en-fr  Anne of Green Gables (1908)/Chapter XXX Medium
CHAPITRE XXX.


LE COURS POUR LE QUEEN'S EST MIS EN PLACE.


Marilla posa son tricot sur ses genoux et s'adossa contre sa chaise. Ses yeux étaient las, et elle pensa vaguement qu'elle devrait songer à faire changer ses lunettes la prochaine fois qu'elle irait en ville, car sa vue se fatiguait fréquemment ces derniers temps.

L'obscurité était presque totale car le crépuscule morne de novembre était tombé sur Green Gables, et l'unique lumière de la cuisine provenait des flammes rouges qui dansaient dans la cuisinière.

Anne, assise en tailleur sur la carpette devant le foyer, contemplait la lueur joyeuse diffusée par l'éclat solaire de centaines d'étés distillés par les bûches d'érable. Elle avait été occupée à lire, mais son livre avait glissé sur le sol, et maintenant elle rêvait, un sourire étirant ses lèvres. D'étincelants châteaux espagnols prenaient forme à partir des brumes et des arcs-en-ciel de son imagination pleine de fantaisie ; de merveilleuses et passionnantes aventures l'emportaient dans les nuages, des aventures qui toujours se transformaient en triomphes et qui jamais ne l'entraînaient dans des désastres comme dans la vie réelle.

Marilla la regardait avec une tendresse qui n'aurait jamais pu se dévoiler sous une lumière plus intense que celle de ce doux mélange d'ombre et de feu. Savoir que l'amour pouvait facilement se traduire par des paroles et des regards sincères était un enseignement que Marilla ne pourrait jamais apprendre. Mais elle avait appris à aimer cette enfant fluette, aux yeux gris avec une affection d'autant plus profonde et intense qu'elle n'était pas du tout démonstrative. Cependant, elle redoutait que son amour la rende bien trop indulgente. Elle avait le sentiment désagréable que c'était presque un péché d'aimer si intensément une créature comme elle aimait Anne, et c'était peut-être par une sorte de pénitence inconsciente qu'elle se montrait plus stricte et plus critique avec elle que si la fillette avait été moins chère à son cœur. Anne ignorait certainement à quel point Marilla l'aimait. Elle pensait parfois avec mélancolie que Marilla était très difficile à satisfaire et manquait nettement de compassion et de compréhension. Mais elle s'en voulait toujours d'avoir une telle pensée, se rappelant ce qu'elle devait à Marilla.

— Anne, dit soudainement Marilla, Mlle Stacy est venue ici cet après-midi alors que tu étais dehors avec Diana.

Anne revint de son autre monde avec un sursaut et un soupir.

