AMOUR PROPRE ET ARGENT SALE - Jean Pierre MARTINEZ - SCÈNE 3 -
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Scena 3. Lo stesso scenario. Frédéric è con Vanessa, più eccitata che mai.
Vanessa – C’est dingue, cette histoire ! Papa, tenancier de bordels en Amérique du Sud ! On se croirait dans un film... Frédéric – Oui... Un film noir... Vanessa – C’est dingue, cette histoire... Frédéric – Méfie-toi, Vanessa, tu répètes ça toutes les deux phrases.
Vanessa – Quoi ?
Frédéric (l’imitant) – C’est dingue, cette histoire !
Vanessa – Ah, tu trouves toi aussi. C’est bien ce que je disais... Frédéric – Oui... Vanessa – Tu avoueras que ce n’est quand même pas banal, ce qui nous arrive.
Frédéric – Ça n’a pas l’air de t’affecter plus que ça, de savoir que ton père était proxénète, et trafiquant de drogue.
Vanessa – Maman nous l’a toujours présenté comme un looser. Au moins, il a réussi.
Frédéric – Pardon ? Réussi à quoi ?
Vanessa – À amasser un pactole ! J’ai l’impression d’avoir gagné au loto !
Frédéric – Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi avec le loto... Vanessa – Ça y ressemble beaucoup, non ? Cet argent qui nous tombe du ciel d’un seul coup.
Frédéric – On parle bien du décès de notre père, là ?
Vanessa – Oui, bon, on ne l’avait pas vu depuis des années. Et tu l’as à peine connu.
On ne va pas pleurer, non plus... Frédéric – Ne me dis pas que tu vas accepter cet héritage ?
Vanessa – Tu plaisantes ? Pourquoi je ne l’accepterais pas ?
Frédéric – C’est de l’argent de la drogue ! De la prostitution ! Du crime !
Vanessa – Carlos nous a dit que pour le crime, c’était une erreur... Frédéric – Il n’empêche, c’est de l’argent sale !
Vanessa – C’était, peut-être. Maintenant, c’est de l’argent propre. Mais tu fais comme tu veux... 24 Frédéric – Je ne comprends pas. Tu n’as pas besoin d’argent, toi... Vanessa – Qu’est-ce que tu en sais ?
Frédéric – Vous vivez dans une grosse maison bourgeoise, vous avez deux voitures, un appartement à la neige, une villa au bord de la mer... Vanessa – C’est l’argent de Marc.
Frédéric – Vous êtes mariés, non ?
Vanessa – De l’argent, on n’en a jamais trop. Tout le monde n’est pas fait pour la vie de bohème, comme toi. Et Delphine, qu’est-ce qu’elle en pense ?
Frédéric – Laisse Delphine en dehors de ça... Et Marc, qu’est-ce qu’il dit ?
Vanessa – Lui, l’argent, tu sais... Il se fout de savoir d’où il vient. Du moment que tout est en règle... Frédéric – Alors tu vas accepter cet héritage... Vanessa – Et comment ! Plutôt deux fois qu’une... Frédéric – Si tu fais ça, on ne se reverra plus jamais.
Vanessa – On ne se voyait déjà plus beaucoup... Fais ce que tu veux... Frédéric – Très bien, alors sors d’ici... Et débrouille-toi avec ta conscience... Vanessa – Si tu n’étais pas aussi aveuglé par ton amour propre, Frédéric, tu te rendrais compte qu’autour de toi, il y a aussi des gens qui ne vont pas bien.
Frédéric – Arrête, tu vas me faire pleurer. Et ne me dis pas que cet argent, tu vas en faire don à des associations... Vanessa – Je ne veux pas faire d’argent sur ton dos, Frédéric. Alors je te fais le serment que si ta part d’héritage me revenait finalement, j’en ferais don à une association.
Frédéric – Sans blague ? Et laquelle, si je peux me permettre ?
