en-fr  The Island of Doctor Moreau/Ch 21 Medium
L'île du docteur Moreau d'H. G. Wells.
Chapitre 21.


LA RÉGRESSION DES HOMMES-BÊTES


C’est ainsi que je devins l’un des Hommes-Bêtes de l’île du Docteur Moreau. Quand je me réveillai, il faisait noir autour de moi. Mon bras me faisait mal dans ses bandages. Je me redressai, me demandant tout d'abord où je pouvais bien être. J'entendis des voix mal dégrossies parler à l'extérieur. Puis je vis que ma barricade avait disparu et que l'entrée de la hutte était dégagée. Mon revolver était toujours dans ma main.

J'entendis quelque chose respirer, je vis une créature accroupie près de moi. Je retins mon souffle en essayant de voir ce que c'était. Cela commença à se déplacer lentement, interminablement. Puis quelque chose de doux, chaud et moite passa sur ma main. Tous mes muscles se contractèrent. J'arrachai ma main. Un cri d'alarme naquit et s'étouffa dans ma gorge. Ensuite, je me rendis suffisamment compte de ce qui était arrivé pour que je garde les doigts sur le revolver.

— Qui est-ce ? dis-je dans un murmure rauque, le revolver toujours pointé.

— Moi … Maître. — Qui es-tu ? — Ils disent qu'il n'y a pas de Maître maintenant. Mais moi, je sais, je sais. J'ai porté les corps dans la mer, ô toi qui marches dans la mer ! les corps de ceux que vous avez tués. Je suis votre esclave, Maître. — Es-tu celui que j'ai rencontré sur la plage ? demandai-je.

— Le même, Maître. À l'évidence, la Chose était fidèle : elle aurait pu me tomber dessus pendant mon sommeil. — C'est bien, dis-je, étendant la main pour qu'il me la lèche à nouveau. Je commençai à comprendre ce que sa présence signifiait et le courage me revint. — Où sont les autres ? questionnai-je.

— Ils sont fous, ils ont perdu la tête, répondit l'Homme-Chien. — En ce moment, ils discutent entre-eux par là-bas. Ils disent « Le Maître est mort. L'autre avec le fouet est mort. Cet Autre qui marchait dans l'eau est semblable à nous. Nous n'avons plus ni Maître, ni coups de fouet, ni Maison de la douleur, rien de tout cela. C'est la fin. Nous aimons la Loi et nous la respecterons ; mais il n’y a plus ni douleur, ni Maître, ni coups de fouet, à jamais.» Voici ce qu'ils disent. Mais moi, Maître, je sais... je sais. Je tâtonnai dans l'obscurité et tapotai la tête de l'Homme-chien. — C'est bien, répétai-je.

— Bientôt, vous les tuerez tous, dit l'Homme-chien.

— Bientôt, répondis-je, je les tuerai tous... dans un certain temps et quand certaines choses se seront passées. Chacun d'entre eux, sauf ceux que vous épargnerez, chacun d'entre eux sera tué. — Celui que le Maître veut tuer, le Maître le tue, récita l'Homme-chien avec une certaine satisfaction dans la voix.

— Qu'ils sombrent dans le péché et se vautrent dedans, dis-je, jusqu'à ce que sonne leur heure. Ne leur annonce pas que je suis le Maître. — La volonté du Maître est douce, déclara l'Homme-chien, avec la vivacité de sa nature canine.

— Mais celui qui commet un péché, dis-je. Je le tuerai dès que je le rencontrerai. Quand je te dirai « C'est lui », sois prêt à lui bondir dessus. Et maintenant je vais aller vers les hommes et les femmes qui sont assemblés. Un instant, l'ouverture de la hutte fut noircie par la sortie de l'Homme-chien. Puis je le suivis et me levai, presque à l'endroit exact où je me trouvais quand j'avais entendu Moreau et son chien de chasse me poursuivre. Mais il faisait nuit maintenant et tout le ravin encombré de miasmes autour de moi était noir ; et au-delà, au lieu d’une verte pente ensoleillée, je vis un feu rougeâtre devant lequel allaient et venaient des figures grotesques au dos voûté. Plus loin, se trouvaient des arbres épais, une rive de ténèbres, bordés de la dentelle noire des branches supérieures. La lune remontait juste au bord du ravin, et comme une barre au travers de sa face montait la colonne qui s'échappait en continu des fumerolles de l'île.

– Marche à côté de moi ! m'énervai-je ; et côte à côte nous descendîmes le sentier, accordant peu d'attention aux Choses indistinctes qui nous observaient depuis les huttes.

Personne autour du feu ne fit mine de me saluer. La plupart d'entre eux me méprisèrent, ostensiblement. Je regardai alentour à la recherche de la Hyène-porc, mais elle n'était pas là. En tout, il devait y avoir peut-être une vingtaine d'Hommes-Bêtes accroupis, fixant le feu ou discutant entre eux.

– Il est mort, il est mort ! Le maître est mort ! grinçait la voix de l'Homme-singe à ma droite. La maison de la douleur... il n'y a plus de maison de la douleur ! – Il n'est pas mort, murmurai-je. — Même maintenant, il nous regarde ! Cela les surprit. Vingt paires d'yeux me regardèrent.

— La Maison de la douleur a disparu, dis-je. Elle reviendra. Le maître que vous ne pouvez pas voir, eh bien, en ce moment même, il est là qui vous écoute. — Oui, c'est vrai, c'est vrai ! dit l'Homme-chien.

Mon assurance les étonna. Un animal peut se montrer assez féroce et rusé, mais il faut être un homme véritable pour mentir.

— L'homme au bras bandé parle une chose étrange, déclara l'un des Hommes-Bêtes.

— Je te le dis, c'est ainsi, déclarai-je. — Le Maître et la Maison de la douleur vont revenir. Malheur à celui qui enfreint la Loi ! Ils se regardèrent avec curiosité. Avec une indifférence feinte, je commençais à donner des coups négligemment avec ma hachette dans le sol devant moi. Je remarquai qu’ils examinaient les profondes entailles que je faisais dans le gazon.

Le satyre émit alors un doute. Je lui répondis. Une des créatures pommelées formula une objection, il s'ensuivit alors une discussion animée autour du feu. Je reprenais de plus en plus confiance en ma sécurité. Je parlais maintenant sans chercher ma respiration, stimulé par l'intensité de mon excitation, ce qui au début m'avait gêné. Au bout d'une heure environ, j'avais vraiment convaincu plusieurs des Hommes-bêtes de la réalité de mes assertions, et laissé les autres dans un état dubitatif. Je gardais un œil sur mon ennemie la Hyène-porc, mais elle n'apparut pas. À tout instant, le moindre mouvement suspect me mettait sur mes gardes, mais je reprenais vite confiance. Puis tandis que la lune déclinait du zénith, les uns après les autres, les auditeurs commencèrent à bâiller ( laissant voir leurs dents étranges à la lueur du feu qui se mourait), un premier d'abord, puis les autres rejoignirent leurs terriers dans le ravin ; redoutant alors le silence et l'obscurité, je les suivis, me sachant plus en sécurité au milieu d'eux qu'en compagnie d'un seul.

