LA TRIBU - Italo Svevo
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Fin
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I La tribu s'était arrêtée. Elle avait trouvé au milieu du désert une vaste région riche en eau, en prairies et en arbres et, involontairement, sans que personne ne le lui suggère, au lieu de faire une de ses habituelles haltes éphémères, elle s'était enracinée dans ce paradis, avait été saisie par la terre et n'avait jamais pu se résoudre à s'en détacher. Elle semblait avoir atteint ce degré supérieur d’évolution qui exclut la vie nomade ; elle se reposait de la marche séculaire. Lentement, les tentes se transformèrent en maisons ; chaque membre de la tribu devint propriétaire.

Les années passèrent. Ali, un guerrier inquiet, réfractaire à la nouvelle vie, sella le cheval et galopa d’un bout à l’autre de ce qu’il s’obstinait à appeler campement, en criant : "Je continue, suivez-moi.

– Et qui nous apportera notre terre bien-aimée ? demandèrent la plupart des gens.

C'est seulement alors qu'ils prirent tous conscience d'être liés à jamais à ce morceau de terre, et Ali partit seul.


II Le vieil Hussein fut appelé à trancher un litige entre deux propriétaires de terrains voisins. La question était fort complexe. L'un des deux disait qu'il lui revenait également une partie de la récolte de l'autre, car il y avait travaillé par erreur; la faute pouvait être celle de l'autre, qui n'avait pas su marquer sur le terrain les signes de son bon droit.

Hussein médita longtemps, puis il dit : « Je vais consulter les lois de la tribu.

Le jour suivant, au Conseil des Anciens, il dut déclarer que ce cas n'était pas prévu par la loi. C'était la première fois qu'un agriculteur demandait justice, car il n'y avait pas eu d'agriculteurs auparavant.

Les anciens se rendirent sur la place des assemblées et convoquèrent toute la tribu : — Nous ne savons pas rendre justice ; si quelqu'un peut nous la dicter, qu'il parle franchement.

Tous se turent. La tribu tout entière avait été incapable de résoudre ce difficile problème.


III Hussein prit alors la parole : « Mes Frères ! Notre tribu est riche en tout excepté en lois ! Afin de me rapprocher le plus possible, dans ce cas particulier, de la justice qui m'est inconnue, je décide que la récolte, ayant donné lieu au litige, sera divisée en parts égales entre les deux parties. Afin qu’à l’avenir nos juges puissent éviter même la petite injustice que nous avons commise aujourd’hui, la tribu devrait envoyer un de ses membres étudier l’organisation des peuples qui vivent depuis des siècles dans l’ordre que nous ne connaissons que depuis quelques années. Ceux-là ont certainement des lois qui règlent les droits de ceux qui travaillent et de ceux qui possèdent.

Ils acceptèrent tous. Ils avaient compris que la tribu devait créer sa propre justice.

Hussein dit encore aux plaideurs ces paroles généreuses : — L'un d'entre vous a été trahi aujourd'hui par la tribu qui lui devait une justice exacte. N'en soyez pas affligés ! Peut-être la postérité se souviendra-t-elle de votre litige avec reconnaissance.


IV Achmed partit. Les anciens de la tribu le nommèrent délégué de la tribu, à l'unanimité. Il était très jeune, mais étonnamment actif et sensé, pour son âge. Les prophètes (il y en avait encore dans la tribu) disaient qu’il était destiné à augmenter le bien-être et la gloire de la tribu ; et les anciens, par respect pour les prophètes, firent en sorte que la prophétie se réalise.

Achmed partit. Conscient de l’importance de la mission qui lui était confiée, lorsqu’il se retrouva seul en chemin, il se répéta le serment qu’il avait fait peu auparavant aux anciens : – Ma patrie, je t'apporterai la justice.

Arrivé en Europe, il étudia pendant de longues années, au point qu’on disait de lui : Achmed étudie autant qu' une tribu tout entière.


V Quand, après une si longue absence, il retourna dans sa patrie, avant même de descendre de cheval, en passant par les rues de la petite ville, il s'aperçut rapidement que les conditions de vie de la tribu avaient beaucoup changé. Il n'en fut pas surpris. Il était trop naturel qu'il en soit ainsi. Même au milieu du désert, les lois de l'économie ne perdaient pas de leur force ; les petites maisons proprettes qui avaient d'abord remplacé les tentes avaient disparu pour faire place à de somptueux immeubles et à des masures crasseuses. On voyait passer des hommes demi-nus et d'autres couverts de tissus précieux.

