en-fr  Bat Wing/Chapter I Medium
PAUL HARLEY DE CHANCERY LANE.


Vers dix-huit heures, par une chaude soirée d'été, M. Paul Harley était assis dans son bureau privé de Chancery Lane et il relisait plusieurs lettres qu'Innes, sa secrétaire, avait déposées devant lui pour signature. Seule une dernière lettre lui restait à parcourir mais il s'agissait d'un long rapport confidentiel sur un sujet précis qu'Harley avait préparé pour Monsieur le secrétaire d'État à l'Intérieur. Avec un soupir de lassitude, il jeta un coup d’œil à la petite horloge sur la table avant d'entamer sa lecture.

— Je ne vous retiendrai plus que quelques minutes maintenant, Knox, dit-il.

J’acquiesçai en souriant. J'étais tout à fait satisfait d'être assis à observer mon ami à l’œuvre.

Paul Harley occupait une place unique dans le maelstrom de vice et d'ambition que l'on appelle parfois la vie londonienne. Si à l'instant présent, il n'occupait aucun poste officiel, certains des problèmes les plus cruciaux de la politique britannique des cinq dernières années, des problèmes qui mettaient en péril les relations entre États et qui menaçaient fréquemment de raviver une nouvelle guerre mondiale, avaient dû leur solution au génie singulier de cet homme

Aucun indice quant à sa profession n'apparaissait sur la simple plaque de cuivre posée sur sa porte et ceux qui considéraient uniquement Paul Harley comme un détective privé couronné de succès se doutaient peu qu'il était dans le secret de certains des dirigeants qui menaient les destinées de l'Empire. Le travail de Paul Harley à Constantinople au cours des mois fébriles qui avaient précédé les hostilités avec la Turquie, bien qu’il eût été inconnu du grand public, avait été d’une nature des plus extraordinaires. Malheureusement, ses recommandations ne furent jamais adoptées. Sinon, la tragédie des Dardanelles aurait pu être évitée.

Son environnement, alors qu’il était assis là, le regard rivé sur les pages dactylographiées, était celui de n'importe quel autre homme exerçant en libéral. Du moins, c'était ce qu'il aurait semblé à l'observateur occasionnel. Mais il y avait peut-être une qualité dans l'atmosphère du bureau qui aurait pu indiquer à un visiteur plus sensible que c'était l'appartement d'un homme d'affaires sortant de l'ordinaire. Alors qu'il y avait des meubles de classements et des étagères chargées d'ouvrages de référence, pour la plupart des livres de loi, une grande et belle armoire birmane apportait une note inattendue.

À y regarder de plus près, on pouvait détecter d'autres taches de couleur significatives, notamment une très fine gravure d'Edgar Allan Poe, reproduite d'après le daguerréotype de 1848 ; et l'homme, lui-même, portait la marque indélébile des tropiques. Ses traits fins avaient cette teinte de bronze sous-cutanée qui évoque les années passées sous un soleil impitoyable, et le soupçon de gris au niveau des tempes ne faisait qu'ajouter à la vitalité énergique et presque féroce du visage sombre. Paul Harley était remarquable en raison de cette force intellectuelle qui ne frappe pas immédiatement, car elle est tout simplement innée, mais qui, néanmoins, confère à son possesseur une aura de distinction.

Ayant apposé son nom au bas du rapport, Paul Harley glissa les feuillets dans une grande enveloppe qu'il déposa dans un panier qui contenait déjà un certain nombre d'autres lettres. Son travail était terminé pour aujourd'hui ; me regardant avec un sourire triomphant, il se leva. Son bureau se trouvait au sein même de son appartement, aussi, bien que vivant sur place, comme un bon bourgeois urbain d'autrefois, il lui suffisait de fermer la porte menant à ses pièces privées pour signifier la fin de sa journée de travail. Paul Harley, tout en appuyant sur une sonnette, reliée au bureau de sa secrétaire, s'était levé au moment où Innes était entrée.

— Rien d'autre, n'est-ce pas, Innes ? questionna-t-il.

— Rien, M. Harley, si vous avez validé le rapport du Home Office ?. Paul Harley émit un rire bref.

— Le voilà, répondit-il en désignant la corbeille ; un travail fastidieux et ingrat, Innes. C'est la cinquième version que vous avez préparée et il faudra s'en satisfaire. Il prit une lettre qui était décachetée sur la table. — C'est l'affaire Rokeby, précisa-t-il. — J'ai décidé de la conserver, après tout, jusqu'à mon retour. — Ah! fit Innes en jetant un regard discret à chaque enveloppe au moment où il l'extrayait de la corbeille. — Je vois que vous avez refusé le petit travail soumis par le Marquis. — Je l'ai refusé, rétorqua Harley, avec un sourire en coin, et la rémunération de cinq cents guinées l'accompagnant. J'ai également laissé entendre à cet aristocrate en détresse qu'ici c'est un bureau d'enquêtes et qu'une blanchisserie conviendrait mieux pour y laver son linge sale. Non, il n’ya rien d'autre ce soir, Innes. Vous pouvez partir maintenant. Mlle Smith est-elle partie ? Mais comme pour répondre à son interrogation, la dactylo qui composait avec Innes tout le personnel du bureau entra à ce moment-là, une carte à la main. Harley jeta un coup d'œil dans ma direction puis sur la carte, avec une expression sarcastique.

