en-fr  THE ISLE OF VOICES
L'île aux Voix de Robert Louis Stevenson.
KEOLA était marié avec Lehua, fille de Kalamake, le sage de Molokai, et il tenait sa demeure avec le père de sa femme. Il n'y avait pas d'homme plus rusé que ce sorcier ; il scrutait les étoiles, il pouvait prédire grâce aux corps des morts, et en utilisant les moyens des créatures maléfiques : il pouvait aller seul dans les parties les plus hautes de la montagne, dans la région des hobgobelins, et là il tendait des pièges pour attraper les esprits des anciens.

Pour ces raisons personne n'était plus consulté que lui dans tout le royaume d'Hawaii. Les personnes avisées achetaient, vendaient, se mariaient et donnaient leur vie selon ses conseils ; et le roi l'avait chargé deux fois de rechercher les trésors de Kamehameha à Kona. Personne n'était autant craint : parmi ses ennemis, certains avaient été terrassés par la maladie grâce à la puissance de ses incantations, et d'autres avaient été enlevés comme par enchantement, la vie et l'argile à la fois de sorte qu'ils ne percevaient pas même un os de leurs corps. La rumeur courait qu'il possédait l'art et le don des anciens héros. Des hommes l'avaient vu la nuit sur les montagnes, marchant d'une falaise à l'autre ; ils l'avaient aperçu se baladant dans la forêt dense, sa tête et ses épaules dépassant au-dessus des arbres.

Ce Kalamake était un étrange bonhomme. Il descendait en ligne directe du meilleur sang des Moluques et des Maoris ; et pourtant il paraissait plus blanc que n'importe quel étranger : sa chevelure couleur d'herbe sèche, ses yeux rouges complétement aveugles, de sorte que "aussi aveugle que Kalamake peut voir au delà de demain" , était un dicton courant dans les îles.

De tous ces faits et gestes de son beau-père, Keola en connaissait un peu par la rumeur publique, il en soupçonnait un peu plus, et il en ignorait le reste. Mais une chose l'ennuyait. Kalamake était quelqu'un qui ne regardait pas à la dépense, que ce soit pour manger, pour boire, ou se vêtir ; il payait tout en dollars brillants et neufs. " Aussi neuf que des dollars de Kalamake " était un autre dicton dans les Huit Îles. Il ne vendait jamais rien, ni ne cultivait, ni ne percevait de rétribution – seulement de ci de là pour ses sorcelleries – Et il n'y avait aucune source logique pour autant de pièces d'argent.

Le hasard voulut que la femme de Keola soit partie pour une visite à Konakakai, sur la côte sous le vent de l'île. et que les hommes soient partis au devant pêcher en mer. Mais Keola était un chien paresseux, il était étendu dans la véranda, regardait les vagues se briser sur la côte, et les oiseaux voler le long de la falaise. C'était toujours une pensée capitale pour lui — la pensée des dollars reluisants. Quand il se couchait, il se demandait pourquoi ils étaient si nombreux, et quand il se réveillait le matin, il se demandait pourquoi ils étaient tous neufs ; et le sujet l'obsédait. Mais ce jour là il était certain du fond de son cœur qu'il allait découvrir quelque chose. Car il semble qu'il ait observé l'endroit où Kalamahe gardait son trésor, c'était un bureau fermant à clé contre le mur du salon, sous le portrait de Kamehametha cinq, et une photo de la reine Victoria portant sa couronne ; il semblerait aussi que, pas plus tard que la nuit précédente il ait eu l'occasion d'y regarder, et de voir ! le sac était là, vide. Et c'était le jour du bateau à vapeur ; il pouvait le voir fumer au large de Kalaupapa ; et il devait bientôt accoster avec les marchandises d'un mois, du saumon et du gin en boîte, et toutes sortes de luxes rares pour Kalamake.

Bon, s'il peut payer ses marchandises aujourd'hui, pensa Keola, je saurai avec certitude que l'homme est un sorcier et que les dollars sortent de la poche du diable.

Alors qu'il ruminait tout ça, son beau-père se tenait derrière lui, l'air contrarié.

— Est-ce le bateau à vapeur ? demanda-t-il.

— Oui, dit Keola. Il n'a qu'à faire escale à Pelekunu, et puis il sera là.

— Il n'y a pas moyen de faire autrement, répondit Kalamake, et je dois te mettre dans la confidence, Keola, car je ne trouve personne de mieux. Rentre dans la maison.

Ils traversèrent alors ensemble le salon, qui était une très belle pièce, tapissée et garnie de de gravures, meublée d'un rocking-chair, d'une table et d'un canapé de style européen. Il y avait outre une étagère de livres, une bible familiale au milieu de la table, et le bureau fermé à clé contre le mur ; on pouvait donc voir que c'était la demeure d'un homme fortuné.

Kalamake fit fermer les volets des fenêtre à Keola, pendant qu'il fermait lui-même toutes les portes à clé, et il ouvrit le dessus du bureau. Il en retira une paire de colliers garnis de coquillages et d'amulettes, un paquet de poudre d'herbes, et des feuilles d'arbres séchées, ainsi qu'une branche verte de palmier.

— Ce que je vais faire, dit-il, c'est une chose qui dépasse l'entendement. Les anciens étaient sages ; ils faisaient des merveilles, et ceci, entre autres choses, mais c'était la nuit, dans l'obscurité, sous de bonnes étoiles et dans le désert. Je vais faire la même chose, dans ma propre maison et en pleine lumière du jour.

Disant cela, il posa la bible sous le coussin du canapé, sortit du même endroit une natte de texture extraordinairement fine, et entassa les herbes et les feuilles sur du sable dans une casserole d'étain. Puis, Keola et lui, se mirent les colliers, et prirent place à chaque angle opposé de la natte.

— Le moment est venu, n'aie pas peur, dit le sorcier.

Sur ce, il mit le feu aux herbes, et commença à marmonner et à agiter les branches de palmier. Au début, la lumière était faible à cause des volets clos ; mais les herbes s'enflammèrent fortement, et les flammes se mirent à battre contre Keola, et la pièce s'illumina de la flambée ; ensuite la fumée s'éleva, lui fit tourner la tête et lui obscurcit la vue, et le bruit des l'incantations de Kalamake courut dans ses oreilles. Et soudain, de la natte sur laquelle ils se tenaient, il advint une ondulation ou un tremblement, qui semblait plus rapide que lumineux. En un clin d'œil la pièce et la maison avaient disparu, la respiration avait quitté le corps de Keola. Des volutes de lumière, roulaient dans ses yeux et sa tête, et il se trouvait transporté sur une plage sous un soleil de plomb, avec une grosse vague hurlant : lui et le sorcier se tenant là sur la même natte, sans un mot, haletant et se cramponnant l'un l'autre, et se cachant les yeux.

— Q'est-ce que c'était ? cria Keola, qui, comme c'était le plus jeune fut le premier à revenir à lui. Ce coup au cœur était comme la mort.

— Aucune importance, haleta Kalamake. C'est fini maintenant.

— Et , par Dieu, où sommes-nous ? cria Keola.

— Là n'est pas la question, répondit le sorcier. En étant ici, nous avons à faire , et nous devons nous en occuper Va en lisière du bois, pendant que je reprends mon souffle, et ramène-moi les feuilles de telle et telle herbe, et de tel et tel arbre, que tu trouveras pousser ici en quantité, trois grosses poignées de chaque. Et dépêche-toi. Nous devons être de retour avant l'arrivée du steamer ; on trouverait étrange que nous ayons disparu. Et il resta assis sur le sable en haletant.

Keola remonta la plage, qui était faite de sable brillant et de corail, parsemée de coquillages singuliers ; et il pensa dans son cœur — Comment se fait-il que je ne connaisse pas cette plage ? Je reviendrai ici pour ramasser des coquillages.

