La fenêtre d’en face - Jean Pierre Martinez - pp 21-24
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The Window Across the Way - Jean Pierre Martinez - pp 21-24.

Alexandre – Do you write, too? Have you come to offer a collaboration? It’s true, I’m starting to lack inspiration, but I warn you, I'm not yet reduced to looking for a ghostwriter.
Madison – No, I haven’t come for that... Alexandre – And this thesis story is also an invention. So, you didn't play me this comedy for the privilege of a literary conversation with me... Madison – No. Not only... Alexandre – Then why?
Madison - I think the answer lies in the manuscript I’ve just read. The opposite window . . .Why that title?
Alexandre - The window opposite . . . is the one in the flat where you live now. That’s where the woman I used to love lived.
Madison—and who has haunted your thoughts since she left.
Alexandre – I often dreamed that she came back. That one day she would walk through my door—just as you yourself have done today... Madison—That’s why you always leave it open... Alexandre—Sometimes, I thought I caught a glimpse of a shadow behind the curtains of the opposite window. When you moved in—and I would catch a glimpse of light at night—I imagined it was her... Madison: It was only me.
Alexandre—You resemble her a little... That is why, when I saw you for the first time just now, I recoiled. For a moment, I thought it was her. At twenty. And then I remembered that today, she would be about the same age as me... Madison—it’s true, I look like her.
Alexandre – Don’t tell me you're her ghost.
Madison – No, I'm quite real.
Alexandre – But there's something more, isn't there?
Madison – Yes.
Alexandre – Why did you say her face was familiar?
A pause.
Madison – I'm her granddaughter.
Silence.
Alexandre – Her granddaughter....?
Madison – When she left for Afghanistan, she was pregnant. She realised this shortly after she left.
Alexandre - Pregnant . . . with my child?
Madison - Yes.
Alexandre - Why didn’t she tell me?
Madison - You said so yourself. It was a different time. She didn’t want to force you into having a child. She thought she could raise the child on her own. And that’s what she did.
Alexandre - I never knew anything about this.
Madison - Neither did I, until recently at least.
Alexandre - When did you find out?
Madison - A few years ago. When I turned eighteen, my grandmother told me the story. Your love story . . . Alexandre – So you’d be my granddaughter.
Madison - Yes. I am your granddaughter. (A pause) You don't believe me?
Alexandre—If... Curiously, after all the lies you’ve told me, I have no doubt about that.
Madison – I understand that this is quite difficult to hear. Take your time. You owe me nothing. If that is what you wish, I will leave just as I came, and you will never hear from me again.
Alexandre – Restez, je vous en prie.
Madison – Je suis là.
Un temps.
Alexandre – Je peux comprendre qu’à l’époque, elle ne m’ait rien dit. Mais après ?
Madison – Je vous le répète. Elle n’a pas voulu vous imposer cette paternité. Et après elle avait perdu votre trace.
Alexandre – Peu après son départ, j’ai quitté cet appartement. Je ne supportais plus d’avoir tous les jours devant les yeux cette fenêtre qui me rappelait son absence.
Madison – Elle vous a envoyé une lettre il y a très longtemps. La lettre lui est revenue avec la mention « n’habite plus à cette adresse ».
Alexandre – Je suis revenu habiter ici il y a quelques années. Pour écrire ce livre, justement. Comme pour exorciser le passé.
Madison – Mais son fantôme n’a pas cessé de vous hanter... Alexandre – J’ai connu d’autres femmes, bien sûr. Mais toute ma vie j’aurai vécu dans le souvenir de ce premier amour. Je n’ai jamais aimé personne d’autre... Madison – Elle ne savait pas si vous étiez marié. Si vous aviez fondé une famille de votre côté.
Alexandre – Ce n’était pas le cas.
Madison – Elle a entendu parler de vous quand vous êtes devenu un écrivain célèbre.
Alexandre – C’est aussi dans l’espoir de la reconquérir que j’ai tout fait pour réussir dans le monde littéraire. Et aussi pour qu’elle puisse retrouver ma trace plus facilement grâce à ma notoriété. Elle aurait pu me contacter à ce moment-là.
Madison – Vous auriez pensé que c’était par intérêt qu’elle revenait vers vous, alors que vous étiez devenu un auteur à succès... C’est en tout cas ce qu’elle craignait... Alexandre – Alors j’ai une fille... Un temps.
Madison – À propos de ma maladie aussi, je ne vous ai qu’à moitié menti. C’est ma mère qui avait le cœur fragile. Elle est morte peu après ma naissance, sans même savoir qui était son père.
