Sur un plateau - JEAN-PIERRE MARTINEZ – PROLOGUE
Difficulty: Medium    Uploaded: 1 day, 20 hours ago by markvanroode     Last Activity: 6 hours ago
21% Upvoted
1% Translated but not Upvoted
66 Units
22% Translated
21% Upvoted
•On a Silver Platter – JEAN-PIERRE MARTINEZ – PROLOGUE.
•(optional) An empty stage, or as it will appear at the start of the first act. •The action can also take place in front of the curtain before it rises, or even in the auditorium.
•Marc-Antoine, the president of TF2, storms in and runs into his vice-president, who approaches at a more leisurely pace while reading *L’équipe*.
•Marc-Antoine – Ah, Donald! •Did you see that? •Our audience has dropped again!
•Donald (folding his newspaper) – Yes, I know, Marc-Antoine... Marc-Antoine – That France 1 consistently gets better ratings than us is one thing. •But if this keeps up, we’re going to fall behind Arte... Donald – Yes... Marc-Antoine – Tell me frankly, Donald... Donald – Yes, Marc-Antoine...?
•Marc-Antoine – Where on earth did you get that ridiculous name? •Is it a pseudonym?
•Donald – No... Marc-Antoine – Who’d be stupid enough to choose a name like that... It must have been a bit of a burden to live with, hasn’t it? •Especially when you were a kid… Donald – Well, I… Marc-Antoine – Anyway, let’s get back on topic… I mean, to our housewives under fifty. •What’s causing this steady decline in our audience? •And when I say ‘decline’… We’re going down the drain, Donald!
•Donald – On pourrait changer le responsable des programmes... ? •Et remettre à sa place celui qu’on a viré il y a six mois... ? •Il est à la fiction, maintenant... Marc-Antoine – Nous sommes sur le Titanic, Donald, et tout ce que vous nous proposez, c’est de changer de transat ? •Je ne comprends pas. •Pourtant, on a supprimé la publicité.
•Donald – Justement... Marc-Antoine – Justement quoi ?
•Donald – La publicité, c’est le seul truc que les gens regardaient encore sur TF2. •Alors forcément, maintenant qu’on l’a supprimée, l’audience chute... Ils vont regarder la pub sur France 1... Marc-Antoine – Et nos fictions à la française ? •Qui ont fait la réputation de notre chaîne et qui s’exportent dans le monde entier !
•Donald lui lance un regard signifiant que là, il exagère un peu.
•Marc-Antoine – Bon, je pensais surtout à la partie extrême-orientale du Benelux... •Le Luxembourg, si vous préférez... Mais ne me dites pas qu’avant la suppression de la pub, personne ne regardait déjà plus les séries de TF2 ?
•Donald – Oui... Pour patienter entre deux plages publicitaires... Marc-Antoine – Dites-moi la vérité, pour une fois... Donald – Je peux vous parler franchement ?
•Marc-Antoine – Je ne vous ai pas embauché pour ça, c’est vrai, mais l’heure est grave.
•Donald – À force de vouloir faire des séries consensuelles, on a fini par inventer les séries invisibles. •En tout cas in-regardables. •On voulait que nos fictions ne dérangent personne, elles ont fini par emmerder tout le monde... Vous les regardez, vous ?
•Marc-Antoine – Je suis payé pour ça... Donald – Voilà... Mais on ne peut pas payer des millions de téléspectateurs pour regarder nos fictions... Marc-Antoine – Et dire que si j’étais né trente ans plus tôt j’aurais pu diriger l’ORTF... Pourtant, les auteurs sont très encadrés, aujourd’hui, je ne comprends pas.
•Donald – C’est sûr... Pour un auteur qui écrit, on paye six conseillers de programmes pour lui dire que ce qu’il écrit c’est de la merde... Marc-Antoine – Alors quel est le problème ?
•Donald – Prenez la comédie, par exemple. •C’est très difficile de faire rire un conseiller de programmes. •Alors en faire rire six de la même chose, vous imaginez un peu... Marc-Antoine – Et ils viennent d’où tous ces conseillers ?
•Donald – Ça on n’a jamais su... Quand une vache pond une bouse, sait-on d’où viennent les mouches ?
•Marc-Antoine – Il faut absolument qu’on trouve quelque chose tout de suite pour remonter la pente, Donald. •Qu’est-ce que les gens regardent encore à la télé à part la pub ?