— Colonel Juan Menendez, lut-il à voix haute, du Cavendish Club, et jeta un coup d'œil pensif à Innes. — Connaissons-nous le colonel ? — Je ne crois pas, répondit Innes. Le nom m'est inconnu. —Je me le demande, murmura Harley. Il me jeta un coup d'œil. — Quelle guigne, Knox, juste au moment où je pensais qu'on allait être tranquilles. Est-ce vraiment un cas intéressant ou désire-t-il seulement qu'on surveille une femme ? Quoi qu'il en soit, son nom m'intrigue, je ferais peut-être bien de le recevoir. Dites-lui d'entrer, Mlle Smith. Innes et Miss Smith s'en allèrent laissant la place à un homme d'une stature des plus étonnantes et des plus inhabituelles. Tout d'abord, le colonel Menendez devait dépasser le mètre quatre-vingts, bottes comprises, et il se comportait comme un grand d'Espagne au temps de la splendeur de ce pays. Son teint était extraordinairement basané tandis que ses cheveux, coupés en brosse, étaient gris acier. Ses sourcils épais et sa moustache frisée, aux extrémités pointues, étaient également noirs, de sorte que ses larges dents brillaient intensément quand il souriait. Ses yeux étaient grands, sombres et brillants, et bien qu'il portât un costume en tweed admirablement coupé, allez savoir pourquoi, je me l'imaginais plutôt arborant une tenue de cavalier. À dire vrai, il me semblait presque entendre tinter ses éperons.

Il tenait une canne en ébène que je transformai mentalement en cravache, et j'eus un peu de peine à voir un élégant sombrero dans son melon noir. Il pouvait avoir entre cinquante et cinquante-cinq ans.

Debout devant la porte, il s'inclina et si son sourire était méphistophélique, le colonel Juan Menendez inspirait le respect.

— M. Harley, commença-t-il d'une voix haute et fluette qui offrit encore une autre surprise, je me sens un peu mal à l'aise… comment dites-vous ?... de m'approprier ainsi votre temps, alors que je ne suis absolument pas sûr que ce que j'ai à dire le justifie. Il parlait très couramment, voire très bien, l'anglais. Mais ses phrases étaient parfois étrangement construites ; cependant, à l'exception d'un faible accent et de fréquentes interpolations d'expressions telles que « comment dites-vous ? » — une sorte d'affectation prudente — on aurait pu supposer que c'était un Britannique ayant beaucoup vécu à l'étranger. Je pensais en moi-même qu'il avait beaucoup lu, et, comme j'appris plus tard, j'avais deviné juste.

— Prenez un siège, Colonel Menedez, invita Harley avec une franche cordialité. Je dois avouer que ma journée de travail est officiellement terminée, mais si vous ne voyez pas d'objection à la présence de mon ami, M. Knox, je me ferai un plaisir de discuter avec vous. Il sourit d'une manière qui lui était propre.

Si votre affaire est de nature strictement professionnelle, ajouta-t-il, je dois vous prier de m'excuser pour une quinzaine : je prends, avec mon ami, des vacances qui me font cruellement défaut. — Ah, vraiment ? répondit le colonel en posant son chapeau et sa canne sur la table et il s'assit, d'un air las, dans un grand fauteuil en cuir que Harley avait poussé vers lui. Si je vous dérange, j'en suis désolé, mais mes affaires sont urgentes et je viens à vous sur la recommandation de mon ami, l'ambassadeur d'Espagne, M. Don Merry del Val. Il leva les yeux vers le visage de Harley avec une expression interrogative toute particulière. Je me levai pour partir, mais Harley me demanda de m'asseoir, puis il se tourna de nouveau vers le visiteur. — Poursuivez je vous prie, invita-t-il. — Monsieur Knox m'a accompagné dans certains des cas les plus délicats que j'aie jamais traités, vous pouvez vous fier à sa discrétion, comme vous pouvez vous fier à la mienne. Il avança une boîte de cigares. — Un cigare ? — Non, merci, répondit-il, voyez-vous je fume rarement autre chose que mes cigarettes. Le colonel Menendez sortit une feuille de papier de riz d'un petit paquet qu'il avait avec lui, puis, plongeant deux longs doigts jaunis dans la poche de son manteau, il en sortit une pincée de tabac, la déposa sur le papier, et presque en un clin d'œil, il avait confectionné, roulé et allumé une cigarette très honorable. Sa dextérité était étonnante et, voyant ma surprise, il haussa les sourcils. — Ne dit-on pas que c'est en forgeant qu'on devient forgeron, fit-il remarquer.

Il haussa les épaules et fit tomber l'allumette éteinte dans un cendrier tandis que je l'étudiais avec un intérêt croissant. Je songeai qu'une peur, réelle ou imaginaire, obscurcissait l'esprit de l'individu. Je sentis que ma présence le dérangeait, néanmoins, il se lança brusquement : — Très bien. Je suppose, monsieur Harley, que vous serez conduit à considérer ce que j'ai à vous dire plutôt comme un symptôme de ce que vous appelez le stress que comme la preuve d'un quelconque pouvoir dirigé contre moi. Paul Harley regarda son interlocuteur avec curiosité. — Dois-je comprendre que vous soupçonnez quelqu'un de vouloir vous faire du mal ? demanda-t-il.

Le colonel Menendez hocha lentement la tête.

— Telle est ma pensée, répondit-il.

— Pensez-vous à une agression physique ? — Oui, à l'évidence. — Hum, prononça Harley, il sortit d'un petit meuble une boite de tabac et commença à bourrer tranquillement une pipe en bruyère. — Il va de soi que vos doutes sont fondés ? — S'ils n'étaient pas amplement fondés, Monsieur Harley, rien n'aurait pu m'inciter à venir vous déranger. Pourtant, là maintenant, après m'être convaincu de venir vous voir, il m'est difficile, voire impossible, de vous en expliquer les raisons. Une expression d'embarras passa sur le visage buriné et, à cet instant, le colonel Menendez se tut et ne trouva plus ses mots pour continuer.