Alexandre – Je suis désolé de l’apprendre.
Madison – C’est ma grand-mère qui m’a élevée. Et quand j’ai atteint l’âge de la majorité, elle a voulu que je sache qui était mon grand-père. Mais elle n’a pas osé reprendre contact avec vous.
Alexandre – Alors vous avez décidé de le faire à sa place. En venant à Paris.
Madison – Je ne me voyais pas vous raconter ça dans une lettre ou au téléphone. Je voulais vous rencontrer avant. Vous aviez la réputation d’être un ours. Si je ne vous avais pas trouvé sympathique, je ne vous aurais rien dit. Et je serais repartie à New-York.
Alexandre – Mais je vous ai tellement bien accueillie que vous avez décidé de m’adopter... Madison – Et surtout j’ai lu ce manuscrit. J’ai compris que vous n’aviez jamais oublié cette femme. Ma grand-mère... Alexandre – Vous avez bien fait de venir... et de me raconter la fin de cette histoire.
Madison – Ce n’est pas encore tout à fait la fin... (Alexandre accuse le coup.) Ça va ?
Il choisit l’humour pour cacher son émotion.
Alexandre – Je déprimais déjà sur mon âge, et vous m’annoncez que je suis grand-père.
Madison – Cela ne vous fait pas plaisir ?
Alexandre – Si bien sûr... mais j’apprends en même temps que j’ai une fille, et qu’elle est morte.
Madison – Mais je suis là... Je n’ai presque pas connu ma mère. Je retrouve un grand-père.
Alexandre prend le manuscrit.
Alexandre – Je publierai ce livre. Je le dédicacerai à cette fille que je ne connaîtrai jamais. Et à cette petite-fille qui un jour a débarqué chez moi sans prévenir en forçant ma porte... Madison – La porte était ouverte... Alexandre – Mais il faut encore que je trouve une vraie fin pour ce roman.
Madison – Pour cela, je vous peux vous aider, je vous l’ai dit.
Alexandre – Je ne sais pas si mon cœur va tenir très longtemps si vous m’annoncez encore d’autres surprises.
Madison – Il reste une dernière chose, en effet.
Alexandre – Allez-y. Au point où j’en suis... Madison – Ma grand-mère est bien vivante.
Alexandre – Et où vit-elle aujourd’hui ?
Madison – À New-York.
Alexandre – Alors vous l’embrasserez tendrement de ma part... Madison – Vous pourrez le faire vous-même.
Alexandre – Vous me ramenez en Amérique avec vous ?
Madison – Ma grand-mère est venue avec moi. Elle est dans l’appartement d’en face.
Un temps. Il est évidemment décontenancé.
Alexandre – Là, je commence à avoir vraiment peur... Madison – C’est encore une très belle femme... et elle ne vous a jamais oublié. Elle a lu tous vos livres... Alexandre – Mais elle n’a pas eu envie de connaître la vie de l’auteur.
Madison – Vous disiez que c’était sans importance... Alexandre – L’absente de ce roman, c’est elle.
Madison – Oui, mais elle ne l’a pas encore lu... Elle ne savait pas si vous vous souveniez encore d’elle... Si vous l’aimiez encore... Alexandre – Je l’aime encore... Ce livre en est la preuve... Il regarde en direction du public, vers la fenêtre d’en face.
Madison – Alors ? Je lui dis de venir ?
Alexandre – Elle a traversé l’Atlantique pour me retrouver. Je peux bien traverser le couloir pour aller la rejoindre... Alexandre embrasse Madison.
Madison – Je vous laisse y aller seul. Vous verrez. Presque rien n’a changé derrière la fenêtre d’en face. Et la porte est toujours ouverte... Il sort. Madison reste là et regarde vers la fenêtre.
Noir Fin
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La fenêtre d’en face - Jean Pierre Martinez - pp 21-24.
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Alexandre – Vous écrivez, vous aussi ?
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Vous êtes venue me proposer une collaboration ?
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Pas seulement... Alexandre – Alors pourquoi ?
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Madison – Je crois que la réponse est dans le manuscrit que je viens de lire.
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La fenêtre d’en face... Pourquoi ce titre ?
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C’est là où vivait cette femme que j’ai aimée autrefois.
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Madison – Et qui hante vos pensées depuis qu’elle est partie.
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Alexandre – J’ai souvent rêvé qu’elle revenait.
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Pendant un instant j’ai cru que c’était elle.
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À vingt ans.
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Alexandre – Ne me dites pas que vous êtes son fantôme.
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Madison – Non, je suis bien réelle.