— Vraiment ? Oh, je regrette tellement de ne pas avoir été là. Pourquoi ne m'as-tu pas appelée, Marilla ? Diana et moi n'étions que dans le Bois Hanté. Les bois sont charmants actuellement. Toutes les petites choses de la forêt — les fougères, les feuilles satinées et les baies craquantes — se sont endormies, comme si quelqu'un les avait cachées jusqu'au printemps sous une couverture de feuilles. Je pense que c'est une petite fée grise avec un foulard arc-en-ciel qui est venue le faire sur la pointe des pieds lors de la dernière nuit de pleine lune. Le sujet n'inspirait pas beaucoup Diana, cependant. Diana n'a jamais oublié la façon dont sa mère l'a grondée pour avoir inventé la présence de fantômes dans le Bois Hanté. Cela a eu un effet très néfaste sur l'imagination de Diana. Ça l'a détruite. Mme Lynde dit que Myrtle Bell est un être brisé. J'ai demandé à Ruby Gillis pourquoi Myrtle était brisée, et Ruby a dit qu'elle supposait que c'était parce son jeune mari l'avait abandonnée. Ruby Gillis ne pense qu'aux jeunes hommes, et plus elle vieillit, plus ça devient une obsession. Les jeunes hommes sont très bien à leur place, mais est-il vraiment nécessaire de les intégrer dans tout ? Diana et moi pensons sérieusement prendre l'engagement de ne jamais nous marier mais de rester de charmantes vieilles filles et de vivre ensemble pour toujours. Diana n'a pas encore pris sa décision car elle pense qu'il serait peut-être plus noble d'épouser un jeune homme sauvage, fougueux et méchant et de faire son éducation. Tu sais, Diana et moi parlons beaucoup de sujets sérieux maintenant. Nous avons l'impression d'être tellement plus mûres qu'avant qu'il nous est de plus en plus difficile de parler de choses enfantines. C'est une chose tellement solennelle d'avoir presque quatorze ans, Marilla. Mademoiselle Stacy a emmené toutes les filles qui sont adolescentes jusqu'au ruisseau mercredi dernier et nous en a parlé. Elle dit que nous devons faire très attention aux habitudes que nous nous créons et aux idéaux que nous acquérons pendant notre adolescence car à vingt ans, nos caractères se seront formés et les fondations établies pour notre entière vie future. Et elle a dit que si les fondations étaient instables, nous ne construirions rien dessus de réellement valable. Diane et moi en avons discuté en revenant de l'école. Nous étions emplies de dignité, Marilla. Et nous avons décidé d'essayer d'être très attentives, de prendre des habitudes convenables, d'apprendre tout ce que nous pourrions et d'être aussi raisonnables que possible, pour qu'à l'âge de vingt ans, nos personnalités soient harmonieusement développées. C'est totalement épouvantable de penser qu'un jour j'aurai vingt ans, Marilla. Cela semble atrocement vieux et adulte. Mais pourquoi Mlle Stacy est-elle passée cet après-midi ?

— C'est ce que j'essaie de t'expliquer, Anne, si jamais tu me laisses placer un mot. Elle a parlé de toi.

— De moi ? Anne parut assez effrayée. Puis elle rougit et s'exclama, oh, je sais ce qu'elle a dit. J'avais sincèrement l'intention de te le dire, Marilla, mais j'ai oublié. Mademoiselle Stacy m'a surprise à lire «Ben Hur» hier à l'école, à un moment où j'aurais dû être en train d'étudier mon histoire du Canada. Jane Andrews me l'a prêté. Je l'ai lu pendant l'heure du repas et j'en étais arrivée à la course de chars lorsque les cours ont commencé. J'étais simplement impatiente de savoir comment ça allait finir... bien que j'étais persuadée que Ben Hur allait l'emporter car cela aurait été poétiquement injuste qu'il ne gagne pas... j'ai donc ouvert mon livre d'histoire sur mon pupitre et j'ai glissé le « Ben Hur » en dessous, sur mes genoux. Je faisais comme si j’étudiais mon histoire du Canada, tu vois, alors que je me régalais avec mon « Ben Hur ». J'étais si absorbée que je n'ai pas réalisé que Mlle Stacy descendait l'allée jusqu'au moment où j'ai relevé la tête et qu'alors elle était penchée sur moi, l'air plein de reproches. Tu ne peux pas savoir combien j'ai eu honte, Marilla, surtout quand j'ai entendu Josie Pye ricanner. Mlle Stacy a confisqué Ben Hur, mais ensuite elle n'a pas dit un mot. Elle m'a prise à part à la récréation et m'a parlé. Elle a dit que j'avais gravement fauté sur deux points. En premier, j'avais gaspillé le temps que j'aurais dû passer sur mes devoirs ; et deuxièmement que j'avais déçu ma maitresse en essayant de faire croire que je lisais une histoire alors qu'au lieu de ça c'était un roman. Je n'avais jamais pensé jusque là, Marilla, que ce que je faisais était malhonnête. J'étais traumatisée. J'ai amèrement pleuré, et demandé à Mlle Stacy de me pardonner, et que je ne referai jamais plus une telle chose ; et j'ai proposé comme pénitence de ne plus du tout regarder "Ben Hur" pendant une semaine entière, même pas pour connaitre le résultat de la course de chars. Mais Mlle Stacy a dit qu'elle ne me demandait pas ça, et elle m'a pardonnée sans punition. Aussi j'ai trouvé que ce n'était pas très gentil de sa part de venir te le raconter après ça.

