EL AMANTE JAPONES - Isabel ALLENDE - 38 / LENNY BEAL.
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Fin
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Lenny Beal.

Nathaniel et Alma occupaient les deux chambres qui avaient été celles de Lillian et Isaac, séparées par une porte qui, laissée ouverte tellement longtemps, ne se fermait plus. Ils partagèrent à nouveau leurs insomnies, comme au début de leur mariage, ensemble sur un sofa ou dans le lit ;
elle tenait un livre dans une main et caressait Nathaniel de l'autre, tandis qu'il se reposait les yeux fermés, un gargouillement dans la poitrine. Lors d'une de ces longues nuits d'insomnie, ils se surprirent tous deux à pleurer en silence, pour ne pas déranger l'autre. Alma sentit les joues humides de son mari et lui remarqua instantanément les larmes de sa femme, si rares, qu'il se souleva pour vérifier qu'elles étaient vraies. Il ne se souvenait pas de l'avoir vu pleurer, pas même dans les moments les plus difficiles.
— Tu te meurs, pas vrai ? murmura-t-elle.
— Oui, Alma, mais ne pleure pas pour moi.
— Je ne pleure pas seulement pour toi, mais pour moi aussi. Et pour nous, pour tout ce que je ne t'ai pas dit, pour les omissions et les mensonges, pour les trahisons et le temps que je t'ai volé.
— Que dis-tu là, mon Dieu ! Tu ne m'as pas trahi en aimant Ichimei, Alma. Il est des omissions et des mensonges nécessaires, de même qu'il vaut mieux taire certaines vérités.
— Tu sais, pour Ichimei ? Depuis quand ? demanda-t-elle, surprise.
— Depuis toujours. Le cœur est grand, on peut aimer plus d'une personne.
— Parle moi de toi, Nath. Je n'ai jamais cherché à connaître tes secrets, que j'imagine nombreux, pour ne pas avoir à te révéler les miens.
— Nous nous sommes tant aimés, Alma ! On devrait toujours épouser sa meilleure amie. Je te connais comme personne. Je peux deviner ce que tu ne m'as pas dit ; mais toi tu ne me connais pas vraiment. Et tu as le droit de savoir qui je suis.
Alors il lui parla de Lenny Beal. Et ils passèrent la suite de cette longue nuit blanche à tout se dire dans l'urgence ; ils savaient qu'il ne leur restait que peu de temps.
Du plus loin qu'il s'en souvienne, Nathaniel avait ressenti un mélange de fascination, de terreur et de désir pour les personnes de son sexe, d'abord ses compagnons de classe, puis d'autres hommes et finalement pour Lenny, qui avait été son compagnon pendant huit ans. Il avait lutté contre ces sentiments, déchiré entre les élans du cœur et la voix implacable de la raison. Á l'école, alors que lui-même ne comprenait pas ce qu'il ressentait, les autres garçons savaient d'instinct qu'il était différent et ils le "punissaient" par des coups et des moqueries et le rejetaient. Ces années-là, prisonnier de ces voyous, furent les pires de sa vie. Á la fin de sa scolarité, débarrassé de ses scrupules et avec la fougue incontrôlable de la jeunesse, il se rendit compte qu'il n'était en rien exceptionnel, comme il le croyait jusque là ; de partout il tombait sur des hommes qui le regardaient droit dans les yeux, l'invitant ou l'implorant. Il fut initié par un autre élève de Harvard. Il découvrit que l’homosexualité était un monde parallèle, coexistant avec la réalité admise. Il rencontra toutes sortes d'individus. À l'université : des professeurs, des intellectuels, des étudiants, un Rabin et un footballeur dans la rue : des marins, des ouvriers, des employés de bureau, des hommes politiques, des commerçants et des voyous. C'était un monde inclusif, fait de promiscuité et encore discret, parce qu'il se confrontait au jugement catégorique de la société, de la morale et de la loi. Ni les hotels, ni les clubs ni les églises n'accueillaient les gays, On ne leur servait pas d’alcool dans les bars et ils pouvaient être expulsés des lieux publics, accusés à tort ou à raison de trouble à l’ordre public. les bars et les clubs gais appartenaient à la mafia. De retour à San Francisco, son diplôme d'avocat sous le bras, il observa les prémices de la culture gay, qui mettrait plusieurs années à se manifester ouvertement. Au début des mouvements sociaux des années soixante, parmi lesquels celui de la Libération Gay, Nathaniel était marié avec Alma et son fils Larry avait dix ans. "Je ne me suis pas marié avec toi pour cacher mon homosexualité, mais par amour et par amitié", dit-il à Alma cette nuit là. Ce furent des années de schizophrénie : une vie publique irréprochable émaillée de succès, et une autre vie illicite et cachée. Il connut Lenny Beal en 1976 dans un bain turc pour hommes, un lieu propice à tous les excès et moins propice pour initier leur histoire d'amour.
