en-fr  Hard-Liners and Reformers Tapped Iranians’ Ire. Now, Both Are Protest Targets
Les partisans de la ligne dure et les réformateurs découvrent la colère des Iraniens. Á présent, ils sont tous deux la cible des protestations.

De Thomas Erdbrink, The New York Times, 2 janvier 2018.

TEHERAN — Mardi, des protestations antigouvernementales ont agité l'Iran, alors que le bilan des morts s'élève à 21 et que le guide suprème de la nation tient pour responsables les ennemis étrangers pour l'agitation. Mais, les protestations qui se sont étendues à des douzaines de villes iraniennes lors de ces 6 derniers jours, sont la conséquence d'erreurs de jugement d'une lutte de pouvoir, mijotant de longue date, entre les tenants d'un ligne dure et les réformateurs.

Mais mardi, les dirigeants iraniens ne pouvaient plus ignorer les manifestations et se sentaient obligés de répondre publiquement. L'Ayatollah Ali Khameini, le guide suprême, accusa les "ennemis" extérieurs, mais sans préciser de qui il s'agissait. Le président Hassan Rouhani, un modéré, appela au calme tout en disant que les protestataires avaient le droit d'être entendus.

Mais ce qui se cachait derrière la colère des protestataires était dirigé contre le système politique tout entier.

Alors que les manifestations qui avaient balayé l'Iran en 2009 étaient dirigées par la classe moyenne urbaine, ces manifestations ont été largement conduites par des jeunes mécontents appartenants aux zones rurales, aux villes et aux petites cités qui ont saisi l'opportunité d'évacuer leur frustration devant une élite politique dont ils disent qu'elle détourne l'économie pour servir leurs intérêts.

Le chômage des jeunes, la moitié de la population, atteint les 40%, révèle les spécialistes. Pendant ce temps-là, l'Iran a dépensé ces dernières années des milliards de dollars à l'étranger, pour étendre son influence en Irak, en Syrie et au Liban.

Le facteur déclenchant initial de la colère semble avoir été la révélation par le président Rouhani, le mois dernier, d'une proposition de budget gouvernemental. Pour la première fois, des parties secrètes du budget, notamment des détails sur les instituts religieux du pays, furent présentés.

Les Iraniens ont découvert que des milliards de dollars étaient donnés aux organisations extrèmistes, aux militaires, au Corps des Gardiens de la Révolution Islamique et aux fondations religieuses qui enrichissent l'élite cléricale. Dans le même temps, le budget proposait de mettre fin aux subventions pour des millions de citoyens, d'augmenter le prix de l'essence et de privatiser les écoles publiques.

La révélation semblait faite intentionnellement pour frapper l'opinion publique et cela a marché. Telegram, une application de messagerie sur les réseaux sociaux utilisé par 40 millions d'Iraniens, a explosé avec de très nombreux commentaires de colère.

— Cela m'a mis en colère, dit Mehdi, 33 ans, d'Izeh, une ville de la province pauvre du Khuzestan en Iran, qui a demandé à ce que son nom de famille ne soit pas utilisé, par peur des représailles. — Il y a tous ces organes religieux qui recoivent des sommes élevées pendant que nous luttons contre un chomâge constant." Jeudi dernier, les partisans d'une ligne dure ont essayé de reprendre l'initiative et d'embarraser le président, en organisant une manifestation dans la ville sainte de Mashhad, où des centaines de manifestants scandèrent des slogans contre la faiblesse de l'économie et crièrent "mort au dictateur" et "mort à Rouhani". Un Iranien, responsable de la sécurité confirma que vendredi, un responsable des prières de la ville, Ahmad Alamolhoda, un partisan connu de la ligne dure, a été convoqué par le Conseil de Sécurité National d'Iran pour expliquer son rôle dans la manifestation.