C'est ainsi que commença la partie la plus longue de mon séjour sur l'Ile du Docteur Moreau. Mais à partir de cette nuit et jusqu'à la fin, il n'y eut qu'une seule chose qui me paraisse digne d'être conté hormis une suite de petits détails désagréables et les tourments d'un malaise permanent. Aussi préféré-je ne pas faire un récit chronologique de cette période obscure, et ne raconter qu'un seul incident capital des dix mois passés dans l'intimité de ces brutes à demi-humaines. J'ai en mémoire un tas de détails que j'aurais pu écrire, —des choses pour lesquelles j'aurais donné ma main droite à couper afin de pouvoir les oublier ; mais elles n'apporteraient rien au récit.

Il est étrange a posteriori de me souvenir avec quelle rapidité je me suis adapté à la façon de vivre de ces monstres et ai repris confiance. J'ai bien sûr eu quelques disputes avec eux, et je pourrais encore montrer quelques cicatrices de leurs morsures ; mais ils ont rapidement appris à respecter mon don pour lancer des pierres et le tranchant de ma machette. Le dévouement de mon Homme-Saint Bernard me fut aussi d'une grande utilité. J'ai compris que leur sens du respect était essentiellement basé sur ma capacité à infliger de méchantes blessures. Je dois dire en effet, j'espère sans me vanter, que j'ai maintenu une certaine domination sur eux. Un ou deux que j'avais blessés un peu méchamment dans quelques rares accès d'agacement me gardaient rancune ; mais cela se traduisait surtout par des grimaces dans mon dos et à bonne distance de mes projectiles.

La Hyène-porc m'évitait, et j'étais toujours sur le qui-vive vis-à-vis d'elle. Mon inséparable Homme-chien la détestait et la redoutait intensément. Je pense sincèrement que c’est la raison première de l’attachement de cet animal à mon égard. Il m'apparut rapidement que la première créature avait goûté du sang et suivait le même chemin que celui de l'Homme-Léopard. Elle s'était fabriqué un repaire quelque part dans la forêt et devenait solitaire. Une fois, j’essayai d’inciter les Hommes-Bêtes à la chasser, mais je n’avais pas d'autorité pour les faire coopérer en vue d'un objectif commun. Je tentais encore et encore de m'approcher de sa tanière et de l'attraper par surprise ; mais il était toujours trop vif pour moi, elle me voyait ou me flairait et s'enfuyait. Avec ses embuscades de rôdeur cet animal rendait également chaque chemin forestier dangereux pour mon allié et moi. L'Homme-Chien me collait aux basques.

Aux environs du premier mois, les Hommes-Bêtes, comparés à leur état antérieur, se comportaient de manière assez humaine, et envers un ou deux en dehors de mon ami canin, je ressentai même une tolérance amicale. La petite créature rose semblable au paresseux me manifestait une étrange affection et me suivait partout. L'Homme-Singe m'ennuyait, cependant ; il supposait, sur la base de ses cinq doigts, qu'il était mon égal et jacassait sans cesse... jacassant les plus parfaites absurdités. Une chose chez lui me divertissait un peu : son talent pour inventer de nouveaux mots. Il imaginait, je crois, que le langage consistait à baragouiner à bon escient des mots sans signification. Il les appelait les « grandes pensées » à distinguer des « petites pensées » qui constituaient les choses simples de la vie quotidienne. Si jamais je faisais une remarque qu'il ne comprenait pas, il l'appréciait beaucoup, me demandait de la dire à nouveau, l'apprenait par cœur et s'en allait la répéter, avec un mot de travers ici ou là, aux plus gentils des Hommes-Bêtes. Il n'accordait aucune importance à ce qui était clair et compréhensible. J'inventai certaines curieuses « grandes pensées » pour son usage personnel. Je pense aujourd'hui que c'était la créature la plus stupide que j'eusse jamais rencontrée ; il avait développé de la façon la plus incroyable la bêtise distincte de l'homme sans rien perdre de la sottise naturelle du singe.

Ceci, dis-je, se produisit dans les premières semaines de ma solitude parmi ces monstres. Pendant cette période ils respectèrent les usages établis par la Loi et se comportèrent avec une relative bienséance. Une fois, je trouvais un autre lapin mis en pièces - par la Hyène-porc, j'en suis convaincu - mais ce fut tout. C'est vers le mois de mai que je m'aperçus d'un changement de plus en plus marqué dans leur façon de parler et de se tenir, une grossièreté d'élocution croissante, une réticence grandissante à parler. Les jacasseries de mon Homme-singe se multipliaient, mais étaient de moins en moins compréhensibles, de plus en plus simiesques. Parmi les autres, certains semblaient complètement perdre le contrôle de la parole, bien qu'ils comprissent toujours quand je m'adressais à eux. ( Pouvez-vous imaginer une langue, autrefois claire et précise, se ramollissant et vacillant, perdant structure et sens, redevenant simple bredouillement ?) Puis ils eurent de plus en plus de mal à marcher debout. Bien qu'ils eussent évidemment honte d'eux-mêmes, je tombai de temps à autre sur tel ou tel qui courait à quatre pattes et tout à fait incapable de retrouver sa posture verticale. Ils tenaient les choses plus maladroitement ; buvaient par aspiration , mangeaient en rongeant, devenaient de plus en plus sauvages chaque jour. Je réalisai plus clairement que jamais ce que Moreau m'avait dit à propos de la « chair bestiale têtue ». Ils régressaient et ce très rapidement.

Certains d'entre eux — les pionnières en la matière, remarquai-je avec surprise, toutes des femelles — commencèrent à oublier toutes les règles de décence, délibérément pour la plupart. D'autres tentèrent même des outrages publics à la monogamie institutionnelle. La Loi traditionnelle perdait clairement de sa vigueur. Je ne souhaite pas m'étendre sur ce sujet déplaisant.

Imperceptiblement, mon Homme-Chien régressait vers le canin ; jour après jour, il redevenait ce stupide quadrupède poilu. Je remarquai à peine le passage du compagnon marchant à ma droite au chien fureteur s'affairant autour de moi.

De jour en jour la négligence et la désorganisation augmentèrent, le chemin des huttes, jamais très agréable, devint si répugnant que je le quittai, et traversant l'île, je me construisis une cabane de branchages au milieu des ruines noircies de l'enceinte de Moreau . Des souvenirs des douleurs passées, avais-je compris, faisaient de cet endroit le refuge le plus sûr contre le peuple des Bêtes.

Il serait impossible de détailler chaque étape de la rechute de ces monstres, de raconter comment, jour après jour, l'apparence humaine disparaissait ; de quelle façon ils abandonnèrent les bandages et les emmaillotages, laissant derrière eux enfin le moindre carré de tissu ; comment les poils commencèrent à pousser sur les membres découverts ; comment leurs fronts s'abaissèrent et leurs machoires s'allongèrent ; comment la proximité quasi-humaine que je m'étais autorisée avec certains d'entre eux au cours du premier mois de ma solitude devint un souvenir qui me faisait frémir d'horreur.