En face de lui il y avait une ligne de palmiers dressée contre le ciel ; pas comme ceux des Huit Îles, mais tous frais et beaux, leurs branches fanées pendant comme de l'or sur la verdure, et il pensa dans son cœur – Il est étrange que je ne connaisse pas ce bosquet. Il me faudra y revenir, quand il fera chaud, pour y dormir. Et il pensa — Qu'il fait bon tout d'un coup ! Car c'était l'hiver à Hawaii, et la journée avait été froide. Et il se demanda également : — Où sont les montagnes grises ? Et où est la grande falaise avec la forêt suspendue et les oiseaux qui tournoient ? Et plus il réfléchissait, moins il pouvait reconnaître dans quelle partie des îles il était tombé.

En bordure du bosquet, là ou il avait trouvé la plage, l'herbe poussait, mais les arbres étaient plus loin derrière. Maintenant, alors que Keola se dirigeait vers le bois, il était conscient de la présence d'une jeune femme qui ne portait rien sur son corps hormis une ceinture de feuilles.

— Bon ! pensa Keola, ils ne sont pas très difficiles en matière vestimentaire dans cette partie du pays. Et il s'arrêta, supposant qu'elle l'observerait et s'enfuirait ; et voyant qu'elle regardait toujours devant elle, debout et chantonnait à haute voix. Au bruit elle se leva d'un bond. Son visage avait la couleur de la cendre, elle regarda à droite à gauche, et sa bouche était béante de la terreur de son âme. Mais il était étrange qu'elle ne porta pas son regard sur Keola.

— Bonjour, dit-il. Tu n'as pas besoin d'avoir si peur ; je ne vais pas te manger. Et il avait à peine ouvert la bouche que la jeune femme s'envola dans les buissons.

" En voilà d'étranges manières " pensa Keola. Et sans réfléchir à ce qu'il faisait , il se lança à sa poursuite.

En courant, la fille poussa des cris dans un langage qui n'était pas d'Hawaii, bien que quelques-uns des mots aient été les mêmes, et il comprit qu'elle criait pour appeler et prévenir les autres. Et à présent il voyait plus de gens courir – des hommes, des femmes et des enfants, les uns les autres criant tous et courant comme face à un incendie. Alors il commença lui-même à prendre peur, et il revint vers Kalamake pour ramener les feuilles. À lui, il raconta ce qu'il avait vu.

— Tu ne dois pas y faire attention, dit Kalamake. Tout ceci c'est comme un rêve et des ombres. Tout va disparaitre et être oublié.

— On aurait dit que personne ne me voyait, dit Keola

— Et personne ne te voyait, répondit le sorcier. Nous marchons ici en plein soleil invisibles à cause de ces charmes. Pourtant ils nous entendent ; et c'est pourquoi il est bon de parler doucement, comme je le fais.

Sur ce il fit un cercle autour de la natte avec des pierres, et il posa les feuilles au milieu.

Ce sera ton travail, dit-il, allumer les feuilles, et alimenter doucement le feu. Pendant qu'elles brûlent (ce qui ne prendra qu'un petit moment) je dois faire ma mission ; et avant que les braises n'aient noirci, le même pouvoir qui nous a amené nous ramènera. Tiens-toi prêt maintenant avec l'allumette ; et tâche de m'appeler à temps de peur que les flammes finissent de brûler et que je ne puisse repartir.

Dés que les feuilles s'enflammèrent, le sorcier bondit hors du cercle comme un chevreuil, et commença sa course le long de la plage comme un chien qui viendrait de sortir de l'eau. En courant, il ramassa quelques coquillages à la volée ; et il sembla à Keola qu'ils scintillaient quand il les prenait. Les feuilles brulaient avec une flamme claire qui les consumait rapidement ; et à présent, Keola n'en avait plus qu'une poignée, et le sorcier était loin, courant et s'arrêtant.

— Reviens ! cria Keola. Reviens ! Il n'y a presque plus de feuilles.

Sur ce, Kalamake fit demi-tour, et s'il avait d'abord couru, maintenant, il volait. Mais aussi vite qu'il ait courut, les feuilles avaient brûlé plus vite. La flamme était sur le point de s'éteindre quand, d'un saut, il bondit sur le tapis. Le souffle de son saut l'éteingnit ; et avec cela la plage, le soleil, la mer disparurent, et ils se retrouvèrent une fois encore dans l'obscurité du salon fermé, et furent de nouveau secoués et aveuglés ; et posée sur la natte entre eux, se trouvait une pile de dollars étincelants. Keola courut aux volets ; et il y avait le bateau à vapeur proche, se balançant dans la houle.

Le soir-même, Kalamake prit son gendre à part et lui donna cinq dollars dans la main.

Keola, dit-il, si tu es un homme sage (ce dont je doute), tu te diras que tu sommeillais cet après-midi sur la véranda, et que tu as rêvé pendant que tu dormais. Je suis un homme peu loquace, et j'ai pour assistants des personnes à la mémoire courte.

Plus un mot dit Kalamake, ni aucune allusion à cette affaire. Mais ça trottait tout le temps dans la tête de Keola — s'il était déjà paresseux, il ne ferait plus rien dorénavant.

— Pourquoi devrais-je travailler, pensa-t-il, quand j'ai un beau-père qui fait des dollars avec des coquillages ?

Bientôt, sa part fut dépensée. Il dépensa tout dans de beaux vêtements. Et puis il regretta : — Car, pensa-t-il, j'aurais mieux fait d'avoir acheté un accordéon avec lequel j'aurais pu me divertir toute la journée. Et puis il commenca à se fâcher avec Kalamake.

— Cet homme a une âme de chien, pensa-t-il. Il peut ramasser des dollars sur la plage, et me laisser languir pour un accordéon. Qu'il se méfie ; je ne suis plus un gamin, je suis aussi rusé que lui, et je connais son secret. Là dessus il parla à Lehua son épouse, et se plaignit de l'attitude de son père.

— Je laisserais mon père tranquille, dit Lehua. — C'est un homme colérique.

— Je me fiche de lui ! s'écria Kéola en claquant des doigts. Je l'ai dans le nez. Je peux lui faire faire ce que je veux. Et il raconta l'histoire à Lehua.

Mais elle secoua la tête.

Tu peux faire ce que tu veux, dit-elle, mais aussi sûr que tu contrarieras mon père , tu n'en seras plus entendu. Pense à cette personne, et à cette autre ; pense à Hua, qui était un notable de la Chambre des Représentants, et allait à Honolulu chaque année ; et dont on n'a pas retrouvé le moindre de ses os ou de ses cheveux. Souviens-toi de Kamau, comment il était devenu filiforme, de sorte que sa femme le soulevait d'une main. Kéola, tu es un bébé dans les mains de mon père ; il te prendra entre son pouce et son doigt et te mangera comme une crevette.

Maintenant Kéola avait vraiment peur de Kalamake, mais il était aussi vaniteux et les mots prononcés par sa femme le révoltèrent.

— Très bien, dit-il, si c'est ce que tu penses de moi, je vais te montrer à quel point tu t'es trompée. Et il se dirigea directement où son beau-père était assis dans le salon.

—Kalamake, dit-il, je veux un accordéon.

— Tu veux, vraiment ? dit Kalamake.

— Oui, dit-il, et autant te le dire clairement, j'ai l'intention de l'avoir. Un homme qui ramasse des dollars sur la plage peut certainement se payer un accordéon.

— Je ne m'étais pas rendu compte que tu avais tant d'esprit, répondit le sorcier. — Je te prenais pour un garçon timide et bon à rien et je ne peux décrire à quel point je suis heureux de constater que je me trompais. Maintenant, je commence à penser que je peux avoir trouvé un assistant et un successeur dans ma tâche délicate. Un accordéon ? Tu auras le meilleur d'Honolulu. Et cette nuit, dès qu'il fera noir, toi et moi nous irons trouver l'argent.

— Retournerons nous à la plage ? demanda Keola.