Vanessa – Une association contre les violences faites aux femmes... Pourquoi pas ?
Vanessa s’en va. Frédéric reste un instant interloqué, sans vraiment comprendre.
Delphine arrive.
Frédéric – Tu étais là ?
Delphine – Oui, j’habite ici. Et je n’écoutais pas aux portes, si c’est ça que tu veux dire.
Frédéric – Ce n’est pas ce que j’ai dit. Donc, tu as entendu quand même... Delphine – Oui... Alors après avoir renié ton père, tu vas renier ta soeur aussi ?
Frédéric – Je ne la voyais pas comme ça. Et je suis déçu... 25 Delphine – Oui, en effet... Je crois que tu la connais très mal, ta soeur.
Frédéric – Ah oui ?
Delphine – Tu passes ton temps à peindre des visages, pour essayer de percer leur mystère, comme tu dis. Mais est-ce que tu regardes les visages de ceux qui t’entourent ?
Frédéric – Il me semble, oui... Delphine – Si tu le faisais, tu aurais remarqué les marques sur le visage de ta soeur... Frédéric – Quelles marques ?
Delphine – Laisse tomber, va... Frédéric – Je ne veux pas être comme elle, c’est tout. C’est comme ça que tu nous vois, toi ?
Delphine – Comment ?
Frédéric – Tu nous vois mener grand train avec l’argent d’un mafieux ?
Delphine – Que tu le veuilles ou non, ce mafieux, c’était ton père.
Frédéric – Ça je ne peux pas le changer, en effet, mais je ne suis pas obligé d’accepter son argent.
Delphine – Ce n’est plus son argent, il est mort ! C’est juste de l’argent. Si tu ne le prends pas, ta soeur prendra tout. Et si elle ne le prend pas, ça reviendra à quelqu’un d’autre. Et si personne n’en veut, ça reviendra à l’État. À l’État mexicain !
Frédéric – Il en a peut-être plus besoin que nous.
Delphine – Nous on a des traites à payer... Je n’ai pas le choix... Je vais demander à ma mère de m’avancer cet argent. Et elle, elle n’est pas multimillionnaire... Frédéric – Tu te vois habiter un appartement qui a été acheté avec l’argent de la prostitution ? Non, mais... Tu es institutrice ! Je pensais que ça supposait d’avoir une certaine morale... Delphine – C’est toi qui me parles de morale ? Les rares toiles que tu vends, tu les vends à des bobos pour décorer leur salon ! Sans parler de ton mystérieux collectionneur russe... Tu sais d’où il vient, son argent, à celui-là ? Tu lui as demandé des garanties sur l’origine de sa fortune ? Un Russe, pourtant, tu devrais te méfier. La mafia, ça existe aussi en Russie, non ?
Frédéric – Peut-être, mais ce type n’est pas mon père.
Delphine – Que je sache, tu n’as pas créé les Restos du coeur, Frédéric... C’est ça être un artiste engagé ? Ce n’est pas un peu se prostituer, aussi ?
Frédéric – C’est ça traite moi de pute !
Delphine – Je travaille à ta place !
26 Frédéric – Donc, tu me traites de maquereau... Delphine – Tu es un donneur de leçons, Frédéric. Mais tu n’es pas meilleur que les autres. Si tu prenais cet argent, je n’aurais plus besoin de travailler.
Frédéric – Je pensais que tu faisais ton métier par passion !
Delphine – Disons que j’ai assouvi ma passion, je passerais bien à autre chose. Et toi, tu n’aurais plus besoin de... Frédéric – De peindre ?
Delphine – De courir après des clients !
Frédéric – OK, tu as raison, je vais le prendre cet argent. Mais il sera à moi, je te signale. Donc si nous changeons de train de vie, c’est toi qui vivras à mes crochets. Et on verra qui est la pute.
Delphine – Je ne te donnerai pas cette peine. Tu pourras te payer toutes les putes que tu veux. Je m’en vais.