— Mlle Stacy n'a jamais fait allusion à une telle chose, Anne, et c'est seulement ta mauvaise conscience qui te pose problème. Tu n'as pas à amener de livres illustrés à l'école. Tu lis trop de romans de toute façon. Lorsque j'étais petite, je n'était même pas autorisée à feuilleter un roman.

— Oh, comment peux-tu appeler «Ben Hur» un roman alors que c'est un livre tellement religieux ? protesta Anne. Bien sûr c'est un peu trop passionnant pour en faire une lecture du dimanche, et je ne le lis qu'en semaine. Je ne lis désormais aucun livre sauf si Mlle Stacy ou Mme Allan pense que c'est une lecture adéquate pour une fillette de treize ans trois quarts. Mlle Stacy me l'a fait promettre. Un jour, elle m'a surprise en train de lire un livre intitulé : « Le mystère effrayant du manoir hanté ». C'était un livre que Ruby Gillis m'avait prêté, et, oh, Marilla, c'était tellement fascinant et effrayant. Cette histoire m'avait glacé le sang. Mais Mlle Stacy m'a dit que c'était un livre vraiment stupide et malsain, et elle m'a demandé de ne plus le lire ni aucun autre de ce genre. Cela ne me dérangeait pas de promettre de ne plus lire ce genre de roman, mais c'était atroce de rendre ce livre sans savoir comment ça finissait. Mais mon amour pour Mlle Stacy était le plus fort, et je l'ai fait. C'est vraiment étonnant, Marilla, ce que tu peux faire quand tu es véritablement désireuse de plaire à quelqu'un.

— Bon, je crois que je vais allumer la lampe et aller travailler, dit Marilla. Je vois vraiment que tu ne veux pas écouter ce que Mlle Stacy avait à dire. Tu es plus intéressée par le son de ta propre langue que par tout autre chose.

— Oh, en effet, Marilla, j'ai besoin de l'entendre, s'écria Anne toute contrite. Je ne dirai plus un mot—plus aucun. Je sais que je parle trop, mais j'essaye vraiment de me corriger, et bien que j'en dise beaucoup trop, si tu savais tout ce que je voudrais dire et que je ne dis pas, tu m'accorderai quelque crédit pour ça. Dis-moi s'il te plait, Marilla.

— Eh bien, Mlle Stacy veut organiser un cours pour ses bons élèves qui veulent préparer l'examen d'entrée au Queen's. Elle envisage de leur donner des leçons supplémentaires d'une heure après l'école. Et elle a demandé à Matthew et à moi si nous aimerions que tu en fasses partie. Qu'en penses-tu, toi, Anne ? Aimerais-tu aller au Queen's et devenir professeur ?

— Oh Marilla ! Anne se redressa en tapant des mains. C'est le rêve de ma vie—vraiment, depuis les six derniers mois, depuis que Ruby et Jane ont commencé à parler d'étudier pour l'admission. Mais je n'en ai pas parlé du tout car je pensais que c'était parfaitement inutile. J'aurais adoré être un professeur. Mais ne sera-ce pas terriblement onéreux ? M. Andrews dit que ça lui coute cent cinquante dollars pour y inscrire Prissy, et Prissy n'était pas nulle en géométrie.