—Non, non ! répondit Kalamake, tu dois d'abord apprendre davantage de mes secrets. La dernière fois je t'ai appris à ramasser des coquillages ; cette fois je vais t'apprendre à prendre du poisson. Es-tu assez fort pour mettre le bateau de Pili à l'eau ?

— Je crois que oui, répondit Keola. Mais pourquoi ne pas prendre le nôtre qui est déjà à l'eau ?

— J'ai une raison que tu comprendras vraiment avant demain, dit Kalamake. Le bateau de Pili est le mieux adapté à mon projet. Ainsi, s'il te plait, retrouvons-nous dès la tombée de la nuit ; et entre-temps, gardons notre secret pour nous, car il n''y a pas de raison de mêler la famille à nos affaires.

Le miel n'était pas plus doux que la voix de Kalamake, et Keola pouvait à peine cacher sa satisfaction.

J'aurais pu avoir mon accordéon depuis des semaines, pensa-t-il, et il n'est besoin dans ce monde que d'un peu de courage.

Maintenant, après avoir surpris Lehua en train de pleurer, il était presque sur le point de vouloir lui dire que tout allait bien.

Mais non, pensa-t-il, je vais encore attendre de pouvoir lui montrer l'accordéon ; nous verrons alors ce que le projet deviendra. Elle comprendra peut-être à l'avenir que son époux est un homme vraiment intelligent.

Dès la nuit tombée, beau-père et gendre mirent à l'eau le bateau de Pili, et hissèrent la voile. La mer était déchainée, et ça soufflait fort du côté de la côte sous le vent ; mais le bateau était rapide, léger, ne prenait pas l'eau, et il surfait sur les vagues. Le magicien avait une lanterne, qu'il tenait par l'anneau avec le doigt ; les deux étaient assis à la poupe et fumaient le cigare, dont Kalamake avait toujours une provision, ils devisaient comme des amis de la magie et des grosses sommes qu'ils pourraient obtenir de cette façon, de ce qu'ils pourraient acheter en premier, puis en second ; et Kalamake parlait comme un père.

Dorénavant il regardait partout autour, les étoiles au dessus de lui, et en arrière l'île déjà aux trois quarts engloutie par la mer, et il semblait considérer sa position comme au point.

— Regarde ! dit-il, les Moluques sont déjà derrière nous, et Maui comme un nuage ; et en faisant le point sur ces trois étoiles, je sais que je suis arrivé où je voulais. On appelle cette zone la Mer des Trépassés. Elle est à cet endroit extraordinairement profonde, et le sol est entièrement recouvert d'ossements humains, et à cet endroit les cavités abritent des divinités et des goblins. Le courant marin porte au nord, plus puissant qu'un requin ne peut nager, et tout homme qui tomberait d'un bateau ici serait emporté comme un cheval sauvage dans l'infinité de l'océan. Actuellement il est calme et bas, et ses os sont dispersés avec le reste, et les dieux dévorent son esprit. "

À ces mots la peur s'empara de Keola, et il regarda, à la lumière des étoiles et de la lanterne, le sorcier semblait changer.

— Qu'est-ce qui vous indispose ? hurla Keola, immédiatement et de façon vive.

— Ce n'est pas moi qui souffre, dit le sorcier, mais il y en a un ici qui est très malade.

Sur ce, il changea sa prise sur la lanterne, et, comme il ôtait le doigt de l'anneau, le doigt se coinça et l'anneau éclata, et sa main se mit à grossir jusqu'à attendre la taille d'un arbre.

À cette vue Keola se mit à hurler et se couvrit la face.

Mais Kalamake retint la lanterne. — Regarde plutôt mon visage ! dit-il, et sa tête était aussi énorme qu'une barrique ; et il grandissait, grandissait comme peut grandir un nuage sur une montagne, avec Keola assis devant lui qui poussait des cris perçants, et le bateau se mit à filer sur la mer immense.

— Et maintenant, dit le sorcier, que penses-tu de l'accordéon ? et es-tu sûr que tu ne préfèrerais pas une flûte ? Non ? dit-il ; c'est bien, car je n'aime pas que ma famille soit imprévisible. Mais je commence à penser que je ferais mieux de sortir de ce misérable bateau, car mon volume enfle à un niveau très inhabituel, et si nous ne sommes pas plus vigilants, il va bientôt couler.

Là-dessus, il jeta ses jambes par-dessus bord. Tandis qu'il le faisait, la taille de l'homme s'était multipliée par trente et quarante, aussi prompte que la vue ou la pensée, de sorte qu'il se tenait dans dans l'eau profonde jusqu'aux aisselles, et sa tête et ses épaules s'élevaient comme une île gigantesque, et la houle frappait et se brisait sur sa poitrine, comme elle bat et s'écrase contre une falaise. Le bateau accéléra encore vers le nord, mais il tendit la main et prit le plat-bord par le majeur et le pouce, et brisa le côté comme un biscuit, et Keola fut renversé dans la mer. Et les morceaux de la barque, le sorcier les écrasa dans le creux de sa main et ils furent projetés à des miles de distance dans la nuit.

— Excuse-moi de prendre la lanterne, dit-il ; car j'ai un long passage à gué, et la terre est loin, et le fond de la mer irrégulier, et je sens les ossements sous mes pieds.

Et il se retourna et partit à grandes enjambées ; et chaque fois que Keola retombait dans les creux il ne pouvait plus les voir ; mais chaque fois qu'il était soulevé sur la crête, il marchait là, à grands pas et diminuait, et il brandissait la lanterne au dessus de sa tête, et les vagues se brisaient blanches autour de lui alors qu'il avançait.

Depuis les premiers temps où les iles émergèrent de la mer, il n'y avait jamais eu d'homme plus terrifié que Keola. Il nagea bien-sûr, mais il nageait comme les chiots quand ils sont jetés pour être noyés, sans savoir pourquoi Il ne pouvait que penser à l'énorme gonflement du sorcier, de ce visage grand comme une montagne, dont les épaules s'étendaient comme une ile, et que la mer battait en vain. Il pensait aussi à l'accordéon, et la honte le submergeait ; ainsi qu'aux ossements des morts, et la peur le secouait.

Quand soudain il prit conscience de quelque chose de sombre qui cognait contre les étoiles, et d'une lumière en bas, et d'une lueur venant de la mer fendue ; et il entendit une voix d'homme. Il hurla et une voix répondit ; et en un clin d'œil la proue d'un navire se dressa au dessus de lui comme en équilibre sur une vague, et redescendit. il s'agrippa avec ses deux mains dans ses chaînes, et l'instant d'après fut englouti par la mer en furie, et ensuite hissé à bord par les marins.

Ils lui donnèrent des biscuits et des vêtements chauds, et lui demandèrent comment il était arrivé là où ils l'avaient trouvé, et si la lumière qu'ils avaient vu était celle du phare de Lae o Ka Laau. Mais Keola savait que les hommes blancs étaient comme des enfants et ne croyaient qu'à leurs propres histoires ; il ne leur dit de lui-même que ce qu'il voulaient entendre, et pour ce qui est de la lumière (qui était la lanterne de Kalamake), il jura qu'il ne l'avait pas vue.

Ce navire était une goélette à destination d'Honolulu, faisant alors commerce dans les iles basses ; et par une très grande chance pour Keolail avait perdu un homme tombé du beaupré lors d'un coup de vent. Il n'était pas nécessaire de parler. Keola n'osait pas rester dans les Huit Iles. Les bruits couraient si vite, et les hommes aiment tant parler et colporter des nouvelles, que s'il se cachait à l'extrémité nord de Kauai ou à l'extrême sud de Kau, le sorcier en aurait vent avant un mois, et il mourrait. Aussi fit-il ce qui lui semblait le plus prudent, et il navigua comme marin à la place de l'homme qui avait été emporté.