Achmed se dressa sur sa selle pour regarder au loin. Non ! Les cheminées d'usine n'étaient pas encore arrivées jusque là.

« J'arrive à temps pour les importer » pensa Achmed.

Les anciens se réunirent pour entendre les communications d'Achmed.

Mais la première assemblée ne fut qu'une leçon de justice pratique qu'Achmed donna à ses compatriotes. Il avait retrouvé ses biens occupés par d'autres. L'aurait-on envoyé au loin afin de le voler plus commodément ?

Les anciens reconnurent la justesse de la remarque et résolurent de verser à Achmed autant d'or qu'il aurait pu tirer de la vente de ses terrains.

Mais cela ne suffisait pas à Achmed : — Et comment serai-je rétribué de tout le temps consacré exclusivement au bien de la tribu ? J'aurais aujourd'hui considérablement augmenté mon patrimoine ; je posséderais d'autres terres et d'autres immeubles si, au moment où la propriété s'instituait parmi vous, je n'avais pas été absent. J'exige qu'à la somme, qui me sera versée à titre d'indemnisation, soient ajoutés les intérêts composés sur la base d'un calcul que je vais vous indiquer.

Les anciens manifestèrent leur accord.


VI Mais le vieux Hussein se leva pour exprimer une opinion bien différente : — Nous connaissons déjà ton calcul, malheureusement. Sache, Achmed, que la tribu n'est plus celle que tu as quittée. Je crains que ton voyage n'ait été inutile, car nous, désormais, des lois nous en avons même trop. Nous n'avons pas pu attendre ton retour pour les compiler, et elles furent faites d'après les besoins qui nous semblaient urgents et selon des principes que nous trouvions naturels. Il semblait que ces lois étaient censées nous conduire au bonheur, mais au contraire la tribu de héros que tu as quittée s'est transformée en un conglomérat de vils esclaves et de maîtres tyranniques. Ô ! bienheureux Ali qui refusa de rester avec nous pour cultiver cette terre traîtresse! Sache que je ne dors pas une seule nuit entière à cause du remords que j'éprouve d'avoir conseillé à la tribu l'abandon de la vie nomade. J'ai voulu attendre ton retour pour prendre une décision qui nous arrachera à cet état. Si tu sais nous parler d'un peuple qui, sorti de la vie nomade, a su vivre plus heureux que nous, alors je te ferai compter tes intérêts sur les intérêts. Autrement tu ne recevras rien et nous, du moins je l'espère, nous retournerons à la vie nomade.

Achmed demanda un jour pour réfléchir. La chose était trop importante pour être résolue sur le champ ; les intérêts des intérêts de son capital devaient s'élever à une somme importante.


VII. Il lut les lois de la tribu et y trouva en embryon tout ce qui existait dans les états modernes les plus parfaits. Il aurait pu corriger ou compléter ça et là. Il ressentait un grand désir d'afficher sa propre doctrine en dictant de nouvelles lois que la tribu ignorait parce que son état économique, encore rudimentaire, ne les nécessitait pas. Mais il n’était pas idiot et ne voulut pas s’exposer à être raillé.

Le vieil Hussein lui inspirait un grand respect. Celui-ci, qui dans le passé avait été l’homme le plus héroïque et le plus généreux de la tribu, était à présent le plus perspicace, le plus avisé. Ces lois, qui étaient certainement son œuvre, étaient claires, simples. Dictées pour régler des conflits survenus sous les yeux mêmes du législateur, elles ne renfermaient aucune contradiction. Un esprit supérieur et simple avait précisé dans les cas particuliers, les similitudes et les différences.

C'est pourquoi Achmed ne pensait pas pouvoir mentir pour sauver son argent. Il devait dire la vérité ; et la vérité ou celle qu’il pensait telle, ne pouvait pas satisfaire Hussein.

Il ne dormit pas de la nuit. Vers le matin, il lui vint une idée : «Je vais peut-être pouvoir sauver mon argent et fonder mon usine avec».