Elle part.
Noir
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SCÈNE 3 Le même décor.
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Frédéric est avec Vanessa, plus excitée que jamais.
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Vanessa – C’est dingue, cette histoire !
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Papa, tenancier de bordels en Amérique du Sud !
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Vanessa – Quoi ?
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Frédéric (l’imitant) – C’est dingue, cette histoire !
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Vanessa – Ah, tu trouves toi aussi.
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Vanessa – Maman nous l’a toujours présenté comme un looser.
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Au moins, il a réussi.
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Frédéric – Pardon ?
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Réussi à quoi ?
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Vanessa – À amasser un pactole !
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J’ai l’impression d’avoir gagné au loto !
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Cet argent qui nous tombe du ciel d’un seul coup.
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Frédéric – On parle bien du décès de notre père, là ?
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Vanessa – Oui, bon, on ne l’avait pas vu depuis des années.
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Et tu l’as à peine connu.
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Vanessa – Tu plaisantes ?
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Pourquoi je ne l’accepterais pas ?
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Frédéric – C’est de l’argent de la drogue !
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De la prostitution !
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Du crime !
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Vanessa – C’était, peut-être.
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Maintenant, c’est de l’argent propre.
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Mais tu fais comme tu veux... 24 Frédéric – Je ne comprends pas.
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Frédéric – Vous êtes mariés, non ?
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Vanessa – De l’argent, on n’en a jamais trop.
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Tout le monde n’est pas fait pour la vie de bohème, comme toi.
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Et Delphine, qu’est-ce qu’elle en pense ?
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Frédéric – Laisse Delphine en dehors de ça...
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Et Marc, qu’est-ce qu’il dit ?
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Frédéric – Arrête, tu vas me faire pleurer.
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Frédéric – Sans blague ?
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Et laquelle, si je peux me permettre ?
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Delphine arrive.
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Frédéric – Tu étais là ?
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Delphine – Oui, j’habite ici.
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Et je n’écoutais pas aux portes, si c’est ça que tu veux dire.
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Frédéric – Ce n’est pas ce que j’ai dit.
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Frédéric – Je ne la voyais pas comme ça.
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Frédéric – Ah oui ?
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Mais est-ce que tu regardes les visages de ceux qui t’entourent ?
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C’est comme ça que tu nous vois, toi ?
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Delphine – Comment ?
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Delphine – Ce n’est plus son argent, il est mort !
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C’est juste de l’argent.
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Si tu ne le prends pas, ta soeur prendra tout.
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Et si elle ne le prend pas, ça reviendra à quelqu’un d’autre.
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Et si personne n’en veut, ça reviendra à l’État.
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À l’État mexicain !
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Frédéric – Il en a peut-être plus besoin que nous.
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Non, mais... Tu es institutrice !
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Tu lui as demandé des garanties sur l’origine de sa fortune ?
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Un Russe, pourtant, tu devrais te méfier.
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La mafia, ça existe aussi en Russie, non ?
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Frédéric – Peut-être, mais ce type n’est pas mon père.
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Ce n’est pas un peu se prostituer, aussi ?
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Frédéric – C’est ça traite moi de pute !
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Delphine – Je travaille à ta place !
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Mais tu n’es pas meilleur que les autres.
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Si tu prenais cet argent, je n’aurais plus besoin de travailler.
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Frédéric – Je pensais que tu faisais ton métier par passion !
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Et toi, tu n’aurais plus besoin de... Frédéric – De peindre ?
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Delphine – De courir après des clients !
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Frédéric – OK, tu as raison, je vais le prendre cet argent.
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Mais il sera à moi, je te signale.
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Et on verra qui est la pute.
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Delphine – Je ne te donnerai pas cette peine.
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Tu pourras te payer toutes les putes que tu veux.
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Je m’en vais.
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Elle part.
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Noir
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SCÈNE 3
Le même décor. Frédéric est avec Vanessa, plus excitée que jamais.