En quelque sorte, le navire était une bonne planque. La nourriture était extraordinairement riche et abondante, avec des biscuits et du bœuf salé tous les jours, de la soupe aux pois et du pudding au suif et à la farine deux fois par semaine, de sorte que Keola engraissa. Le capitaine aussi était un brave homme, et l'équipage n'était pas pire que les autres blancs. Le problème était le second, qui était le pire des hommes que Keola eut jamais rencontré, et qui le battait et le poursuivait chaque jour, quoiqu'il fasse ou ne fasse pas. Les coups qu'il donnait faisaient très mal, car il était très fort ; et les mots qu'il prononçait étaient durs à digérer, car Keola venait d'une bonne famille, et était habitué au respect. Et le pire de tout, chaque fois que Keola avait l'occasion de dormir, le second le réveillait en le tiraillant avec un bout de cordage. Keola vit que ça n'irait jamais ; et il se mit en tête de s'échaper.

Ils avaient quitté Honolulu depuis un mois environ quand ils accostèrent. C'était une belle nuit étoilée, la mer était lisse et le ciel clair, il soufflait alizé régulier ; il y avait une ile surplombant la proue et une rangée de palmiers se trouvant à plat sur la mer. Le capitaine et le second la regardèrent avec la longue-vue de nuit, en donnèrent le nom et en discutèrent à côté de la barre que tenait Keola. Il semblait que c'était une île où aucun commerçant ne venait. Selon le capitaine, c'était une île d'ailleurs où nul homme ne vivait ; mais le second ne le pensait pas.

— Je ne donne pas un sou pour le renseignement, dit-il, je suis passé ici une nuit dans la goélette EUGENIE, c'était juste une nuit comme celle-là , ils pêchaient avec des torches, et la plage était pleine de lumières comme une ville.

Eh bien, eh bien, dit le capitaine, son escarpement, c'est le bon point ; et il n'y a pas de dangers périphériques d'après la carte, donc nous allons juste serrer le côté sous le vent. Tiens la pleine, ne te l'ai-je pas dit ! cria-t-il à Keola qui écoutait si bien qu'il en oubliait de piloter.

Et le second le maudit, et jura que ce Kanake n'avait aucune utilité en ce monde, et que s'il l'attrapait avec un cabillot, c'eut été un mauvais jour pour Keola.

Et alors le capitaine et le second descendirent tous deux dans le carré, et Keola se retrouva seul livré à lui-même.

Cette île sera parfaite pour moi, pensa-t-il, si aucun trafiquant ne commerce ici, le second n'y viendra jamais. Et quant à Kalamake, il n'est pas possible qu'il arrive aussi loin qu'ici.

Sur ce il approcha le schooner au plus près. Il devait le faire doucement, car le problème avec ces blancs, et surtout avec le second, c'était que vous n'étiez jamais sûr de rien ; ils pouvaient être sourds au bruit, ou au contraire si une voile faséyait, il pouvaient se lever d'un coup et vous sauter dessus avec un bout de cordage. Ainsi Keola s'en approcha peu à peu, en conservant son dessein. La terre était maintenant près d'accoster, et le bruit de la mer sur les côtés s'amplifiait.

Sur ce, le second jaillit soudain sur le pont du carré.

— Qu'est-ce que tu fous ? rugit-il. Tu vas jeter le bateau à la côte !

Et il bondit sur Keola, Keola esquiva par dessus la balustrade et se laissa tomber dans la mer étoilée. Quand il revint à la surface, la goélette avait repris sa course normale, et le second était à la barre, et Keola l'entendait jurer. La mer était calme sous le vent de l'ile ; il faisait d'ailleurs chaud, et Keola avait son couteau de marin, aussi n'avait-il pas peur des requins. Un peu devant lui les arbres s'arrêtaient ; il y avait une interruption dans la ligne de la terre comme une entrée de port ; et la marée montante le prit et l'y porta. En une minute il était dehors, la suivante dedans ; il flottait là dans une étendue d'eau peu profonde, illuminée de milliers d'étoiles, et tout au dessus de lui se tenait un cercle de terre avec son chapelet de palmiers. Et il était étonné, parce que c'était une sorte d'ile dont il n'avait jamais entendu parler.

Le temps que Keola passa à cet endroit se divisait en deux périodes : la période pendant laquelle il était seul, et la période où il vivait avec la tribu. D'abord il chercha partout, et ne trouva personne ; si ce n'est quelques maisons dans un hameau, ainsi que des traces de feu. Mais les cendres étaient froides et la pluie les avait délavées ; le vent avait soufflé, et quelques unes des huttes avaient été renversées. C'est là qu'il installa sa demeure, il fit un feu en frottant un bâton et un hameçon en coquillage, il pêcha et cuisit son poisson et grimpa sur des cocotiers pour y boire le lait des noix vertes, car dans toute l'île il n'y avait pas d'eau. Les jours étaient longs pour lui, et les nuits terrifiantes. Il fit une lampe avec une coquille de noix de coco, retira l'huile des noix mures, et fit une mèche avec la fibre ; et quand vint le soir il ferma sa hutte, alluma sa lampe et s'étendit en tremblant jusqu'au matin. Souvent il pensait dans son cœur qu'il aurait été mieux au fond de la mer avec ses os roulant parmi les autres.

C'est pourquoi il prit par l'intérieur de l'ile, car les huttes étaient sur la côte du lagon, et c'était là que les palmiers poussaient le mieux, et que le poisson était abondant dans le lagon. Il alla une seule fois sur l'autre versant de l'ile, et il regarda seulement la plage sur l'océan, et revint en tremblant. Car en la voyant, avec son sable étincelant parsemé de coquillages, en plein soleil et ses brisants puissants, elle était à l'opposé de ses envies.

— Ce n'est pas possible, pensa-t-il, et pourtant on dirait bien. Et comment saurais-je ? Ces blancs, bien qu'ils prétendent savoir où ils naviguent, doivent saisir leur chance comme les autres. Ainsi après tout nous avons pu naviguer en tournant en rond, et je suis peut-être assez proche de Molokai, et il se pourrait bien que ce soit la plage où mon beau-père ramasse ses dollars.

Après quoi, il fut prudent, et gagna le l'autre bord de l'ile.

C'est peut-être un mois plus tard qu'arrivèrent es habitants de l'ile – six grands bateaux pleins. C'étaient des hommes d'une race élégante, et ils parlaient une langue qui sonnait différemment de celle d'Hawaï, mais suffisamment de mots étaient les mêmes de sorte qu'il était facile de comprendre. Les hommes étaient d'ailleurs très courtois, et les femmes très accueillantes , ils souhaitèrent la bienvenue à Keola, lui construisirent une maison et lui donnèrent une femme ; et ce qui le surprit le plus, on ne l'envoya jamais travailler avec les jeune gens.

A partir de ce moment Keola eut trois périodes. Il eut d'abord une période de grande tristesse, puis une période vraiment très heureuse. À la fin arriva la troisième, celle pendant laquelle il fut l'homme le plus terrorisé des quatre océans.

À l'origine de la première période était la fille qu'il avait pour femme. Il avait des doutes sur l'île, et c'était peut-être des doutes sur les voix, qu'il avait si peu entendues lorsqu'il était venu avec le sorcier sur le tapis. Mais à propos de sa femme il n'y avait pas d'erreur possible, car c'était la même fille qui courait près de lui en pleurant dans le bois. Il avait donc navigué tout ce chemin, et aurait mieux fait de rester à Molokai ; et il n'avait quitté sa maison et sa femme et tous ses amis que pour échapper à son ennemi, et l'endroit où il était arrivé était le terrain de ce sorcier et la rive où, invisible, il marchait. C'est à cette époque qu'il se tint le plus près possible du bord du lagon, et, dans la mesure de son courage, il demeurait à l'abri de sa hutte.