Les vidéos du rassemblement firent le buzz sur les réseaux sociaux, où les gens avaient, depuis des semaines, discuté avec passion du budget proposé. Les Iraniens frustrés ailleurs s'étaient enhardis

En réaction aux protestations de Mashhad, Hesamodin Ashna, un conseiller digne de confiance du président Rouhani, envoya vendredi un message sur Twitter, soulignant " la distribution déséquilibrée du budget ". Les forces militaires iraniennes, actives dans plusieurs pays du Moyen-Orient, ont vu leur budget augmenté de 11 milliards de dollars, une augmentation de presque 20 pour cent, dit-il. Le budget des représentants du guide suprême dans les universités était augmenté. Un institut dirigé par l'extrémiste religieux Mohammad Taghi Meshbah-Yazdi a reçu huit fois plus qu'il y a dix ans.

La colère sur le net atteignit un point critique.

Pendant des décennies, ceux qui vivaient dans les villes et villages de province d'Iran étaient regardés comme la colonne vertébrale du régime islamique du pays. Ils avaient tendance à être conservateurs, peu enclins au changement et pieux disciples du sobre style de vie islamique recommandé par l'État.

En moins de dix ans, tout cela a changé. Une sécheresse qui dure depuis 14 ans a vidé les villages, les habitants allant vers les villes proches où ils ont souvent du mal pour trouver un emploi. L'accès à la télévision satellite et, plus important à Internet a élargi leur monde.

Mehdi raconte : " sur Instagram, j'ai vu l'image d'une femme à Téhéran avec sa SUV, qui écrivait qu'elle dépense 3000 $ chaque mois pour ses animaux de compagnie." Quelqu'un peut vivre ici pendant un an avec cet argent. J'étais en colère." Sa ville, Izeh, était célèbre pour abriter de nombreuses personnes qui avait été expulsé par le pouvoir judiciaire. Izeh a beaucoup changé au fil des ans : plus de monde, mais pas de divertissement, même pas un cinéma, dit-il. De nombreuses personnes prennent des drogues. " Le vendredi, les manifestations ont éclaté à Izeh. Les agences de presse gouvernementales ont dis que deux manifestants avait été tués par les forces de sécurité.

À Téhéran, la capitale, Mohammad Alinejad était assis derrière le volant de sa Peugeot tout déglinguée lorsqu'il entendit les manifestations à Mashhad. "J'ai applaudis " dit-il. Je veux que ces ecclésiastiques s'en aillent. Ils ont détruit ma vie." Il avait été touché par un éclat d'obus pendant la guerre Iran-Irak qui dura huit ans, et un morceau était resté cioncé dans sa tête. Son statut de vétéran handicapé permet à son fils d'être exempté du service militaire obligatoire de 24 mois, mais lorsqu'il a essayé d'obtenir les papiers d'exemption, il est resté bloqué dans un manège bureaucratique qui est trop habituel pour les Iraniens.

Je devais payer des pots-de-vin, ou sinon personne ne voulait m'aider, et à la fin cela n'a rien donné, dit-il.

Il critiquait les écclésiastiques pour tout : la privatisation, la corruption, l'inégalité et les longues journées pour de bas salaires.

Je me fiche que mon pays devienne le prochain Iak ou Syrie, dit-il, mais je suis si frustré avec eux, que je veux juste qu'ils s'en aille et nous attendrons demain pour penser aux conséquences. À Qom, le centre des instituts théologiques d'Iran, un écclésiastique a dit qu'il était inquiet de l'importance de la colère.

Les gens sont furieux lorsqu'ils voient combien d'argent quelques institutions religieuses et chefs de la prière du vendredi ont été payé sur le budget, dit Fazel Meybodi, ecclésiastique. La plupart sont âgés et n'ont aucun attrait pour les jeunes. Il faut les changer." Alors que les manifestations ont touché une quarantaine de villes à travers le pays, Téhéran est resté relativement calme. En 2009, plus de trois millions de personnes descendirent dans les rues pour contester les élections.

Mais cette fois, nombreux sont ceux qui craignent le déchaînement de colère avec des manifestations sans leader.