Nathaniel allait avoir cinquante ans et Lenny en avait six de moins, beau comme une statue de dieu romain,
irrévérencieux, exalté et immoral, l'opposé de Nathaniel.
L'attrait physique fut immédiat. Ils s'enfermèrent dans une cabine où ils se perdirent dans le plaisir jusqu'au matin,
s'attaquant tels des lutteurs et laissant leurs corps s'enchevêtrer jusqu'au délire. Ils se donnèrent rendez-vous le lendemain dans un hôtel,
où ils arrivèrent séparément. Lenny avait de la marijuana et de la cocaïne, mais Nathaniel lui demanda de ne pas en prendre ; il voulait vivre cette expérience en pleine conscience. Une semaine plus tard ils savaient que le coup de foudre n'avait été que le début d'un amour immense et ils décidèrent de ne pas s'interdire de le vivre pleinement. Ils louèrent un studio en centre ville, dans lequel ils installèrent un minimum de meubles et ce qui se faisait de mieux en stéréo, en se promettant d'être les seuls à y mettre les pieds. Nathaniel termina la recherche qu'il avait commencée trente-cinq ans plus tôt, mais en apparence rien ne changea dans son existence : il resta le même parfait bourgeois ; personne ne put soupçonner ce qui lui arrivait ni remarquer que ses heures de bureau et son engagement sportif avaient subi une réduction drastique. De son côté, Lenny se métamorphosa sous l'influence de son amant. Pour la première fois il en finit avec son existence tumultueuse et il alla même jusqu'à échanger le bruit et l'activité démentielle par la contemplation du bonheur qui lui était révélé. Quand il n'était pas avec Nathaniel, il pensait à lui. Il ne retourna pas aux bains ou clubs gays ; ses amis n'arrivaient plus à l'attirer dans une fiesta, il ne voulait connaître personne d'autre parce que Nathaniel lui suffisait, parce qu'il était son soleil, le centre de sa vie.
Il s'installa dans cette douce vie amoureuse avec une dévotion de puritain. Il adopta la musique, les choix culinaires et les boissons préférées de Nathaniel, ses chandails en cachemire, son manteau en poils de chameau, sa lotion de rasage. Nathaniel fit installer une ligne téléphonique personnelle dans son bureau, pour le seul usage de Lenny ; ils communiquaient comme ça ; ils faisaient de la voile, des excursions, ils se retrouvaient dans des villes éloignées, où personne ne les connaissait.
Au début, la maladie inexplicable de Nathaniel ne perturbait pas son lien avec Lenny ; les symptômes étaient divers et sporadiques, ils apparaissaient et disparaissaient sans raison ni relation apparentes. Plus tard, lorsque l'état de Nathaniel se dégrada en le réduisant au spectre de ce qu'il était, quand il dut accepter ses limites et demander de l’aide, ce fut la fin des divertissements.
Il perdit le goût de vivre, il sentit tout devenir pâle et terne autour de lui, il s'abandonna à la nostalgie du passé, comme un vieil homme, regrettant certaines des choses qu'il avait faites et beaucoup d'autres qu'il n'avait pas pu faire.
Il savait que la vie s'en allait rapidement et il avait peur. Lenny ne le laissait pas sombrer dans la dépression, il le soutenait en faisant mine d'être enjoué, grâce à son amour, qui dans l'épreuve devint de plus en plus fort. Ils se rejoignaient dans leur petit appartement pour se consoler l'un l'autre. Nathaniel n'avait plus la force ni l'envie de faire l'amour, mais Lenny ne lui demandait rien, il se contentait des moments d'intimité pendant lesquels il pouvait le calmer s'il tremblait de froid, lui donner un yogourt à la petite cuillère, s'allonger près de lui pour écouter de la musique, lui masser les escarres avec des baumes, le soutenir aux toilettes. Finalement, Nathaniel ne put plus quitter sa maison et Alma assuma le rôle d'infirmière avec la même tendresse persévérante que Lenny, mais elle n'était que l'amie et l'épouse, alors que Lenny était son grand amour. C'est ce que comprit Alma lors de cette nuit de confidences.
À l’aube, lorsque Nathaniel put enfin dormir, elle chercha le numéro de Lenny Beal dans l'annuaire et lui téléphona en le priant de venir l'aider. Ensemble, ils pourraient mieux supporter l’angoisse de cette agonie, lui dit-elle. Lenny arriva moins de quarante minutes plus tard. Alma, encore en pyjama et robe de chambre, lui ouvrit la porte. Il se retrouva devant une femme dévastée par les insomnies, la fatigue et la souffrance ; elle vit un homme beau, les cheveux encore humides après sa douche et les yeux les plus bleus du monde, rougis.
— Je suis Lenny Beal, madame, balbutia-t-il, ému.
— Appelez-moi Alma, s'il vous plait. Vous êtes chez vous, Lenny, répondit-elle.
Il voulut lui tendre la main mais son geste s'interrompit et ils s'embrassèrent, tremblants.