Harley rangea la boîte dans l'armoire et craqua une allumette. Tout en allumant sa pipe, il acquiesça avec sympathie comme pour dire : « Je comprends bien. » En fait, il pensait probablement, comme moi, qu'il s'agissait du cas banal d'un homme dont la vie était peut-être irréprochable et qui était devenu sujet à des hallucinations conduisant les gens à se croire menacés par un danger mystérieux et indicible.

Notre visiteur poussa un profond soupir.

— Bien sûr, vous attendez des éléments concrets, reprit-il, en parlant avec une lenteur qui indiquait que son esprit s'efforçait de trouver la bonne façon de s'exprimer. Ils sont si minces, je le crains et, si je puis dire, si fantomatiques, que même lorsque vous en aurez pris connaissance, vous me considérerez simplement comme victime d'hallucinations. Pour commencer, j’ai des raisons de penser que l’on m'a suivi de chez moi jusqu’à votre bureau. — Bien, dit Paul Harley avec bienveillance, je perçus que c’était exactement ce à quoi il s’attendait, et il avait simplement confirmé ses soupçons. Un membre de votre entourage ? — Assurément pas. —Avez-vous réellement vu l'homme qui vous suivait ? — Cher monsieur, s'écria le colonel Menendez, l'emportement soulignant son accent, si je l'avais vu, j'aurais été beaucoup plus précis, beaucoup plus ! Je ne l'ai jamais vu, mais je l'ai entendu et je l'ai senti… j'ai ressenti sa présence, je veux dire. — De quelle manière ? demanda Harley, s'enfoncant dans son fauteuil et étudiant le visage expressif.

À plusieurs reprises, en éteignant la lumière dans ma chambre et en regardant le jardin de ma fenêtre, j'ai aperçu l'ombre de quelqu'un — comment dit-on ? — rôdant dans le jardin. — L'ombre ? — Exactement. L'individu était dissimulé sous un arbre. Lorsqu'il bougea, son ombre fut visible au sol. — Vous n'avez pas pu être trompé par une branche ondulant ? — Certainement pas. Je tiens à souligner que c'était une nuit de pleine lune. — Peut-être était-ce donc l'ombre d'un vagabond, suggéra Harley. — J'imagine que vous faites allusion à une maison de campagne ? — Pas du tout, déclara le colonel Menendez avec insistance ; pas du tout. Je jure devant Dieu que j'aurais aimé croire que c'était un vagabond. Puis, il y a un mois, il y a eu une tentative d'effraction dans ma maison. Paul Harley montra une curiosité croissante. Il avait perçu, comme je l'avais compris, que la manière de s'exprimer de son interlocuteur était différente de celle de la victime ordinaire d'un délire, avec laquelle il était devenu professionnellement habitué.

— Y a-t-il eu des preuves de cela ? demanda-t-il.

— C'était en raison d'insomnie, insomnie provoquée, oui l'admettrai-je, par appréhension, lorsque j'ai entendu les bruits de pas de cet intrus. — Mais vous ne l'avez pas vu ? — Son ombre seulement. — Quoi ! — Vous pouvez obtenir la confirmation de tout mon entourage que quelqu'un était effectivement entré, déclara le Colonel Menendez montrant de l'impatience. — De cela, au moins, je peux vous en rapporter certains faits. Cette soit-disant ombre qui avait eu accès par une fenêtre de cuisine, avait forcé deux serrures et était entrée furtivement le long du couloir quand le bruit de ses pas attirèrent mon attention. — Qu'avez-vous fait ? — Je suis sorti sur le palier et j'ai scruté le bas des escaliers. Mais même le léger bruit que j'avais fait avait été suffisant pour mettre en garde mon visiteur de minuit, car je ne l'ai jamais aperçu. Seulement, alors qu'il revenait furtivement dans la direction d'où il était venu, le clair de lune illuminant le hall au travers d'une fenêtre projeta son ombre sur le tapis. — Surprenant, murmura Harley. — Très étrange, en effet. L'ombre ne vous a rien dit ? — Absolument rien. Le colonel Menendez hésita pendant un moment et jeta un regard rapide à Harley.

— C’était une furtive ..... vous dites apparition... puis qui a disparu. Mais... — Oui, dit Harley. Mais ? — Ah, le colonel Menendez expira un nuage de fumée en l'air, j'en arrive maintenant à la raison pour laquelle je trouve si difficile de l'expliquer. Il inspira profondément de nouveau et demeura silencieux pendant un moment.

— Rien n'a été volé ? demanda Harley.

