Brèves de square – Jean-Pierre Martinez – SCÈNE 2
Difficulty: Easy    Uploaded: 1 day, 15 hours ago by markvanroode     Last Activity: None
0% Upvoted
0% Translated but not Upvoted
102 Units
0% Translated
0% Upvoted
SCÈNE 2 – Fin de vacances.
Deux femmes arrivent et s’asseyent sur le banc. La première interpelle un enfant qu’on ne voit pas côté salle.
Femme 1 – Ne cours pas comme ça, Kevin, tu vas encore tomber !
Femme 2 – Ah, ces gosses... Femme 1 – À cet âge-là, ils ont besoin de se défouler, évidemment.
Femme 2 – Surtout les garçons.
Femme 1 – Oui... Femme 2 – C’est comme le chien, si on ne le sort pas au moins une fois par jour, le soir on ne peut pas le tenir.
Femme 1 – Mon mari, c’est pareil.
Femme 2 – Attention de ne pas salir ta robe, ma chérie ! Tu t’es déjà changée trois fois depuis ce matin.
Femme 1 – Heureusement qu’ils retournent à l’école demain.
Femme 2 – Ne m’en parle pas, je n’en peux plus.
Femme 1 – Hier on est allés à la piscine, il a failli se noyer.
Femme 2 – Non ?
Femme 1 – J’étais en train de discuter avec le maître-nageur. Il est tombé dans le grand bain, on ne s’est aperçus de rien.
Femme 2 – Il ne sait pas encore nager ?
Femme 1 – Il faut croire que non. Pourtant ça fait déjà six mois qu’il prend des cours. Justement, j’étais en train d’en parler avec son prof de natation.
Femme 2 – Ah, oui, le maître-nageur... Il est plutôt pas mal, non ?
Femme 1 – Tu le connais ?
Femme 2 – Il donne aussi des leçons à Clara.
Femme 1 – Et quand tu dis plutôt pas mal... tu veux dire comme prof ?
Femme 2 – Aussi, oui... Elles rient.
Femme 1 – Bref, heureusement qu’une dame était là. Elle a plongé jusqu’au fond du bassin pour le repêcher. Il était déjà tout bleu. Le maître-nageur a dû lui faire le bouche-à-bouche.
Femme 2 – Le bouche-à-bouche ? Non ? Ça donne envie de se noyer... Elles rient encore.
Femme 1 – Kevin, enfin ! Tu peux bien lui prêter ta pelle, non !
Femme 2 – Et toi Clara, arrête de lui tirer les cheveux, aussi !
Femme 1 – Je te jure... C’est tout le portrait de son père, celui-là. Je me demande si je n’aurais pas préféré qu’il se noie... (Silence) J’ai vraiment dit ça...?
Femme 2 – Non, mais je te rassure. Moi aussi j’ai des envies de meurtre, parfois. Surtout vers la fin des vacances scolaires.
Femme 1 – Enfin, malgré tout on les adore.
Femme 2 – Bien sûr.
Femme 1 – Mais on sera quand même contentes de reprendre le travail lundi.
Femme 2 – Les vacances scolaires, c’est une invention des patrons pour que les employés aient plaisir à retourner travailler après.
Femme 1 – On dirait que ça se couvre un peu, non ?
Femme 2 – Oui... Je me demande s’il ne va pas pleuvoir.
Un temps.
Femme 1 – Qu’est-ce que tu ferais, toi, si tu gagnais au loto ?
Femme 2 – Je ne sais pas... Je me ferais refaire le nez.
Femme 1 – Le nez ? Il est très bien, ton nez. Qu’est-ce que tu lui reproches ?
Femme 2 – Il me rappelle le nez de mère. Ma mère a exactement le même nez.
Femme 1 – Et alors ?
Femme 2 – Je ne sais pas. Je ne supporte pas... Femme 1 – Ce n’est pas plutôt ta mère, que tu ne supportes pas ?
Femme 2 – Tu crois ?
Femme 1 – Tu l’as dans le nez. Tu ne peux pas la sentir. C’est pour ça que tu veux te faire refaire le nez.
Un temps.
Femme 2 – Et toi ? Qu’est-ce que tu ferais si tu trouvais un sac rempli de billets de 500 euros.
Femme 1 – J’irais faire de la monnaie. Qu’est-ce que tu veux que je fasse avec des billets de 500 euros. Déjà quand j’ai un billet de 50, je ne sais pas quoi en faire.
Femme 2 – On a été habituées toute notre vie à compter chaque euro, à s’habiller en soldes, à comparer les prix, à économiser sur tout. Dépenser sans compter, je ne suis pas sûre qu’on saurait.