Ils sont en colère et ont des raisons de l'être, mais il n'y a rien de plus, aucun plan pour les jours suivants" dit Hamidreza Faraji, un vendeur de comsmétiques et de miel qui lutte pour avoir une vie décente.

"Nous ne pouvons pas continuer à changer nos dirigeants" dit-il, debout dans sa boutique, qui comme celles à proximité était vide de clients. Il ne connait personne voulant que l'Iran devienne la prochaine Syrie ou l'Irak avec le chaos qui peut suivre, explique-t-il.

De nombreux manifestants crient "Ni Gaza, ni le Liban, je veux donner ma vie pour l'Iran " dit Mr Faraji. Mais nous sommes entrés dans ce jeu pervers dans la région, et à présent nous devons le terminer. Comme nous n'avons pas d'autre option que de vivre avec nos dirigeants. Sauf s'il existe une meilleure alternative."
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Now, Both Are Protest Targets.
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The leak appeared to be intended to tap popular resentment, and it worked.
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Frustrated Iranians elsewhere were emboldened.
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The budget for representatives of the supreme leader in universities was increased.
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Online anger reached a boiling point.
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In less than a decade, all that has changed.
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“A person can live here with that money for a year.
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“Many people use drugs.” On Friday, protests broke out in Izeh.
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The government news agency said two protesters were killed there by security forces.
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“I was cheering,” he said.
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“I want these clerics to go.
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“Many of them are old and have no appeal to the youths.
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In 2009, over three million people took to the streets disputing the elections.
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But this time, many said they feared the raging, leaderless protests.
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“But we have entered this bad game in the region, so now we have to finish it.
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Just like we have no other option but to live with our leaders.
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Unless there is a better alternative.”
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Hard-Liners and Reformers Tapped Iranians’ Ire. Now, Both Are Protest Targets.

By Thomas Erdbrink, The New York Times, January 2, 2018.

https://www.nytimes.com/2018/01/02/world/middleeast/iran-protests-khamenei.html?hp&action=click&pgtype=Homepage&clickSource=story-heading&module=first-column-region&region=top-news&WT.nav=top-news&_r=0 .

TEHRAN — Antigovernment protests roiled Iran on Tuesday, as the death toll rose to 21 and the nation’s supreme leader blamed foreign enemies for the unrest. But the protests that have spread to dozens of Iranian cities in the past six days were set off by miscalculations in a long-simmering power struggle between hard-liners and reformers.

By Tuesday, Iran’s leaders could no longer ignore the demonstrations and felt compelled to respond publicly. Ayatollah Ali Khamenei, the supreme leader, blamed outside “enemies” but did not specify who. President Hassan Rouhani, a moderate, appealed for calm while saying the protesters had a right to be heard.

But the anger behind the protests was directed against the entire political establishment.

While the protests that swept Iran in 2009 were led by the urban middle class, these protests have been largely driven by disaffected young people in rural areas, towns and small cities who have seized an opening to vent their frustrations with a political elite they say has hijacked the economy to serve its own interests.

Unemployment for young people — half the population — runs at 40 percent, analysts believe. Meanwhile, Iran has spent billions of dollars abroad in recent years to extend its influence in Iraq, Syria and Lebanon.

The initial catalyst for the anger appears to have been the leak by President Rouhani last month of a proposed government budget. For the first time, secret parts of the budget, including details of the country’s religious institutes, were exposed.

Iranians discovered that billions of dollars were going to hard-line organizations, the military, the Islamic Revolutionary Guards Corps, and religious foundations that enrich the clerical elite. At the same time, the budget proposed to end cash subsidies for millions of citizens, increase fuel prices and privatize public schools.

The leak appeared to be intended to tap popular resentment, and it worked. Telegram, a social media messaging app used by over 40 million Iranians, blew up with angry comments.

“It made me angry,” said Mehdi, 33, from Izeh, a town in Iran’s poor Khuzestan Province, who asked that his family name not be used out of fear of retaliation. “There were all these religious organs that received high budgets, while we struggle with constant unemployment.”