Lenny vint à Sea Cliff tous les jours, après son travail à la clinique. Ils dirent à Larry et Doris, aux employés, aux amis et connaissances qui venaient en visite que Lenny était infirmier. Personne ne posa de questions. Alma fit appel au menuisier pour réparer la porte coincée de la chambre, et les laissait seuls. Elle ressentait un immense soulagement quand le regard de son mari s'illuminait en voyant Lenny arriver. En fin de journée, tous trois prenaient un thé avec des petits pains anglais, et, parfois, si Nathaniel était en forme, ils jouaient aux cartes. Le diagnostic était tombé, le plus redoutable : le sida. Il y avait environ deux ans que ce mal avait un nom, mais on savait que c'était une condamnation définitive ; les uns tombaient plus tôt, d'autres plus tard ; ce n'était qu'une question de temps. Alma ne voulut pas savoir pourquoi Nathaniel en était atteint et pas Lenny, et, même si elle l'avait voulu, elle n'aurait pas eu de réponse formelle. Les cas se multipliaient si rapidement qu’on parlait d’une épidémie mondiale et d’un châtiment divin pour l’infamie de l’homosexualité. On disait le mot "Sida" en chuchotant, on ne pouvait pas admettre sa présence dans une famille ou dans une communauté, car cela équivalait à avouer d'impardonnables perversions.
L'explication officielle, même pour la famille, fut que Nathaniel avait un cancer. Comme la médecine traditionnelle n'avait aucun remède, Lenny alla à Mexico chercher des drogues mystérieuses, qui ne servirent à rien, tandis qu'Alma avait recours à toutes les promesses de la médecine alternative,
depuis l'acupuncture, les herbes et onguents de Chinatown, jusqu'aux bains de boue aux thermes de Calistoga. Elle put alors comprendre les efforts insensés de Lillian pour guérir Isaac et elle regretta d'avoir jeté la statuette du baron Samedi.
Neuf mois plus tard le corps de Nathaniel était réduit à l'état de squelette, l'air pouvait à peine pénétrer le labyrinthe encombré de ses bronches. Il souffrait d’une soif inextinguible et de plaies cutanées, il n’avait plus de voix et son esprit se perdait en un délire terrible. Alors, un calme dimanche où ils étaient seuls dans la maison, Alma et Lenny, se tenant par la main dans la pénombre de la chambre, prièrent Nathaniel de ne plus lutter et de partir tranquille. Ils ne pouvaient plus vivre ce martyre. Dans un rare moment de lucidité, Nathaniel ouvrit les yeux, troublés par la douleur, et bougea ses lèvres pour former en silence un seul mot : merci. Ils l'interprétèrent pour ce que c'était, un ordre. Lenny l'embrassa sur les lèvres avant d'injecter une forte dose de morphine dans la perfusion intraveineuse. Agenouillée de l'autre côté du lit, Alma rappelait doucement à son mari combien elle et Lenny l'aimaient et combien il leur avait donné à tous les deux comme à tant d'autres ; qu'il resterait toujours dans leur mémoire et que rien ne pourrait les séparer... En partageant un thé à la mangue et des souvenirs à Lark House, Alma et Lenny se demandaient comment ils avaient pu passer trois décennies sans jamais avoir tenté de se revoir Après avoir fermé les yeux de Nathaniel, avoir aidé Alma à arranger le corps pour le présenter de la meilleure façon possible à Larry et Doris, et supprimé toute traces révélatrices de ce qui s'était passé, Lenny fit ses adieux à Alma et il s'en alla. Ils avaient passé des mois ensemble dans l’intimité absolue de la souffrance et l’incertitude de l’espoir, ils ne s'étaient jamais vus à la lumière du jour, seulement dans cette chambre qui sentait le menthol et la mort bien avant qu'elle ne vienne réclamer Nathaniel. Ils avaient passé des nuits blanches, à boire du whisky coupé d'eau ou à fumer de la marijuana pour calmer leur angoisse, des nuits au cours desquelles ils s'étaient racontés leurs vies, leurs envies et leurs secrets ; ils en arrivèrent à se connaitre par cœur. Pendant cette longue agonie il n'était pas question de montrer quelque prétention que ce soit ; ils se révélèrent tels qu'ils étaient, à nu. Malgré cela, ou peut-être à cause de cela, ils s'aimèrent d'un amour diaphane et désespéré, qui appelait une séparation, parce qu'il n'aurait pas résisté à l'usure irrémédiable du quotidien.
— Notre amitié fut étrange, dit Alma.
— Nathaniel était si heureux de nous voir tous les deux auprès de lui,
qu'un jour il m'a demandé de t'épouser quand tu serais veuve. Il ne voulait pas te laisser désemparée.
— Quelle idée géniale ! Pourquoi ne me l'as-tu pas proposé, Lenny ? Nous aurions fait un bon ménage. Nous nous serions tenus compagnie et soutenus, comme Nathaniel et moi.
— Je suis gay, Alma.
