Brèves de square – Jean-Pierre Martinez – SCÈNE 10
Difficulty: Easy    Uploaded: 2 weeks ago by markvanroode     Last Activity: None
0% Upvoted
0% Translated but not Upvoted
77 Units
0% Translated
0% Upvoted
SCÈNE 10 – Les gens.
Un homme arrive, très bien habillé, avec un haut-de-forme, suivi d’un autre en costume de chauffeur, avec une casquette.
Chauffeur – Que monsieur ne s’inquiète pas, le dépanneur va venir pour la Rolls, et une voiture est en route pour nous ramener au château.
Milliardaire – Merci mon brave.
Le chauffeur nettoie le banc avec un mouchoir.
Chauffeur – Si monsieur veut bien s’asseoir.
Le milliardaire s’assied et jette un regard autour de lui.
Milliardaire – Tout ça est très pittoresque... Mais où sommes-nous, exactement ?
Chauffeur – Très exactement... nous sommes à l’angle de la rue de la Paix et de la rue... Milliardaire – Non, je veux dire, cet endroit, c’est quoi ?
Chauffeur – C’est un square, monsieur.
Milliardaire – Un square ?
Chauffeur – Un jardin public.
Milliardaire – Vraiment ?
Chauffeur – Je me suis dit que pour attendre la voiture, ce serait mieux que dans la rue ou dans un café. C’est un quartier très populaire, vous savez. Les gens comme eux ne sont pas habitués à voir des gens comme vous.
Milliardaire – Des gens comme moi...?
Chauffeur – Des personnes de votre condition.
Milliardaire – Nous aurions pu rester incognito. Ils ne sont pas supposés savoir que je suis baron, et à la tête de la cinquième plus grosse fortune d’Europe.
Chauffeur – Croyez-moi, monsieur ne serait pas passé inaperçu.
Le milliardaire regarde à nouveau autour de lui.
Milliardaire – Un jardin public... Chauffeur – Comme le jardin du château de monsieur, mais ouvert à tout le monde.
Milliardaire – Mais je ne vois pas de château... Chauffeur – Le château, c’est... la mairie.
Milliardaire – D’accord.
Chauffeur – Les gens viennent là avec leurs enfants pour prendre un peu l’air.
Milliardaire – Ah, oui... Les gens... Chauffeur – Quand ils ne travaillent pas, évidemment.
Milliardaire – Bien sûr. C’est assez propre, quand même. Et... ce sont les gens eux-mêmes qui l’entretiennent, n’est-ce pas ? On appelle ça des jardins ouvriers, je crois.
Chauffeur – Euh... Non monsieur. Les jardins ouvriers, c’est pour faire pousser des légumes. Ici c’est un jardin public. C’est entretenu par les jardiniers de la mairie.
Milliardaire – Je vois. Et les gens viennent ici pour se reposer.
Chauffeur – C’est cela. Pour reconstituer leur force de travail, comme dit Marx.
Milliardaire – Je vous demande pardon ?
Chauffeur – Karl Marx, monsieur. Pour Marx, le travail est une marchandise. Et sa valeur est équivalente à la valeur de l’ensemble des biens matériels et immatériels nécessaires à sa reproduction. C’est-à-dire non seulement le logement et la nourriture, mais aussi les quelques distractions indispensables pour éviter que le prolétaire tombe dans la dépression et se laisse tenter par le suicide.
Milliardaire – Je vois... Du pain et des jeux, comme disait Jules César... Chauffeur – Oui, si monsieur préfère. Mais si monsieur me permet, le phénomène de la lutte des classes, qui conduit inéluctablement à la dictature du prolétariat, est beaucoup mieux analysé dans Le Capital.
Milliardaire – Vous avez donc lu Le Capital ?
Chauffeur – Pas vous, monsieur ?
Milliardaire – Ma foi non, je l’avoue... Chauffeur – J’en ai toujours un exemplaire dans la Rolls. Comme je passe beaucoup de temps à attendre monsieur, j’en profite pour m’instruire. C’est mon livre de chevet, comme on dit. Pour certains c’est la bible, pour moi c’est Le Capital.
Milliardaire – Mais dites-moi, mon brave... Vous avez lu Le Capital d’accord... mais vous ne seriez pas marxiste tout de même ?
Chauffeur – Si monsieur.
Milliardaire – Vous Karim, en plus d’être musulman, vous êtes marxiste ?
Chauffeur – Oui monsieur.
Le milliardaire le regarde avec un air perplexe.
Milliardaire – Ça ne fait rien, je vous garde quand même.
Chauffeur – Merci, monsieur...
Le portable du milliardaire sonne et il répond.
