la transplantation, et on exécute le condamné le jour même.
Madison – Mais c’est affreux...
Alexandre – Oui, mais comme ça... le receveur a le temps d’arriver tranquillement en avion depuis l’Europe ou les États-Unis. Certains en profitent pour faire un peu de tourisme. Bien sûr, ça n’est pas gratuit. Je ne sais pas dans les combien ça va chercher, un cœur, en Chine. Vous vous êtes renseignée ?
Madison – Non...
Alexandre – Vous devriez trouver ça facilement sur internet...
Madison – Merci.
Alexandre – Désolé, je ne devrais pas plaisanter avec ça... et surtout pas avec vous. En même temps, l’humour, c’est tout ce qui nous reste, non ?
Madison – Oui...
Alexandre – Même si ce que je viens de vous raconter est tout sauf une plaisanterie...
Madison – Je préférerais mourir que de vivre avec le cœur d’un condamné à mort, même le vôtre... Alors ?
Alexandre – Alors quoi ?
Madison – Aurez-vous la cruauté de me laisser partir sans avoir réalisé mon rêve ?
Alexandre – Vous êtes du genre obstinée, vous...
Madison – Je prends ça pour un compliment.
Alexandre – Mais qui me dit que vous ne mentez pas ?
Madison – Qui pourrait bien inventer une histoire pareille ? Seulement pour obtenir un entretien avec un écrivain que tout le monde a déjà oublié...
Alexandre – Vous reconnaissez enfin que tout le monde a déjà oublié Alexandre Delacroix.
Madison – Alors c’est oui ?
Alexandre – Dès que vous m’aurez montré un dossier médical pour me prouver que vous ne mentez pas.
Madison – Désolée, je ne l’ai pas sur moi.
Alexandre – Vous habitez juste en face... Allez le chercher...
Madison – Je pensais que vous pourriez me croire sur parole. Je vous avoue que je suis un peu déçue.
Alexandre – Si je vous accorde cet entretien, ce n’est qu’un début, croyez-moi. Je suis quelqu’un de très décevant, vous verrez.
Elle se lève et examine la pièce. Son regard s’arrête sur une vieille machine à écrire.
Madison – Vous écrivez encore à la machine ?
Alexandre – C’est en effet sur cette machine que j’ai écrit tous mes romans. Mais n’essayez pas de me piéger. Je vous ai dit que je n’écrivais plus depuis des années.
Madison – Pourquoi ?
Alexandre – Les mots, c’est comme les billets de banque, à trop en mettre en circulation, ils perdent de leur valeur... Regardez ce qui se passe sur les réseaux sociaux aujourd’hui. Tout le monde se fend de son petit billet d’humeur dix ou vingt fois par jour. Sur tous les sujets. Une inflation de fausse monnaie qui a dévalorisé la vraie. Les mots ne veulent plus rien dire.
Madison – On ne peut pas empêcher les gens de bavarder. Avant c’était au café, aujourd’hui c’est sur Facebook. Mais il aura toujours de grands auteurs, comme vous.
Alexandre – Les grands auteurs, on ne les lit plus. On les cite. À tort et à travers. Toujours les mêmes citations, reprises encore et encore jusqu’à les vider complètement de leur sens... Le copier-coller a remplacé la pensée... et les émoticônes ont remplacé les sentiments.
Madison – M’autorisez-vous à vous citer dans la conclusion de ma thèse ?
Alexandre – On me taxera d’élitisme. On me fera dire que seule une minorité d’élus a le droit de s’exprimer, et que les autres n’ont qu’à se taire et à écouter. C’est faux. Je pense que nous devrions tous nous taire.
Madison – Que proposez-vous ? Une minute de silence ?
Alexandre – Une minute, non. Une année entière. Un siècle. Un millénaire de silence. Peut-être ainsi nos mots retrouveraient-ils un sens après cette diarrhée verbale qui a déferlé ces dernières années sur les réseaux sociaux.
Madison – C’est une analyse intéressante, mais on dit aussi que vous avez cessé d’écrire à la suite d’un chagrin d’amour ?
Alexandre – On dit ce qu’on veut...
Madison – Mais vous ne démentez pas non plus...
Alexandre – Cela ne veut pas dire que c’est vrai...
Elle reprend la photo posée sur le bureau.