La métamorphose était lente et inévitable. Pour eux comme pour moi, elle se produisit sans aucun choc précis. Je continuai à évoluer parmi eux en toute sécurité, car aucun évènement significatif dans leur régression inexorable n'était venu interrompre la croissance de la part d'animalité impétueuse qui, jour après jour, étouffait toute humanité en eux. Mais je commençai à craindre que, bientôt, ce choc se produirait. Chaque nuit ma brute de Saint-Bernard me suivait dans l'enceinte , et cette vigilance me permettait de dormir de temps en temps l'esprit en paix. Mon petit paresseux rose devint timoré et s'éloigna de moi pour ramper à nouveau vers sa vie dans les arbres. Nous nous trouvions dans la situation d'une de ces cages d'« Heureuses familles » qu'exhibent les dresseurs d'animaux, après le départ définitif du dresseur.

Ces créatures n'avaient pas régressé au point de devenir ces animaux que le lecteur a pu voir dans les parcs zoologiques— jusqu'à être des ours , des loups, des tigres, des bœufs, des porcs, ou des singes ordinaires. Il leur restait encore quelque chose d'étrange, quelque chose de ce que Moreau avait introduit en chacun d'eux. L'un semblait être plutôt ours, un autre surtout félin, un autre surtout bovin ;mais chacun gardait la trace d'autres créatures,—une sorte d'animalité globale transparaissait à travers leurs dispositions spécifiques. Et les fragiles lambeaux d'humanité rémanents me surprenaient encore de temps en temps... une éventuelle recrudescence momentanée de la parole, une dextérité inattendue des membres antérieurs, une tentative pitoyable pour marcher debout.

Moi aussi, j’avais sûrement dû subir d’étranges changements. Mes vêtements pendaient sur moi comme des haillons pisseux dont les déchirures laissaient apparaître ma peau tannée. Mes cheveux avaient poussé en broussaille. On me dit qu'encore maintenant mes yeux sont d'une étrange clarté, attentifs au moindre mouvement.

Au début, je passais les heures de jour sur la plage sud à guetter l'horizon, à espérer et à prier qu'un navire apparaisse. Je comptais sur le retour annuel de « l’Ipecacuanha » mais elle ne revint jamais. Cinq fois j’aperçus des voiles et trois fois de la fumée ; mais aucun bateau n'accosta. Un grand feu était toujours prêt à être allumé, mais nul doute que la réputation volcanique de l'île devait en être tenue pour responsable.

Ce ne fut que vers septembre ou octobre que je commençai à penser à construire un radeau. Entretemps, mon bras avait guéri et je retrouvai l'usage de mes deux mains. Au début, je fus consterné par mon inaptitude. Je n'avais jamais fait de menuiserie ou rien de semblable de ma vie, et je passais des journées entières en forêt à faire des tentatives de coupe et d'assemblage de bois. Je n'avais pas de cordes et ne trouvais rien qui y ressemblât, aucune liane ne semblait assez souple ou assez solide, et toute ma science ne me permettait pas d'imaginer le moyen de les fabriquer. Je passai plus d'une quinzaine de jours à fouiller dans les ruines carbonisées de l'enclos et sur la plage où les bateaux avaient été brûlés à la recherche de clous ou d'autres morceaux de métal épars qui pourraient m'être utiles. De temps en temps, une créature m'observait et prenait la fuite quand je l'appelais. Puis vint la saison des orages et des pluies diluviennes qui retardèrent grandement mon travail, mais finalement le radeau fut achevé.

J'en étais ravi. Mais par un certain manque de sens pratique qui avait toujours été mon point faible, je l'avais construit à un mile ou plus de la mer, et avant de l'avoir traîné jusqu'à la plage, il était tombé en morceaux. Peut-être valait-il mieux que cette mise à l'eau ait échoué, mais à ce moment-là la douleur de mon échec était si aiguë que pendant quelques jours je restai simplement à me morfondre sur la plage, à contempler l'eau et à penser à la mort.

Cependant, je ne voulais pas mourir, et un incident se produisit qui clairement me mit en garde contre la folie de laisser les jours s'écouler ainsi, car chaque nouveau jour était chargé du danger croissant que représentaient les Hommes-Bêtes.

J'étais allongé à l'ombre du mur d'enceinte, le regard tourné vers la mer, lorsque je tressaillis au contact de quelque chose de froid touchant la peau de mon talon, et me retournant, j’aperçus le petit paresseux rose qui clignait des yeux devant moi. Il avait depuis longtemps perdu la faculté de parler et de se mouvoir avec rapidité, la fourrure terne de la petite bête s'épaississait chaque jour et ses griffes devenaient plus massives et tordues. Il poussa un gémissement quand il vit qu'il avait attiré mon attention, fit quelques mètres vers les buissons et se retourna vers moi.

Tout d'abord, je ne saisis pas, mais bientôt je compris qu'il souhaitait que je le suive et c'est ce que je fis enfin, lentement, car il faisait très chaud. Lorsque nous atteignîmes les arbres, il grimpa dans les branches, car il pouvait plus facilement se mouvoir parmi leurs lianes qui se balançaient que sur le sol. Et tout à coup, dans un endroit qui avait été piétiné, je tombai sur un groupe d'affreux individus. Ma créature Saint-Bernard gisait sur le sol, morte ; et près de son corps, la Hyène-Porc était accroupie, agrippant la chair encore tremblante de ses griffes difformes, la mastiquant et grognant de plaisir. Comme je m'approchais, le monstre leva les yeux vers moi, ses babines tremblèrent découvrant ses dents maculées de sang et il grogna d'un air menaçant. Il n'avait pas peur ni ne montrait la moindre honte ; son dernier vestige d'humanité avait disparu. Je fis un pas en avant, m'arrêtai et sortis mon revolver. Enfin, je l'avais en face de moi.

La bête ne manifesta aucun signe de repli, ses oreilles se couchèrent, sa crinière se hérissa et tout son corps se ramassa sur lui-même. Je visai entre les deux yeux et je tirai. À ce moment, la Chose bondit droit vers moi et je fus renversé comme une quille. Elle m'agrippa avec sa main blessée et me frappa au visage. Son bond me plaqua au sol. Je tombai sous la partie antérieure de son corps ; mais, heureusement, mon coup avait porté comme souhaité, et elle était morte en plein saut. Je me libérai en rampant de sous sa masse immonde et je me redressai, tremblant, le regard fixé sur son corps agité de soubresauts. Le danger était passé ; mais je savais que ce n'était que le premier épisode de la série de revers qui s'annonçaient.