Milliardaire – Ah, ma chère, c’est vous. Il nous arrive une histoire absolument rocambolesque. La Rolls a pété une durite au beau milieu d’une cité, et nous avons dû nous réfugier dans un square... Un square, ma chère. Un jardin public, si vous préférez. (Plus bas) Mais dites-moi, très chère, vous saviez que notre chauffeur était marxiste ? Non, non, bien sûr, ça ne me dérange pas, mais... vous auriez pu m’en informer tout de même. Bon, on en reparle tout à l’heure, d’accord ?
Le portable du chauffeur sonne aussi, et il répond.
Chauffeur – OK, merci... (Au milliardaire) Votre voiture vous attend, monsieur.
Ils se lèvent pour partir.
Milliardaire – Très bien, alors allons-y... Mais finalement, cette aventure aura été très cocasse, n’est-ce pas ?
Chauffeur – Oui, d’ailleurs, ça me rappelle un film... Milliardaire – Un film ? Quel film ?
Chauffeur – Un film avec Louis De Funès, monsieur.
Milliardaire – Ne me dites pas qu’en plus d’être musulman et communiste, vous êtes aussi cinéphile ?
Ils sortent.
unit 1
SCÈNE 10 – Les gens.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 4
Milliardaire – Merci mon brave.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 5
Le chauffeur nettoie le banc avec un mouchoir.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 6
Chauffeur – Si monsieur veut bien s’asseoir.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 7
Le milliardaire s’assied et jette un regard autour de lui.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 10
Chauffeur – C’est un square, monsieur.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 11
Milliardaire – Un square ?
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 12
Chauffeur – Un jardin public.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 13
Milliardaire – Vraiment ?
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 15
C’est un quartier très populaire, vous savez.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 16
Les gens comme eux ne sont pas habitués à voir des gens comme vous.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 17
Milliardaire – Des gens comme moi...?
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 18
Chauffeur – Des personnes de votre condition.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 19
Milliardaire – Nous aurions pu rester incognito.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 21
Chauffeur – Croyez-moi, monsieur ne serait pas passé inaperçu.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 22
Le milliardaire regarde à nouveau autour de lui.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 25
Milliardaire – D’accord.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 28
Milliardaire – Bien sûr.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 29
C’est assez propre, quand même.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 30
unit 31
On appelle ça des jardins ouvriers, je crois.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 32
Chauffeur – Euh...
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 33
Non monsieur.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 34
Les jardins ouvriers, c’est pour faire pousser des légumes.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 35
Ici c’est un jardin public.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 36
C’est entretenu par les jardiniers de la mairie.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 37
Milliardaire – Je vois.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 38
Et les gens viennent ici pour se reposer.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 39
Chauffeur – C’est cela.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 40
Pour reconstituer leur force de travail, comme dit Marx.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 41
Milliardaire – Je vous demande pardon ?
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 42
Chauffeur – Karl Marx, monsieur.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 43
Pour Marx, le travail est une marchandise.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 48
Milliardaire – Vous avez donc lu Le Capital ?
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 49
Chauffeur – Pas vous, monsieur ?
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 52
C’est mon livre de chevet, comme on dit.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 53
Pour certains c’est la bible, pour moi c’est Le Capital.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 55
Chauffeur – Si monsieur.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 57
Chauffeur – Oui monsieur.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 58
Le milliardaire le regarde avec un air perplexe.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 59
Milliardaire – Ça ne fait rien, je vous garde quand même.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 60
Chauffeur – Merci, monsieur...
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 61
Le portable du milliardaire sonne et il répond.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 62
Milliardaire – Ah, ma chère, c’est vous.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 63
Il nous arrive une histoire absolument rocambolesque.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 65
Un jardin public, si vous préférez.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 68
Bon, on en reparle tout à l’heure, d’accord ?
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 69
Le portable du chauffeur sonne aussi, et il répond.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 71
Ils se lèvent pour partir.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 74
Quel film ?
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 75
Chauffeur – Un film avec Louis De Funès, monsieur.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None
unit 77
Ils sortent.
0 Translations, 0 Upvotes, Last Activity None

SCÈNE 10 – Les gens.
Un homme arrive, très bien habillé, avec un haut-de-forme, suivi d’un autre en costume de chauffeur, avec une casquette.
Chauffeur – Que monsieur ne s’inquiète pas, le dépanneur va venir pour la Rolls, et une voiture est en route pour nous ramener au château.
Milliardaire – Merci mon brave.
Le chauffeur nettoie le banc avec un mouchoir.
Chauffeur – Si monsieur veut bien s’asseoir.
Le milliardaire s’assied et jette un regard autour de lui.
Milliardaire – Tout ça est très pittoresque... Mais où sommes-nous, exactement ?
Chauffeur – Très exactement... nous sommes à l’angle de la rue de la Paix et de la rue...
Milliardaire – Non, je veux dire, cet endroit, c’est quoi ?
