George Sand — Lélia (1839 – 2e version) — Première partie — Chapitre III
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•CAPITOLO III.

•Che te ne importa, giovane poeta? •Perché vuoi sapere chi sono io e da dove provengo?... Sono nata come te nella valle delle lacrime, e tutti gli sventurati che strisciano sulla terra sono miei fratelli. •Sarà pur così grande questa terra, imbarazzata da un pensiero e di cui una rondine fa il giro in poche giornate? •Che c'è di strano e di misterioso in una vita umana? •Quale sì grande influenza ritieni che abbia un ragio solare più o meno verticale sulle nostre teste? •In fondo, •questo mondo intero è ben lontano da lui; è ben freddo, ben pallido e ben stretto. •Chiedi al vento quante ore gli ci vogliano per sconvolgerlo da un polo all'altro.
•Fossi nata all'altro capo del mondo, ci sarebbe ancora poca differenza fra te e me. •Entrambi condannati a soffrire, entrambi deboli, incompleti, feriti da tutti i nostri godimenti, avidi di una felicità senza nome, ecco la nostra comune sorte, ecco perché siamo fratelli e compagni sulla terra d'esilio e di schiavitù.
•Chiedi se sono un essere di natura diversa dalla tua! •Credi che io non soffra? •Ho visto certi uomini più sfortunati di me per via della loro condizione, che lo erano infatti molto meno a causa del loro carattere. •Non tutti gli uomini hanno l'indole a soffrire nella stessa misura. •Per il grande artefice della nostra miseria, questa diversità caratteriale è senz'altro poca roba. •Per noi dalla vista così limitata, la metà della nostra vita passa a studiarci l'un l'altro, e a notare le sfumature della disgrazia quando ci riguarda. •Cos'è tutto questo al cospetto di Dio? •La stessa differenza che c'è per noi fra i fili d'erba e il prato.
•Ecco perché non prego Dio. •Cosa potrei chiedergli? •Che mi cambi il destino? •Mi deriderebbe. •Che mi dia la forza di combattere i miei dolori? •Lui l'ha riposta in me, sta a me usarla.
•Chiedi se adoro lo spirito malvagio! •Lo spirito maligno e quello buono sono uno solo, che è Dio; che è la volontà ignota e misteriosa che sta al di sopra delle nostre volontà. •Il bene e il male sono dei distinguo creati da noi. •Dio non li conosce più della felicità e della sfortuna. •Quindi non chiedere né al cielo né all'inferno il segreto del mio destino. •Potrei invece rimproverarti di sbalzarmi di continuo al di sopra e al di sotto di me stessa. •Poeta, non cercare in me quei profondi misteri; la mia anima è gemella della tua, tu l'addolori, la spaventi saggiandola così. •Prendila per quello che è, un'anima che soffre e attende. •Ad interrogarla con tanta asprezza, si ripiegherà e non oserà più aprirsi a te.
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CHAPITRE III.
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Que t’importe cela, jeune poëte ?
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Que peut-il y avoir d’étrange et de mystérieux dans une existence humaine ?
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Allez !
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ce monde tout entier est bien loin de lui ; il est bien froid, bien pâle, et bien étroit.
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Demandez au vent combien il lui faut d’heures pour le bouleverser d’un pôle à l’autre.
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Fussé-je née à l’autre extrémité, il y aurait encore peu de différence entre toi et moi.
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Vous demandez si je suis un être d’une autre nature que vous !
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Croyez-vous que je ne souffre pas ?
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Tous les hommes n’ont pas la faculté de souffrir au même degré.
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Tout cela qu’est-ce devant Dieu ?
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Ce qu’est devant nous la différence entre les brins d’herbe de la prairie.
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C’est pourquoi je ne prie pas Dieu.
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Que lui demanderais-je ?
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Qu’il change ma destinée ?
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Il se rirait de moi.
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Qu’il me donne la force de lutter contre mes douleurs ?
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Il l’a mise en moi, c’est à moi de m’en servir.
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Vous demandez si j’adore l’esprit du mal !
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Le bien et le mal, ce sont des distinctions que nous avons créées.
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Dieu ne les connaît pas plus que le bonheur et l’infortune.
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Ne demandez donc ni au ciel ni à l’enfer le secret de ma destinée.
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Prenez-la pour ce qu’elle est, pour une âme qui souffre et qui attend.
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CHAPITRE III.

Que t’importe cela, jeune poëte ? Pourquoi veux-tu savoir qui je suis et d’où je viens ?… Je suis née comme toi dans la vallée des larmes, et tous les malheureux qui rampent sur la terre sont mes frères. Est-elle donc si grande, cette terre qu’une pensée embrasse, et dont une hirondelle fait le tour dans l’espace de quelques journées ? Que peut-il y avoir d’étrange et de mystérieux dans une existence humaine ? Quelle si grande influence supposez-vous à un rayon de soleil plus ou moins vertical sur nos têtes ? Allez ! ce monde tout entier est bien loin de lui ; il est bien froid, bien pâle, et bien étroit. Demandez au vent combien il lui faut d’heures pour le bouleverser d’un pôle à l’autre.
Fussé-je née à l’autre extrémité, il y aurait encore peu de différence entre toi et moi. Tous deux condamnés à souffrir, tous deux faibles, incomplets, blessés par toutes nos jouissances, toujours inquiets, avides d’un bonheur sans nom, toujours hors de nous, voilà notre destinée commune, voilà ce qui fait que nous sommes frères et compagnons sur la terre d’exil et de servitude.
Vous demandez si je suis un être d’une autre nature que vous ! Croyez-vous que je ne souffre pas ? J’ai vu des hommes plus malheureux que moi par leur condition, qui l’étaient beaucoup moins par leur caractère. Tous les hommes n’ont pas la faculté de souffrir au même degré. Aux yeux du grand artisan de nos misères, ces variétés d’organisation sont bien peu de chose sans doute. Pour nous dont la vue est si bornée, nous passons la moitié de notre vie à nous examiner les uns les autres, et à tenir note des nuances que subit l’infortune en se révélant à nous. Tout cela qu’est-ce devant Dieu ? Ce qu’est devant nous la différence entre les brins d’herbe de la prairie.
C’est pourquoi je ne prie pas Dieu. Que lui demanderais-je ? Qu’il change ma destinée ? Il se rirait de moi. Qu’il me donne la force de lutter contre mes douleurs ? Il l’a mise en moi, c’est à moi de m’en servir.
Vous demandez si j’adore l’esprit du mal ! L’esprit du mal et l’esprit du bien, c’est un seul esprit, c’est Dieu ; c’est la volonté inconnue et mystérieuse qui est au-dessus de nos volontés. Le bien et le mal, ce sont des distinctions que nous avons créées. Dieu ne les connaît pas plus que le bonheur et l’infortune. Ne demandez donc ni au ciel ni à l’enfer le secret de ma destinée. C’est à vous que je pourrais reprocher de me jeter sans cesse au-dessus et au-dessous de moi-même. Poëte, ne cherchez pas en moi ces profonds mystères ; mon âme est sœur de la vôtre, vous la contristez, vous l’effrayez en la sondant ainsi. Prenez-la pour ce qu’elle est, pour une âme qui souffre et qui attend. Si vous l’interrogez si sévèrement, elle se repliera sur elle-même, et n’osera plus s’ouvrir à vous.