— Absolument rien. — Et aucun indice n'a été laissé sur place ? — Aucun indice mis à part l’espagnolette limée d'une fenêtre et deux portes ouvertes alors qu'elles avaient été verrouillées comme de coutume lorsque le personnel s'est retiré. — Hum, réfléchit encore Harley, cet incident, bien évidemment, pourrait être un acte isolé et n'être en aucun cas lié à la surveillance dont vous vous plaignez.. Je veux dire que cette personne qui a indubitablement pénétré chez vous pourrait s'avérer être un cambrioleur ordinaire. — Sur une table située dans le grand hall de Cray’s Folly, répliqua le colonel Menendez d'une manière impressionnante, c'est le nom de ma demeure, est posé un plat ornemental en or dans un écrin. Le clair de lune que j'évoquais précédemment brillait pleinement sur cet écrin, aussi le voleur en action passerait-il devant un tel objet de valeur et le laisserait-il intact ? — Je suis complètement d'accord, confirma Harley, calmement, que c'est un point important. — Vous commencez enfin, suggéra le Colonel, à croire que mes soupçons ne sont pas tout à fait dénués de fondement. — Il y a une forte possibilité que ce soient plus que des soupçons, affirma Harley ; mais puis-je émettre l'idée qu'il y ait autre chose ? Avez-vous un ennemi ? — Qui a déjà occupé une fonction publique sans avoir d'ennemis ? — Ah, absolument. Alors, je suggère à nouveau qu'il y ait autre chose. — Il regarda attentivement son visiteur, ce dernier, tout en soutenant le regard de ses grands yeux sombres, stoïquement, ne parvenait pas à cacher le fait qu'il avait subi un choc.

— Il y a deux détails, M. Harley, confessa-t-il finalement, bien que certainement liés, si vous comprenez, mais tous les deux si ... devrais-je dire distants ? ... de ma vie, que j'hésite à en faire état. Ça semble improbable de supposer qu'ils contiennent un indice. — Je vous en prie, incita Harley, ne me cachez rien, aussi éloigné qu'il puisse paraître. Ce sont parfois les détails les plus lointains qui, après vérification, s'avèrent être les plus proches. — Très bien, conclut le Colonel Menendez, commençant à rouler une deuxième cigarette tout en continuant à fumer la première, je sais que vous avez raison, bien sûr, mais ça m'est tout de même très difficile d'expliquer. J'ai fait mention de la tentative de cambriolage, si je peux m'exprimer ainsi, afin de chasser l'idée dans votre esprit que mes craintes étaient une affabulation. Le point suivant concerne un homme, un de mes voisins dans le Surrey. Avant de commencer, je voudrais dire que je ne crois pas un instant qu'il soit responsable de cette désagréable affaire. Harley le regarda avec curiosité. — Néanmoins, dit-il, vous devez posséder des informations qui suggèrent qu'il a un lien avec celles-ci. — Il y en a, monsieur Harley, mais elles appartiennent à des choses si mystiques et si éloignées de cette effraction ordinaire que je crains que vous ne me preniez (il haussa les épaules ) pour un homme hanté par d'étranges superstitions. On dit bien « hanté » ? Bon. Vous me comprenez. Je dois donc vous dire que, bien qu'Espagnol de pure souche, je suis né à Cuba. J'ai passé la plus grande partie de ma vie dans les Antilles où, avant 1898, j'avais été nommé par le gouvernement espagnol. Je possède des biens, non seulement à Cuba, mais dans certaines des plus petites îles, qui étaient auparavant espagnoles, et je ne vous cacherai pas que durant les dernières années de mon mandat, j'ai subi l'inimitié d'une partie de la population. Suis-je assez clair ? Paul Harley acquiesça et échangea un rapide coup d'œil avec moi. Je me fis une rapide image mentale de la vie des autochtones sous la gouvernance du colonel Juan Menendez et commençai à examiner son histoire d'un point de vue différent. Apparemment perturbé par ses réflexions, il se leva et, silhouette haute mais curieusement élégante, il commença à arpenter le plancher. Je remarquais son menton volontaire tel celui d'un bouledogue, son attitude altière et je me demandais quelle sorte de menace l'avait poussé à solliciter l'aide de Paul Harley ; car quels que soient ses défauts, et je pouvais deviner la nature de plusieurs d'entre eux, je n'étais pas prêt à croire que ce soldat espagnol aux lèvres fines connaissait la peur.

— Avant de poursuivre, colonel Menendez, puis-je vous demander quand vous avez quitté Cuba ? s'enquit Harley. — Il y a trois ans, répondit-il. Pour... il hésita bizarrement... des raisons de santé, j'ai loué une propriété en Angleterre, croyant que j'y trouverais la tranquillité. — En d'autres termes, vous aviez peur de quelque chose ou de quelqu'un à Cuba ? Le colonel Menendez se retourna en un éclair et fixa son interlocuteur.

— De ma vie, M. Harley, je n'ai jamais eu peur de quiconque, lâcha-t-il d'un ton glacial.

— Alors, pourquoi êtes-vous ici ? Le colonel écrasa dans le cendrier le mégot de sa première cigarette et alluma celle qu'il venait de se rouler.

— Vous avez raison, admit-il. Excusez-moi. Pourtant je le maintiens, je n'ai jamais eu peur de quiconque. Il se tenait fièrement devant l'armoire birmane, une main posée sur la hanche. Puis il fit une réflexion qui me surprit.

— Connaissez-vous les rites vaudou ? demanda-t-il.

Paul Harley ôta sa pipe d'entre ses lèvres et regarda en silence son visiteur pendant un moment. Vaudou ? répéta-t-il. — Vous voulez parler de magie noire ? — Exactement. — Mes études n'ont certainement pas abordé ce sujet, répondit Harley tranquillement, et jusqu'ici je n'ai eu aucune expérience en la matière. Mais comme j'ai beaucoup vécu en Orient, je suis prêt à entendre que le vaudou n'est peut-être pas une pratique négligeable. Il y a en Inde des forces en présence que nous ne sommes pas aptes à comprendre en Angleterre. La même chose peut être exacte à Cuba. — La même chose est vraie à Cuba. Le colonel Menendez lança un regard presque féroce à Paul Harley à travers la pièce.

