De toutes les couleurs - Jean Pierre Martinez - Acte 11 - Noir c’est noir
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De toutes les couleurs - Jean Pierre Martinez - Acte 11 - Noir c’est noir.
Deux personnages. Le premier essaie un vêtement noir.
Un – Je ne sais plus comment je dois m’habiller... Deux – C’est si important que ça ?
Un – C’est curieux. J’ai souvent imaginé ce moment. Quel âge j’aurais à cette époque-là. Quels sentiments ça provoquerait en moi. Quelles phrases définitives je prononcerais pour célébrer ça.
Deux – Je te soupçonne d’en avoir préparé quelques-unes pour ne pas être pris au dépourvu.
Un – Et voilà. Maintenant qu’on y est, c’est le matériel qui prend le dessus sur les questions existentielles... Qu’est-ce que je vais mettre ?
Deux – Est-ce qu’il va pleuvoir ?
Un – Est-ce qu’ils seront tous venus ?
Deux – Qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur dire ?
Un – Je pensais que d’en être débarrassé, je serais immédiatement quelqu’un d’autre. Comme par magie. Et puis non. La vie continue... Deux – Les morts, c’est comme les étoiles. Ils continuent aussi à briller par leur absence.
Un – Alors toi aussi tu as préparé quelques phrases inoubliables.
Deux – Si tu crois qu’Armstrong a improvisé en posant le pied sur la Lune. Lui aussi, il avait préparé son texte.
Un – Ça s’entendait un peu, d’ailleurs.
Deux – Il était meilleur astronaute que comédien... (Se pinçant le nez pour imiter la voix retransmise à l’époque) One small step for man... Un – Je pensais que sa mort, ça nous permettrait de nous libérer d’une certaine forme de pesanteur.
Deux – On n’en est pas encore à flotter dans l’espace, mais je me sens quand même un peu plus léger.
Un – On devrait faire la fête, la veille des enterrements. On enterre bien sa vie de garçon. Pourquoi est-ce qu’on n’enterrerait pas sa vie d’enfant ?
Deux – Tu crois qu’on cesse d’être un enfant le jour où on perd ses parents ?
Un – Il n’y a que les enfants pour croire qu’un jour ils cesseront d’être un enfant. Tu vas y aller comme ça ?
Deux – Pourquoi pas ? Je suis comme d’habitude.
Un – Justement, l’idée c’est de ne pas s’habiller comme d’habitude. Les vêtements de deuil, c’est comme les habits du dimanche ou les costumes de scène. Il faut être un peu mal à l’aise dedans. Ça aide à tenir son rôle... Deux – Je porte des chaussures un peu trop petites pour moi... Après avoir marché de l’église jusqu’au cimetière, elles me feront horriblement mal aux pieds. Méfie-toi, je pourrais même avoir l’air encore plus triste que toi.
Un – Et si on n’y allait pas, tout simplement ?
Deux – Sérieux ?
Un – On va voir un bon film à la place... Une comédie, de préférence... Deux – Le dernier cinéma qu’il y avait dans le coin, il a fermé il y a plus de dix ans. Tu te souviens ? Le Tahiti... Un – On va se taper une bonne bière au Café de la Gare. Ne me dis pas qu’il a fermé lui aussi ?
Deux – On ne le fera pas.
Un – Non. Pourquoi ?
Deux – Malgré tout, on aurait trop peur de rater quelque chose de fondamental.
Un – Ou de commettre un sacrilège impardonnable, que le Bon Dieu, s’il existe, nous ferait payer cher tôt ou tard.
Deux – Le cimetière buissonnier... C’est comme de passer sous une échelle. On ne croit pas vraiment que ça porte malheur, mais en même temps, qu’est-ce que ça coûte de faire un petit détour ?
Un – Ils seront tous là, tu verras.
Deux – Tous ?
Un – Tous ceux qu’on ne voit qu’aux funérailles.
Deux – On se demande ce qu’ils font entre deux décès.
Un – À chaque enterrement, ils ont pris dix ans de plus.
Deux – On se dit que la prochaine fois, c’est peut-être nous qu’ils enterreront.
Un (sortant un autre vêtement) – Et si je mettais ça ?
Deux – C’est noir aussi... Un – Il me semblait que c’était un peu moins noir... Deux – Noir, c’est noir. Bon... On y va ?
Un – Allons-y.. Ils sortent.
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Deux personnages.
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Le premier essaie un vêtement noir.
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Un – C’est curieux.
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J’ai souvent imaginé ce moment.
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Quel âge j’aurais à cette époque-là.
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Quels sentiments ça provoquerait en moi.
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Quelles phrases définitives je prononcerais pour célébrer ça.
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Un – Et voilà.
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Deux – Est-ce qu’il va pleuvoir ?
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Un – Est-ce qu’ils seront tous venus ?
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Deux – Qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur dire ?
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Comme par magie.
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Et puis non.
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La vie continue... Deux – Les morts, c’est comme les étoiles.
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Ils continuent aussi à briller par leur absence.
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Un – Alors toi aussi tu as préparé quelques phrases inoubliables.
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Lui aussi, il avait préparé son texte.
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Un – Ça s’entendait un peu, d’ailleurs.
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Un – On devrait faire la fête, la veille des enterrements.
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On enterre bien sa vie de garçon.