— Je crois que tu ne dois pas te soucier pour ce problème. Lorsque Matthew et moi t'avons prise pour t'élever, nous avons décidé de faire ce que nous pouvions faire de mieux pour toi et de te donner une bonne éducation Je crois qu'il est bon qu'une fille soit disposée à gagner sa vie, qu'elle ait ou non besoin de le faire. Tu seras toujours chez toi aux Pignons Verts aussi longtemps que Matthew et moi serons ici, mais personne ne sait ce qui va se produire dans ce monde incertain, et c'est aussi bien d'être préparé. Tu peux rejoindre le cours de Queen si tu veux, Anne.

— Oh, Marilla, merci, Anne enlaça Marilla et leva les yeux d'un air sérieux vers son visage. — Je suis extrêmement reconnaissante à toi et à Matthew. Je vais étudier de toutes mes forces et faire de mon mieux pour que je puisse vous faire honneur. Je te préviens de ne pas nourrir trop d'espérance pour la géométrie, mais je pense que je peux gérer tout le reste si je travaille dur.

— J'ose dire que tu y arriveras assez bien. Mlle Stacy dit que tu es intelligente et diligente. Pour rien au monde Marilla n'aurait raconté à Anne exactement ce que Mlle Stacy avait dit d'elle ; ça aurait pu encourager sa vanité. — Tu ne dois pas tomber dans l'extrême et te tuer à la tâche au-dessus de tes livres. Rien ne presse. Tu ne seras pas prête à passer l'examen d'entrée avant un an et demi. Mais, c'est bien de commencer promptement et d'avoir de bonnes bases, Mlle Stacy a dit.

— Désormais, je m'intéresserai à mes études comme jamais, déclara Anne enjouée, parce que j'ai un but dans la vie. M. Allan dit que tout le monde devrait avoir un but dans la vie et le poursuivre sans relâche. Mais il dit que nous devons d'abord nous assurer que c'est un but louable. Je dirais que c'est un objectif louable que de vouloir être un professeur comme Mlle Stacy, n'est-ce pas, Marilla ? Je pense que c'est un métier très noble.

La classe pour le Queen's fut organisée en temps utile. Gilbert Blythe, Anne Shirley, Ruby Gillis, Jane Andrews, Josie Pye, Charlie Sloane, et Moody Spurgeon MacPherson l'intégrèrent. Pas Diana Barry car ses parents n'ont pas désiré l'envoyer au Qeen's. Ceci parut pour le moins une calamité à Anne. Jamais, depuis que Minnie May avait eu le croup, Anne et elle n'avaient été séparées. Le soir lorsque la classe pour le Qeen's resta pour la première fois à l'école pour les leçons supplémentaires et qu'Anne vit Diana s'en aller lentement avec les autres, rentrer seule à la maison par le Sentier des Bouleaux et la Vallée des Violettes, elle eut toutes les peines du monde à rester à sa place et à résister à l'impulsion qui la poussait à courir après son amie. Une boule se forma dans sa gorge et elle se hâta de se plonger dans ses cours de perfectionnement de grammaire latine pour cacher les larmes dans ses yeux. Pour rien au monde Anne n'aurait voulu que Gilbert Byithe ou Josie Pye voie ces larmes.