— Et si je comprends bien, demanda ce dernier, ce danger qui vous menace selon vous à un lien avec Cuba ? — Il reviendra à vous d'en juger, M. Harley, lorsque tous les faits seront en votre possession. Voulez-vous que je continue ? — Absolument. Je dois avouer que je suis profondément intéressé. — Très bien, M. Harley. J'ai quelque chose à vous montrer. Le colonel Menendez tira une boîte enchâssée d'or d'une poche intérieure et, de la boîte, un objet de forme irrégulière enveloppé dans un morceau de papier de soie. Il ouvrit le papier tout en traversant la pièce et posa l'objet qu'il avait contenu sur le sous-main placé devant mon ami.

Poussé par la curiosité, je me levai et je m'approchai pour l'étudier. Il était d'une couleur brunâtre, d'environ cinq à six pouces de long, et il avait l'aspect d'une membrane. Harley, le coude sur la table, le fixa longuement avec perplexité.

— Qu'est-ce donc ? dis-je. Un genre de feuille ? — Non, répondit Harley, levant les yeux sur le visage bronzé du colonel espagnol, je sais ce que c'est. — Moi aussi, je sais, déclara sinistrement le colonel Menendez. Mais dites moi ce que vous pensez que c'est, M. Harley ? L'expression de Paul Harley reflétait un mélange d'incrédulité, d'étonnement, ainsi qu'autre chose tandis qu'il répondit, tout en regardant toujours l'interlocuteur : C'est l'aile d'une chauve-souris.
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PAUL HARLEY OF CHANCERY LANE.
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“Shall detain you only a few minutes, now, Knox,” he said.
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I nodded, smiling.
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I was quite content to sit and watch my friend at work.
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His recommendations were never adopted, unfortunately.
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Otherwise, the tragedy of the Dardanelles might have been averted.
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So it would have seemed to the casual observer.
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His work for the day was ended, and glancing at me with a triumphant smile, he stood up.
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“There’s nothing further, is there, Innes?” he asked.
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“There it is,” he replied, pointing to the basket; “a tedious and thankless job, Innes.
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“This is the Rokeby affair,” he said.
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No, there’s nothing further to-night, Innes.
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You can get along now.
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Harley glanced across in my direction and then at the card, with a wry expression.
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He glanced across at me.
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“It’s an awful nuisance, Knox, but just as I thought the decks were clear.
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Is it something really interesting, or does he want a woman watched?
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However, his name sounds piquant, so perhaps I had better see him.
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Indeed I almost seemed to hear the jingle of his spurs.
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His age might have been anything between fifty and fifty-five.
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“Mr.
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“Sit down, Colonel Menendez,” said Harley with quiet geniality.
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I rose to depart, but: “Sit down, Knox,” said Harley, and turned again to the visitor.
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“Please proceed,” he requested.
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“Mr.
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Some dread, real or imaginary, was oppressing the man’s mind, I mused.
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I felt my presence to be unwelcome, but: “Very well,” he began, suddenly.
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“Do I understand you to suspect that someone is desirous of harming you?” he enquired.
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Colonel Menendez slowly nodded his head.
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“Such is my meaning,” he replied.
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Harley replaced the tin in the cupboard and struck a match.
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Our visitor inhaled deeply.
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The person himself was concealed beneath a tree.
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I wish to God I could believe it had been.
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“You had actual evidence of this?” he suggested.
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“Of this, at least, I can give you the certain facts.
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“Very strange, indeed.
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“It was just a vague—do you say blur?—and then it was gone.
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But——” “Yes,” said Harley.
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“Nothing was stolen?” asked Harley.
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The next point which I have concerns a man, a neighbour of mine in Surrey.
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Do you say ‘haunted?’ Good.
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You understand.
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I should tell you, then, that although of pure Spanish blood, I was born in Cuba.
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Do I make myself clear?” Paul Harley nodded and exchanged a swift glance with me.
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“I never feared any man in my life, Mr. Harley,” he said, coldly.
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“It is true,” he admitted.
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“Forgive me.
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Then he added a remark which surprised me.
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“Do you know anything of Voodoo?” he asked.
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“Voodoo?” he echoed.
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There are forces at work in India which we in England improperly understand.
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Do you wish that I proceed?” “By all means.
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I must confess that I am intensely interested.” “Very well, Mr. Harley.
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Impelled by curiosity I stood up and advanced to inspect it.
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Harley, his elbow on the table, was staring down at it questioningly.
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Merci, France.

by Oplusse 1 week, 1 day ago

Il s'appelle Sax Rohmer, un auteur prolifique.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sax_Rohmer
https://en.wikipedia.org/wiki/Sax_Rohmer
Nous avions traduit sur DL The Insidious Dr Fu Manchu.

by francevw 1 week, 1 day ago

À propos, sait-on le nom de l'auteur de ce roman que nous traduisons ensemble ?

by Oplusse 1 week, 1 day ago

PAUL HARLEY OF CHANCERY LANE.

TOWARD the hour of six on a hot summer’s evening Mr. Paul Harley was seated in his private office in Chancery Lane reading through a number of letters which Innes, his secretary, had placed before him for signature. Only one more remained to be passed, but it was a long, confidential report upon a certain matter, which Harley had prepared for His Majesty’s Principal Secretary of State for the Home Department. He glanced with a sigh of weariness at the little clock upon his table before commencing to read.

“Shall detain you only a few minutes, now, Knox,” he said.

I nodded, smiling. I was quite content to sit and watch my friend at work.

Paul Harley occupied a unique place in the maelstrom of vice and ambition which is sometimes called London life. Whilst at present he held no official post, some of the most momentous problems of British policy during the past five years, problems imperilling inter-state relationships and not infrequently threatening a renewal of the world war, had owed their solution to the peculiar genius of this man.