Femme 1 – Ouais... On rêve de gagner au loto, mais si on nous donnait plusieurs millions, là tout de suite, on ne saurait pas comment les dépenser.
Femme 2 – Avant d’apprendre à être riche, il faut désapprendre à être pauvre.
Femme 1 – La pauvreté, c’est un truc qui vous colle à la peau. On ne s’en débarrasse pas comme ça. Quand on a été pauvres de génération en génération depuis des siècles et des siècles... Non, l’argent, il vaut mieux laisser ça aux riches.
Femme 2 – Pour les vacances, c’est pareil. Au bout d’un moment, quand on a trop de temps devant soi, on ne sait plus quoi en faire.
Femme 1 – L’oisiveté et l’opulence, ce n’est pas des trucs qu’on t’apprend à l’école.
Femme 2 – À l’école, on t’apprend que l’oisiveté est la mère de tous les vices.
Femme 1 – Oui... Que le temps libre est la récompense de toute une vie de labeur, et qu’il est réservé aux retraités qui vont bientôt mourir.
Femme 2 – Quand ils ne meurent pas d’ennui prématurément parce qu’ils ne savent pas quoi faire de tout ce temps libre qui leur tombe dessus tout d’un coup.
Femme 1 – Ouais... À l’école on t’apprend à travailler et à compter. Rien foutre et jeter l’argent par les fenêtres, il faut être né dans une famille de milliardaires pour savoir faire ça. (Un temps) Il faudrait peut-être leur dire d’arrêter de creuser, non ? Ça commence à faire un sacré trou.
Femme 2 – Tu as raison. Ils veulent creuser une tombe, ou quoi ?
L’autre semble écouter ce que disent les enfants.
Femme 1 – Qu’est-ce qu’ils disent ? Qu’ils ont déterré un sac ?
Femme 2 – Ne touchez pas à ça, les enfants. Ça doit être dégoûtant.
Femme 1 – Va savoir... C’est peut-être un cadavre découpé en morceaux.
Elles rient. Avant d’échanger un regard un peu inquiet.
Femme 2 – Les enfants, ça suffit, maintenant. Vous me rebouchez ça tout de suite, et on rentre. D’ailleurs il va bientôt pleuvoir.
Les deux femmes se lèvent pour partir.
Femme 1 – On n’a rien oublié ?
Femme 2 – Tant qu’on n’oublie pas les gosses.
Elles sortent.
unit 31

SCÈNE 2 – Fin de vacances.
Deux femmes arrivent et s’asseyent sur le banc. La première interpelle un enfant qu’on ne voit pas côté salle.
Femme 1 – Ne cours pas comme ça, Kevin, tu vas encore tomber !
Femme 2 – Ah, ces gosses...
Femme 1 – À cet âge-là, ils ont besoin de se défouler, évidemment.
Femme 2 – Surtout les garçons.
Femme 1 – Oui...
Femme 2 – C’est comme le chien, si on ne le sort pas au moins une fois par jour, le soir on ne peut pas le tenir.
Femme 1 – Mon mari, c’est pareil.
Femme 2 – Attention de ne pas salir ta robe, ma chérie ! Tu t’es déjà changée trois fois depuis ce matin.
Femme 1 – Heureusement qu’ils retournent à l’école demain.
Femme 2 – Ne m’en parle pas, je n’en peux plus.
Femme 1 – Hier on est allés à la piscine, il a failli se noyer.
Femme 2 – Non ?
Femme 1 – J’étais en train de discuter avec le maître-nageur. Il est tombé dans le grand bain, on ne s’est aperçus de rien.
Femme 2 – Il ne sait pas encore nager ?
Femme 1 – Il faut croire que non. Pourtant ça fait déjà six mois qu’il prend des cours. Justement, j’étais en train d’en parler avec son prof de natation.
Femme 2 – Ah, oui, le maître-nageur... Il est plutôt pas mal, non ?
Femme 1 – Tu le connais ?
Femme 2 – Il donne aussi des leçons à Clara.
Femme 1 – Et quand tu dis plutôt pas mal... tu veux dire comme prof ?
Femme 2 – Aussi, oui...
Elles rient.
Femme 1 – Bref, heureusement qu’une dame était là. Elle a plongé jusqu’au fond du bassin pour le repêcher. Il était déjà tout bleu. Le maître-nageur a dû lui faire le bouche-à-bouche.
Femme 2 – Le bouche-à-bouche ? Non ? Ça donne envie de se noyer...
Elles rient encore.
Femme 1 – Kevin, enfin ! Tu peux bien lui prêter ta pelle, non !