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Alexandre – Mais il y a autre chose, n’est-ce pas ?
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Madison – Oui.
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Alexandre – Pourquoi avez-vous dit que son visage vous était familier ?
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Un temps.
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Madison – Je suis sa petite-fille.
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Silence.
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Alexandre – Sa petite-fille...?
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Madison – Quand elle est partie pour l’Afghanistan, elle était enceinte.
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Elle s’en est rendu compte peu après son départ.
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Alexandre – Enceinte... de moi ?
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Madison – Oui.
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Alexandre – Pourquoi ne m’a-t-elle rien dit ?
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Madison – Vous l’avez dit vous-même.
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C’était une autre époque.
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Elle n’a pas voulu vous imposer cet enfant.
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Elle a pensé qu’elle pourrait l’élever toute seule.
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Et c’est ce qu’elle a fait.
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Alexandre – Je n’en ai jamais rien su.
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Madison – Moi non plus, jusqu’à il y a peu en tout cas.
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Alexandre – Quand l’avez-vous appris ?
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Madison – Il y a quelques années.
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Quand j’ai eu dix-huit ans, ma grand-mère m’a raconté cette histoire.
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Votre histoire d’amour... Alexandre – Alors vous seriez ma petite-fille.
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Madison – Oui.
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Je suis votre petite-fille.
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(Un temps) Vous ne me croyez pas ?
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Madison – Je comprends que ce soit assez difficile à entendre.
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Prenez votre temps.
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Vous ne me devez rien.
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Alexandre – Restez, je vous en prie.
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Madison – Je suis là.
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Un temps.
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Mais après ?
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Madison – Je vous le répète.
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Elle n’a pas voulu vous imposer cette paternité.
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Et après elle avait perdu votre trace.
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Alexandre – Peu après son départ, j’ai quitté cet appartement.
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Madison – Elle vous a envoyé une lettre il y a très longtemps.
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Alexandre – Je suis revenu habiter ici il y a quelques années.
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Pour écrire ce livre, justement.
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Comme pour exorciser le passé.
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Mais toute ma vie j’aurai vécu dans le souvenir de ce premier amour.
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Si vous aviez fondé une famille de votre côté.
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Alexandre – Ce n’était pas le cas.
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Elle aurait pu me contacter à ce moment-là.
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C’est ma mère qui avait le cœur fragile.
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Alexandre – Je suis désolé de l’apprendre.
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Madison – C’est ma grand-mère qui m’a élevée.
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Mais elle n’a pas osé reprendre contact avec vous.
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Alexandre – Alors vous avez décidé de le faire à sa place.
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En venant à Paris.
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Je voulais vous rencontrer avant.
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Vous aviez la réputation d’être un ours.
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Si je ne vous avais pas trouvé sympathique, je ne vous aurais rien dit.
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Et je serais repartie à New-York.
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J’ai compris que vous n’aviez jamais oublié cette femme.
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Ça va ?
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Il choisit l’humour pour cacher son émotion.
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Madison – Cela ne vous fait pas plaisir ?
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Madison – Mais je suis là... Je n’ai presque pas connu ma mère.
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Je retrouve un grand-père.
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Alexandre prend le manuscrit.
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Alexandre – Je publierai ce livre.
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Je le dédicacerai à cette fille que je ne connaîtrai jamais.
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Madison – Pour cela, je vous peux vous aider, je vous l’ai dit.
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Madison – Il reste une dernière chose, en effet.
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Alexandre – Allez-y.
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Au point où j’en suis... Madison – Ma grand-mère est bien vivante.
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Alexandre – Et où vit-elle aujourd’hui ?
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Madison – À New-York.
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Alexandre – Vous me ramenez en Amérique avec vous ?
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Madison – Ma grand-mère est venue avec moi.
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Elle est dans l’appartement d’en face.
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Un temps.
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Il est évidemment décontenancé.
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Madison – Alors ?
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Je lui dis de venir ?
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Alexandre – Elle a traversé l’Atlantique pour me retrouver.
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Madison – Je vous laisse y aller seul.
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Vous verrez.
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Presque rien n’a changé derrière la fenêtre d’en face.
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Et la porte est toujours ouverte... Il sort.
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Madison reste là et regarde vers la fenêtre.
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Noir Fin
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La fenêtre d’en face - Jean Pierre Martinez - pp 21-24.

Alexandre – Vous écrivez, vous aussi ? Vous êtes venue me proposer une collaboration ? C’est vrai, je commence à manquer un peu d’inspiration, mais je vous préviens, je n’en suis pas encore à chercher un nègre pour écrire mes livres à ma place.