No clue to his profession appeared upon the plain brass plate attached to his door, and little did those who regarded Paul Harley merely as a successful private detective suspect that he was in the confidence of some who guided the destinies of the Empire. Paul Harley’s work in Constantinople during the feverish months preceding hostilities with Turkey, although unknown to the general public, had been of a most extraordinary nature. His recommendations were never adopted, unfortunately. Otherwise, the tragedy of the Dardanelles might have been averted.

His surroundings as he sat there, gaze bent upon the typewritten pages, were those of any other professional man. So it would have seemed to the casual observer. But perhaps there was a quality in the atmosphere of the office which would have told a more sensitive visitor that it was the apartment of no ordinary man of business. Whilst there were filing cabinets and bookshelves laden with works of reference, many of them legal, a large and handsome Burmese cabinet struck an unexpected note.

On closer inspection, other splashes of significant colour must have been detected in the scheme, notably a very fine engraving of Edgar Allan Poe, from the daguerreotype of 1848; and upon the man himself lay the indelible mark of the tropics. His clean-cut features had that hint of underlying bronze which tells of years spent beneath a merciless sun, and the touch of gray at his temples only added to the eager, almost fierce vitality of the dark face. Paul Harley was notable because of that intellectual strength which does not strike one immediately, since it is purely temperamental, but which, nevertheless, invests its possessor with an aura of distinction.

Writing his name at the bottom of the report, Paul Harley enclosed the pages in a long envelope and dropped the envelope into a basket which contained a number of other letters. His work for the day was ended, and glancing at me with a triumphant smile, he stood up. His office was a part of a residential suite, but although, like some old-time burgher of the city, he lived on the premises, the shutting of a door which led to his private rooms marked the close of the business day. Pressing a bell which connected with the public office occupied by his secretary, Paul Harley stood up as Innes entered.

“There’s nothing further, is there, Innes?” he asked.

“Nothing, Mr. Harley, if you have passed the Home Office report?”

Paul Harley laughed shortly.

“There it is,” he replied, pointing to the basket; “a tedious and thankless job, Innes. It is the fifth draft you have prepared and it will have to do.”

He took up a letter which lay unsealed upon the table. “This is the Rokeby affair,” he said. “I have decided to hold it over, after all, until my return.”

“Ah!” said Innes, quietly glancing at each envelope as he took it from the basket. “I see you have turned down the little job offered by the Marquis.”

“I have,” replied Harley, smiling grimly, “and a fee of five hundred guineas with it. I have also intimated to that distressed nobleman that this is a business office and that a laundry is the proper place to take his dirty linen. No, there’s nothing further to-night, Innes. You can get along now. Has Miss Smith gone?”

But as if in answer to his enquiry the typist, who with Innes made up the entire staff of the office, came in at that moment, a card in her hand. Harley glanced across in my direction and then at the card, with a wry expression.

“Colonel Juan Menendez,” he read aloud, “Cavendish Club,” and glanced reflectively at Innes. “Do we know the Colonel?”

“I think not,” answered Innes; “the name is unfamiliar to me.”

“I wonder,” murmured Harley. He glanced across at me. “It’s an awful nuisance, Knox, but just as I thought the decks were clear. Is it something really interesting, or does he want a woman watched? However, his name sounds piquant, so perhaps I had better see him. Ask him to come in, Miss Smith.”

Innes and Miss Smith retiring, there presently entered a man of most striking and unusual presence. In the first place, Colonel Menendez must have stood fully six feet in his boots, and he carried himself like a grandee of the golden days of Spain. His complexion was extraordinarily dusky, whilst his hair, which was close cropped, was iron gray. His heavy eyebrows and curling moustache with its little points were equally black, so that his large teeth gleamed very fiercely when he smiled. His eyes were large, dark, and brilliant, and although he wore an admirably cut tweed suit, for some reason I pictured him as habitually wearing riding kit. Indeed I almost seemed to hear the jingle of his spurs.

He carried an ebony cane for which I mentally substituted a crop, and his black derby hat I thought hardly as suitable as a sombrero. His age might have been anything between fifty and fifty-five.

Standing in the doorway he bowed, and if his smile was Mephistophelean, there was much about Colonel Juan Menendez which commanded respect.

“Mr. Harley,” he began, and his high, thin voice afforded yet another surprise, “I feel somewhat ill at ease to—how do you say it?—appropriate your time, as I am by no means sure that what I have to say justifies my doing so.”

He spoke most fluent, indeed florid, English. But his sentences at times were oddly constructed; yet, save for a faint accent, and his frequent interpolation of such expressions as “how do you say?”—a sort of nervous mannerism—one might have supposed him to be a Britisher who had lived much abroad. I formed the opinion that he had read extensively, and this, as I learned later, was indeed the case.

“Sit down, Colonel Menendez,” said Harley with quiet geniality. “Officially, my working day is ended, I admit, but if you have no objection to the presence of my friend, Mr. Knox, I shall be most happy to chat with you.”

He smiled in a way all his own.

“If your business is of a painfully professional nature,” he added, “I must beg you to excuse me for fourteen days, as I am taking a badly needed holiday with my friend.”

“Ah, is it so?” replied the Colonel, placing his hat and cane upon the table, and sitting down rather wearily in a big leathern armchair which Harley had pushed forward. “If I intrude I am sorry, but indeed my business is urgent, and I come to you on the recommendation of my friend, Señor Don Merry del Val, the Spanish Ambassador.”