Je brulai les deux cadavres sur un bûcher de branchages, mais après cet incident, je compris que tant que je n'aurais pas quitté l'ile, ma mort ne serait qu'une question de temps. Entretemps les Hommes-bêtes, à une ou deux exceptions près, avaient quitté le ravin et s'étaient construit des abris à leur façon dans les broussailles de l'ile. Quelques-uns rôdaient le jour, la plupart dormaient, et l'ile aurait parue déserte à un nouvel arrivant ; mais la nuit, l'atmosphère devenait insupportable au milieu de leurs cris et leurs hurlements. J''envisageai d'abord de les massacrer, de construire des pièges ou de les attaquer au couteau. J'aurais eu suffisamment de cartouches que je n'aurais pas hésité à commencer le massacre. Il ne pouvait désormais plus rester encore beaucoup de carnivores dangereux ; les plus téméraires d'entre eux étaient déjà morts. Après la mort de mon pauvre chien, mon dernier ami, j'adoptai la tactique de dormir le jour de façon à rester sur mes gardes durant la nuit. J'établis mon repaire à l'intérieur des murs de l'enceinte, avec un accès si étroit que la moindre tentative d'effraction ne pouvait être qu'extrêmement bruyante. Les créatures avaient perdu l'art du feu et en avaient aussi retrouvé la crainte. Je retournai donc à nouveau, désormais avec davantage de conviction, à l'assemblage des pieux et des branchages afin de construire un radeau pour mon évasion.

Je dus faire face à mille difficultés. Je suis particulièrement malhabile (j'avais arrêté ma scolarité avant l'époque du travail manuel) ; mais je finis, après quelques tâtonnements,d'une manière ou d'une autre, par acquérir la plupart des notions nécessaires à la construction d'un radeau, et cette fois je me préoccupai de la solidité. Le seul obstacle insurmontable était l'absence de récipient pour garder l'eau qui me serait indispensable pour me lancer sur ces mers inconnues. J'aurais éventuellement essayé de faire de la poterie, mais il n'y avait pas d'argile sur l'ile. J'avais l'habitude de traîner dans les environs de l'île, essayant de toutes mes forces de résoudre cette dernière difficulté. Parfois, dans un accès de dépit insupportable, je me laissais aller à une explosion de rage sauvage et je massacrais et faisais voler en éclats un malheureux arbre. Mais rien ne me venait.

C'est alors qu'arriva cette journée, cette magnifique journée que je passai en extase. Je vis une voile au sud-ouest, une modeste voile comme celle d'une petite goélette. Aussitôt je mis le feu à un grand tas de broussailles et je restai à côté du foyer, exposé à sa chaleur et sous celle du soleil au zénith, sans cesser d'observer l'horizon. Tout le jour, je regardai cette voile sans rien boire ni rien manger, de sorte que ma tête se mit à tourner. Les bêtes monstrueuses s'approchèrent et m'observèrent, elles parurent songeuses puis elles repartirent. Elle était encore loin de la côte quand l'obscurité tomba et l'engloutit ; toute la nuit, je travaillai dur pour conserver de hautes et ardentes flammes ; les yeux des bêtes brillaient dans les ténèbres, émerveillés. À l'aube, la voile était plus proche et je vis qu'il s'agissait de la voile au tiers, très sale, d'une petite embarcation. Mais elle naviguait curieusement. Mes yeux étaient las à force de scruter la mer, néanmoins je maintenais mon attention et je n'arrivais pas croire ce que je voyais. Il y avait deux hommes dans le bateau, assis sur le fond : l'un à la proue, l'autre à la barre. L'avant n'était pas maintenu face au vent ; l'embarcation faisait des embardées, s'affaissait brusquement.

Au fur et à mesure que le jour s'éclaircissait, je commençai à agiter dans leur direction le dernier lambeau de ma veste; mais ils ne me remarquèrent pas, ils restaient immobiles, face à face. Je me rendis tout au bout du promontoire bas où je me mis à gesticuler et à crier. Il n'y eut aucune réponse et le bateau poursuivit sa route à la dérive, se dirigeant lentement, très lentement vers la baie. Tout à coup, un grand oiseau blanc s'envola de l'embarcation, et aucun des hommes ne bougea ni ne le remarqua ; il fit des cercles puis vint, balayant l'air au-dessus de ma tête de ses puissantes ailes déployées.

Alors, je cessai de crier ; je m'assis sur le promontoire et, le menton entre les mains, je regardai fixement la scène. Lentement, lentement, le bateau dériva vers l'ouest. J'aurais pu nager jusqu'à celui-ci, mais une angoisse indéfinissable m'en empêcha. Dans l'après-midi, la marée fit échouer le bateau sur le sable et le laissa à environ une centaine de mètres à l'ouest des ruines de l'enclos. Les hommes à bord étaient morts, décédés depuis si longtemps que leurs corps se désagrérèrent lorsque j'inclinai le bateau sur le flanc pour les sortir. L'un avait une crinière rousse, comme le capitaine de l' « Ipecacuanha », et un bonnet blanc sale reposait au fond du bateau.

Alors que je me tenais à côté du bateau, trois des Bêtes sortirent furtivement hors des buissons et reniflèrent vers moi. Un spasme de dégout me vint aux lèvres. Je poussai le petit bateau sur la plage et montai à bord. Deux des brutes étaient des Loups et avancèrent les narines frémissantes et les yeux brillants ; la troisième était l'indéfinissable horrible ours-taureau. Quand je les vis s'approcher de ces misérables dépouilles, que je les entendis grogner entre eux et que je vis luire leurs dents, ma répulsion céda la place à une horreur frénétique. Je leur tournai le dos, amenai la voile et commençai à pagayer vers le large. Je ne pouvais pas me résoudre à regarder derrière moi.