VIII Le lendemain, en présence de tous les anciens, il commença par déclarer que l'histoire de la tribu n'est rien d'autre que l'histoire de l'humanité elle-même. Auparavant, tant qu'elle était nomade, la tribu constituait un seul individu luttant pour la vie ; maintenant, avec le progrès, chacun de ses membres était devenu un combattant pour son propre compte. Les plus forts l'emportaient et dominaient les plus faibles. Et c'était bien ainsi. Hussein ne se montrait pas digne de sa position en pleurant sur le sort des vaincus. Chacun des membres importants sera un véritable vainqueur et la race tout entière deviendra plus forte et soutiendra facilement la comparaison avec les autres peuples dans la guerre économique. — La voie que vous suivez est la bonne et tout autre voie vous est interdite. Nos lois ne sont pas encore parfaites et je veux vous aider à les rendre plus sûres, mais pas à les changer. Hussein voudrait en vain vous reconduire à la vie nomade, personne ne le suivrait.

— Et tu ne nous apportes rien d'autre ? demanda tristement Hussein. – Le malheur d’une si grande partie d'entre nous est donc irrévocablement décrété ?


IX – Je vous apporte encore quelque chose ! dit l’avisé Achmed. – Je vous apporte l'espoir. Dans la tribu, on se battra encore pendant des siècles. Elle en est tout juste au début de la lutte, qui deviendra de plus en plus féroce. Une partie de vos semblables sera, à coup sûr, condamnée à passer la moitié de la journée dans des milieux malsains, à travailler de façon que vous perdrez votre santé, votre esprit et votre âme. Ils deviendront des brutes, méprisées et abjectes. Pour eux, pas de chants de vos poètes, pas de débats d'idées de vos philosophes. Ils seront privés de toute culture qui ne soit puérile, et ne pourront même pas s'habiller et se nourrir comme des hommes. Le malheur actuel de vos pauvres, obligés de cultiver vos terres, est bonheur et richesse comparé au sort de leurs descendants. Et c'est seulement à ce moment-là que la tribu se sera mise en phase avec son temps. Ce n'est qu'à partir de ce moment - c'est-à-dire dans plusieurs siècles - que surgira une ère nouvelle. L'homme, élevé par un tant de malheur, aspirera à un nouvel ordre des choses. Les déshérités, liés par les usines - leur malheur - s’uniront et, pleins d’espérance, verront s’avancer les temps nouveaux et s'y prépareront. Puis, à l'arrivée des temps nouveaux, le pain, le bonheur et le travail seront à tous.

– Et ces nouveaux temps, tu peux les prédire dans les détails, dans les lois ? demanda Hussein soucieux.


X. J’ai beaucoup voyagé, répondit Achmed, et je n’ai trouvé jusqu’à présent aucun pays qui soit parvenu à un tel niveau d'organisation. Je peux seulement vous dire ceci : Dans ce lointain avenir, la terre appartiendra à la tribu, et tous les gens valides devront la travailler. Les fruits seront pour tout le monde. La lutte ne cessera pas, parce que là où il y a vie, il y a lutte, mais la lutte n'aura pas pour but la conquête du pain quotidien. Celui-ci sera de droit, comme l’air aujourd’hui. Dans la lutte, le vainqueur n’aura pas d’autre satisfaction que d’avoir servi la tribu.

– Et devrons-nous attendre si longtemps pour atteindre ce bonheur ? cria Hussein d’une voix tonitruante. – Tu as mérité les intérêts de tes intérêts, ajouta-t-il en se tournant vers Achmed. – Sache que la tribu veut commencer par la fin.

Achmed se félicita d'avoir été aussi habile et il encaissa son or. Il le compta, et pensa que c'était suffisant pour fonder l'usine, objet de ses rêves, juste au milieu de la tribu qui le payait, convaincue d'avoir échappé à l'usine.


XI Un Européen, fatigué des malheurs de son pays, frappa un jour à la porte d'Hussein et demanda à être admis dans cette heureuse tribu.

– Impossibile ! répondit Hussein. — Nous savons par expérience que notre organisation n'est pas faite pour vous, Européens.

Vexé, l'Européen lui fit remarquer : "N'est-ce pas nous qui avons conçu vos lois ?