— Nathaniel aussi. Nous aurions fait un mariage blanc, sans coucher ; toi et ta vie amoureuse et moi avec Ichimei. Très judicieux, puisque nous ne pouvions pas afficher nos amours au grand jour.
— Il est encore temps. Veux tu m'épouser, Alma Belasco?
—Mais ne m'as-tu pas dit que tu allais mourir bientôt ? Je ne veux pas devenir veuve une seconde fois.
Ils se mirent à rire de bon cœur et ce rire les poussa à aller voir à la salle à manger s'il y avait quelque chose d'alléchant au menu. Lenny offrit son bras à Alma et ils traversèrent le couloir vitré en direction du pavillon principal, l'ancien manoir du magnat du chocolat, se sentant vieux et heureux,
et se demandant pourquoi on parle tant de tristesse et d’inconfort plutôt que de bonheur. "Quoi faire de ce bonheur qui nous arrive sans raison particulière, ce bonheur qui ne demande qu'à exister ?", demanda Alma. Ils marchaient à petits pas indécis, s'appuyant l'un sur l'autre, frissonnant parce que c'était la fin de l'automne, étourdis par le torrent de souvenirs tenaces, de souvenirs d'amour, submergés par ce bonheur partagé. Alma montra à Lenny la vision fugace de quelques voiles roses dans le parc, mais l'obscurité tombait et peut-être bien que ce n'était pas Emily annonçant un malheur, mais un mirage, comme il y en avait tant à Lark House.
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LENNY BEAL.
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ella leyendo, con el libro en una mano y acariciando a Nathaniel con la otra,.
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mientras él descansaba con los ojos cerrados, respirando con un borboteo en el pecho.
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tan raras, que se incorporó para verificar si eran reales.
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No recordaba haberla visto llorar ni en los momentos más amargos.
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—Te estás muriendo, ¿verdad?
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—murmuró ella.
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—Sí, Alma, pero no llores por mí.
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—No lloro sólo por ti, sino por mí.
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—¡Qué dices, por Dios!
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No me has traicionado por amar a Ichimei, Alma.
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Hay omisiones y mentiras necesarias,.
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como hay verdades que más vale callar.
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—¿Sabes lo de Ichimei?
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¿Desde cuándo?
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—se sorprendió ella.
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—Desde siempre.
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El corazón es grande, se puede amar a más de una persona.
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—Háblame de ti, Nat.
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—¡Nos hemos querido tanto, Alma!.
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Uno siempre debiera casarse con la mejor amiga.
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Te conozco como nadie.
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Lo que no me has dicho lo puedo adivinar; pero tú no me conoces a mí.
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Tienes derecho a saber quién soy verdaderamente.
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Y entonces le habló de Lenny Beal.
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que había sido su pareja durante ocho años.
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Había luchado contra esos sentimientos,.
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desgarrado entre los impulsos del corazón y la voz implacable de la razón.
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En la escuela, cuando todavía él mismo no podía identificar lo que sentía,.
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Esos años, cautivo entre matones, fueron los peores de su vida.
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se dio cuenta de que no era excepcional, como creía;.
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Lo inició otro alumno de Harvard.
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Conoció a individuos de muchas clases.
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Era un mundo incluyente, promiscuo y todavía discreto,.
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porque se enfrentaba al juicio terminante de la sociedad, la moral y la ley.
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A los gais no los admitían en hoteles, clubes ni iglesias,.
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los bares y clubes gais pertenecían a la mafia.
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De regreso a San Francisco, con el diploma de abogado bajo el brazo,.
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Cuando comenzaron los movimientos sociales de la década de los sesenta,.
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le dijo a Alma esa noche.
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Fueron años de esquizofrenia:.
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una vida pública irreprochable y de éxito, otra vida ilícita y escondida.
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Conoció a Lenny Beal en 1976 en un baño turco para hombres,.
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irreverente, exaltado y pecaminoso, lo opuesto en carácter a Nathaniel.
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La atracción física fue instantánea.
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Se dieron cita para el día siguiente en un hotel,.
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donde llegaron separados.
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Lenny llevó marihuana y cocaína, pero Nathaniel le pidió que no las usaran;.
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deseaba vivir esa experiencia con plena consciencia.
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Alquilaron un estudio en el centro de la ciudad,.
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Nathaniel terminó la búsqueda iniciada treinta y cinco años atrás,.
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Por su parte, Lenny se transformó bajo la influencia de su amante.
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Si no estaba con Nathaniel, estaba pensando en él.
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No volvió a ir a baños o clubes gais;.
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Se instaló en el sosiego de ese amor con devoción de puritano.
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Adoptó la música, la comida y los tragos preferidos de Nathaniel,.
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sus suéteres de cachemira, su abrigo de pelo de camello, su loción de afeitar.
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Nathaniel hizo instalar una línea telefónica personal en su oficina,.
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cuyo número sólo usaba Lenny, así se comunicaban;.
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se abandonó a la nostalgia del pasado,.