Cependant, cette nuit-là, je stationnai entre le récif et l'île, et le lendemain matin, je me rendis au ruisseau pour remplir d'eau le fût vide qui se trouvait à bord. Puis, avec toute la patience dont j'étais encore capable, je ramassai une quantité de fruits, guettai et tuai deux lapins avec mes trois dernières cartouches. Pendant que j'accomplissais cela, je laissai le bateau amarré à une saillie à l'entrée du récif, par peur des Hommes-Bêtes.
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The Island of Doctor Moreau by H. G. Wells.
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Chapter 21.
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THE REVERSION OF THE BEAST FOLK.
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IN this way I became one among the Beast People in the Island of Doctor Moreau.
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When I awoke, it was dark about me.
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My arm ached in its bandages.
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I sat up, wondering at first where I might be.
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I heard coarse voices talking outside.
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Then I saw that my barricade had gone, and that the opening of the hut stood clear.
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My revolver was still in my hand.
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I heard something breathing, saw something crouched together close beside me.
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I held my breath, trying to see what it was.
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It began to move slowly, interminably.
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Then something soft and warm and moist passed across my hand.
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All my muscles contracted.
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I snatched my hand away.
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A cry of alarm began and was stifled in my throat.
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Then I just realised what had happened sufficiently to stay my fingers on the revolver.
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unit 19
“Who is that?” I said in a hoarse whisper, the revolver still pointed.
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“I— Master.” “Who are you?” “They say there is no Master now.
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unit 21
But I know, I know.
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unit 22
I carried the bodies into the sea, O Walker in the Sea!
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the bodies of those you slew.
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unit 24
I am your slave, Master.” “Are you the one I met on the beach?” I asked.
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unit 26
“It is well,” I said, extending my hand for another licking kiss.
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unit 27
I began to realise what its presence meant, and the tide of my courage flowed.
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unit 28
“Where are the others?” I asked.
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unit 29
“They are mad; they are fools,” said the Dog-man.
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unit 30
“Even now they talk together beyond there.
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unit 31
They say, ‘The Master is dead.
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unit 32
The Other with the Whip is dead.
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That Other who walked in the Sea is as we are.
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We have no Master, no Whips, no House of Pain, any more.
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unit 35
There is an end.
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But I know, Master, I know.” I felt in the darkness, and patted the Dog-man‘s head.
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“It is well,” I said again.
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“Presently you will slay them all,” said the Dog-man.
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“But one has sinned,” said I.
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“Him I will kill, whenever I may meet him.
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When I say to you, ‘That is he,’ see that you fall upon him.
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None about the fire attempted to salute me.
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Most of them disregarded me, ostentatiously.
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I looked round for the Hyena-swine, but he was not there.
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“He is dead, he is dead!
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the Master is dead!” said the voice of the Ape-man to the right of me.
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“Even now he watches us!” This startled them.
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Twenty pairs of eyes regarded me.
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“The House of Pain is gone,” said I.
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“It will come again.
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They were staggered at my assurance.
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“I tell you it is so,” I said.
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“The Master and the House of Pain will come again.
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Woe be to him who breaks the Law!” They looked curiously at one another.
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They looked, I noticed, at the deep cuts I made in the turf.
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Then the Satyr raised a doubt.
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I answered him.
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Every moment I began to feel more convinced of my present security.
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I kept a sharp eye for my enemy the Hyena-swine, but he never appeared.
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And my Saint-Bernard-man’s loyalty was of infinite service to me.
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The Hyena-swine avoided me, and I was always on the alert for him.
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My inseparable Dog-man hated and dreaded him intensely.
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I really believe that was at the root of the brute‘s attachment to me.
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He formed a lair somewhere in the forest, and became solitary.
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The Dog-man scarcely dared to leave my side.
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He thought nothing of what was plain and comprehensible.
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I invented some very curious “Big Thinks” for his especial use.
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This, I say, was in the earlier weeks of my solitude among these brutes.
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And they walked erect with an increasing difficulty.
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Others even attempted public outrages upon the institution of monogamy.
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The tradition of the Law was clearly losing its force.
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I cannot pursue this disagreeable subject.
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Some memory of pain, I found, still made that place the safest from the Beast Folk.
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The change was slow and inevitable.
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For them and for me it came without any definite shock.
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But I began to fear that soon now that shock must come.
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I too must have undergone strange changes.
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My clothes hung about me as yellow rags, through whose rents showed the tanned skin.
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My hair grew long, and became matted together.
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Five times I saw sails, and thrice smoke; but nothing ever touched the island.
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It was only about September or October that I began to think of making a raft.
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By that time my arm had healed, and both my hands were at my service again.
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At first, I found my helplessness appalling.
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I was delighted with it.
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And suddenly in a trampled space I came upon a ghastly group.
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It was not afraid and not ashamed; the last vestige of the human taint had vanished.
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I advanced a step farther, stopped, and pulled out my revolver.
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At last I had him face to face.
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I aimed between the eyes and fired.
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It clutched at me with its crippled hand, and struck me in the face.
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Its spring carried it over me.
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The creatures had lost the art of fire too, and recovered their fear of it.
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I found a thousand difficulties.
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I would have even tried pottery, but the island contained no clay.
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But I could think of nothing.
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And then came a day, a wonderful day, which I spent in ecstasy.
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But it sailed strangely.
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My eyes were weary with watching, and I peered and could not believe them.
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The head was not kept to the wind; it yawed and fell away.
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I went to the lowest point of the low headland, and gesticulated and shouted.
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Slowly, slowly, the boat drove past towards the west.
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I would have swum out to it, but something—a cold, vague fear—kept me back.
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One of my spasms of disgust came upon me.
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I thrust the little boat down the beach and clambered on board her.
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I turned my back upon them, struck the lug and began paddling out to sea.
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I could not bring myself to look behind me.
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francevw • 14691  commented on  unit 37  1 month, 1 week ago
Gabrielle • 14045  commented  1 month, 1 week ago

https://en.m.wikisource.org/wiki/The_Island_of_Doctor_Moreau

Roman d'anticipation écrit par l'écrivain anglais H. G. Wells et publié en 1896.
RÉSUMÉ
Suite au naufrage de son bateau, Prendick, le seul survivant, est recueilli par Montgomery à bord d'un navire qui transporte une étrange cargaison et qui se dirige vers une île sauvage (avant de poursuivre sa route) : celle du docteur Moreau. Montgomery ne veut pas que Prendick se rende sur l'île mais il finit quand même par accepter sa venue.

Lorsqu'il débarque sur l'île, Prendick se rend rapidement compte qu'il s'y passe des choses extraordinaires. Ainsi, il découvre des créatures étranges qui ressemblent à la fois à des animaux et à des hommes. Il est aussi dérangé par de terribles hurlements continus qui proviennent d'un endroit fermé et inaccessible. Il comprend progressivement que les créatures qu'il a vues sont le résultat des expériences menées par le docteur Moreau. Ce dernier lui explique alors son projet : il s'agit de créer des hommes à partir d'animaux en réalisant des greffes et de multiples interventions chirurgicales – qui se révèlent très douloureuses pour les cobayes. Une fois créées, ces créatures sont lâchées dans l'île et doivent vivre selon la loi établie par le docteur Moreau. Cette loi est un ensemble de règles qui contraignent les créatures à adopter des comportements humains (marcher debout, par exemple).
Un jour, en se promenant, les trois hommes découvrent qu'une des lois a été enfreinte lorsqu'ils trouvent le cadavre d'un lapin (il est interdit de tuer et de consommer de la viande). Ils partent à la recherche du prédateur et se rendent compte que le comportement des créatures a changé : elles sont devenues agressives et respectent de moins en moins les lois. Moreau est capturé par l’une d'entre elles et, plus tard, Montgomery et Pendrick découvrent son cadavre. Peu à peu, les créatures redeviennent des bêtes et adoptent un comportement violent. Montgomery, voyant que les hommes sont en train de perdre le contrôle de la situation, devient fou et meurt à son tour.

Prendick reste le seul être humain sur l'île. Un homme-chien lui tient compagnie. Dans un premier temps, il se laisse envahir par la peur mais finalement il réussit à se faire respecter. Un jour, l'homme-chien est tué par une des créatures. Pendrick décide de quitter l'île. Il construit un radeau et parvient à s'échapper et à retourner à la civilisation. A partir de ce moment, il s'isole et vit à l'écart des hommes en se consacrant à l'étude de l'astronomie.

