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Scène VI - Le COMTE, un laquais, FIGARO.
Le laquais, annonçant : Don Gusman Brid’oison.
Le Comte : Brid’oison ?
Figaro : Eh ! sans doute. C’est le juge ordinaire, le lieutenant du siége, votre prud’homme.
Le Comte : Qu’il attende.
(Le laquais sort.)
Scène VII - LE COMTE, FIGARO.
Figaro reste un moment à regarder le comte, qui rêve : … Est-ce là ce que monseigneur voulait ?
Le Comte, revenant à lui : Moi ?… je disais d’arranger ce salon pour l’audience publique.
Figaro : Hé ! qu’est-ce qu’il manque ? le grand fauteuil pour vous, de bonnes chaises aux prud’hommes, le tabouret du greffier, deux banquettes aux avocats, le plancher pour le beau monde, et la canaille derrière. Je vais renvoyer les frotteurs.
(Il sort.)
Scène VIII - LE COMTE, seul.
Le maraud m’embarrassait. En disputant, il prend son avantage, il vous serre, vous enveloppe… Ah ! friponne et fripon, vous vous entendez pour me jouer : Soyez amis, soyez amants, soyez ce qu’il vous plaira, j’y consens ; mais, parbleu, pour époux…
Scène IX - SUZANNE, LE COMTE.
Suzanne, essoufflée : Monseigneur… pardon, monseigneur.
Le Comte, avec humeur - Qu’est-ce qu’il y a, mademoiselle ?
Suzanne : Vous êtes en colère ?
Le Comte : Vous voulez quelque chose apparemment ?
Suzanne, timidement : C’est que ma maîtresse a ses vapeurs. J’accourais vous prier de nous prêter votre flacon d’éther. Je l’aurais rapporté dans l’instant.
Le Comte le lui donne : Non, non, gardez-le pour vous-même. Il ne tardera pas à vous être utile.
Suzanne : Est-ce que les femmes de mon état ont des vapeurs, donc ? C’est un mal de condition, qu’on ne prend que dans les boudoirs.
Le Comte : Une fiancée bien éprise, et qui perd son futur…
Suzanne : En payant Marceline avec la dot que vous m’avez promise…
Le Comte : Que je vous ai promise, moi ?
Suzanne, baissant les yeux : Monseigneur, j’avais cru l’entendre.
Le Comte : Oui, si vous consentiez à m’entendre vous-même.
Suzanne, les yeux baissés : Et n’est-ce pas mon devoir d’écouter Son Excellence ?
Le Comte : Pourquoi donc, cruelle fille, ne me l’avoir pas dit plus tôt ?
Suzanne : Est-il jamais trop tard pour dire la vérité ?
Le Comte : Tu te rendrais sur la brune au jardin ?
Suzanne : Est-ce que je ne m’y promène pas tous les soirs ?
Le Comte : Tu m’as traité ce matin si sévèrement !
Suzanne : Ce matin ? — Et le page derrière le fauteuil ?
Le Comte : Elle a raison, je l’oubliais… Mais pourquoi ce refus obstiné, quand Basile, de ma part …
Suzanne : Quelle nécessité qu’un Basile…
Le Comte : Elle a toujours raison. Cependant il y a un certain Figaro à qui je crains bien que vous n’ayez tout dit.
Suzanne : Dame ! oui, je lui dis tout… hors ce qu’il faut lui taire.
Le Comte, en riant : Ah ! charmante ! Et tu me le promets ? Si tu manquais à ta parole, entendons-nous, mon cœur : point de rendez-vous, point de dot, point de mariage.
Suzanne, faisant la révérence : Mais aussi point de mariage, point de droit du seigneur, monseigneur.
Le Comte : Où prend-elle ce qu’elle dit ? D’honneur, j’en raffolerai ! Mais ta maîtresse attend le flacon…
Suzanne, riant et rendant le flacon : Aurais-je pu vous parler sans un prétexte ?
Le Comte veut l’embrasser : Délicieuse créature !
Suzanne s’échappe : Voilà du monde.
Le Comte, à part : Elle est à moi.
(Il s’enfuit.)
Suzanne : Allons vite rendre compte à madame.
Scène X - SUZANNE, FIGARO.
Figaro : Suzanne, Suzanne ! où cours-tu donc si vite en quittant monseigneur ?
Suzanne : Plaide à présent, si tu le veux ; tu viens de gagner ton procès.
(Elle s’enfuit.)
Figaro la suit : Ah ! mais, dis donc…
Scène XI - LE COMTE rentre seul.
Tu viens de gagner ton procès ! — Je donnais là dans un bon piége ! Ô mes chers insolents ! je vous punirai de façon… Un bon arrêt, bien juste… Mais s’il allait payer la duègne… Avec quoi ?… S’il payait… Eeeeh ! n’ai-je pas le fier Antonio, dont le noble orgueil dédaigne en Figaro un inconnu pour sa nièce ? En caressant cette manie… Pourquoi non ? dans le vaste champ de l’intrigue il faut savoir tout cultiver, jusqu’à la vanité d’un sot. (Il appelle.) Anto…
(Il voit entrer Marceline, etc. Il sort.)