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Sabía que la vida se le acortaba rápidamente y tenía miedo.
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Lenny no lo dejaba caer en la depresión,.
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lo sostenía con buen humor fingido y la firmeza de su amor,.
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que en esos tiempos de prueba no hizo más que crecer y crecer.
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Se juntaban en el pequeño apartamento para consolarse mutuamente.
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A Nathaniel le faltaban fuerzas y deseo para hacer el amor,.
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darle yogur con una cucharilla de bebé, acostarse a su lado a oír música,.
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frotarle las escaras con bálsamos, sostenerlo en el excusado.
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pero ella era sólo la amiga y esposa,.
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mientras que Lenny era su gran amor.
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Así lo entendió Alma esa noche de las confidencias.
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Al amanecer, cuando por fin Nathaniel pudo dormir,.
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Juntos podrían sobrellevar mejor la angustia de esa agonía, le dijo.
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Lenny llegó en menos de cuarenta minutos.
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Alma, todavía en pijama y bata, le abrió la puerta.
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—Soy Lenny Beal, señora —balbuceó, conmovido.
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—Llámeme Alma, por favor.
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Ésta es su casa, Lenny —replicó ella.
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Lenny comenzó a visitar la casa de Sea Cliff a diario,.
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después de su trabajo en la clínica dental.
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Nadie hizo preguntas.
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A la hora del crepúsculo los tres tomaban té con panecillos ingleses y a veces,.
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si Nathaniel estaba animado, jugaban a las cartas.
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Para entonces había un diagnóstico, el más temible de todos: sida.
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Hacía sólo un par de años que el mal tenía nombre,.
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pero ya se sabía que era una condena a muerte;.
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unos caían antes, otros después; todo era cuestión de tiempo.
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Alma no quiso averiguar por qué le tocó a Nathaniel y no a Lenny,.
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pero si lo hubiera hecho, nadie habría podido darle una respuesta categórica.
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«Sida» se pronunciaba en susurros,.
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La explicación oficial, incluso para la familia, fue que Nathaniel tenía cáncer.
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Como la ciencia tradicional nada podía ofrecer,.
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Lenny se fue a México a buscar drogas misteriosas, que de nada sirvieron,.
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mientras Alma recurría a cuanta promesa de la medicina alternativa consiguió,.
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Nueve meses más tarde, el cuerpo de Nathaniel estaba reducido a un esqueleto,.
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el aire apenas penetraba en el laberinto atascado de sus pulmones,.
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No podían seguir presenciando ese martirio.
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En un instante milagroso de lucidez,.
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Lo interpretaron como lo que en verdad era, una orden.
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en las que se contaron sus vidas, desenterraron anhelos y secretos, y llegaron a conocerse a fondo.
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porque no habría resistido el desgaste irremediable de lo cotidiano.
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—Tuvimos una amistad rara —dijo Alma.
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—Nathaniel estaba tan agradecido de que los dos estuviéramos con él,.
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que una vez me pidió que me casara contigo cuando enviudaras.
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No quería dejarte desamparada.
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—¡Qué idea genial!.
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¿Por qué no me lo propusiste, Lenny?.
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Habríamos hecho buena pareja.
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Nos habríamos acompañado y guardado las espaldas, como Nathaniel y yo.
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—Soy gay, Alma.
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—Nathaniel también.
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Habríamos tenido un matrimonio blanco, sin cama;.
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tú con tu vida amorosa y yo con Ichimei.
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Muy conveniente, ya que no podíamos exponer nuestros amores en público.
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—Todavía es tiempo.
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¿Quieres casarte conmigo, Alma Belasco?.
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—Pero ¿no me dijiste que te ibas a morir pronto?.
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No quiero ser viuda por segunda vez.
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Lenny ofreció el brazo a Alma y salieron por el pasillo de vidrio hacia la casa principal,.
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la antigua mansión del magnate del chocolate,.
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sintiéndose envejecidos y contentos,.
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preguntándose por qué se habla tanto de tristezas y malestares y no de la felicidad.
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«¿Qué hacer con esta felicidad que nos llega sin motivo especial,.
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esta felicidad que no requiere nada para existir?»,.
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preguntó Alma.
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Avanzaban con pasos cortos y vacilantes, apoyándose el uno en el otro,.
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invadidos por esa felicidad compartida.
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LENNY BEAL.

Nathaniel y Alma ocupaban las dos habitaciones que habían sido de
Lillian e Isaac, comunicadas por una puerta, que de tanto permanecer
abierta, ya no podía cerrarse. Volvieron a compartir el insomnio como
en los primeros tiempos de casados, muy juntos en un sofá o en la cama,.
ella leyendo, con el libro en una mano y acariciando a Nathaniel con la
otra,. mientras él descansaba con los ojos cerrados, respirando con un
borboteo en el pecho. En una de esas noches largas se sorprendieron
mutuamente llorando en silencio, para no molestar al otro. Primero
Alma sintió las mejillas húmedas de su marido e inmediatamente él notó
las lágrimas de ella,. tan raras, que se incorporó para verificar si eran
reales. No recordaba haberla visto llorar ni en los momentos más
amargos.