Vanessa – C’est dingue, cette histoire ! Papa, tenancier de bordels en Amérique du
Sud ! On se croirait dans un film...
Frédéric – Oui... Un film noir...
Vanessa – C’est dingue, cette histoire...
Frédéric – Méfie-toi, Vanessa, tu répètes ça toutes les deux phrases.
Vanessa – Quoi ?
Frédéric (l’imitant) – C’est dingue, cette histoire !
Vanessa – Ah, tu trouves toi aussi. C’est bien ce que je disais...
Frédéric – Oui...
Vanessa – Tu avoueras que ce n’est quand même pas banal, ce qui nous arrive.
Frédéric – Ça n’a pas l’air de t’affecter plus que ça, de savoir que ton père était
proxénète, et trafiquant de drogue.
Vanessa – Maman nous l’a toujours présenté comme un looser. Au moins, il a réussi.
Frédéric – Pardon ? Réussi à quoi ?
Vanessa – À amasser un pactole ! J’ai l’impression d’avoir gagné au loto !
Frédéric – Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi avec le loto...
Vanessa – Ça y ressemble beaucoup, non ? Cet argent qui nous tombe du ciel d’un
seul coup.
Frédéric – On parle bien du décès de notre père, là ?
Vanessa – Oui, bon, on ne l’avait pas vu depuis des années. Et tu l’as à peine connu.
On ne va pas pleurer, non plus...
Frédéric – Ne me dis pas que tu vas accepter cet héritage ?
Vanessa – Tu plaisantes ? Pourquoi je ne l’accepterais pas ?
Frédéric – C’est de l’argent de la drogue ! De la prostitution ! Du crime !
Vanessa – Carlos nous a dit que pour le crime, c’était une erreur...
Frédéric – Il n’empêche, c’est de l’argent sale !
Vanessa – C’était, peut-être. Maintenant, c’est de l’argent propre. Mais tu fais
comme tu veux...
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Frédéric – Je ne comprends pas. Tu n’as pas besoin d’argent, toi...
Vanessa – Qu’est-ce que tu en sais ?
Frédéric – Vous vivez dans une grosse maison bourgeoise, vous avez deux voitures,
un appartement à la neige, une villa au bord de la mer...
Vanessa – C’est l’argent de Marc.
Frédéric – Vous êtes mariés, non ?
Vanessa – De l’argent, on n’en a jamais trop. Tout le monde n’est pas fait pour la vie
de bohème, comme toi. Et Delphine, qu’est-ce qu’elle en pense ?
Frédéric – Laisse Delphine en dehors de ça... Et Marc, qu’est-ce qu’il dit ?
Vanessa – Lui, l’argent, tu sais... Il se fout de savoir d’où il vient. Du moment que
tout est en règle...
Frédéric – Alors tu vas accepter cet héritage...
Vanessa – Et comment ! Plutôt deux fois qu’une...
Frédéric – Si tu fais ça, on ne se reverra plus jamais.
Vanessa – On ne se voyait déjà plus beaucoup... Fais ce que tu veux...
Frédéric – Très bien, alors sors d’ici... Et débrouille-toi avec ta conscience...
Vanessa – Si tu n’étais pas aussi aveuglé par ton amour propre, Frédéric, tu te
rendrais compte qu’autour de toi, il y a aussi des gens qui ne vont pas bien.
Frédéric – Arrête, tu vas me faire pleurer. Et ne me dis pas que cet argent, tu vas en
faire don à des associations...
Vanessa – Je ne veux pas faire d’argent sur ton dos, Frédéric. Alors je te fais le
serment que si ta part d’héritage me revenait finalement, j’en ferais don à une
association.
Frédéric – Sans blague ? Et laquelle, si je peux me permettre ?
Vanessa – Une association contre les violences faites aux femmes... Pourquoi pas ?