Roman d'anticipation écrit par l'écrivain anglais H. G. Wells et publié en 1896.
RÉSUMÉ
Suite au naufrage de son bateau, Prendick, le seul survivant, est recueilli par Montgomery à bord d'un navire qui transporte une étrange cargaison et qui se dirige vers une île sauvage (avant de poursuivre sa route) : celle du docteur Moreau. Montgomery ne veut pas que Prendick se rende sur l'île mais il finit quand même par accepter sa venue.

Lorsqu'il débarque sur l'île, Prendick se rend rapidement compte qu'il s'y passe des choses extraordinaires. Ainsi, il découvre des créatures étranges qui ressemblent à la fois à des animaux et à des hommes. Il est aussi dérangé par de terribles hurlements continus qui proviennent d'un endroit fermé et inaccessible. Il comprend progressivement que les créatures qu'il a vues sont le résultat des expériences menées par le docteur Moreau. Ce dernier lui explique alors son projet : il s'agit de créer des hommes à partir d'animaux en réalisant des greffes et de multiples interventions chirurgicales – qui se révèlent très douloureuses pour les cobayes. Une fois créées, ces créatures sont lâchées dans l'île et doivent vivre selon la loi établie par le docteur Moreau. Cette loi est un ensemble de règles qui contraignent les créatures à adopter des comportements humains (marcher debout, par exemple).
Un jour, en se promenant, les trois hommes découvrent qu'une des lois a été enfreinte lorsqu'ils trouvent le cadavre d'un lapin (il est interdit de tuer et de consommer de la viande). Ils partent à la recherche du prédateur et se rendent compte que le comportement des créatures a changé : elles sont devenues agressives et respectent de moins en moins les lois. Moreau est capturé par l’une d'entre elles et, plus tard, Montgomery et Pendrick découvrent son cadavre. Peu à peu, les créatures redeviennent des bêtes et adoptent un comportement violent. Montgomery, voyant que les hommes sont en train de perdre le contrôle de la situation, devient fou et meurt à son tour.

Prendick reste le seul être humain sur l'île. Un homme-chien lui tient compagnie. Dans un premier temps, il se laisse envahir par la peur mais finalement il réussit à se faire respecter. Un jour, l'homme-chien est tué par une des créatures. Pendrick décide de quitter l'île. Il construit un radeau et parvient à s'échapper et à retourner à la civilisation. A partir de ce moment, il s'isole et vit à l'écart des hommes en se consacrant à l'étude de l'astronomie.

by Gabrielle 1 month, 1 week ago

The Island of Doctor Moreau by H. G. Wells.
Chapter 21.

THE REVERSION OF THE BEAST FOLK.

IN this way I became one among the Beast People in the Island of Doctor Moreau. When I awoke, it was dark about me. My arm ached in its bandages. I sat up, wondering at first where I might be. I heard coarse voices talking outside. Then I saw that my barricade had gone, and that the opening of the hut stood clear. My revolver was still in my hand.

I heard something breathing, saw something crouched together close beside me. I held my breath, trying to see what it was. It began to move slowly, interminably. Then something soft and warm and moist passed across my hand. All my muscles contracted. I snatched my hand away. A cry of alarm began and was stifled in my throat. Then I just realised what had happened sufficiently to stay my fingers on the revolver.

“Who is that?” I said in a hoarse whisper, the revolver still pointed.

“I— Master.”

“Who are you?”

“They say there is no Master now. But I know, I know. I carried the bodies into the sea, O Walker in the Sea! the bodies of those you slew. I am your slave, Master.”

“Are you the one I met on the beach?” I asked.

“The same, Master.”

The Thing was evidently faithful enough, for it might have fallen upon me as I slept. “It is well,” I said, extending my hand for another licking kiss. I began to realise what its presence meant, and the tide of my courage flowed. “Where are the others?” I asked.

“They are mad; they are fools,” said the Dog-man. “Even now they talk together beyond there. They say, ‘The Master is dead. The Other with the Whip is dead. That Other who walked in the Sea is as we are. We have no Master, no Whips, no House of Pain, any more. There is an end. We love the Law, and will keep it; but there is no Pain, no Master, no Whips for ever again.’ So they say. But I know, Master, I know.”

I felt in the darkness, and patted the Dog-man‘s head. “It is well,” I said again.

“Presently you will slay them all,” said the Dog-man.

“Presently,” I answered, “I will slay them all,—after certain days and certain things have come to pass. Every one of them save those you spare, every one of them shall be slain.”

“What the Master wishes to kill, the Master kills,” said the Dog-man with a certain satisfaction in his voice.

“And that their sins may grow,” I said, “let them live in their folly until their time is ripe. Let them not know that I am the Master.”

“The Master‘s will is sweet,” said the Dog-man, with the ready tact of his canine blood.

“But one has sinned,” said I. “Him I will kill, whenever I may meet him. When I say to you, ‘That is he,’ see that you fall upon him. And now I will go to the men and women who are assembled together.”

For a moment the opening of the hut was blackened by the exit of the Dog-man. Then I followed and stood up, almost in the exact spot where I had been when I had heard Moreau and his staghound pursuing me. But now it was night, and all the miasmatic ravine about me was black; and beyond, instead of a green, sunlit slope, I saw a red fire, before which hunched, grotesque figures moved to and fro. Farther were the thick trees, a bank of darkness, fringed above with the black lace of the upper branches. The moon was just riding up on the edge of the ravine, and like a bar across its face drove the spire of vapour that was for ever streaming from the fumaroles of the island.

“Walk by me,” said I, nerving myself; and side by side we walked down the narrow way, taking little heed of the dim Things that peered at us out of the huts.

None about the fire attempted to salute me. Most of them disregarded me, ostentatiously. I looked round for the Hyena-swine, but he was not there. Altogether, perhaps twenty of the Beast Folk squatted, staring into the fire or talking to one another.

“He is dead, he is dead! the Master is dead!” said the voice of the Ape-man to the right of me. “The House of Pain—there is no House of Pain!”

“He is not dead,” said I, in a loud voice. “Even now he watches us!”

This startled them. Twenty pairs of eyes regarded me.

“The House of Pain is gone,” said I. “It will come again. The Master you cannot see; yet even now he listens among you.”

“True, true!” said the Dog-man.

They were staggered at my assurance. An animal may be ferocious and cunning enough, but it takes a real man to tell a lie.

“The Man with the Bandaged Arm speaks a strange thing,” said one of the Beast Folk.

“I tell you it is so,” I said. “The Master and the House of Pain will come again. Woe be to him who breaks the Law!”

They looked curiously at one another. With an affectation of indifference I began to chop idly at the ground in front of me with my hatchet. They looked, I noticed, at the deep cuts I made in the turf.