—Te estás muriendo, ¿verdad? —murmuró ella.
—Sí, Alma, pero no llores por mí.
—No lloro sólo por ti, sino por mí. Y por nosotros, por todo lo que no te
he dicho, por las omisiones y mentiras, por las traiciones y el tiempo que
te robé.
—¡Qué dices, por Dios! No me has traicionado por amar a Ichimei,
Alma. Hay omisiones y mentiras necesarias,. como hay verdades que
más vale callar.
—¿Sabes lo de Ichimei? ¿Desde cuándo? —se sorprendió ella.
—Desde siempre. El corazón es grande, se puede amar a más de una
persona.
—Háblame de ti, Nat. Nunca he indagado en tus secretos, que imagino
son muchos, para no tener que revelarte los míos.
—¡Nos hemos querido tanto, Alma!. Uno siempre debiera casarse con la
mejor amiga. Te conozco como nadie. Lo que no me has dicho lo puedo
adivinar; pero tú no me conoces a mí. Tienes derecho a saber quién soy
verdaderamente.
Y entonces le habló de Lenny Beal. El resto de esa larga noche en
blanco se contaron todo con la urgencia de saber que les quedaba poco
tiempo juntos.
Desde que podía recordar, Nathaniel había sentido una mezcla de
fascinación, temor y deseo por los de su mismo sexo,. primero por sus
compañeros de escuela, después por otros hombres y finalmente por
Lenny,. que había sido su pareja durante ocho años. Había luchado
contra esos sentimientos,. desgarrado entre los impulsos del corazón y la
voz implacable de la razón. En la escuela, cuando todavía él mismo no
podía identificar lo que sentía,. los otros niños sabían visceralmente que
él era diferente y lo castigaban con golpes, burlas y ostracismo. Esos
años, cautivo entre matones, fueron los peores de su vida. Cuando
terminó la escuela, desgajado entre los escrúpulos y la fogosidad
incontrolable de la juventud,. se dio cuenta de que no era excepcional,
como creía;. en todos lados se topaba con hombres que lo miraban
directamente a los ojos con una invitación o una súplica. Lo inició otro
alumno de Harvard. Descubrió que la homosexualidad era un mundo
paralelo, coexistente con la realidad aceptada. Conoció a individuos de
muchas clases. En la universidad: profesores, intelectuales, estudiantes,
un rabino y un jugador de fútbol;. en la calle: marineros, obreros,
burócratas, políticos, comerciantes y delincuentes. Era un mundo
incluyente, promiscuo y todavía discreto,. porque se enfrentaba al juicio
terminante de la sociedad, la moral y la ley. A los gais no los admitían en
hoteles, clubes ni iglesias,. no les servían licor en bares y podían
echarlos de lugares públicos, acusados con o sin razón de conducta
desordenada;. los bares y clubes gais pertenecían a la mafia. De regreso
a San Francisco, con el diploma de abogado bajo el brazo,. se encontró
con los primeros signos de una naciente cultura gay, que no llegaría a
manifestarse abiertamente hasta varios años más tarde. Cuando
comenzaron los movimientos sociales de la década de los sesenta,. entre
ellos la Liberación Gay, Nathaniel estaba casado con Alma y su hijo
Larry tenía diez años. «No me casé contigo para disimular mi
homosexualidad, sino por amistad y por amor»,. le dijo a Alma esa
noche. Fueron años de esquizofrenia:. una vida pública irreprochable y
de éxito, otra vida ilícita y escondida. Conoció a Lenny Beal en 1976 en
un baño turco para hombres,. el lugar más propicio para excesos y
menos propicio para iniciar un amor como el de ellos.
Nathaniel iba a cumplir cincuenta años y Lenny era seis menor que él,
hermoso como las deidades masculinas de las estatuas romanas,.
irreverente, exaltado y pecaminoso, lo opuesto en carácter a Nathaniel.
La atracción física fue instantánea. Se encerraron en uno de los
cubículos y estuvieron hasta el amanecer perdidos en el placer,.
atacándose como luchadores y chapaleando juntos en el enredo y el
delirio de los cuerpos. Se dieron cita para el día siguiente en un hotel,.
donde llegaron separados. Lenny llevó marihuana y cocaína, pero
Nathaniel le pidió que no las usaran;. deseaba vivir esa experiencia con
plena consciencia. Una semana más tarde ya sabían que el fogonazo del
deseo había sido sólo el comienzo de un amor colosal y sucumbieron sin
resistencia al imperativo de vivirlo con plenitud. Alquilaron un estudio
en el centro de la ciudad,. donde pusieron un mínimo de muebles y el
mejor equipo de música, con el compromiso de que sólo ellos pondrían
los pies allí. Nathaniel terminó la búsqueda iniciada treinta y cinco años
atrás,. pero en apariencia nada cambió en su existencia: siguió siendo el
mismo modelo de burgués;. nadie pudo sospechar qué le pasaba ni notar
que sus horas de oficina y su entrega al deporte habían sufrido una
reducción drástica. Por su parte, Lenny se transformó bajo la influencia
de su amante. Asentó por primera vez su turbulenta existencia y se
atrevió a sustituir el ruido y la actividad demencial por la contemplación
de la felicidad recién descubierta. Si no estaba con Nathaniel, estaba
pensando en él. No volvió a ir a baños o clubes gais;. sus amigos rara
vez lograban tentarlo con alguna fiesta, no le interesaba conocer a
nadie más, porque Nathaniel le bastaba, era el sol, el centro de sus días.