Femme 2 – Et toi Clara, arrête de lui tirer les cheveux, aussi !
Femme 1 – Je te jure... C’est tout le portrait de son père, celui-là. Je me demande si je n’aurais pas préféré qu’il se noie... (Silence) J’ai vraiment dit ça...?
Femme 2 – Non, mais je te rassure. Moi aussi j’ai des envies de meurtre, parfois. Surtout vers la fin des vacances scolaires.
Femme 1 – Enfin, malgré tout on les adore.
Femme 2 – Bien sûr.
Femme 1 – Mais on sera quand même contentes de reprendre le travail lundi.
Femme 2 – Les vacances scolaires, c’est une invention des patrons pour que les employés aient plaisir à retourner travailler après.
Femme 1 – On dirait que ça se couvre un peu, non ?
Femme 2 – Oui... Je me demande s’il ne va pas pleuvoir.
Un temps.
Femme 1 – Qu’est-ce que tu ferais, toi, si tu gagnais au loto ?
Femme 2 – Je ne sais pas... Je me ferais refaire le nez.
Femme 1 – Le nez ? Il est très bien, ton nez. Qu’est-ce que tu lui reproches ?
Femme 2 – Il me rappelle le nez de mère. Ma mère a exactement le même nez.
Femme 1 – Et alors ?
Femme 2 – Je ne sais pas. Je ne supporte pas...
Femme 1 – Ce n’est pas plutôt ta mère, que tu ne supportes pas ?
Femme 2 – Tu crois ?
Femme 1 – Tu l’as dans le nez. Tu ne peux pas la sentir. C’est pour ça que tu veux te faire refaire le nez.
Un temps.
Femme 2 – Et toi ? Qu’est-ce que tu ferais si tu trouvais un sac rempli de billets de 500 euros.
Femme 1 – J’irais faire de la monnaie. Qu’est-ce que tu veux que je fasse avec des billets de 500 euros. Déjà quand j’ai un billet de 50, je ne sais pas quoi en faire.
Femme 2 – On a été habituées toute notre vie à compter chaque euro, à s’habiller en soldes, à comparer les prix, à économiser sur tout. Dépenser sans compter, je ne suis pas sûre qu’on saurait.
Femme 1 – Ouais... On rêve de gagner au loto, mais si on nous donnait plusieurs millions, là tout de suite, on ne saurait pas comment les dépenser.
Femme 2 – Avant d’apprendre à être riche, il faut désapprendre à être pauvre.
Femme 1 – La pauvreté, c’est un truc qui vous colle à la peau. On ne s’en débarrasse pas comme ça. Quand on a été pauvres de génération en génération depuis des siècles et des siècles... Non, l’argent, il vaut mieux laisser ça aux riches.
Femme 2 – Pour les vacances, c’est pareil. Au bout d’un moment, quand on a trop de temps devant soi, on ne sait plus quoi en faire.
Femme 1 – L’oisiveté et l’opulence, ce n’est pas des trucs qu’on t’apprend à l’école.
Femme 2 – À l’école, on t’apprend que l’oisiveté est la mère de tous les vices.
Femme 1 – Oui... Que le temps libre est la récompense de toute une vie de labeur, et qu’il est réservé aux retraités qui vont bientôt mourir.
Femme 2 – Quand ils ne meurent pas d’ennui prématurément parce qu’ils ne savent pas quoi faire de tout ce temps libre qui leur tombe dessus tout d’un coup.
Femme 1 – Ouais... À l’école on t’apprend à travailler et à compter. Rien foutre et jeter l’argent par les fenêtres, il faut être né dans une famille de milliardaires pour savoir faire ça. (Un temps) Il faudrait peut-être leur dire d’arrêter de creuser, non ? Ça commence à faire un sacré trou.
Femme 2 – Tu as raison. Ils veulent creuser une tombe, ou quoi ?
L’autre semble écouter ce que disent les enfants.
Femme 1 – Qu’est-ce qu’ils disent ? Qu’ils ont déterré un sac ?
Femme 2 – Ne touchez pas à ça, les enfants. Ça doit être dégoûtant.
Femme 1 – Va savoir... C’est peut-être un cadavre découpé en morceaux.
Elles rient. Avant d’échanger un regard un peu inquiet.
Femme 2 – Les enfants, ça suffit, maintenant. Vous me rebouchez ça tout de suite, et on rentre. D’ailleurs il va bientôt pleuvoir.
Les deux femmes se lèvent pour partir.
Femme 1 – On n’a rien oublié ?
Femme 2 – Tant qu’on n’oublie pas les gosses.
Elles sortent.