Then the Satyr raised a doubt. I answered him. Then one of the dappled things objected, and an animated discussion sprang up round the fire. Every moment I began to feel more convinced of my present security. I talked now without the catching in my breath, due to the intensity of my excitement, that had troubled me at first. In the course of about an hour I had really convinced several of the Beast Folk of the truth of my assertions, and talked most of the others into a dubious state. I kept a sharp eye for my enemy the Hyena-swine, but he never appeared. Every now and then a suspicious movement would startle me, but my confidence grew rapidly. Then as the moon crept down from the zenith, one by one the listeners began to yawn (showing the oddest teeth in the light of the sinking fire), and first one and then another retired towards the dens in the ravine; and I, dreading the silence and darkness, went with them, knowing I was safer with several of them than with one alone.

In this manner began the longer part of my sojourn upon this Island of Doctor Moreau. But from that night until the end came, there was but one thing happened to tell save a series of innumerable small unpleasant details and the fretting of an incessant uneasiness. So that I prefer to make no chronicle for that gap of time, to tell only one cardinal incident of the ten months I spent as an intimate of these half-humanised brutes. There is much that sticks in my memory that I could write,—things that I would cheerfully give my right hand to forget; but they do not help the telling of the story.

In the retrospect it is strange to remember how soon I fell in with these monsters’ ways, and gained my confidence again. I had my quarrels with them of course, and could show some of their teeth-marks still; but they soon gained a wholesome respect for my trick of throwing stones and for the bite of my hatchet. And my Saint-Bernard-man’s loyalty was of infinite service to me. I found their simple scale of honour was based mainly on the capacity for inflicting trenchant wounds. Indeed, I may say—without vanity, I hope—that I held something like pre-eminence among them. One or two, whom in a rare access of high spirits I had scarred rather badly, bore me a grudge; but it vented itself chiefly behind my back, and at a safe distance from my missiles, in grimaces.

The Hyena-swine avoided me, and I was always on the alert for him. My inseparable Dog-man hated and dreaded him intensely. I really believe that was at the root of the brute‘s attachment to me. It was soon evident to me that the former monster had tasted blood, and gone the way of the Leopard-man. He formed a lair somewhere in the forest, and became solitary. Once I tried to induce the Beast Folk to hunt him, but I lacked the authority to make them co-operate for one end. Again and again I tried to approach his den and come upon him unaware; but always he was too acute for me, and saw or winded me and got away. He too made every forest pathway dangerous to me and my ally with his lurking ambuscades. The Dog-man scarcely dared to leave my side.

In the first month or so the Beast Folk, compared with their latter condition, were human enough, and for one or two besides my canine friend I even conceived a friendly tolerance. The little pink sloth-creature displayed an odd affection for me, and took to following me about. The Monkey-man bored me, however; he assumed, on the strength of his five digits, that he was my equal, and was for ever jabbering at me,—jabbering the most arrant nonsense. One thing about him entertained me a little: he had a fantastic trick of coining new words. He had an idea, I believe, that to gabble about names that meant nothing was the proper use of speech. He called it “Big Thinks” to distinguish it from “Little Thinks,” the sane every-day interests of life. If ever I made a remark he did not understand, he would praise it very much, ask me to say it again, learn it by heart, and go off repeating it, with a word wrong here or there, to all the milder of the Beast People. He thought nothing of what was plain and comprehensible. I invented some very curious “Big Thinks” for his especial use. I think now that he was the silliest creature I ever met; he had developed in the most wonderful way the distinctive silliness of man without losing one jot of the natural folly of a monkey.

This, I say, was in the earlier weeks of my solitude among these brutes. During that time they respected the usage established by the Law, and behaved with general decorum. Once I found another rabbit torn to pieces,—by the Hyena-swine, I am assured,—but that was all. It was about May when I first distinctly perceived a growing difference in their speech and carriage, a growing coarseness of articulation, a growing disinclination to talk. My Monkey-man’s jabber multiplied in volume, but grew less and less comprehensible, more and more simian. Some of the others seemed altogether slipping their hold upon speech, though they still understood what I said to them at that time. (Can you imagine language, once clear-cut and exact, softening and guttering, losing shape and import, becoming mere limps of sound again?) And they walked erect with an increasing difficulty. Though they evidently felt ashamed of themselves, every now and then I would come upon one or another running on toes and finger-tips, and quite unable to recover the vertical attitude. They held things more clumsily; drinking by suction, feeding by gnawing, grew commoner every day. I realised more keenly than ever what Moreau had told me about the “stubborn beast-flesh.” They were reverting, and reverting very rapidly.

Some of them—the pioneers in this, I noticed with some surprise, were all females—began to disregard the injunction of decency, deliberately for the most part. Others even attempted public outrages upon the institution of monogamy. The tradition of the Law was clearly losing its force. I cannot pursue this disagreeable subject.

My Dog-man imperceptibly slipped back to the dog again; day by day he became dumb, quadrupedal, hairy. I scarcely noticed the transition from the companion on my right hand to the lurching dog at my side.

As the carelessness and disorganisation increased from day to day, the lane of dwelling-places, at no time very sweet, became so loathsome that I left it, and going across the island made myself a hovel of boughs amid the black ruins of Moreau’s enclosure. Some memory of pain, I found, still made that place the safest from the Beast Folk.

It would be impossible to detail every step of the lapsing of these monsters,—to tell how, day by day, the human semblance left them; how they gave up bandagings and wrappings, abandoned at last every stitch of clothing; how the hair began to spread over the exposed limbs; how their foreheads fell away and their faces projected; how the quasi-human intimacy I had permitted myself with some of them in the first month of my loneliness became a shuddering horror to recall.

The change was slow and inevitable. For them and for me it came without any definite shock. I still went among them in safety, because no jolt in the downward glide had released the increasing charge of explosive animalism that ousted the human day by day. But I began to fear that soon now that shock must come. My Saint-Bernard-brute followed me to the enclosure every night, and his vigilance enabled me to sleep at times in something like peace. The little pink sloth-thing became shy and left me, to crawl back to its natural life once more among the tree-branches. We were in just the state of equilibrium that would remain in one of those “Happy Family” cages which animal-tamers exhibit, if the tamer were to leave it for ever.

Of course these creatures did not decline into such beasts as the reader has seen in zoölogical gardens,—into ordinary bears, wolves, tigers, oxen, swine, and apes. There was still something strange about each; in each Moreau had blended this animal with that. One perhaps was ursine chiefly, another feline chiefly, another bovine chiefly; but each was tainted with other creatures,—a kind of generalised animalism appearing through the specific dispositions. And the dwindling shreds of the humanity still startled me every now and then,—a momentary recrudescence of speech perhaps, an unexpected dexterity of the fore-feet, a pitiful attempt to walk erect.

I too must have undergone strange changes. My clothes hung about me as yellow rags, through whose rents showed the tanned skin. My hair grew long, and became matted together. I am told that even now my eyes have a strange brightness, a swift alertness of movement.

At first I spent the daylight hours on the southward beach watching for a ship, hoping and praying for a ship. I counted on the “Ipecacuanha” returning as the year wore on; but she never came. Five times I saw sails, and thrice smoke; but nothing ever touched the island. I always had a bonfire ready, but no doubt the volcanic reputation of the island was taken to account for that.