Se instaló en el sosiego de ese amor con devoción de puritano. Adoptó la
música, la comida y los tragos preferidos de Nathaniel,. sus suéteres de
cachemira, su abrigo de pelo de camello, su loción de afeitar. Nathaniel
hizo instalar una línea telefónica personal en su oficina,. cuyo número
sólo usaba Lenny, así se comunicaban;. salían en el velero, hacían
excursiones, se encontraban en ciudades distantes, donde nadie los
conocía.
Al principio, la incomprensible enfermedad de Nathaniel no entorpeció
el vínculo con Lenny;. los síntomas eran diversos y esporádicos, iban y
venían sin causa ni relación aparente. Después, cuando Nathaniel se fue
desdibujando y reduciendo a un espectro del que fue,. cuando tuvo que
aceptar sus limitaciones y pedir ayuda, se terminaron las diversiones.
Perdió el ánimo de la vida, sintió que todo a su alrededor se volvía
pálido y tenue,. se abandonó a la nostalgia del pasado,. como un anciano,
arrepentido de algunas cosas que hizo y muchas que no alcanzó a hacer.
Sabía que la vida se le acortaba rápidamente y tenía miedo. Lenny no lo
dejaba caer en la depresión,. lo sostenía con buen humor fingido y la
firmeza de su amor,. que en esos tiempos de prueba no hizo más que
crecer y crecer. Se juntaban en el pequeño apartamento para consolarse
mutuamente. A Nathaniel le faltaban fuerzas y deseo para hacer el
amor,. pero Lenny no se lo pedía, se contentaba con los momentos de
intimidad en que podía calmarlo si tiritaba de fiebre,. darle yogur con
una cucharilla de bebé, acostarse a su lado a oír música,. frotarle las
escaras con bálsamos, sostenerlo en el excusado. Por último, Nathaniel
ya no pudo salir de su casa y Alma asumió el papel de enfermera con la
misma perseverante ternura de Lenny,. pero ella era sólo la amiga y
esposa,. mientras que Lenny era su gran amor. Así lo entendió Alma esa
noche de las confidencias.
Al amanecer, cuando por fin Nathaniel pudo dormir,. ella buscó el
número de Lenny Beal en la guía y lo llamó por teléfono para rogarle
que fuera a ayudarla. Juntos podrían sobrellevar mejor la angustia de
esa agonía, le dijo. Lenny llegó en menos de cuarenta minutos. Alma,
todavía en pijama y bata, le abrió la puerta. Él se encontró frente a una
mujer devastada por el insomnio, la fatiga y el sufrimiento;. ella vio a un
hombre guapo, con el pelo húmedo por la ducha reciente y los ojos más
azules del mundo, enrojecidos.
—Soy Lenny Beal, señora —balbuceó, conmovido.
—Llámeme Alma, por favor. Ésta es su casa, Lenny —replicó ella.
Él quiso tenderle la mano, pero no alcanzó a completar el gesto y se
abrazaron, trémulos.
Lenny comenzó a visitar la casa de Sea Cliff a diario,. después de su
trabajo en la clínica dental. Le dijeron a Larry y Doris, a los empleados,
a los amigos y conocidos que llegaban de visita, que Lenny era un
enfermero. Nadie hizo preguntas. Alma llamó a un carpintero, que
arregló la puerta trabada del dormitorio, y los dejaba solos. Sentía un
alivio inmenso cuando a su marido se le iluminaba la mirada al ver
aparecer a Lenny. A la hora del crepúsculo los tres tomaban té con
panecillos ingleses y a veces,. si Nathaniel estaba animado, jugaban a las
cartas. Para entonces había un diagnóstico, el más temible de todos:
sida. Hacía sólo un par de años que el mal tenía nombre,. pero ya se
sabía que era una condena a muerte;. unos caían antes, otros después;
todo era cuestión de tiempo. Alma no quiso averiguar por qué le tocó a
Nathaniel y no a Lenny,. pero si lo hubiera hecho, nadie habría podido
darle una respuesta categórica. Los casos se multiplicaban a tal
velocidad, que ya se hablaba de epidemia mundial y de castigo de Dios
por la infamia de la homosexualidad. «Sida» se pronunciaba en
susurros,. no se podía admitir su presencia en una familia o en una
comunidad, porque equivalía a proclamar imperdonables perversiones.