L'origine de la deuxième période fut la conversation qu'il avait eue avec sa femme et les principaux insulaires. Keola dit peu, lui-même. il n'avait jamais été très convaincu par ses nouveaux amis, car il jugeait qu'ils étaient trop courtois pour être honnêtes , et, parce qu'il connaissait davantage son beau-père, l'homme était devenu plus prudent. Il ne leur dit donc rien de lui-même, mais seulement son nom et sa descendance, et qu'il venait des Huit Iles, et quelles belles îles c'étaient; et il parla aussi du palais du roi à Honolulu et combien il était un des meilleurs amis du roi et des missionnaires. Mais il posa beaucoup de questions et apprit beaucoup. L'île où il était s'appelait l'Île aux Voix. Elle appartenait à la tribu, mais ils s'étaient installés sur une autre, à trois heures de navigation vers le sud. Là-bas, ils vivaient et avaient leurs maisons permanentes, et c'était une île riche, où on trouvait des œufs, des poulets et des cochons, et les navires venaient faire du commerce avec le rhum et le tabac. C'est là que la goélette était partie après la désertion de Keola, là aussi, où le capitaine en second était mort, comme un fou d'homme blanc qu'il était. Il semble que, lorsque le navire est arrivé, c'était le début de la saison des maladies dans cette île, quand les poissons de la lagune sont toxiques, et que tous ceux qui en mangent, enflent et meurent. Le second du capitaine a été informé de cela, il a vu les bateaux se préparer, parce que en cette saison les gens quittent cette île et se rendent sur l'Ile des Voix, mais c'était un imbécile d'homme blanc, qui ne croyait pas aux histoires autres que les siennes, et il a attrapé un de ces poissons, l'a cuit et l'a mangé, il a enflé et il est mort, et ce fut une bonne nouvelle pour Keola. Quant à l'île aux Voix, elle était déserte la plus grande partie de l'année, de temps à autre seulement, l'équipage d'un bateau arrivait pour le coprah, et à la mauvaise saison, quand les poissons de l'île principale deviennent vénéneux, la tribu venait là en masse. Elle tenait son nom d'une merveille, car il semblait que le bord de mer était tout entouré de démons invisibles ; jour et nuit, vous les entendiez parler les uns avec les autres dans des langues étranges ; jour et nuit, de petits feux éclataient et s'éteignaient sur la plage ; quelle était la cause de ces actions ? nul ne pouvait le concevoir. Keola leur demanda si c'était la même chose dans leur propre île où ils habitaient, et ils lui répondirent que non, pas là-bas, ni encore dans aucune autre des quelques centaines d'îles qui s'étendaient autour d'eux sur cette mer ; c'était une chose particulière à l'île aux Voix. Ils lui dirent aussi que ces feux et ces voix étaient toujours sur la plage et dans les franges maritimes du bois, et qu'un homme pourrait demeurer dans le lagon deux mille ans (à condition qu'il puisse vivre si longtemps) et ne jamais être troublé ; et même au bord de la mer, les démons ne faisaient pas de mal si on les laissait tranquilles. Une seule fois, un chef avait jeté une lance à l'une des voix ; et la nuit même, il est tombé d'un cocotier et s'est tué.

Keola se recueillit un peu en lui-même. Il considéra que tout irait bien quand la tribu reviendrait à l'île principale, et assez bien là où il était, s'il se tenait près de la lagune, mais il avait l'intention d'éclaircir les choses s'il le pouvait. Alors il dit au grand chef qu'il avait été une fois sur une île qui était tourmentée de la même façon, et que ses habitants y avaient trouvé le moyen de remédier à ce problème.

— Il y avait, là, un arbre qui poussait dans la brousse, dit-il, et apparemment ces démons venaient en chercher les feuilles. Alors les gens de l'île coupèrent l'arbre partout où ils le trouvèrent, et les démons ne vinrent plus.

Ils demandèrent quel genre d'arbre c'était, et il leur montra l'arbre dont Kalamake brûlait les feuilles. Ils eurent du mal à le croire, mais l'idée les amusa. Nuit après nuit, les anciens en discutaient aux conseils, mais le grand chef (quoiqu'il fût un homme courageux) redoutait le sujet, et leur rappelait chaque jour le chef qui avait jeté une lance contre les voix et avait été tué, et cette pensée les incita tous à s'y opposer à nouveau.

Bien qu'il n'eût pas encore réussi à couper les arbres, Keola était assez heureux et se mit à observer autour de lui et à prendre du plaisir dans ses journées ; et, entre autres, il était plus doux avec sa femme, de sorte que la jeune femme commença à l'aimer considérablement. Un jour, il arriva à la hutte et elle s'allongea par terre en se lamentant.

— Voyons, dit Keola, qu'est-ce qui ne va pas ?

Elle affirma qu'il n'y avait rien.

La même nuit, elle le réveilla. La lampe brûlait très faiblement, mais il vit sur son visage qu'elle était chagrinée.

— Keola, dit-elle, mets ton oreille à ma bouche que je puisse murmurer, car personne ne doit nous entendre. Deux jours avant que les bateaux ne commencent à se préparer, va au bord de la mer et couche-toi dans un fourré. Nous choisirons, toi et moi, quel emplacement au préalable ; caches-y de la nourriture ; et chaque nuit j'irai près de là en chantant. Ainsi lorsque viendra une nuit où tu ne m'entendras pas, tu sauras que nous avons quitté l'île, et que tu pourrras sortir de nouveau en sécurité.

L'âme de Keola mourut en lui.

— Qu'est-ce que c'est ? cria-t-il. Je ne peux pas vivre parmi les démons. Je ne m'attarderai pas sur cette île. Je meurs d'envie de la quitter.

-— Tu ne la quitteras jamais en vie, mon pauvre Keola, dit la jeune fille. Pour te dire la vérité, mon peuple est un peuple de mangeurs d'hommes, mais le secret est bien gardé. Et la raison pour laquelle ils te tueront avant que nous ne partions, c'est que dans notre île les navires accostent, et Donat-Kimaran vient et parle pour les Français, et il y a un commerçant blanc dans une maison avec une véranda, et un père catéchiste. Oh, c'est un bel endroit en effet ! Le commerçant avait des barils pleins de farine, et un navire de guerre français était venu une fois dans le lagon et avait distribué du vin et des biscuits à tout le monde. Ah, mon pauvre Keola, je voudrais te garder ici, car mon amour pour toi est immense, et c'est le plus bel endroit dans les mers en dehors de Papeete.

Ainsi, Keola était maintenant l'homme le plus terrorisé des quatre océans. Il avait entendu parler des mangeurs d'hommes des îles du sud, et la chose l'avait toujours terrifié ; et là, il était en train de frapper à leur porte. Il avait du reste, par les voyageurs, entendu parler de leurs pratiques, et de la façon qu'ils avaient, quand ils avaient dans la tête de manger un homme, de le chouchouter et de le câliner comme une mère son bébé préféré. Et il voyait que ça devait être son cas ; que c'était pourquoi on l'avait logé, nourri, marié et dispensé de tout travail ; et pourquoi les chefs lui parlaient comme à quelqu'un d'important. Ainsi, restait-il au lit et se lamentait sur son sort ; et ses muscles se tétanisaient sur ses os.

Le jour suivant les gens de la tribu se montrèrent très courtois, comme à leur habitude. C'étaient d'habiles orateurs, ils faisaient de la belle poésie et plaisantaient sur la nourriture, à faire mourir de rire un missionnaire. C'est que Keola appréciait assez peu leurs bonnes manières ; tout ce qu'il voyait c'était leurs dents blanches qui brillaient dans leur bouche, et sa gorge se serrait à cette vue ; et quand ils avaient fini de manger, il partait se coucher dans la brousse comme un homme mort.

Le jour suivant, ce fut pareil, alors sa femme le suivit.

— Keola, dit-elle, si tu ne manges pas, je te le dis carrément, tu seras tué et mangé demain. Certains des chefs le murmurent déjà. Ils pensent que tu es tombé malade et qu'ils vont perdre de la viande.

Là dessus Keola se mit sur pieds, et la colère monta en lui.