He raised his eyes to Harley’s face with an expression of peculiar appeal. I rose to depart, but:

“Sit down, Knox,” said Harley, and turned again to the visitor. “Please proceed,” he requested. “Mr. Knox has been with me in some of the most delicate cases which I have ever handled, and you may rely upon his discretion as you may rely upon mine.” He pushed forward a box of cigars. “Will you smoke?”

“Thanks, no,” was the answer; “you see, I rarely smoke anything but my cigarettes.”

Colonel Menendez extracted a slip of rice paper from a little packet which he carried, next, dipping two long, yellow fingers into his coat pocket, he brought out a portion of tobacco, laid it in the paper, and almost in the twinkling of an eye had made, rolled, and lighted a very creditable cigarette. His dexterity was astonishing, and seeing my surprise he raised his heavy eyebrows, and:

“Practice makes perfect, is it not said?” he remarked.

He shrugged his shoulders and dropped the extinguished match in an ash tray, whilst I studied him with increasing interest. Some dread, real or imaginary, was oppressing the man’s mind, I mused. I felt my presence to be unwelcome, but:

“Very well,” he began, suddenly. “I expect, Mr. Harley, that you will be disposed to regard what I have to tell you rather as a symptom of what you call nerves than as evidence of any agency directed against me.”

Paul Harley stared curiously at the speaker. “Do I understand you to suspect that someone is desirous of harming you?” he enquired.

Colonel Menendez slowly nodded his head.

“Such is my meaning,” he replied.

“You refer to bodily harm?”

“But yes, emphatically.”

“Hm,” said Harley; and taking out a tin of tobacco from a cabinet beside him he began in leisurely manner to load a briar. “No doubt you have good reasons for this suspicion?”

“If I had not good reasons, Mr. Harley, nothing could have induced me to trouble you. Yet, even now that I have compelled myself to come here, I find it difficult, almost impossible, to explain those reasons to you.”

An expression of embarrassment appeared upon the brown face, and now Colonel Menendez paused and was plainly at a loss for words with which to continue.

Harley replaced the tin in the cupboard and struck a match. Lighting his pipe he nodded good humouredly as if to say, “I quite understand.” As a matter of fact, he probably thought, as I did, that this was a familiar case of a man of possibly blameless life who had become subject to that delusion which leads people to believe themselves threatened by mysterious and unnameable danger.

Our visitor inhaled deeply.

“You, of course, are waiting for the facts,” he presently resumed, speaking with a slowness which told of a mind labouring for the right mode of expression. “These are so scanty, I fear, of so, shall I say, phantom a kind, that even when they are in your possession you will consider me to be merely the victim of a delusion. In the first place, then, I have reason to believe that someone followed me from my home to your office.”

“Indeed,” said Paul Harley, sympathetically, for this I perceived was exactly what he had anticipated, and merely tended to confirm his suspicion. “Some member of your household?”

“Certainly not.”

“Did you actually see this follower?”

“My dear sir,” cried Colonel Menendez, excitement emphasizing his accent, “if I had seen him, so much would have been made clear, so much! I have never seen him, but I have heard him and felt him—felt his presence, I mean.”

“In what way?” asked Harley, leaning back in his chair and studying the fierce face.

“On several occasions on turning out the light in my bedroom and looking across the lawn from my window I have observed the shadow of someone—how do you say?—lurking in the garden.”

“The shadow?”

“Precisely. The person himself was concealed beneath a tree. When he moved his shadow was visible on the ground.”

“You were not deceived by a waving branch?”

“Certainly not. I speak of a still, moonlight night.”

“Possibly, then, it was the shadow of a tramp,” suggested Harley. “I gather that you refer to a house in the country?”

“It was not,” declared Colonel Menendez, emphatically; “it was not. I wish to God I could believe it had been. Then there was, a month ago, an attempt to enter my house.”

Paul Harley exhibited evidence of a quickening curiosity. He had perceived, as I had perceived, that the manner of the speaker differed from that of the ordinary victim of delusion, with whom he had become professionally familiar.

“You had actual evidence of this?” he suggested.

“It was due to insomnia, sleeplessness, brought about, yes, I will admit it, by apprehension, that I heard the footsteps of this intruder.”

“But you did not see him?”

“Only his shadow.”

“What!”

“You can obtain the evidence of all my household that someone had actually entered,” declared Colonel Menendez, eagerly. “Of this, at least, I can give you the certain facts. Whoever it was had obtained access through a kitchen window, had forced two locks, and was coming stealthily along the hallway when the sound of his footsteps attracted my attention.”

“What did you do?”

“I came out on to the landing and looked down the stairs. But even the slight sound which I made had been sufficient to alarm the midnight visitor, for I had never a glimpse of him. Only, as he went swiftly back in the direction from which he had come, the moonlight shining in through a window in the hall cast his shadow on the carpet.”

“Strange,” murmured Harley. “Very strange, indeed. The shadow told you nothing?”

“Nothing at all.”

Colonel Menendez hesitated momentarily, and glanced swiftly across at Harley.

“It was just a vague—do you say blur?—and then it was gone. But——”

“Yes,” said Harley. “But?”

“Ah,” Colonel Menendez blew a cloud of smoke into the air, “I come now to the matter which I find so hard to explain.”

He inhaled again deeply and was silent for a while.

“Nothing was stolen?” asked Harley.

“Nothing whatever.”

“And no clue was left behind?”

“No clue except the filed fastening of a window and two open doors which had been locked as usual when the household retired.”