Madison – Qui est cette femme, sur la photo ?
Alexandre – Ça ne vous regarde pas.
Madison – Elle est belle.
Alexandre – Même si vous êtes vraiment malade, cela ne vous autorise pas à fouiller dans ma vie privée.
Madison – J’ai tout de suite remarqué ce portrait en entrant chez vous tout à l’heure... et j’avais l’impression que ce visage m’était familier.
Il lui reprend la photo et la regarde, avant de la remettre en place.
Alexandre – C’est une femme que j’ai aimée il y a très longtemps...
Madison – Du temps où vous étiez un hippie ?
Alexandre – En fait, je n’étais pas tellement un hippie... J’étais ouvert aux idées nouvelles. Et je fumais un joint de temps en temps. Mais je prenais soin de ma santé et je pensais déjà à ma carrière. On a besoin d’un certain confort pour écrire, vous savez ? Pour devenir un grand écrivain, il faut parfois rester un petit bourgeois...
Madison – Et elle ?
Alexandre – Elle, c’était une femme libre. Elle ne pensait qu’au moment présent. Elle vivait au jour le jour.
Madison – Où l’avez-vous rencontrée ?
Alexandre – Sur le palier... Elle habitait l’appartement d’en face. Celui que vous occupez aujourd’hui. Enfin elle le partageait avec des amis de passage. Des gens qui venaient du monde entier. Des musiciens, des artistes... Cet appartement, c’était un peu comme la Maison Bleue de Maxime Le Forestier. La porte était toujours ouverte.
Madison – Et comme la porte était ouverte, un jour elle en a profité pour partir. Comme mon chat...
Alexandre – Elle voulait faire le tour du monde. Vivre de nouvelles expériences. Faire de nouvelles rencontres. Le couple traditionnel, à l’époque, ce n’était pas vraiment notre idéal de vie. Ce n’était pas le sien, en tout cas.
Madison – Mais elle vous aimait...
Alexandre – Oui. À sa façon, je crois. Même si elle n’aimait pas que moi...
Madison – L’amour libre...
Alexandre – On ne voulait pas ressembler à nos parents, et on avait raison. Mais on ne savait pas très bien quoi inventer d’autre. Quelque chose qui puisse durer un peu... On vivait le moment présent. On n’avait pas prévu de vieillir... Et de fait, ceux qui ne sont pas morts avant trente ans ont très mal vieilli. Vous avez déjà rencontré un vieux beatnik ? Ce n’est pas beau à voir, je vous assure...
Madison – Donc, vous l’avez laissée poursuivre seule son voyage...
Alexandre – Je ne pouvais la retenir... et je n’en avais pas le droit. Un beau matin, elle est partie...
Madison – Où ça ?
Alexandre – En Afghanistan. Ça paraît surréaliste aujourd’hui mais à l’époque, c’était une destination très prisée pour les babas cool. Le haschisch était en vente libre et très bon marché. En travaillant un an ici, on pouvait vivre pendant un an là-bas. Et puis il y avait cette fascination pour l’Orient. Vu de France, pour les hippies, l’Afghanistan, c’était le paradis.
Madison – Mais vous, vous êtes resté...
Alexandre – Je pensais déjà à mon avenir... Et j’avais compris que mon avenir, ce n’était pas l’Afghanistan.
Madison – Vous auriez pu l’accompagner quand même. Par amour...
Alexandre – Bien sûr... Et elle m’aurait sans doute laissé partir avec elle... Mais son rêve, ce n’était pas un voyage en amoureux. Encore moins un voyage de noces. L’Asie, c’était un voyage initiatique. Qu’on faisait à plusieurs. Très loin des schémas petits bourgeois de l’amour à deux...
Madison – Alors vous êtes resté à Paris... mais vous ne l’avez jamais oubliée.
Alexandre – J’espérais qu’elle reviendrait un jour... Ou au moins qu’elle m’enverrait un signe... Une carte postale... Mais je ne l’ai jamais revue...
Madison – Vous n’avez pas essayé de la retrouver ?
Alexandre – Internet n’existait pas encore... Quand quelqu’un choisissait de disparaître de votre vie, il disparaissait vraiment. Et puis les années ont passé...
Madison – Vous pourriez essayer de la retrouver maintenant.