— Mais, oh, Marilla, j'ai vraiment pensé avoir gouté à l'amertume de la mort, comme l'a dit M. Allan lors de son sermon de dimanche dernier, lorsque j'ai vu Diana partir toute seule, dit-elle tristement cette nuit-là. J'ai pensé que c'eût été formidable si seulement Diana était aussi venue préparer le concours d'entrée. Mais les choses ne peuvent pas être parfaites dans un monde imparfait, comme le dit Mme Lynde. Mme Lynde n'est parfois pas exactement une personne réconfortante, mais il est certain qu'elle dit nombre de vérités. Et je crois que la classe pour le Queen's va être passionnante. Jane et Ruby commencent juste à étudier pour être professeurs. C'est leur plus grande ambition. Ruby dit qu'elle n'enseignera que pendant deux ans après avoir fini, et ensuite elle a l'intention de se marier. Jane dit qu'elle consacrera toute sa vie à l'enseignement, et que jamais, jamais elle ne se mariera, parce qu'on perçoit un salaire pour enseigner, mais un époux ne vous payera rien, et ronchonnera si vous lui demandez de participer aux dépenses domestiques. Je suppose que Jane parle à la suite d'une expérience pénible, car Mme Lynde dit que son père est un parfait vieil imbécile, qu'il n'est pas la crème des hommes. Josie Pye dit qu'elle va à l'université juste pour l'éducation, car elle n'aura pas à gagner sa vie ; elle dit bien sûr que c'est différent avec les orphelins qui vivent de la charité — eux, ils doivent se battrent. Moody Spurgeon va être pasteur. Mme Lynde dit qu’avec un nom comme celui-là, il ne pouvait pas être grand chose d'autre. J'espère que ce n'est pas méchant de ma part, Marilla, mais vraiment l'idée que Moody Spurgeon soit pasteur me fait rire. Il est tellement drôle, avec son gros visage, ses petits yeux bleus, et ses oreilles qui se décollent comme des volets. Mais peut-être paraîtra-t-il plus intellectuel quand il grandira. Charlie Sloane dit qu'il va se lancer dans la politique et devenir parlementaire, mais Mme Lynde dit qu'il n'y parviendra jamais, parce que les Sloane sont tous des gens honnêtes et que de nos jours, ce ne sont que des fripouilles qui font de la politique.

— Et Gilbert Blythe, que veut-il devenir ? demanda Marilla, voyant qu'Anne ouvrait son livre sur César.

— Il ne m'est pas venu aux oreilles quelle est l'ambition de Gilbert Blythe dans la vie... si tant est qu'il en ait une, répondit Anne pleine de morgue.

La rivalité était maintenant patente entre Gilbert et Anne. Au début la rivalité était plutôt d'un seul côté, mais il ne faisait plus aucun doute que Gilbert était aussi déterminé qu'Anne à être le premier de la classe. C'était un adversaire à sa mesure. Les autres membres de la classe reconnaissaient tacitement leur supériorité, et n'avaient jamais rêvé d'être en compétition avec eux.

Depuis le jour de l’aventure sur le lac, quand elle avait refusé d'écouter sa demande implorante de pardon, Gilbert, en dehors de la rivalité précédemment évoquée, n'avait accordé aucune attention à la présence d'Anne. Il parlait et plaisantait avec les autres filles, échangeait des livres et des puzzles avec elles, discutait des leçons et des projets, parfois en raccompagnait une chez elle après une réunion de prière ou après le club des débats. Mais Anne Shirley, il l'ignora et Anne a découvert qu'il n'est pas agréable d'être ignorée. C'est en vain qu'elle se disait, avec un haussement d'épaules, qu'elle s'en fichait. Au plus profond de son cœur rebelle et féminin, elle savait qu'elle s'en souciait, et, si elle avait une seconde chance au Lac des Eaux Étincelantes, elle répondrait très différent. Tout d'un coup, il lui sembla, ce qui la contrariait secrètement, que la vieille rancœur qu'elle éprouvait pour lui s'était envolée, — envolée juste au moment où elle en avait le plus besoin pour la soutenir. C'est en vain qu'elle essayait de se remémorer chaque incident et émotion de ce mémorable épisode et qu'elle tentait de ressentir la vieille colère bienfaitrice. Ce jour, auprès de l'étang, en avait éteint les dernières flammèches vacillantes. Anne réalisa qu'elle avait pardonné et qu'elle avait oublié sans s'en rendre compte. Mais c'était trop tard.

Et en fin de compte, ni Gilbert, ni qui que ce soit, pas même Diana, n'auraient pu suspecter combien elle était désolée ni combien elle aurait voulu ne pas avoir été si orgueilleuse et si horrible ! Elle résolut de « dissimuler ses sentiments au plus profond des oubliettes », et on peut dire qu'elle y réussit tout à fait, avec un tel succès que Gilbert, qui n'était peut-être pas aussi indifférent qu'il le laissait paraître, ne pouvait même pas se consoler en percevant qu'Anne ressentait le propre mépris qu'il lui renvoyait. Sa seule consolation était qu'elle rejetait impitoyablement, en permanence et de façon injuste Charlie Sloane.