— Vous les avez conçues, mais vous ne savez ni les comprendre ni les vivre. Nous avons même dû chasser de chez nous un Arabe, un certain Achmed, qui avait eu le malheur d'être formé chez vous.
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I La tribù s'era fermata!
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Le tende lentamente si mutarono in case; ogni membro della tribù divenne proprietario.
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Corsero gli anni.
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– E chi ci porterà dietro la nostra amata terra?
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– domandarono i più.
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La questione era complessa di molto.
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Hussein lungamente meditò, poi disse: – Consulterò le leggi della tribù.
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Tutti tacquero.
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L'intera tribù non aveva saputo sciogliere il difficile problema.
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III Hussein allora parlò: – Fratelli!
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La nostra tribù è ricca di tutto fuorché di leggi!
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Costoro hanno certamente leggi che regolano i diritti di chi lavora e di chi possiede.
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Tutti consentirono.
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Avevano capito che la tribù doveva creare la propria giustizia.
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Non vi dolga!
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Forse il vostro litigio sarà ricordato con riconoscenza dai posteri.
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IV Achmed partì.
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Gli anziani lo elessero a delegato della tribù, all'unanimità.
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Era giovanissimo ma, per la sua età, sorprendentemente attivo ed assennato.
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Achmed partì.
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Non ne fu sorpreso.
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Era troppo naturale che così fosse.
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Passavano uomini seminudi ed altri coperti di stoffe preziose.
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Achmed si rizzò sulla sella per guardare lontano.
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No!
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Il comignolo della fabbrica non era ancor giunto fin lì.
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“Arrivo in tempo per importarlo io” pensò Achmed.
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Gli anziani si radunarono per ricevere le comunicazioni di Achmed.
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Egli aveva trovato i suoi beni occupati da altri.
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O che lo si aveva mandato via per derubarlo con comodità?
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Gli anziani dimostravano di consentire.
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Sappi, Achmed, che la tribù non è più quella che tu lasciasti.
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Oh!
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beato Alì, che non volle fermarsi con noi a coltivare questa terra traditrice!
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Ho voluto attendere il tuo ritorno per prendere una decisione che ci tolga a questo stato.
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Altrimenti tu non riceverai nulla, e noi, così almeno io spero, torneremo alla vita nomade.
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Achmed chiese un giorno di tempo per riflettere.
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Avrebbe potuto qua e là correggere o completare.
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Ma egli non era uno sciocco e non volle esporsi ad essere deriso.
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Il vecchio Hussein gl'incuteva un grande rispetto.
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Quelle leggi, che certamente erano opera sua, erano chiare, semplici.
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Uno spirito superiore e semplice aveva precisato nei singoli casi le affinità e le diversità.
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Perciò Achmed non credette di poter mentire per salvare il proprio denaro.
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Passò la notte insonne.
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I più forti vincevano e soggiogavano i più deboli.
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Ed era bene che così fosse.
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Hussein non si mostrava degno del suo posto, piangendo sulla sorte dei vinti.
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– La via sulla quale vi trovate è la buona e qualunque altra vi è interdetta.
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Invano Hussein vorrebbe ricondurvi alla vita nomade; nessuno lo seguirebbe.
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— E non ci porti altro?
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– chiese Hussein con mestizia.
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– L'infelicità di tanta parte di noi è dunque decretata irrevocabilmente?
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IX – Vi porto ancora qualche cosa!
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– disse l'accorto Achmed.
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– Vi porto la speranza.
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Nella tribù si lotterà ancora per lunghi secoli.
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Essa si trova appena all'inizio della lotta, che diverrà sempre più fiera.
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Diverranno dei bruti, disprezzati e spregevoli.
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Per essi non i canti dei vostri poeti, non il giuoco d'idee dei vostri filosofi.
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Sarà loro tolta ogni cultura che non sia puerile, e neppure potranno vestirsi e nutrirsi da uomini.
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E soltanto allora la tribù sarà giunta all'altezza dei tempi.
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Di là soltanto – dunque fra secoli – si vedrà albeggiare una nuova era.
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L'uomo, elevato da tanta sventura, aspirerà a un nuovo ordine di cose.
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Poi, giunti i nuovi tempi, il pane, la felicità e il lavoro saranno di tutti.
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– E questi nuovi tempi, li sai tu predire nei particolari, nelle leggi?
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– domandò Hussein ansioso.
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I frutti saranno di tutti.
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Questo sarà il diritto, come oggi l'aria.
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Il vittorioso nella lotta non avrà altra soddisfazione che d'aver servita la tribù.
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E dovremo attendere sì a lungo per raggiungere tanta felicità?
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– gridò Hussein con voce tonante.
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– Ti sei meritati i tuoi interessi degli interessi – aggiunse rivolto ad Achmed.
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– Sappi che la tribù vuole incominciare dalla fine.
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Achmed si felicitò d'essere stato tanto abile e incassò il proprio oro.
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– Impossibile!
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– disse Hussein.
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– Abbiamo sperimentato che la nostra organizzazione non fa per voi europei.
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Offeso, l'europeo osservò: – Non siamo stati noi a immaginare le vostre leggi?
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– Le avete immaginate, ma non sapete comprenderle né viverle.
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I