Madison – Non, je ne suis pas venue pour ça...
Alexandre – Et cette histoire de thèse est aussi une invention. Ce n’est donc pas pour avoir le privilège d’une causerie littéraire avec moi que vous m’avez joué cette comédie...
Madison – Non. Pas seulement...
Alexandre – Alors pourquoi ?
Madison – Je crois que la réponse est dans le manuscrit que je viens de lire. La fenêtre d’en face... Pourquoi ce titre ?
Alexandre – La fenêtre d’en face... c’est celle de l’appartement que vous habitez aujourd’hui. C’est là où vivait cette femme que j’ai aimée autrefois.
Madison – Et qui hante vos pensées depuis qu’elle est partie.
Alexandre – J’ai souvent rêvé qu’elle revenait. Qu’un jour elle pousserait ma porte, comme vous l’avez fait vous-même aujourd’hui...
Madison – C’est pour ça que vous la laissez toujours ouverte...
Alexandre – Parfois, il me semblait apercevoir une ombre derrière les rideaux de la fenêtre d’en face. Quand vous vous êtes installée, et que j’apercevais de la lumière, la nuit, j’imaginais que c’était elle...
Madison – Ce n’était que moi.
Alexandre – Vous lui ressemblez un peu... C’est pourquoi en vous voyant pour la première fois tout à l’heure, j’ai eu un mouvement de recul. Pendant un instant j’ai cru que c’était elle. À vingt ans. Et puis je me suis souvenu qu’aujourd’hui, elle aurait à peu près le même âge que moi...
Madison – C’est vrai, je lui ressemble.
Alexandre – Ne me dites pas que vous êtes son fantôme.
Madison – Non, je suis bien réelle.
Alexandre – Mais il y a autre chose, n’est-ce pas ?
Madison – Oui.
Alexandre – Pourquoi avez-vous dit que son visage vous était familier ?
Un temps.
Madison – Je suis sa petite-fille.
Silence.
Alexandre – Sa petite-fille...?
Madison – Quand elle est partie pour l’Afghanistan, elle était enceinte. Elle s’en est rendu compte peu après son départ.
Alexandre – Enceinte... de moi ?
Madison – Oui.
Alexandre – Pourquoi ne m’a-t-elle rien dit ?
Madison – Vous l’avez dit vous-même. C’était une autre époque. Elle n’a pas voulu vous imposer cet enfant. Elle a pensé qu’elle pourrait l’élever toute seule. Et c’est ce qu’elle a fait.
Alexandre – Je n’en ai jamais rien su.
Madison – Moi non plus, jusqu’à il y a peu en tout cas.
Alexandre – Quand l’avez-vous appris ?
Madison – Il y a quelques années. Quand j’ai eu dix-huit ans, ma grand-mère m’a raconté cette histoire. Votre histoire d’amour...
Alexandre – Alors vous seriez ma petite-fille.
Madison – Oui. Je suis votre petite-fille. (Un temps) Vous ne me croyez pas ?
Alexandre – Si... Curieusement, après tous les mensonges que vous m’avez racontés, je n’ai aucun doute là-dessus.
Madison – Je comprends que ce soit assez difficile à entendre. Prenez votre temps. Vous ne me devez rien. Si c’est ce que vous souhaitez, je partirai comme je suis venue, et vous n’entendrez plus jamais parler de moi.
Alexandre – Restez, je vous en prie.
Madison – Je suis là.
Un temps.
Alexandre – Je peux comprendre qu’à l’époque, elle ne m’ait rien dit. Mais après ?
Madison – Je vous le répète. Elle n’a pas voulu vous imposer cette paternité. Et après elle avait perdu votre trace.
Alexandre – Peu après son départ, j’ai quitté cet appartement. Je ne supportais plus d’avoir tous les jours devant les yeux cette fenêtre qui me rappelait son absence.
Madison – Elle vous a envoyé une lettre il y a très longtemps. La lettre lui est revenue avec la mention « n’habite plus à cette adresse ».
Alexandre – Je suis revenu habiter ici il y a quelques années. Pour écrire ce livre, justement. Comme pour exorciser le passé.
Madison – Mais son fantôme n’a pas cessé de vous hanter...
Alexandre – J’ai connu d’autres femmes, bien sûr. Mais toute ma vie j’aurai vécu dans le souvenir de ce premier amour. Je n’ai jamais aimé personne d’autre...
Madison – Elle ne savait pas si vous étiez marié. Si vous aviez fondé une famille de votre côté.
Alexandre – Ce n’était pas le cas.