“Hm,” mused Harley again; “this incident, of course, may have been an isolated one and in no way connected with the surveillance of which you complain. I mean that this person who undoubtedly entered your house might prove to be an ordinary burglar.”

“On a table in the hallway of Cray’s Folly,” replied Colonel Menendez, impressively—“so my house is named—stands a case containing presentation gold plate. The moonlight of which I have spoken was shining fully upon this case, and does the burglar live who will pass such a prize and leave it untouched?”

“I quite agree,” said Harley, quietly, “that this is a very big point.”

“You are beginning at last,” suggested the Colonel, “to believe that my suspicions are not quite groundless?”

“There is a distinct possibility that they are more than suspicions,” agreed Harley; “but may I suggest that there is something else? Have you an enemy?”

“Who that has ever held public office is without enemies?”

“Ah, quite so. Then I suggest again that there is something else.”

He gazed keenly at his visitor, and the latter, whilst meeting the look unflinchingly with his large dark eyes, was unable to conceal the fact that he had received a home thrust.

“There are two points, Mr. Harley,” he finally confessed, “almost certainly associated one with the other, if you understand, but both these so—shall I say remote?—from my life, that I hesitate to mention them. It seems fantastic to suppose that they contain a clue.”

“I beg of you,” said Harley, “to keep nothing back, however remote it may appear to be. It is sometimes the seemingly remote things which prove upon investigation to be the most intimate.”

“Very well,” resumed Colonel Menendez, beginning to roll a second cigarette whilst continuing to smoke the first, “I know that you are right, of course, but it is nevertheless very difficult for me to explain. I mentioned the attempted burglary, if so I may term it, in order to clear your mind of the idea that my fears were a myth. The next point which I have concerns a man, a neighbour of mine in Surrey. Before I proceed I should like to make it clear that I do not believe for a moment that he is responsible for this unpleasant business.”

Harley stared at him curiously. “Nevertheless,” he said, “there must be some data in your possession which suggest to your mind that he has some connection with it.”

“There are, Mr. Harley, but they belong to things so mystic and far away from ordinary crime that I fear you will think me,” he shrugged his great shoulders, “a man haunted by strange superstitions. Do you say ‘haunted?’ Good. You understand. I should tell you, then, that although of pure Spanish blood, I was born in Cuba. The greater part of my life has been spent in the West Indies, where prior to ’98 I held an appointment under the Spanish Government. I have property, not only in Cuba, but in some of the smaller islands which formerly were Spanish, and I shall not conceal from you that during the latter years of my administration I incurred the enmity of a section of the population. Do I make myself clear?”

Paul Harley nodded and exchanged a swift glance with me. I formed a rapid mental picture of native life under the governorship of Colonel Juan Menendez and I began to consider his story from a new viewpoint. Seemingly rendered restless by his reflections, he stood up and began to pace the floor, a tall but curiously graceful figure. I noticed the bulldog tenacity of his chin, the intense pride in his bearing, and I wondered what kind of menace had induced him to seek the aid of Paul Harley; for whatever his failings might be, and I could guess at the nature of several of them, that this thin-lipped Spanish soldier knew the meaning of fear I was not prepared to believe.

“Before you proceed further, Colonel Menendez,” said Harley, “might I ask when you left Cuba?”

“Some three years ago,” was his reply. “Because—” he hesitated curiously—“of health motives, I leased a property in England, believing that here I should find peace.”

“In other words, you were afraid of something or someone in Cuba?”

Colonel Menendez turned in a flash, glaring down at the speaker.

“I never feared any man in my life, Mr. Harley,” he said, coldly.

“Then why are you here?”

The Colonel placed the stump of his first cigarette in an ash tray and lighted that which he had newly made.

“It is true,” he admitted. “Forgive me. Yet what I said was that I never feared any man.”

He stood squarely in front of the Burmese cabinet, resting one hand upon his hip. Then he added a remark which surprised me.

“Do you know anything of Voodoo?” he asked.

Paul Harley took his pipe from between his teeth and stared at the speaker silently for a moment. “Voodoo?” he echoed. “You mean negro magic?”

“Exactly.”

“My studies have certainly not embraced it,” replied Harley, quietly, “nor has it hitherto come within my experience. But since I have lived much in the East, I am prepared to learn that Voodoo may not be a negligible quantity. There are forces at work in India which we in England improperly understand. The same may be true of Cuba.”

“The same is true of Cuba.”

Colonel Menendez glared almost fiercely across the room at Paul Harley.

“And do I understand,” asked the latter, “that the danger which you believe to threaten you is associated with Cuba?”

“That, Mr. Harley, is for you to decide when all the facts shall be in your possession. Do you wish that I proceed?”

“By all means. I must confess that I am intensely interested.”

“Very well, Mr. Harley. I have something to show you.”

From an inside breast pocket Colonel Menendez drew out a gold-mounted case, and from the case took some flat, irregularly shaped object wrapped in a piece of tissue paper. Unfolding the paper, he strode across and laid the object which it had contained upon the blotting pad in front of my friend.

Impelled by curiosity I stood up and advanced to inspect it. It was of a dirty brown colour, some five or six inches long, and appeared to consist of a kind of membrane. Harley, his elbow on the table, was staring down at it questioningly.

“What is it?” I said; “some kind of leaf?”

“No,” replied Harley, looking up into the dark face of the Spanish colonel; “I think I know what it is.”

“I, also, know what it is.” declared Colonel Menendez, grimly. “But tell me what to you it seems like, Mr. Harley?”

Paul Harley’s expression was compounded of incredulity, wonder, and something else, as, continuing to stare at the speaker, he replied:

“It is the wing of a bat.”