Vanessa s’en va. Frédéric reste un instant interloqué, sans vraiment comprendre.
Delphine arrive.
Frédéric – Tu étais là ?
Delphine – Oui, j’habite ici. Et je n’écoutais pas aux portes, si c’est ça que tu veux
dire.
Frédéric – Ce n’est pas ce que j’ai dit. Donc, tu as entendu quand même...
Delphine – Oui... Alors après avoir renié ton père, tu vas renier ta soeur aussi ?
Frédéric – Je ne la voyais pas comme ça. Et je suis déçu...
25
Delphine – Oui, en effet... Je crois que tu la connais très mal, ta soeur.
Frédéric – Ah oui ?
Delphine – Tu passes ton temps à peindre des visages, pour essayer de percer leur
mystère, comme tu dis. Mais est-ce que tu regardes les visages de ceux qui
t’entourent ?
Frédéric – Il me semble, oui...
Delphine – Si tu le faisais, tu aurais remarqué les marques sur le visage de ta soeur...
Frédéric – Quelles marques ?
Delphine – Laisse tomber, va...
Frédéric – Je ne veux pas être comme elle, c’est tout. C’est comme ça que tu nous
vois, toi ?
Delphine – Comment ?
Frédéric – Tu nous vois mener grand train avec l’argent d’un mafieux ?
Delphine – Que tu le veuilles ou non, ce mafieux, c’était ton père.
Frédéric – Ça je ne peux pas le changer, en effet, mais je ne suis pas obligé
d’accepter son argent.
Delphine – Ce n’est plus son argent, il est mort ! C’est juste de l’argent. Si tu ne le
prends pas, ta soeur prendra tout. Et si elle ne le prend pas, ça reviendra à quelqu’un
d’autre. Et si personne n’en veut, ça reviendra à l’État. À l’État mexicain !
Frédéric – Il en a peut-être plus besoin que nous.
Delphine – Nous on a des traites à payer... Je n’ai pas le choix... Je vais demander à
ma mère de m’avancer cet argent. Et elle, elle n’est pas multimillionnaire...
Frédéric – Tu te vois habiter un appartement qui a été acheté avec l’argent de la
prostitution ? Non, mais... Tu es institutrice ! Je pensais que ça supposait d’avoir une
certaine morale...
Delphine – C’est toi qui me parles de morale ? Les rares toiles que tu vends, tu les
vends à des bobos pour décorer leur salon ! Sans parler de ton mystérieux
collectionneur russe... Tu sais d’où il vient, son argent, à celui-là ? Tu lui as demandé
des garanties sur l’origine de sa fortune ? Un Russe, pourtant, tu devrais te méfier. La
mafia, ça existe aussi en Russie, non ?
Frédéric – Peut-être, mais ce type n’est pas mon père.
Delphine – Que je sache, tu n’as pas créé les Restos du coeur, Frédéric... C’est ça être
un artiste engagé ? Ce n’est pas un peu se prostituer, aussi ?
Frédéric – C’est ça traite moi de pute !
Delphine – Je travaille à ta place !
26
Frédéric – Donc, tu me traites de maquereau...
Delphine – Tu es un donneur de leçons, Frédéric. Mais tu n’es pas meilleur que les
autres. Si tu prenais cet argent, je n’aurais plus besoin de travailler.
Frédéric – Je pensais que tu faisais ton métier par passion !
Delphine – Disons que j’ai assouvi ma passion, je passerais bien à autre chose. Et toi,
tu n’aurais plus besoin de...
Frédéric – De peindre ?
Delphine – De courir après des clients !
Frédéric – OK, tu as raison, je vais le prendre cet argent. Mais il sera à moi, je te
signale. Donc si nous changeons de train de vie, c’est toi qui vivras à mes crochets. Et
on verra qui est la pute.
Delphine – Je ne te donnerai pas cette peine. Tu pourras te payer toutes les putes que
tu veux. Je m’en vais.
Elle part.
Noir