Last Thursday, hard-liners tried to take back the initiative and embarrass the president, staging a demonstration in the holy city Mashhad, where hundreds chanted slogans against the weak economy and shouted “death to the dictator” and “death to Rouhani.”

An Iranian security official confirmed that the Friday prayer leader of the city, Ahmad Alamolhoda, a prominent hard-liner, had been summoned by Iran’s National Security Council to explain his role in the demonstration.

Videos of the gathering then went viral on social media, where people had for weeks been heatedly discussing the proposed budget. Frustrated Iranians elsewhere were emboldened.

In reaction to the protest in Mashhad, Hesamodin Ashna, a trusted adviser to President Rouhani, sent out a Twitter message on Friday, highlighting “the unbalanced distribution of the budget.”

Iran’s military forces, active in several countries in the Middle East, saw their budget increase to $11 billion, a nearly 20 percent rise, he said. The budget for representatives of the supreme leader in universities was increased. An institute run by the hard-line cleric Mohammad Taghi Meshbah-Yazdi was to receive eight times as much as a decade ago.

Online anger reached a boiling point.

For decades, those living in Iran’s provincial towns and villages were regarded as the backbone of the country’s Islamic regime. They tended to be conservative, averse to change and pious followers of the sober Islamic lifestyle promoted by the state.

In less than a decade, all that has changed. A 14-year drought has emptied villages, with residents moving to nearby cities where they often struggle to find jobs. Access to satellite television and, more important, the mobile internet has widened their world.

“On Instagram, I saw a picture of a woman in Tehran with her S.U.V., who wrote she spends $3,000 on her pets each month,” Mehdi said. “A person can live here with that money for a year. I got angry.”

His city, Izeh, was famous for being home to many who had been exiled by the hard-line judiciary. “Izeh has changed a lot over the years — more people, but no entertainment, not even a cinema,” he said. “Many people use drugs.”

On Friday, protests broke out in Izeh. The government news agency said two protesters were killed there by security forces.

In Tehran, the capital, Mohammad Alinejad had been sitting behind the wheel of his dilapidated Peugeot when he heard of the protests in Mashhad. “I was cheering,” he said. “I want these clerics to go. They have destroyed my life.”

He had been hit by shrapnel during the eight-year Iran-Iraq war, and a piece had remained stuck in his head. His status as a handicapped veteran exempts his son from the mandatory 24-month military service, but when he tried to get the exemption papers he got stuck in a bureaucratic merry-go-round that is all too common for Iranians.

“I had to pay bribes, or else no one would help me, and in the end, we didn’t get anywhere,” he said.

He blamed the clerics for everything: privatization, corruption, inequality and long days with low pay.

“I don’t care if our country becomes the next Iraq or Syria,” he said, “but I’m so frustrated with them, that I just want them gone and we can think about the consequences tomorrow.”

In Qom, the center of Iran’s theological educational institutes, one cleric said he was worried about the level of anger.

“People are angry when they see how much money some clerical institutions and Friday prayer leaders are being paid in the budget,” the cleric, Fazel Meybodi, said. “Many of them are old and have no appeal to the youths. They must be changed.”

As protests took off in about 40 cities across the country, Tehran remained largely quiet. In 2009, over three million people took to the streets disputing the elections.

But this time, many said they feared the raging, leaderless protests.

“They are angry, and have a right to be, but there is just nothing more, no plan for the day after,” said Hamidreza Faraji, a cosmetic and honey salesman who struggles to live a decent life.

“We can’t keep on going on to change our leaders,” he said, standing in his shop, which like others nearby was empty of customers. No one he knew wanted Iran to become the next Syria or Iraq in the chaos that might follow, he explained.

“Many of the protesters shout, “Neither Gaza nor Lebanon, I will give my life for Iran,” Mr. Faraji said. “But we have entered this bad game in the region, so now we have to finish it. Just like we have no other option but to live with our leaders. Unless there is a better alternative.”