La tribù s'era fermata! Aveva trovato in mezzo al deserto un vasto paese ricco d'acqua, di prati e d'alberi e, involontariamente, senza che nessuno lo proponesse, invece di farvi una delle solite soste fugaci, aveva messo radice in quel paradiso, era stata avvinghiata dalla terra e non aveva più saputo staccarsene. Pareva fosse giunta a quel grado superiore di evoluzione ch'esclude la vita nomade; riposava della marcia secolare. Le tende lentamente si mutarono in case; ogni membro della tribù divenne proprietario.

Corsero gli anni. Alì, un guerriero inquieto, refrattario alla nuova vita, sellò il cavallo e galoppò da una parte all'altra di quello ch'egli s'ostinava di chiamare accampamento, gridando:

– Io proseguo, seguitemi.

– E chi ci porterà dietro la nostra amata terra? – domandarono i più.

Soltanto allora tutti ebbero coscienza d'essere legati per sempre a quel pezzo di terra, e Alì partì solo.

II

Il vecchio Hussein era chiamato a decidere una questione insorta fra due proprietari di terreni limitrofi. La questione era complessa di molto. Uno dei due diceva spettargli anche una parte del raccolto dell'altro, perché per errore l'aveva lavorato; la colpa poteva essere dell'altro, che non aveva saputo imprimere sul terreno i segni del proprio diritto.

Hussein lungamente meditò, poi disse:

– Consulterò le leggi della tribù.

Il giorno appresso, nel Consiglio degli anziani, dovette dichiarare che la legge non prevedeva quel caso. Era la prima volta che un coltivatore chiedeva giustizia, perché prima non c'erano stati coltivatori.

Gli anziani si portarono alla piazza dei comizi pubblici e convocarono l'intera tribù:

– Noi non sappiamo fare giustizia; se qualcuno sa dettarcela, parli franco.

Tutti tacquero. L'intera tribù non aveva saputo sciogliere il difficile problema.

III

Hussein allora parlò:

– Fratelli! La nostra tribù è ricca di tutto fuorché di leggi! Per avvicinarmi il più possibile, nel caso concreto, alla giustizia che ignoro, decido che il raccolto, che diede luogo al litigio, sia diviso in parti uguali fra i due contendenti. Acché in avvenire i nostri giudici possano evitare anche la piccola ingiustizia da noi quest'oggi commessa, la tribù invii un suo membro a studiare l'organizzazione dei popoli che vivono da secoli nell'assetto che noi conosciamo soltanto da anni. Costoro hanno certamente leggi che regolano i diritti di chi lavora e di chi possiede.

Tutti consentirono. Avevano capito che la tribù doveva creare la propria giustizia.

Hussein disse ancora ai querelanti le generose parole:

– Uno di voi due è stato oggi tradito dalla tribù che gli doveva la giustizia esatta. Non vi dolga! Forse il vostro litigio sarà ricordato con riconoscenza dai posteri.

IV

Achmed partì. Gli anziani lo elessero a delegato della tribù, all'unanimità. Era giovanissimo ma, per la sua età, sorprendentemente attivo ed assennato. I profeti (nella tribù ve n'erano ancora) dicevano ch'era destinato ad aumentare il benessere e la gloria della tribù; e gli anziani, per rispetto ai profeti, agirono in modo che la profezia si avverasse.

Achmed partì. Conscio dell'importanza della missione affidatagli, quando si trovò solo sulla via, ripetè a se stesso il giuramento fatto poco prima agli anziani: – Patria mia, io ti porterò la giustizia.

Giunto in Europa, per lunghi anni studiò, tanto che di lui si diceva: Achmed studia come un'intera tribù.