Madison – Elle a entendu parler de vous quand vous êtes devenu un écrivain célèbre.
Alexandre – C’est aussi dans l’espoir de la reconquérir que j’ai tout fait pour réussir dans le monde littéraire. Et aussi pour qu’elle puisse retrouver ma trace plus facilement grâce à ma notoriété. Elle aurait pu me contacter à ce moment-là.
Madison – Vous auriez pensé que c’était par intérêt qu’elle revenait vers vous, alors que vous étiez devenu un auteur à succès... C’est en tout cas ce qu’elle craignait...
Alexandre – Alors j’ai une fille...
Un temps.
Madison – À propos de ma maladie aussi, je ne vous ai qu’à moitié menti. C’est ma mère qui avait le cœur fragile. Elle est morte peu après ma naissance, sans même savoir qui était son père.
Alexandre – Je suis désolé de l’apprendre.
Madison – C’est ma grand-mère qui m’a élevée. Et quand j’ai atteint l’âge de la majorité, elle a voulu que je sache qui était mon grand-père. Mais elle n’a pas osé reprendre contact avec vous.
Alexandre – Alors vous avez décidé de le faire à sa place. En venant à Paris.
Madison – Je ne me voyais pas vous raconter ça dans une lettre ou au téléphone. Je voulais vous rencontrer avant. Vous aviez la réputation d’être un ours. Si je ne vous avais pas trouvé sympathique, je ne vous aurais rien dit. Et je serais repartie à New-York.
Alexandre – Mais je vous ai tellement bien accueillie que vous avez décidé de m’adopter...
Madison – Et surtout j’ai lu ce manuscrit. J’ai compris que vous n’aviez jamais oublié cette femme. Ma grand-mère...
Alexandre – Vous avez bien fait de venir... et de me raconter la fin de cette histoire.
Madison – Ce n’est pas encore tout à fait la fin... (Alexandre accuse le coup.) Ça va ?
Il choisit l’humour pour cacher son émotion.
Alexandre – Je déprimais déjà sur mon âge, et vous m’annoncez que je suis grand-père.
Madison – Cela ne vous fait pas plaisir ?
Alexandre – Si bien sûr... mais j’apprends en même temps que j’ai une fille, et qu’elle est morte.
Madison – Mais je suis là... Je n’ai presque pas connu ma mère. Je retrouve un grand-père.
Alexandre prend le manuscrit.
Alexandre – Je publierai ce livre. Je le dédicacerai à cette fille que je ne connaîtrai jamais. Et à cette petite-fille qui un jour a débarqué chez moi sans prévenir en forçant ma porte...
Madison – La porte était ouverte...
Alexandre – Mais il faut encore que je trouve une vraie fin pour ce roman.
Madison – Pour cela, je vous peux vous aider, je vous l’ai dit.
Alexandre – Je ne sais pas si mon cœur va tenir très longtemps si vous m’annoncez encore d’autres surprises.
Madison – Il reste une dernière chose, en effet.
Alexandre – Allez-y. Au point où j’en suis...
Madison – Ma grand-mère est bien vivante.
Alexandre – Et où vit-elle aujourd’hui ?
Madison – À New-York.
Alexandre – Alors vous l’embrasserez tendrement de ma part...
Madison – Vous pourrez le faire vous-même.
Alexandre – Vous me ramenez en Amérique avec vous ?
Madison – Ma grand-mère est venue avec moi. Elle est dans l’appartement d’en face.
Un temps. Il est évidemment décontenancé.
Alexandre – Là, je commence à avoir vraiment peur...
Madison – C’est encore une très belle femme... et elle ne vous a jamais oublié. Elle a lu tous vos livres...
Alexandre – Mais elle n’a pas eu envie de connaître la vie de l’auteur.
Madison – Vous disiez que c’était sans importance...
Alexandre – L’absente de ce roman, c’est elle.
Madison – Oui, mais elle ne l’a pas encore lu... Elle ne savait pas si vous vous souveniez encore d’elle... Si vous l’aimiez encore...
Alexandre – Je l’aime encore... Ce livre en est la preuve...
Il regarde en direction du public, vers la fenêtre d’en face.
Madison – Alors ? Je lui dis de venir ?
Alexandre – Elle a traversé l’Atlantique pour me retrouver. Je peux bien traverser le couloir pour aller la rejoindre...
Alexandre embrasse Madison.
Madison – Je vous laisse y aller seul. Vous verrez. Presque rien n’a changé derrière la fenêtre d’en face. Et la porte est toujours ouverte...
Il sort. Madison reste là et regarde vers la fenêtre.
Noir
Fin