Sinon l'hiver s'écoula dans une succession de devoirs et d'études agréables. Pour Anne les jours se succèdèrent comme des perles d'or sur le collier de l'année. Elle était heureuse, empressée, intéressée ; il y avait des leçons à apprendre et des honneurs à gagner, des livres plaisants à lire, de nouvelles pièces à jouer pour la chorale du dimanche, d'agréables samedis après-midi au presbytère avec Mme Allan ; et ainsi, presque avant qu'Anne ait pu s'en rendre compte, le printemps était revenu aux Pignons verts et le monde était de nouveau tout fleuri.

Les études en pâtirent alors un petit peu. La classe pour la Queen's, restant entre les murs de l'école alors que les autres élèves se dispersaient dans les chemins verdoyants, entre les coupes feuillues et les sentiers secrets parmi les prairies, regardait avec nostalgie par les fenêtres et découvrait que les verbes latins et les exercices de français avaient en quelque sorte perdu le zeste et la saveur qu'ils avaient eus pendant les piquants mois d'hiver. Même Anne et Gilbert se retrouvèrent à la traîne et perdirent leur enthousiasme. Enseignant et élèves se réjouissaient de la fin du trimestre et de la joyeuse perspective des jours de vacances qui s'annonçaient.

— Mais vous avez bien travaillé cette année, leur dit Mlle Stacy le dernier soir, et vous avez mérité de bonnes et joyeuses vacances. Amusez-vous autant que vous le pouvez à l'extérieur et emmagasinez une solide réserve de forme, de vitalité, et d'ambition pour vous porter durant l'année prochaine. Elle représentera une lutte acharnée, vous savez... la dernière année avant l'Admission.

— Reviendrez-vous l'année prochaine, Mlle Stacy ? demanda Josie Pye.

Josie Pye ne reculait jamais devant aucune question ; en l'instance, le reste de la classe lui fut reconnaissant ; personne parmi eux n'aurait osé le demander à Melle Stacy, mais tous en avaient envie car, depuis un moment, des rumeurs alarmantes avaient courus au sein de l'école sur le départ de Melle Stacy pour l'année à venir... on lui avait proposé un poste dans l'école primaire de la région d'où elle venait et elle pensait l'accepter. La classe pour le Queen's écouta sa réponse, le souffle coupé par l'incertitude.

— Oui, je pense que je vais revenir, répondit Mlle Stacy. J'avais d'abord pensé m'occuper d'une autre école, mais j'ai décidé de rester à Avonlea. À vrai dire, j'ai pris un tel intérêt à l'instruction de mes élèves que j'ai estimé impossible de les quitter. Je vais donc rester et vous aider à passer l'épreuve.

— Hourra ! s'exclama Moody Spurgeon. Moody Spurgeon ne s'était jamais autant laissé emporter par ses sentiments auparavant, et, pendant une semaine, il en rougit de gêne à chaque fois qu'il y repensa.

— Oui, je suis si contente, dit Anne, les yeux brillants. — Chère mademoiselle Stacy, ce serait absolument terrible si on ne vous retrouvait pas à la rentrée. Je crois que je n'aurais pas du tout le cœur de poursuivre mes études si un autre professeur vous remplaçait.

Quand Anne arriva chez elle, ce soir-là, elle rangea tous ses manuels scolaires dans un vieux coffre du grenier, le verrouilla et jeta la clé dans la huche aux couvertures.