V

Quando, dopo sì lunga assenza, ritornò in patria, non ancora sceso da cavallo, passando per le vie della piccola città, s'accorse subito che le condizioni della tribù s'erano mutate di molto. Non ne fu sorpreso. Era troppo naturale che così fosse. La legge economica non perdeva della sua forza neppure nel centro del deserto; e le piccole linde casette, che avevano da prima sostituite le tende, erano scomparse per far posto a sontuosi palazzi e a luride catapecchie. Passavano uomini seminudi ed altri coperti di stoffe preziose.

Achmed si rizzò sulla sella per guardare lontano. No! Il comignolo della fabbrica non era ancor giunto fin lì.

“Arrivo in tempo per importarlo io” pensò Achmed.

Gli anziani si radunarono per ricevere le comunicazioni di Achmed.

Ma la prima assemblea non fu che una lezione di giustizia pratica che Achmed diede ai suoi compatrioti. Egli aveva trovato i suoi beni occupati da altri. O che lo si aveva mandato via per derubarlo con comodità?

Gli anziani riconobbero la giustezza dell'osservazione e deliberarono di versare ad Achmed tanto oro quanto egli avrebbe potuto trarre dalla vendita dei suoi terreni.

Ad Achmed però non bastava:

– E come sarò retribuito di tutto il tempo che dedicai esclusivamente al bene della tribù? Io oggidì avrei aumentato considerevolmente quel mio patrimonio; possederei altre terre e palazzi se, nell'epoca in cui la proprietà fra voi andava formandosi, io non fossi stato assente. Esigo che all'importo, che mi sarà destinato ad indennizzo, vengano aggiunti gl'interessi degl'interessi in base ad un computo ch'io v'insegnerò.

Gli anziani dimostravano di consentire.

VI

Ma il decrepito Hussein s'alzò per manifestare un'opinione ben differente:

– Il tuo computo noi lo conosciamo già, disgraziatamente. Sappi, Achmed, che la tribù non è più quella che tu lasciasti. Ho paura che il tuo viaggio sia stato inutile, perché noi, oramai, di leggi ne abbiamo anche troppe. Non si potè attendere il tuo ritorno per compilarle, e furono fatte giusta i bisogni che ci parevano urgenti, e seguendo assiomi che ci sembravano naturali. Pareva che queste leggi dovessero condurci alla felicità, e invece la tribù di eroi, che hai lasciata, s'è mutata in un agglomerato di vili schiavi e di prepotenti padroni. Oh! beato Alì, che non volle fermarsi con noi a coltivare questa terra traditrice! Sappi che io non dormo una sola notte intera dal rimorso di aver consigliata la tribù ad abbandonare la vita nomade. Ho voluto attendere il tuo ritorno per prendere una decisione che ci tolga a questo stato. Se tu ci saprai raccontare di un popolo, che, toltosi alla vita nomade, abbia saputo vivere più felicemente di noi, allora ti farò contare i tuoi interessi degli interessi. Altrimenti tu non riceverai nulla, e noi, così almeno io spero, torneremo alla vita nomade.

Achmed chiese un giorno di tempo per riflettere. La cosa era troppo importante per venir risolta su due piedi; gli interessi degli interessi del suo capitale dovevano produrre una somma elevata.

VII

Egli lesse le leggi della tribù e vi trovò in embrione tutto quanto esisteva negli stati moderni più perfetti. Avrebbe potuto qua e là correggere o completare. Sentiva un gran desiderio di ostentare la propria dottrina dettando nuove leggi che la tribù ignorava perché il suo stato economico, ancora rudimentale, non le chiedeva. Ma egli non era uno sciocco e non volle esporsi ad essere deriso.

Il vecchio Hussein gl'incuteva un grande rispetto. Costui, che nei tempi passati era stato l'uomo più eroico e più generoso della tribù, ne era ora il più perspicace, il più acuto. Quelle leggi, che certamente erano opera sua, erano chiare, semplici. Dettate per regolare conflitti avvenuti sotto gli occhi stessi del legislatore, non contenevano alcuna contraddizione. Uno spirito superiore e semplice aveva precisato nei singoli casi le affinità e le diversità.

Perciò Achmed non credette di poter mentire per salvare il proprio denaro. Doveva dire la verità; e la verità o quella ch'egli pensava tale – non poteva soddisfare Hussein.

Passò la notte insonne. Verso mattina gli balenò un'idea: “Forse mi riuscirà di salvare il mio denaro e fondare con esso la mia fabbrica”.