It was only about September or October that I began to think of making a raft. By that time my arm had healed, and both my hands were at my service again. At first, I found my helplessness appalling. I had never done any carpentry or such-like work in my life, and I spent day after day in experimental chopping and binding among the trees. I had no ropes, and could hit on nothing wherewith to make ropes; none of the abundant creepers seemed limber or strong enough, and with all my litter of scientific education I could not devise any way of making them so. I spent more than a fortnight grubbing among the black ruins of the enclosure and on the beach where the boats had been burnt, looking for nails and other stray pieces of metal that might prove of service. Now and then some Beast-creature would watch me, and go leaping off when I called to it. There came a season of thunder-storms and heavy rain, which greatly retarded my work; but at last the raft was completed.

I was delighted with it. But with a certain lack of practical sense which has always been my bane, I had made it a mile or more from the sea; and before I had dragged it down to the beach the thing had fallen to pieces. Perhaps it is as well that I was saved from launching it; but at the time my misery at my failure was so acute that for some days I simply moped on the beach, and stared at the water and thought of death.

I did not, however, mean to die, and an incident occurred that warned me unmistakably of the folly of letting the days pass so,—for each fresh day was fraught with increasing danger from the Beast People.

I was lying in the shade of the enclosure wall, staring out to sea, when I was startled by something cold touching the skin of my heel, and starting round found the little pink sloth-creature blinking into my face. He had long since lost speech and active movement, and the lank hair of the little brute grew thicker every day and his stumpy claws more askew. He made a moaning noise when he saw he had attracted my attention, went a little way towards the bushes and looked back at me.

At first I did not understand, but presently it occurred to me that he wished me to follow him; and this I did at last,—slowly, for the day was hot. When we reached the trees he clambered into them, for he could travel better among their swinging creepers than on the ground. And suddenly in a trampled space I came upon a ghastly group. My Saint-Bernard-creature lay on the ground, dead; and near his body crouched the Hyena-swine, gripping the quivering flesh with its misshapen claws, gnawing at it, and snarling with delight. As I approached, the monster lifted its glaring eyes to mine, its lips went trembling back from its red-stained teeth, and it growled menacingly. It was not afraid and not ashamed; the last vestige of the human taint had vanished. I advanced a step farther, stopped, and pulled out my revolver. At last I had him face to face.

The brute made no sign of retreat; but its ears went back, its hair bristled, and its body crouched together. I aimed between the eyes and fired. As I did so, the Thing rose straight at me in a leap, and I was knocked over like a ninepin. It clutched at me with its crippled hand, and struck me in the face. Its spring carried it over me. I fell under the hind part of its body; but luckily I had hit as I meant, and it had died even as it leapt. I crawled out from under its unclean weight and stood up trembling, staring at its quivering body. That danger at least was over; but this, I knew, was only the first of the series of relapses that must come.

I burnt both of the bodies on a pyre of brushwood; but after that I saw that unless I left the island my death was only a question of time. The Beast People by that time had, with one or two exceptions, left the ravine and made themselves lairs according to their taste among the thickets of the island. Few prowled by day, most of them slept, and the island might have seemed deserted to a new-comer; but at night the air was hideous with their calls and howling. I had half a mind to make a massacre of them; to build traps, or fight them with my knife. Had I possessed sufficient cartridges, I should not have hesitated to begin the killing. There could now be scarcely a score left of the dangerous carnivores; the braver of these were already dead. After the death of this poor dog of mine, my last friend, I too adopted to some extent the practice of slumbering in the daytime in order to be on my guard at night. I rebuilt my den in the walls of the enclosure, with such a narrow opening that anything attempting to enter must necessarily make a considerable noise. The creatures had lost the art of fire too, and recovered their fear of it. I turned once more, almost passionately now, to hammering together stakes and branches to form a raft for my escape.

I found a thousand difficulties. I am an extremely unhandy man (my schooling was over before the days of Slojd); but most of the requirements of a raft I met at last in some clumsy, circuitous way or other, and this time I took care of the strength. The only insurmountable obstacle was that I had no vessel to contain the water I should need if I floated forth upon these untravelled seas. I would have even tried pottery, but the island contained no clay. I used to go moping about the island, trying with all my might to solve this one last difficulty. Sometimes I would give way to wild outbursts of rage, and hack and splinter some unlucky tree in my intolerable vexation. But I could think of nothing.

And then came a day, a wonderful day, which I spent in ecstasy. I saw a sail to the southwest, a small sail like that of a little schooner; and forthwith I lit a great pile of brushwood, and stood by it in the heat of it, and the heat of the midday sun, watching. All day I watched that sail, eating or drinking nothing, so that my head reeled; and the Beasts came and glared at me, and seemed to wonder, and went away. It was still distant when night came and swallowed it up; and all night I toiled to keep my blaze bright and high, and the eyes of the Beasts shone out of the darkness, marvelling. In the dawn the sail was nearer, and I saw it was the dirty lug-sail of a small boat. But it sailed strangely. My eyes were weary with watching, and I peered and could not believe them. Two men were in the boat, sitting low down,—one by the bows, the other at the rudder. The head was not kept to the wind; it yawed and fell away.

As the day grew brighter, I began waving the last rag of my jacket to them; but they did not notice me, and sat still, facing each other. I went to the lowest point of the low headland, and gesticulated and shouted. There was no response, and the boat kept on her aimless course, making slowly, very slowly, for the bay. Suddenly a great white bird flew up out of the boat, and neither of the men stirred nor noticed it; it circled round, and then came sweeping overhead with its strong wings outspread.

Then I stopped shouting, and sat down on the headland and rested my chin on my hands and stared. Slowly, slowly, the boat drove past towards the west. I would have swum out to it, but something—a cold, vague fear—kept me back. In the afternoon the tide stranded the boat, and left it a hundred yards or so to the westward of the ruins of the enclosure. The men in it were dead, had been dead so long that they fell to pieces when I tilted the boat on its side and dragged them out. One had a shock of red hair, like the captain of the “Ipecacuanha,” and a dirty white cap lay in the bottom of the boat.

As I stood beside the boat, three of the Beasts came slinking out of the bushes and sniffing towards me. One of my spasms of disgust came upon me. I thrust the little boat down the beach and clambered on board her. Two of the brutes were Wolf-beasts, and came forward with quivering nostrils and glittering eyes; the third was the horrible nondescript of bear and bull. When I saw them approaching those wretched remains, heard them snarling at one another and caught the gleam of their teeth, a frantic horror succeeded my repulsion. I turned my back upon them, struck the lug and began paddling out to sea. I could not bring myself to look behind me.

I lay, however, between the reef and the island that night, and the next morning went round to the stream and filled the empty keg aboard with water. Then, with such patience as I could command, I collected a quantity of fruit, and waylaid and killed two rabbits with my last three cartridges. While I was doing this I left the boat moored to an inward projection of the reef, for fear of the Beast People.