Alexandre – À quoi bon ? Elle est peut-être morte aujourd’hui. Ou bien elle est mariée, elle a cinq gosses, et elle pèse cent vingt kilos.
Madison – Ou bien elle est vivante, c’est encore une belle femme, et il lui arrive de penser à vous, parfois.
Alexandre – Dans le doute, je préfère ne pas savoir... et garder l’image de cette belle jeune femme que vous voyez sur cette photo. Vous imaginez le choc, quarante ans après ? On ne se voit pas vieillir soi-même, mais les autres, on voit très bien quand ils ont vieilli, croyez-moi.
Madison – Je ne suis pas sûre que moi, je me verrai vieillir...
Alexandre – Désolé, je n’aurais pas dû dire ça.
Un temps.
Madison – Vous n’avez pas entendu miauler ?
Alexandre – Non... Toujours pas...
Madison – Il est peut-être caché quelque part ici...
Alexandre – J’espère que non.
Madison – Promettez-moi que si je meurs, vous vous occuperez de mon chat.
Alexandre – Mais enfin, vous n’allez pas mourir ! Et puis votre chat mourra sûrement avant vous. Enfin, je crois... Ça vit combien de temps, un chat ?
Madison – Une quinzaine d’années.
Alexandre – Et le vôtre a quel âge ?
Madison – Deux ans.
Alexandre – Ah oui...
Madison – Alors ? Vous accepteriez de l’adopter ?
Alexandre – Je vous rappelle que quand vous êtes entrée ici, j’avais un pistolet sur la tempe.
Madison – Justement, cela vous donnerait une raison de ne pas vous suicider...
Alexandre – Si j’avais à nourrir un chat avec des croquettes aux légumes et à changer sa litière tous les jours, vous voulez dire ?
Madison – Si vous deviez prendre soin de quelqu’un, oui. Si quelqu’un tenait à vous, avait besoin de vous, vous attendait à la maison quand vous rentrez le soir.
Alexandre – M’attendre ? Je ne sors presque plus de chez de moi, encore moins le soir...
Madison – Vous vouliez vraiment en finir avec la vie, tout à l’heure, ou c’était un appel au secours ?
Alexandre – En tout cas cas, je ne me souviens pas vous avoir appelée...
Madison – J’ai dû entendre votre appel malgré tout.
Alexandre – C’est vrai, j’ai de plus en plus de mal à trouver des raisons d’espérer.
Madison – Vous voulez m’en parler ?
Alexandre – Compte tenu de votre situation personnelle, j’aurais quelques scrupules à vous infliger la liste de mes sujets de déprime.
Madison – Continuer à se battre alors qu’on sait que la guerre est déjà perdue... N’est-ce pas ça le vrai courage ?
Alexandre – Je n’ai jamais dit que j’étais courageux. J’aimerais l’être autant que vous.
Madison – Je ne suis pas courageuse. Je n’ai pas le choix, c’est tout. Contrairement à vous.
Alexandre – Moi ? Je n’ai plus le choix qu’entre la corde pour me pendre et le pistolet pour me brûler la cervelle...
Madison – Vous avez raison... Vous êtes vraiment déprimant...
Alexandre – Je vous avais prévenue, je suis un vieux con. Je ne sais pas si cette époque est pire que celle de ma jeunesse. C’est peut-être seulement que je suis plus lucide. Et la lucidité, en général, ça ne rend pas optimiste.
Madison – Finalement, je prendrais bien un verre de cognac.
Alexandre – Vous êtes sûre ?
Madison – Il faut bien mourir de quelque chose.
Il sert deux verres de cognac. Ils trinquent.
Alexandre – À votre santé ! Pardon, je crois que j’ai encore gaffé...
Elle sourit. Ils vident leurs verres.
Madison – Ça réveillerait un mort.
Alexandre – Je ne bois plus depuis une dizaine d’années. Je ne sais pas depuis combien de temps la bouteille est là. Mais l’alcool, ça vieillit bien, non ? Mieux que les alcooliques, en tout cas...
Madison – Tout de même, il a un drôle de goût. Vous êtes sûr que c’est du cognac ?
Il regarde la bouteille.
Alexandre – Je crois... Mais je ne me souviens plus très bien quel goût ça a, le cognac...
Madison – J’aurais aimé connaître le jeune homme que vous étiez.
Alexandre – Quel jeune homme ?