— Ce qui me tracasse, c'est que d'une manière ou d'une autre, dit-il; C'est que je suis coincé entre le marteau et l'enclume. Si je dois mourir, que je meure au moins le plus rapidement possible ; et si je dois être mangé, tant qu'à faire, que je sois plutôt mangé par les esprits que par les hommes. Adieu, dit-il, et il la laissa plantée là, et se dirigea vers la plage de cette île.

Tout était désert sous le soleil qui cognait ; il n'y avait aucun signe de vie, seule la plage avait été piétinée, et tout autour de lui, pendant qu'il avançait, les voix parlaient et chuchotaient, et les petits feux surgissaient et se consumaient. On entendait toutes les langues de la terre là-bas : le français, le hollandais, le russe, le tamoul, le chinois... Venus de chaque pays où la sorcellerie existait, des gens chuchotaient à l'oreille de Keola. Cette plage était aussi fréquentée qu'une foire à la criée, mais on n'y voyait personne ; tandis qu'il marchait, les coquillages disparaissaient sous ses yeux mais nul homme ne les ramassait. . Je pense que le diable aurait eu peur d'être seul en telle compagnie, mais Keola avait outrepassé la peur : il courtisait la mort. Quand les feux apparaissaient, il fonçait sur eux comme un taureau. Des voix immatérielles appelaient çà et là, des mains invisibles versaient du sable sur les flammes, mais elles avaient quitté la plage avant qu'il ne les atteigne.

— Il est évident que Kalamake n'est pas là, pensait-il, sinon j'aurais été tué depuis longtemps.

Sur ce, il s'assit à la lisière du bois, car il était fatigué, et il posa son menton dans ses mains. L'activité se poursuivait devant lui : la plage bruissait de voix, les feux surgissaient et s'évanouissaient, les coquillages disparaissaient et se renouvelaient alors même qu'il avait les yeux ouverts.

Il faisait grand jour lorsque je suis venu ici, pensa-t-il, rien ne ressemblait à cela.

Et il était pris de vertige à la pensée de ces millions et de ces millions de dollars et de toutes ces centaines et centaines de personnes qui les récoltaient sur la plage et volaient dans les airs plus haut et plus vite que les aigles.

— Et à penser combien j'ai été trompé avec leurs histoires de menthe, se dit-il, et cet argent qui venait d'ici, car il est clair que toutes les nouvelles pièces au monde viennent de ce sable. Mais je le saurai pour la prochaine fois ! dit-il.

Et à la fin, ne sachant plus très bien ni le comment ni le pourquoi, le sommeil s'abattit sur Keola, et il oublia l'île et ses malheurs.

Le matin suivant, avant le lever du soleil, il fut réveillé par un remue-ménage. Il s'éveilla effrayé, en croyant que la tribu l'avait capturé pendant sa sieste : mais ce n'était pas le cas. Il n'y avait en face de lui sur la plage que les voix sans corps qui s'appelaient et criaient entre elles, et il lui semblait qu'elles passaient toutes et qu'elles se glissaient à côté de lui en remontant le rivage de l'île.

Q'est-ce qui se prépare encore ? se dit Keola. Et il était évident pour lui qu'il y avait quelque chose de plus inhabituel, car les feux n'étaient pas allumés ni les coquillages pris, mais les voix sans corps continuaient à couvrir la plage, à héler et à s'éteindre ; et d'autres suivaient, et à leur tonalité, ces sorciers devaient-être furieux.

— Ce n'est pas à moi qu'ils en veulent, pensa Keola, car ils passent près de moi.

C'était comme quand les chiens vous dépassent, ou les chevaux lors d'une course, ou les citoyens qui courent vers un incendie, tous les hommes se rejoignent et suivent, alors c'était présentement le cas pour Keola, et il ne savait pas ce qu'il faisait là, ni pourquoi il se trouvait là, voilà ! il courait avec les voix.

Alors au détour d'une pointe de l'île, il en aperçut une seconde, et là, il se souvint que les sorciers s'étaient multipliés en grand nombre dans un bois. A partir de là, il y eut un brouhaha d'hommes qui criaient qu'ils ne voulaient pas qu'on dise qui ils étaient ; et, guidés par le son de leurs voix, ceux avec qui il courait orientèrent leur course de ce coté-ci. Peu de temps après, les vociférations commencèrent à se mêler au fracas produit par de très nombreux coups de haches. Et à ce moment-là, une pensée lui traversa l'esprit : le grand chef avait donné sa permission, les hommes de la tribu s'étaient mis à abattre ces arbres, cette nouvelle avait fait le tour de l'île de sorcier en sorcier, et tous se rassemblaient maintenant pour défendre leurs arbres. La curiosité fut la plus forte. Il se mêla aux voix, traversa la plage, vint à la lisière du bois et fut stupéfait. Un arbre était tombé, d'autres en partie abattus. La tribu était regroupée là. Ils étaient dos à dos, des corps gisaient, et le sang coulait entre leurs pieds. Le masque de la peur était sur tous leurs visages ; leurs voix montaient au ciel comme des cris de misérables.

Avez-vous vu un enfant quand il joue tout seul avec une épée en bois, et qu'il se bat, bondit et fend l'air ? Toutefois, les cannibales se serraient dos contre dos, soulevaient leurs haches et les abaissaient, et ils criaient en les abaissant et voyez !... aucun homme ne combattait contre eux. Keola voyait juste, çà et là, une hache s'abattre sur eux sans qu'aucune main ne l'eût empoignée ; et de temps en temps, un homme de la tribu tombait devant lui, coupé en deux ou explosé en mille morceaux, et son âme s'échappait en hurlant.

Pendant un certain temps, Keola regarda ce prodige comme s'il avait rêvé, mais bientôt, à voir de telles choses, la peur s'insinua en lui, aussi pénétrante que la mort. Jusqu'à ce que, dans un même éclair, le grand chef de la tribu l'aperçût debout, le montrât du doigt et l'appelât par son nom. Après cela, la tribu entière le vit également, leurs yeux s'enflammèrent et leur dents s'entrechoquèrent.

— Je suis resté trop longtemps ici, pensa Keola, et il s'enfuit du bois en courant et descendit sur la plage sans se soucier de savoir où il allait

— Keola ! dit une voix proche de son oreille, sur la plage déserte.

— Lehua ! est-ce toi ? appela-t-il ; il haletait et il la chercha en vain du regard ; il dut se rendre à l'évidence : il était tout seul.

— Je t'ai vu passer devant, répondit la voix, mais tu ne m'entendais pas. Vite ! récupère des feuilles et des herbes et libère-nous.

— Vous êtes là avec le tapis ? demanda-t-il.

— Ici, près de toi, dit-elle. Et il sentit ses bras autour de lui. — Vite ! les feuilles et les herbes, avant que mon père ne revienne !

Alors Keola courut pour sa vie, et alla chercher le carburant de sorcier ; Lehua le guida au retour, il posa les pieds sur le tapis et fit le feu. Tout le temps où il brûla, le bruit de la bataille s'éleva du bois; les sorciers et les mangeurs d'hommes durs au combat; les sorciers, les sans-vue, rugissant à haute voix comme des taureaux sur une montagne, et les hommes de la tribu répondirent aigres et sauvages de la terreur de leurs âmes. Et tout le temps où il brûla, Keola se tenit là et écouta, et secoua, et regarda comment les mains invisibles de Lehua versèrent les feuilles. Elle les posa rapidement, la flamme brûla, et roussit les mains de Keola ; puis elle attisa en soufflant sur le feu. La dernière feuille fut consumée, la flamme diminua, et la secousse suivit, puis Keola et Lehua se retrouvèrent dans leur propre chambre.