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Pourquoi est-ce qu’on n’enterrerait pas sa vie d’enfant ?
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Tu vas y aller comme ça ?
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Deux – Pourquoi pas ?
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Je suis comme d’habitude.
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Il faut être un peu mal à l’aise dedans.
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Méfie-toi, je pourrais même avoir l’air encore plus triste que toi.
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Un – Et si on n’y allait pas, tout simplement ?
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Deux – Sérieux ?
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Tu te souviens ?
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Le Tahiti... Un – On va se taper une bonne bière au Café de la Gare.
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Ne me dis pas qu’il a fermé lui aussi ?
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Deux – On ne le fera pas.
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Un – Non.
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Pourquoi ?
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Un – Ils seront tous là, tu verras.
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Deux – Tous ?
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Un – Tous ceux qu’on ne voit qu’aux funérailles.
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Deux – On se demande ce qu’ils font entre deux décès.
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Un – À chaque enterrement, ils ont pris dix ans de plus.
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Un (sortant un autre vêtement) – Et si je mettais ça ?
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Bon... On y va ?
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Un – Allons-y.. Ils sortent.
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De toutes les couleurs - Jean Pierre Martinez - Acte 11 - Noir c’est noir.
Deux personnages. Le premier essaie un vêtement noir.
Un – Je ne sais plus comment je dois m’habiller...
Deux – C’est si important que ça ?
Un – C’est curieux. J’ai souvent imaginé ce moment. Quel âge j’aurais à cette époque-là. Quels sentiments ça provoquerait en moi. Quelles phrases définitives je prononcerais pour célébrer ça.
Deux – Je te soupçonne d’en avoir préparé quelques-unes pour ne pas être pris au dépourvu.
Un – Et voilà. Maintenant qu’on y est, c’est le matériel qui prend le dessus sur les questions existentielles... Qu’est-ce que je vais mettre ?
Deux – Est-ce qu’il va pleuvoir ?
Un – Est-ce qu’ils seront tous venus ?
Deux – Qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur dire ?
Un – Je pensais que d’en être débarrassé, je serais immédiatement quelqu’un d’autre. Comme par magie. Et puis non. La vie continue...
Deux – Les morts, c’est comme les étoiles. Ils continuent aussi à briller par leur absence.
Un – Alors toi aussi tu as préparé quelques phrases inoubliables.
Deux – Si tu crois qu’Armstrong a improvisé en posant le pied sur la Lune. Lui aussi, il avait préparé son texte.
Un – Ça s’entendait un peu, d’ailleurs.
Deux – Il était meilleur astronaute que comédien... (Se pinçant le nez pour imiter la voix retransmise à l’époque) One small step for man...
Un – Je pensais que sa mort, ça nous permettrait de nous libérer d’une certaine forme de pesanteur.
Deux – On n’en est pas encore à flotter dans l’espace, mais je me sens quand même un peu plus léger.
Un – On devrait faire la fête, la veille des enterrements. On enterre bien sa vie de garçon. Pourquoi est-ce qu’on n’enterrerait pas sa vie d’enfant ?
Deux – Tu crois qu’on cesse d’être un enfant le jour où on perd ses parents ?
Un – Il n’y a que les enfants pour croire qu’un jour ils cesseront d’être un enfant. Tu vas y aller comme ça ?
Deux – Pourquoi pas ? Je suis comme d’habitude.
Un – Justement, l’idée c’est de ne pas s’habiller comme d’habitude. Les vêtements de deuil, c’est comme les habits du dimanche ou les costumes de scène. Il faut être un peu mal à l’aise dedans. Ça aide à tenir son rôle...
Deux – Je porte des chaussures un peu trop petites pour moi... Après avoir marché de l’église jusqu’au cimetière, elles me feront horriblement mal aux pieds. Méfie-toi, je pourrais même avoir l’air encore plus triste que toi.
Un – Et si on n’y allait pas, tout simplement ?
Deux – Sérieux ?
Un – On va voir un bon film à la place... Une comédie, de préférence...
Deux – Le dernier cinéma qu’il y avait dans le coin, il a fermé il y a plus de dix ans. Tu te souviens ? Le Tahiti...
Un – On va se taper une bonne bière au Café de la Gare. Ne me dis pas qu’il a fermé lui aussi ?
Deux – On ne le fera pas.
Un – Non. Pourquoi ?
Deux – Malgré tout, on aurait trop peur de rater quelque chose de fondamental.
Un – Ou de commettre un sacrilège impardonnable, que le Bon Dieu, s’il existe, nous ferait payer cher tôt ou tard.
Deux – Le cimetière buissonnier... C’est comme de passer sous une échelle. On ne croit pas vraiment que ça porte malheur, mais en même temps, qu’est-ce que ça coûte de faire un petit détour ?
Un – Ils seront tous là, tu verras.
Deux – Tous ?
Un – Tous ceux qu’on ne voit qu’aux funérailles.
Deux – On se demande ce qu’ils font entre deux décès.
Un – À chaque enterrement, ils ont pris dix ans de plus.
Deux – On se dit que la prochaine fois, c’est peut-être nous qu’ils enterreront.
Un (sortant un autre vêtement) – Et si je mettais ça ?
Deux – C’est noir aussi...
Un – Il me semblait que c’était un peu moins noir...
Deux – Noir, c’est noir. Bon... On y va ?
Un – Allons-y..
Ils sortent.