•Donald – Le foot... Mais on a raté l’achat des droits cette année... On n’a plus les moyens... Avec la suppression de la pub... On a pu se payer les Jeux Olympiques d’Hiver, mais apparemment, le tir à la carabine à plomb sur patins à glace n’a pas encore trouvé son public en France... Marc-Antoine – Le foot ? •Eh ben voilà ! •On n’a qu’à remplacer dans nos fictions les comédiens par des footballeurs.
•Donald – Des footballeurs ?
•Marc-Antoine s’empare de L’Équipe que Donald tient toujours à la main.
•Marc-Antoine – Tenez ! •Celui-là, par exemple... Donald (sceptique) – Il n’a pas marqué beaucoup de buts cette saison... Marc-Antoine – Pourquoi est-ce qu’il voudrait faire l’acteur sinon ?
•Donald (indécis) – Je ne sais pas... Marc-Antoine – Si vous avez une meilleure idée... Je vous paye pour ça, non ?
•Donald réfléchit.
•Donald – Et si au lieu de nous épuiser à lutter contre la concurrence de France 1, on allait au bout de notre ligne éditoriale ?
•Marc-Antoine – Je ne savais pas qu’on en avait une... Donald – On arrête la fiction ! •On montre la télé en train de se faire ! •On pourrait appeler ça Télésurveillance, par exemple. •On filme directement l’auteur en train d’écrire et de s’autocensurer. •Les six conseillers de programmes en train de ne pas rire aux blagues qu’il n’a pas osé faire. •Le degré ultime de la télé-réalité !
•Marc-Antoine – Excellent, Donald, excellent ! •J’ai toujours pensé que vous n’étiez pas un Mickey. •(Il rit à sa propre blague.) •Vous voyez, moi aussi je sais rire, quand je veux. •Ça commence quand ?
•Donald – Quoi ?
•Marc-Antoine – Télésurveillance !
•Donald montre les caméras de surveillance.
•Donald – Ça a déjà commencé...
•Noir.

unit 1
Sur un plateau - JEAN-PIERRE MARTINEZ – PROLOGUE.
1 Translations, 1 Upvotes, Last Activity 6 hours ago
unit 2
unit 5
Marc-Antoine – Ah, Donald !
1 Translations, 1 Upvotes, Last Activity 6 hours ago
unit 6
Vous avez vu ça ?
1 Translations, 1 Upvotes, Last Activity 6 hours ago
unit 7
Notre audience a encore baissé !
1 Translations, 1 Upvotes, Last Activity 6 hours ago
unit 10
Marc-Antoine – Ça vous vient d’où, ce nom à la con ?
1 Translations, 1 Upvotes, Last Activity 3 hours ago
unit 11
C’est un pseudo ?
1 Translations, 1 Upvotes, Last Activity 3 hours ago
unit 14
C’est dû à quoi, cette érosion régulière de notre audience ?
1 Translations, 1 Upvotes, Last Activity 3 hours ago
unit 15
Et quand je dis, érosion... On est en train de couler à pic, Donald !
1 Translations, 1 Upvotes, Last Activity 3 hours ago
unit 16
Donald – On pourrait changer le responsable des programmes... ?
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 17
Et remettre à sa place celui qu’on a viré il y a six mois... ?
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 66

Sur un plateau - JEAN-PIERRE MARTINEZ – PROLOGUE.
(facultatif)
Un plateau vide, ou tel qu’il se présentera au début du premier acte. L’action peut aussi se passer devant le rideau avant qu’il soit levé, voire dans la salle.
Marc-Antoine, le président de TF2, arrive en trombe et croise son vice-président, qui arrive d’un pas plus lent tout en lisant
L’Équipe.
Marc-Antoine – Ah, Donald ! Vous avez vu ça ? Notre audience a encore baissé !
Donald (pliant son journal) – Oui, je sais, Marc-Antoine...
Marc-Antoine – Que France 1 fasse systématiquement un meilleur score que nous, passe encore. Mais si ça continue, on va passer derrière Arte...
Donald – Oui...
Marc-Antoine – Dites-moi franchement, Donald...
Donald – Oui, Marc-Antoine... ?
Marc-Antoine – Ça vous vient d’où, ce nom à la con ? C’est un pseudo ?
Donald – Non...
Marc-Antoine – Qui serait assez con pour prendre un pseudo pareil... Ça a dû être dur à porter, non ? Surtout quand vous étiez gosse...
Donald – Mon Dieu...
Marc-Antoine – Bon, revenons à nos moutons... Je veux dire à nos ménagères de moins de cinquante ans. C’est dû à quoi, cette érosion régulière de notre audience ? Et quand je dis, érosion... On est en train de couler à pic, Donald !
Donald – On pourrait changer le responsable des programmes... ? Et remettre à sa place celui qu’on a viré il y a six mois... ? Il est à la fiction, maintenant...