Maintenant que Keola pouvait enfin voir sa femme, il était rudement content, et très heureux d'être de retour à Molokai et de s'asseoir à côté d'un bol aux pois — car ils n'en préparaient pas à bord des navires. Et il n'y en avait pas sur l'île aux voix — et il était aux anges d'avoir pu s'échapper des mains des mangeurs d'hommes. Mais il y avait un autre point moins clair, et Lehua et Keola en parlèrent toute la nuit et furent troublés. Ils avaient laissé Kalamake sur l'île Si, par la grâce de Dieu, il pouvait rester là, tout irait bien ; mais s'il s'échappait et retournait à Molokai, ce serait un mauvais jour pour sa fille et son mari. Ils parlèrent de son don de gonflement, et à se demander s'il pouvait parcourir cette distance en mer. Mais Keola savait à ce moment là où se trouvait cette île — et en l'occurrence dans l'Archipel Bas ou Dangereux. Ils allèrent alors chercher l'atlas, ils regardèrent la distance sur la carte, et il en résulta que cela semblait un bien long chemin à parcourir pour un vieux bonhomme. Encore qu'on ne puisse être tout à fait sûr avec un sorcier comme Kalamake, et ils décidèrent de demander conseil à un missionnaire blanc.

Alors, au premier qu'ils trouvèrent, Keola raconta tout. Et le missionnaire fut très sévère avec lui pour avoir pris une deuxième femme sur l'île basse ; mais pour tout le reste il dit que ça n'avait ni queue ni tête.

— Cependant, dit-il, si vous pensez que l'argent de votre père est mal acquis, mon avis est que vous devriez en distribuer aux lépreux et en donner à la mission. Et quant à cet extraordinaire imbroglio, le mieux que vous puissiez faire est de le garder pour vous.

Mais il prévint la police d'Honolulu que, d'après ce qu'il avait cru comprendre, Kalamake et Keola avaient frappé de la fausse monnaie, et qu'on ferait bien de les avoir à l'œil.