La explicación oficial, incluso para la familia, fue que Nathaniel tenía
cáncer. Como la ciencia tradicional nada podía ofrecer,. Lenny se fue a
México a buscar drogas misteriosas, que de nada sirvieron,. mientras
Alma recurría a cuanta promesa de la medicina alternativa consiguió,.
desde acupuntura, hierbas y ungüentos de Chinatown, hasta baños de
lodo mágico en las termas de Calistoga. Entonces pudo entender los
recursos desquiciados de Lillian para curar a Isaac y lamentó haber
tirado a la basura la estatuilla del barón Samedi.
Nueve meses más tarde, el cuerpo de Nathaniel estaba reducido a un
esqueleto,. el aire apenas penetraba en el laberinto atascado de sus
pulmones,. sufría una sed insaciable y llagas en la piel, no tenía voz y su
mente divagaba en terribles delirios. Entonces, un domingo somnoliento
en que estaban solos en la casa, Alma y Lenny, tomados de la mano en
la penumbra de la habitación cerrada, le rogaron a Nathaniel que
dejara de luchar y se fuera tranquilo. No podían seguir presenciando
ese martirio. En un instante milagroso de lucidez,. Nathaniel abrió los
ojos, nublados por el dolor, y movió los labios formando una sola
palabra muda: gracias. Lo interpretaron como lo que en verdad era,
una orden. Lenny lo besó en los labios antes de inyectar una sobredosis
de morfina en la goma del suero intravenoso. Alma, de rodillas al otro
lado de la cama, le fue recordando a su marido quedamente cuánto lo
amaban ella y Lenny y cuánto les había dado a ambos y a mucha otra
gente, que sería recordado siempre, que nada podría separarlos…
Compartiendo té de mango y recuerdos en Lark House, Alma y Lenny se
preguntaron por qué dejaron pasar tres décadas sin hacer ningún
intento de volver a conectarse. Después de cerrarle los ojos a Nathaniel,
de ayudar a Alma a arreglar el cuerpo, para presentárselo lo mejor
posible a Larry y Doris, y de eliminar las huellas delatoras de lo
sucedido, Lenny se despidió de Alma y se fue. Habían pasado meses
juntos en la intimidad absoluta del sufrimiento y la incertidumbre de la
esperanza,. nunca se habían visto a la luz del día, sólo dentro de esa
alcoba que olía a mentol y a muerte mucho antes de que ésta acudiera a
reclamar a Nathaniel. Habían compartido noches en blanco, bebiendo
whisky aguado o fumando marihuana para aliviar la angustia,. en las
que se contaron sus vidas, desenterraron anhelos y secretos, y llegaron
a conocerse a fondo. En esa parsimoniosa agonía no cabían
pretensiones de ninguna clase, se revelaron como eran a solas consigo
mismos, al desnudo. A pesar de eso, o tal vez por eso, llegaron a
quererse con un cariño diáfano y desesperado que requería una
separación,. porque no habría resistido el desgaste irremediable de lo
cotidiano.
—Tuvimos una amistad rara —dijo Alma.
—Nathaniel estaba tan agradecido de que los dos estuviéramos con él,.
que una vez me pidió que me casara contigo cuando enviudaras. No
quería dejarte desamparada.
—¡Qué idea genial!. ¿Por qué no me lo propusiste, Lenny?. Habríamos
hecho buena pareja. Nos habríamos acompañado y guardado las
espaldas, como Nathaniel y yo.
—Soy gay, Alma.
—Nathaniel también. Habríamos tenido un matrimonio blanco, sin
cama;. tú con tu vida amorosa y yo con Ichimei. Muy conveniente, ya que
no podíamos exponer nuestros amores en público.
—Todavía es tiempo. ¿Quieres casarte conmigo, Alma Belasco?.
—Pero ¿no me dijiste que te ibas a morir pronto?. No quiero ser viuda
por segunda vez.
Se echaron a reír con ganas y la risa los animó a ir al comedor a ver si
el menú incluía algo tentador. Lenny ofreció el brazo a Alma y salieron
por el pasillo de vidrio hacia la casa principal,. la antigua mansión del
magnate del chocolate,. sintiéndose envejecidos y contentos,.
preguntándose por qué se habla tanto de tristezas y malestares y no de
la felicidad. «¿Qué hacer con esta felicidad que nos llega sin motivo
especial,. esta felicidad que no requiere nada para existir?»,. preguntó
Alma. Avanzaban con pasos cortos y vacilantes, apoyándose el uno en el
otro,. friolentos, porque estaba terminando el otoño, aturdidos por el
torrente de recuerdos tenaces, recuerdos de amor,. invadidos por esa
felicidad compartida. Alma señaló a Lenny la visión fugaz de unos velos
rosados en el parque., pero estaba oscureciendo y tal vez no era Emily
anunciando una desgracia, sino un espejismo, como tantos en Lark
House.