VIII

Il dì appresso, presenti tutti gli anziani, cominciò dal dichiarare che la storia della tribù non era altro che la storia stessa dell'umanità. Prima, finché nomade, la tribù costituiva un solo individuo che lottava per la vita; ora, nel progresso, ogni suo membro era divenuto un lottatore per proprio conto. I più forti vincevano e soggiogavano i più deboli. Ed era bene che così fosse. Hussein non si mostrava degno del suo posto, piangendo sulla sorte dei vinti. Ogni membro ragguardevole sarà un vero e proprio trionfatore e l'intera razza diverrà più forte e sosterrà facilmente il paragone con gli altri popoli nel conflitto economico. – La via sulla quale vi trovate è la buona e qualunque altra vi è interdetta. Le nostre leggi non sono ancora perfette ed io voglio aiutarvi a renderle più sicure, ma non a mutarle. Invano Hussein vorrebbe ricondurvi alla vita nomade; nessuno lo seguirebbe.

— E non ci porti altro? – chiese Hussein con mestizia. – L'infelicità di tanta parte di noi è dunque decretata irrevocabilmente?

IX

– Vi porto ancora qualche cosa! – disse l'accorto Achmed. – Vi porto la speranza. Nella tribù si lotterà ancora per lunghi secoli. Essa si trova appena all'inizio della lotta, che diverrà sempre più fiera. Una parte dei vostri simili sarà, senza colpa, condannata a passare la metà della giornata in ambienti malsani, a lavorare in modo da perdervi la salute, l'ingegno, l'anima. Diverranno dei bruti, disprezzati e spregevoli. Per essi non i canti dei vostri poeti, non il giuoco d'idee dei vostri filosofi. Sarà loro tolta ogni cultura che non sia puerile, e neppure potranno vestirsi e nutrirsi da uomini. La sventura attuale dei vostri poveri, obbligati a coltivare le vostre terre, è felicità e ricchezza in confronto alla sorte dei loro discendenti. E soltanto allora la tribù sarà giunta all'altezza dei tempi. Di là soltanto – dunque fra secoli – si vedrà albeggiare una nuova era. L'uomo, elevato da tanta sventura, aspirerà a un nuovo ordine di cose. I diseredati, uniti dalle fabbriche – la loro sventura – si coalizzeranno e, pieni di speranza, vedranno avanzarsi i nuovi tempi e vi si prepareranno. Poi, giunti i nuovi tempi, il pane, la felicità e il lavoro saranno di tutti.

– E questi nuovi tempi, li sai tu predire nei particolari, nelle leggi? – domandò Hussein ansioso.

X

Ho tanto viaggiato – rispose Achmed – e non trovai sinora alcun paese che fosse giunto a tale elevata organizzazione. So dirvi questo soltanto: In quel lontano avvenire la terra sarà della tribù e tutti i validi dovranno lavorarla. I frutti saranno di tutti. Non cesserà la lotta, perché dove è vita è lotta, ma la lotta non avrà per iscopo la conquista del pane quotidiano. Questo sarà il diritto, come oggi l'aria. Il vittorioso nella lotta non avrà altra soddisfazione che d'aver servita la tribù.

E dovremo attendere sì a lungo per raggiungere tanta felicità? – gridò Hussein con voce tonante. – Ti sei meritati i tuoi interessi degli interessi – aggiunse rivolto ad Achmed. – Sappi che la tribù vuole incominciare dalla fine.

Achmed si felicitò d'essere stato tanto abile e incassò il proprio oro. Lo contò, e pensò che bastava per fondare la fabbrica, l'oggetto dei suoi sogni, e proprio in mezzo alla tribù che lo pagava nel convincimento d'essere sfuggita alla fabbrica.

XI

Un europeo, stanco della sventura del proprio paese, bussò un giorno alla porta di Hussein e chiese d'essere ammesso a far parte di quella tribù felice.

– Impossibile! – disse Hussein. – Abbiamo sperimentato che la nostra organizzazione non fa per voi europei.

Offeso, l'europeo osservò: – Non siamo stati noi a immaginare le vostre leggi?

– Le avete immaginate, ma non sapete comprenderle né viverle. Abbiamo dovuto scacciare da noi persino un arabo, certo Achmed, che aveva avuto la sfortuna di essere educato da voi.