Keola et Lehua suivirent son conseil et donnèrent beaucoup d'argent aux lépreux et à la mission. Et sans doute le conseil dut être judicieux, car à partir de ce jour, Kalamake ne s'est plus jamais fait entendre. Mais s'il a été tué dans la bataille près des arbres, ou s'il est encore en train de donner des coups de pied sur l'île des voix, qui peut le dire ?
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The Isle of Voices by Robert Louis Stevenson.
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For this reason no man was more consulted in all the Kingdom of Hawaii.
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It was rumoured that he had the art or the gift of the old heroes.
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This Kalamake was a strange man to see.
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But there was one thing troubled him.
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"Bright as Kalamake's dollars," was another saying in the Eight Isles.
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It was a chief thought with him always - the thought of the bright dollars.
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But this day of all days he made sure in his heart of some discovery.
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the bag lay there empty.
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While he was so thinking, there was his father-in-law behind him, looking vexed.
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"Is that the steamer?"
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he asked.
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"Yes," said Keola.
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"She has but to call at Pelekunu, and then she will be here."
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Come here within the house."
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"What I am about," said he, "is a thing beyond wonder.
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The same will I do here in my own house and under the plain eye of day."
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"The time comes," said the warlock; "be not afraid."
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With that he set flame to the herbs, and began to mutter and wave the branch of palm.
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In the same wink the room was gone and the house, the breath all beaten from Keola's body.
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"What was this?"
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cried Keola, who came to himself the first, because he was the younger.
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"The pang of it was like death."
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"It matters not," panted Kalamake.
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"It is now done."
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"And, in the name of God, where are we?"
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cried Keola.
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"That is not the question," replied the sorcerer.
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"Being here, we have matter in our hands, and that we must attend to.
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And be speedy.
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We must be home again before the steamer comes; it would seem strange if we had disappeared."
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And he sat on the sand and panted.
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I will come here again and gather shells."
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I will come here again, when it is warm, to sleep."
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And he thought, "How warm it has grown suddenly!"
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For it was winter in Hawaii, and the day had been chill.
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And he thought also, "Where are the grey mountains?
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And where is the high cliff with the hanging forest and the wheeling birds?"
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And the more he considered, the less he might conceive in what quarter of the islands he was fallen.
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In the border of the grove, where it met the beach, the herb was growing, but the tree further back.
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"Well!"
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thought Keola, "they are not very particular about their dress in this part of the country."
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Up she leaped at the sound.
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Her face was ashen; she looked this way and that, and her mouth gaped with the terror of her soul.
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But it was a strange thing that her eyes did not rest upon Keola.
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"Good day," said he.
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"You need not be so frightened; I will not eat you."
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And he had scarce opened his mouth before the young woman fled into the bush.
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"These are strange manners," thought Keola.
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And, not thinking what he did, ran after her.
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And with that he began to grow afraid himself, and returned to Kalamake bringing the leaves.
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Him he told what he had seen.
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"You must pay no heed," said Kalamake.
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"All this is like a dream and shadows.
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All will disappear and be forgotten."
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"It seemed none saw me," said Keola.
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"And none did," replied the sorcerer.
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"We walk here in the broad sun invisible by reason of these charms.
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Yet they hear us; and therefore it is well to speak softly, as I do."
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With that he made a circle round the mat with stones, and in the midst he set the leaves.
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"It will be your part," said he, "to keep the leaves alight, and feed the fire slowly.
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"Back!"
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cried Keola.
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"Back!
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The leaves are near done."
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At that Kalamake turned, and if he had run before, now he flew.
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unit 105
But fast as he ran, the leaves burned faster.
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The flame was ready to expire when, with a great leap, he bounded on the mat.
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Keola ran to the shutters; and there was the steamer tossing in the swell close in.
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unit 109
The same night Kalamake took his son-in-law apart, and gave him five dollars in his hand.
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I am a man of few words, and I have for my helpers people of short memories."
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unit 112
Never a word more said Kalamake, nor referred again to that affair.
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unit 113
But it ran all the while in Keola's head - if he were lazy before, he would now do nothing.
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unit 114
"Why should I work," thought he, "when I have a father-in-law who makes dollars of sea-shells?"
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unit 115
Presently his share was spent.
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unit 116
He spent it all upon fine clothes.
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unit 118
And then he began to grow vexed with Kalamake.
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unit 119
"This man has the soul of a dog," thought he.
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unit 120
"He can gather dollars when he pleases on the beach, and he leaves me to pine for a concertina!
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unit 121
Let him beware: I am no child, I am as cunning as he, and hold his secret."
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unit 122
With that he spoke to his wife Lehua, and complained of her father's manners.
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unit 123
"I would let my father be," said Lehua.
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unit 124
"He is a dangerous man to cross."
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unit 125
"I care that for him!"
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unit 126
cried Keola; and snapped his fingers.
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unit 127
"I have him by the nose.
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unit 128
I can make him do what I please."
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unit 129
And he told Lehua the story.
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unit 130
But she shook her head.
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unit 131
unit 133
Remember Kamau, and how he wasted to a thread, so that his wife lifted him with one hand.
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unit 135
unit 136
"Very well," said he, "if that is what you think of me, I will show how much you are deceived."
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unit 137
And he went straight to where his father-in-law was sitting in the parlour.
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unit 138
"Kalamake," said he, "I want a concertina."
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unit 139
"Do you, indeed?"
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unit 140
said Kalamake.
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unit 141
"Yes," said he, "and I may as well tell you plainly, I mean to have it.
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unit 142
A man who picks up dollars on the beach can certainly afford a concertina."
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unit 143
"I had no idea you had so much spirit," replied the sorcerer.
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unit 145
Now I begin to think I may have found an assistant and successor in my difficult business.
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unit 146
A concertina?
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unit 147
You shall have the best in Honolulu.
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unit 148
And to-night, as soon as it is dark, you and I will go and find the money."
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unit 149
"Shall we return to the beach?"
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unit 150
asked Keola.
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unit 151
"No, no!"
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unit 152
replied Kalamake; "you must begin to learn more of my secrets.
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unit 153
Last time I taught you to pick shells; this time I shall teach you to catch fish.
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unit 154
Are you strong enough to launch Pili's boat?"
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unit 155
"I think I am," returned Keola.
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unit 156
"But why should we not take your own, which is afloat already?"
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unit 157
"I have a reason which you will understand thoroughly before to- morrow," said Kalamake.
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unit 158
"Pili's boat is the better suited for my purpose.
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unit 160
unit 162
Presently after he spied Lehua weeping, and was half in a mind to tell her all was well.
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unit 164
Perhaps she will understand in the future that her husband is a man of some intelligence."
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unit 165
As soon as it was dark father and son-in-law launched Pili's boat and set the sail.
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unit 169
"Look!"
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unit 171
This part of the sea is called the Sea of the Dead.
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unit 176
"What ails you?"
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unit 177
cried Keola, quick and sharp.
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unit 178
"It is not I who am ailing," said the wizard; "but there is one here very sick."
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unit 180
At that sight Keola screamed and covered his face.
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unit 181
But Kalamake held up the lantern.
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unit 182
"Look rather at my face!"
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unit 184
"And now," said the wizard, "what do you think about that concertina?
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unit 185
and are you sure you would not rather have a flute?
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unit 186
No?"
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unit 187
says he; "that is well, for I do not like my family to be changeable of purpose.
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unit 189
With that he threw his legs over the side.
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unit 195
unit 196
He swam indeed, but he swam as puppies swim when they are cast in to drown, and knew not wherefore.
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unit 205
It was no use talking.
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unit 206
Keola durst not stay in the Eight Islands.
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unit 208
unit 209
In some ways the ship was a good place.
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unit 211
The captain also was a good man, and the crew no worse than other whites.
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Keola saw it would never do; and he made up his mind to run away.
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They were about a month out from Honolulu when they made the land.
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unit 219
It seemed it was an isle where no traders came.
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unit 220
By the captain's way, it was an isle besides where no man dwelt; but the mate thought otherwise.
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unit 223
Keep her romping full, don't I tell you!"
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unit 224
he cried to Keola, who was listening so hard that he forgot to steer.
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unit 226
And so the captain and mate lay down on the house together, and Keola was left to himself.
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unit 227
unit 228
And as for Kalamake, it is not possible he can ever get as far as this."
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unit 229
With that he kept edging the schooner nearer in.
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unit 231
So Keola edged her up little by little, and kept all drawing.
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unit 232
And presently the land was close on board, and the sound of the sea on the sides of it grew loud.
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unit 233
With that, the mate sat up suddenly upon the house.
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unit 234
"What are you doing?"
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unit 235
he roars.
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unit 236
"You'll have the ship ashore!"
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unit 242
And he was amazed, because this was a kind of island he had never heard of.
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unit 247
The days were long to him, and the nights terrifying.
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unit 253
"It cannot be," he thought, "and yet it is very like.
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unit 254
And how do I know?
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unit 257
So after that he was prudent, and kept to the land side.
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unit 258
It was perhaps a month later, when the people of the place arrived - the fill of six great boats.
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unit 261
And now Keola had three periods.
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unit 262
First he had a period of being very sad, and then he had a period when he was pretty merry.
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unit 263
Last of all came the third, when he was the most terrified man in the four oceans.
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unit 264
The cause of the first period was the girl he had to wife.
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unit 269
The cause of the second period was talk he heard from his wife and the chief islanders.
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unit 270
Keola himself said little.
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unit 273
But he put many questions and learned much.
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unit 284
Keola thought a good bit with himself.
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unit 288
So the people of the isle cut down the tree wherever it was found, and the devils came no more."
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unit 289
unit 290
They found it hard to believe, yet the idea tickled them.
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unit 293
One day he came to the hut, and she lay on the ground lamenting.
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unit 294
"Why," said Keola, "what is wrong with you now?"
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unit 295
She declared it was nothing.
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unit 296
The same night she woke him.
1 Translations, 3 Upvotes, Last Activity 9 months, 1 week ago
unit 297
The lamp burned very low, but he saw by her face she was in sorrow.
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unit 298
"Keola," she said, "put your ear to my mouth that I may whisper, for no one must hear us.
1 Translations, 2 Upvotes, Last Activity 9 months, 1 week ago
unit 299
unit 302
The soul of Keola died within him.
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unit 303
"What is this?"
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unit 304
he cried.
1 Translations, 3 Upvotes, Last Activity 9 months, 1 week ago
unit 305
"I cannot live among devils.
1 Translations, 2 Upvotes, Last Activity 9 months, 1 week ago
unit 306
I will not be left behind upon this isle.
1 Translations, 2 Upvotes, Last Activity 9 months, 1 week ago
unit 307
I am dying to leave it."
1 Translations, 3 Upvotes, Last Activity 9 months, 1 week ago
unit 310
Oh, that is a fine place indeed!
2 Translations, 3 Upvotes, Last Activity 9 months, 1 week ago
unit 313
So now Keola was the most terrified man in the four oceans.
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unit 317
So he lay on his bed and railed upon his destiny; and the flesh curdled on his bones.
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unit 318
The next day the people of the tribe were very civil, as their way was.
1 Translations, 3 Upvotes, Last Activity 9 months, 1 week ago
unit 321
The next day it was the same, and then his wife followed him.
1 Translations, 2 Upvotes, Last Activity 9 months, 1 week ago
unit 322
"Keola," she said, "if you do not eat, I tell you plainly you will be killed and cooked to-morrow.
1 Translations, 3 Upvotes, Last Activity 9 months, 1 week ago
unit 323
Some of the old chiefs are murmuring already.
1 Translations, 3 Upvotes, Last Activity 9 months, 1 week ago
unit 324
They think you are fallen sick and must lose flesh."
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unit 325
With that Keola got to his feet, and anger burned in him.
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unit 326
"It is little I care one way or the other," said he.
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unit 327
"I am between the devil and the deep sea.
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unit 329
Farewell," said he, and he left her standing, and walked to the sea-side of that island.
1 Translations, 3 Upvotes, Last Activity 9 months, 1 week ago
unit 331
unit 332
Whatever land knew sorcery, there were some of its people whispering in Keola's ear.
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unit 335
When the fires sprang up, he charged for them like a bull.
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unit 337
"It is plain Kalamake is not here," he thought, "or I must have been killed long since."
1 Translations, 3 Upvotes, Last Activity 9 months, 1 week ago
unit 338
unit 340
"It was a by-day when I was here before," he thought, "for it was nothing to this."
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unit 343
But I will know better the next time!"
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unit 344
said he.
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unit 346
Early the next day, before the sun was yet up, a bustle woke him.
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unit 347
He awoke in fear, for he thought the tribe had caught him napping: but it was no such matter.
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unit 349
"What is afoot now?"
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thinks Keola.
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unit 352
"It is not me they are angry at," thought Keola, "for they pass me close."
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unit 354
he was running with the voices.
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A little nearer, and there began to mingle with the outcry the crash of many axes.
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Desire of strange things swept him on.
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One tree had fallen, others were part hewed away.
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unit 362
There was the tribe clustered.
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They were back to back, and bodies lay, and blood flowed among their feet.
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The hue of fear was on all their faces; their voices went up to heaven shrill as a weasel's cry.
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no man to contend with them!
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Thereat the whole tribe saw him also, and their eyes flashed, and their teeth clashed.
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"Keola!"
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said, a voice close by upon the empty sand.
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"Lehua!
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is that you?"
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he cried, and gasped, and looked in vain for her; but by the eyesight he was stark alone.
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"I saw you pass before," the voice answered: "but you would not hear me.
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Quick!
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get the leaves and the herbs, and let us free."
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"You are there with the mat?"
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he asked.
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"Here, at your side;" said she.
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And he felt her arms about him.
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"Quick!
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unit 386
the leaves and the herbs, before my father can get back!"
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unit 393
unit 394
There was Kalamake left upon the isle.
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They spoke of his gift of swelling, and whether he could wade that distance in the seas.
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So the first one that came by, Keola told him everything.
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And as for this extraordinary rigmarole, you cannot do better than keep it to yourselves."
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Keola and Lehua took his advice, and gave many dollars to the lepers and the fund.
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