Chauffeur – C’est un square, monsieur.
Milliardaire – Un square ?
Chauffeur – Un jardin public.
Milliardaire – Vraiment ?
Chauffeur – Je me suis dit que pour attendre la voiture, ce serait mieux que dans la rue ou dans un café. C’est un quartier très populaire, vous savez. Les gens comme eux ne sont pas habitués à voir des gens comme vous.
Milliardaire – Des gens comme moi...?
Chauffeur – Des personnes de votre condition.
Milliardaire – Nous aurions pu rester incognito. Ils ne sont pas supposés savoir que je suis baron, et à la tête de la cinquième plus grosse fortune d’Europe.
Chauffeur – Croyez-moi, monsieur ne serait pas passé inaperçu.
Le milliardaire regarde à nouveau autour de lui.
Milliardaire – Un jardin public...
Chauffeur – Comme le jardin du château de monsieur, mais ouvert à tout le monde.
Milliardaire – Mais je ne vois pas de château...
Chauffeur – Le château, c’est... la mairie.
Milliardaire – D’accord.
Chauffeur – Les gens viennent là avec leurs enfants pour prendre un peu l’air.
Milliardaire – Ah, oui... Les gens...
Chauffeur – Quand ils ne travaillent pas, évidemment.
Milliardaire – Bien sûr. C’est assez propre, quand même. Et... ce sont les gens eux-mêmes qui l’entretiennent, n’est-ce pas ? On appelle ça des jardins ouvriers, je crois.
Chauffeur – Euh... Non monsieur. Les jardins ouvriers, c’est pour faire pousser des légumes. Ici c’est un jardin public. C’est entretenu par les jardiniers de la mairie.
Milliardaire – Je vois. Et les gens viennent ici pour se reposer.
Chauffeur – C’est cela. Pour reconstituer leur force de travail, comme dit Marx.
Milliardaire – Je vous demande pardon ?
Chauffeur – Karl Marx, monsieur. Pour Marx, le travail est une marchandise. Et sa valeur est équivalente à la valeur de l’ensemble des biens matériels et immatériels nécessaires à sa reproduction. C’est-à-dire non seulement le logement et la nourriture, mais aussi les quelques distractions indispensables pour éviter que le prolétaire tombe dans la dépression et se laisse tenter par le suicide.
Milliardaire – Je vois... Du pain et des jeux, comme disait Jules César...
Chauffeur – Oui, si monsieur préfère. Mais si monsieur me permet, le phénomène de la lutte des classes, qui conduit inéluctablement à la dictature du prolétariat, est beaucoup mieux analysé dans Le Capital.
Milliardaire – Vous avez donc lu Le Capital ?
Chauffeur – Pas vous, monsieur ?
Milliardaire – Ma foi non, je l’avoue...
Chauffeur – J’en ai toujours un exemplaire dans la Rolls. Comme je passe beaucoup de temps à attendre monsieur, j’en profite pour m’instruire. C’est mon livre de chevet, comme on dit. Pour certains c’est la bible, pour moi c’est Le Capital.
Milliardaire – Mais dites-moi, mon brave... Vous avez lu Le Capital d’accord... mais vous ne seriez pas marxiste tout de même ?
Chauffeur – Si monsieur.
Milliardaire – Vous Karim, en plus d’être musulman, vous êtes marxiste ?
Chauffeur – Oui monsieur.
Le milliardaire le regarde avec un air perplexe.
Milliardaire – Ça ne fait rien, je vous garde quand même.
Chauffeur – Merci, monsieur...
Le portable du milliardaire sonne et il répond.
Milliardaire – Ah, ma chère, c’est vous. Il nous arrive une histoire absolument rocambolesque. La Rolls a pété une durite au beau milieu d’une cité, et nous avons dû nous réfugier dans un square... Un square, ma chère. Un jardin public, si vous préférez. (Plus bas) Mais dites-moi, très chère, vous saviez que notre chauffeur était marxiste ? Non, non, bien sûr, ça ne me dérange pas, mais... vous auriez pu m’en informer tout de même. Bon, on en reparle tout à l’heure, d’accord ?
Le portable du chauffeur sonne aussi, et il répond.
Chauffeur – OK, merci... (Au milliardaire) Votre voiture vous attend, monsieur.
Ils se lèvent pour partir.
Milliardaire – Très bien, alors allons-y... Mais finalement, cette aventure aura été très cocasse, n’est-ce pas ?
Chauffeur – Oui, d’ailleurs, ça me rappelle un film...
Milliardaire – Un film ? Quel film ?
Chauffeur – Un film avec Louis De Funès, monsieur.
Milliardaire – Ne me dites pas qu’en plus d’être musulman et communiste, vous êtes aussi cinéphile ?
Ils sortent.