Marc-Antoine – Nous sommes sur le Titanic, Donald, et tout ce que vous nous proposez, c’est de changer de transat ? Je ne comprends pas. Pourtant, on a supprimé la publicité.
Donald – Justement...
Marc-Antoine – Justement quoi ?
Donald – La publicité, c’est le seul truc que les gens regardaient encore sur TF2. Alors forcément, maintenant qu’on l’a supprimée, l’audience chute... Ils vont regarder la pub sur France 1...
Marc-Antoine – Et nos fictions à la française ? Qui ont fait la réputation de notre chaîne et qui s’exportent dans le monde entier !
Donald lui lance un regard signifiant que là, il exagère un peu.
Marc-Antoine – Bon, je pensais surtout à la partie extrême-orientale du Benelux... Le Luxembourg, si vous préférez... Mais ne me dites pas qu’avant la suppression de la pub, personne ne regardait déjà plus les séries de TF2 ?
Donald – Oui... Pour patienter entre deux plages publicitaires...
Marc-Antoine – Dites-moi la vérité, pour une fois...
Donald – Je peux vous parler franchement ?
Marc-Antoine – Je ne vous ai pas embauché pour ça, c’est vrai, mais l’heure est grave.
Donald – À force de vouloir faire des séries consensuelles, on a fini par inventer les séries invisibles. En tout cas in-regardables. On voulait que nos fictions ne dérangent personne, elles ont fini par emmerder tout le monde... Vous les regardez, vous ?
Marc-Antoine – Je suis payé pour ça...
Donald – Voilà... Mais on ne peut pas payer des millions de téléspectateurs pour regarder nos fictions...
Marc-Antoine – Et dire que si j’étais né trente ans plus tôt j’aurais pu diriger l’ORTF... Pourtant, les auteurs sont très encadrés, aujourd’hui, je ne comprends pas.
Donald – C’est sûr... Pour un auteur qui écrit, on paye six conseillers de programmes pour lui dire que ce qu’il écrit c’est de la merde...
Marc-Antoine – Alors quel est le problème ?
Donald – Prenez la comédie, par exemple. C’est très difficile de faire rire un conseiller de programmes. Alors en faire rire six de la même chose, vous imaginez un peu...
Marc-Antoine – Et ils viennent d’où tous ces conseillers ?
Donald – Ça on n’a jamais su... Quand une vache pond une bouse, sait-on d’où viennent les mouches ?
Marc-Antoine – Il faut absolument qu’on trouve quelque chose tout de suite pour remonter la pente, Donald. Qu’est-ce que les gens regardent encore à la télé à part la pub ?
Donald – Le foot... Mais on a raté l’achat des droits cette année... On n’a plus les moyens... Avec la suppression de la pub... On a pu se payer les Jeux Olympiques d’Hiver, mais apparemment, le tir à la carabine à plomb sur patins à glace n’a pas encore trouvé son public en France...
Marc-Antoine – Le foot ? Eh ben voilà ! On n’a qu’à remplacer dans nos fictions les comédiens par des footballeurs.
Donald – Des footballeurs ?
Marc-Antoine s’empare de L’Équipe que Donald tient toujours à la main.
Marc-Antoine – Tenez ! Celui-là, par exemple...
Donald (sceptique) – Il n’a pas marqué beaucoup de buts cette saison...
Marc-Antoine – Pourquoi est-ce qu’il voudrait faire l’acteur sinon ?
Donald (indécis) – Je ne sais pas...
Marc-Antoine – Si vous avez une meilleure idée... Je vous paye pour ça, non ?
Donald réfléchit.
Donald – Et si au lieu de nous épuiser à lutter contre la concurrence de France 1, on allait au bout de notre ligne éditoriale ?
Marc-Antoine – Je ne savais pas qu’on en avait une...
Donald – On arrête la fiction ! On montre la télé en train de se faire ! On pourrait appeler ça Télésurveillance, par exemple. On filme directement l’auteur en train d’écrire et de s’autocensurer. Les six conseillers de programmes en train de ne pas rire aux blagues qu’il n’a pas osé faire. Le degré ultime de la télé-réalité !
Marc-Antoine – Excellent, Donald, excellent ! J’ai toujours pensé que vous n’étiez pas un Mickey. (Il rit à sa propre blague.) Vous voyez, moi aussi je sais rire, quand je veux. Ça commence quand ?
Donald – Quoi ?
Marc-Antoine – Télésurveillance !
Donald montre les caméras de surveillance.
Donald – Ça a déjà commencé...
Noir.