Elle dit à Marilla : — Pas question que je jette un seul regard à mes livres de classe pendant les vacances. J'ai étudié aussi studieusement que je le pouvais pendant tout le semestre et j'ai répété ma géométrie jusqu'à connaître par cœur tous les problèmes du premier livre, même avec des lettres différentes. Je suis juste lasse de tout ce qui a un sens et je vais laisser libre court à mon imagination pendant l'été. Oh, pas besoin de t'alarmer, Marilla. J'y laisserai cours dans les limites du raisonnable. Mais je veux avoir du bon temps cet été car c'est sans doute mon dernier été de petite fille. Mme Lynde dit que si je continue à grandir l'année prochaine comme je l'ai fait cette année, je vais devoir porter des jupes plus longues. Elle dit que je suis tout en jambes et que mes yeux deviennent immenses. Et quand je mettrai des jupes plus longues, j'ai l'impression que je devrai le mériter et me comporter avec dignité. Il me faudra alors renoncer aux histoires de fées, j'en ai bien peur ; je vais donc y croire encore de tout mon cœur cet été. Je pense que nous allons passer de très joyeuses vacances. Ruby Gillis va bientôt fêter son anniversaire. Il y a le pique-nique de l'école du dimanche et le concert de la mission le mois prochain. Et M. Barry dit qu’un soir, il nous emmènera à l’hôtel de la Dune Blanche avec Diana pour y dîner. Ils dînent là-bas le soir, tu sais. Jane Andrews a été là-bas une fois l'été dernier et elle a dit que c'était un spectacle époustouflant de voir les lumières électriques, les fleurs et toutes les dames invitées dans de si jolies robes. Jane a déclaré que c'était la première fois qu'elle côtoyait la haute société et qu'elle s'en souviendrait jusqu'à son dernier jour.

Mme Lynde passa le lendemain après-midi pour découvrir pourquoi Marilla n'avait pas assisté à la réunion d'entraide du jeudi. Quand Marilla ne vient pas aux réunions d'entraide, les gens savent qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond aux Pignons verts.

— Matthew a fait une petit malaise cardiaque, jeudi, expliqua Marilla, et je n'ai pas eu envie de le laisser seul. Oh, oui, il va bien maintenant, mais ces petits malaises sont plus fréquents et je m’inquiète pour lui. Le docteur a dit qu'il devait éviter les excitants. C'est facile, car Matthew ne recherche pas l'excitation et ne l'a jamais fait, mais il ne doit pas réaliser de gros travaux non plus, et autant dire à Matthew de ne pas respirer que de ne pas travailler. Entre et débarrasse-toi, Rachel. Tu restes pour le thé ?

Eh bien, puisque tu insistes, il vaut mieux que je reste, répondit Mme Rachel, qui n'avait pas la moindre intention de faire quoi que ce soit d'autre.

Mme Rachel et Marilla s'assirent confortablement dans le petit salon pendant qu'Anne s'occupait du thé et réchauffait des biscuits qui, par leur blancheur et leur légèreté, défiaient toutes critiques, même celles de Mme Rachel.

— Je dois reconnaître qu'Anne est devenue une jeune fille très intelligente, déclara Mme Rachel, alors que Marilla l'accompagnait jusqu'au bout du chemin dans le soleil couchant. Elle doit t'être d'une grande aide.

— C'est vrai, reconnut Marilla, et elle est vraiment raisonnable et sérieuse, maintenant. Je craignais qu'elle ne se débarrasse jamais de son imagination exubérante, mais elle y est arrivée et maintenant, je n'aurais plus peur de lui confier quoi que ce soit.

— Il y a trois ans, au premier jour où je l'ai vue ici, je n'aurais jamais pensé qu'elle réussirait aussi bien, déclara Mme Rachel. — Dieu du Ciel, je n'oublierai jamais cette crise de colère ! Quand je suis rentrée chez moi ce soir-là, j'ai dit à Thomas : « Retiens ces paroles, Thomas, aussi longtemps que Marilla Cuthbert vivra, elle se repentira de qu'elle a fait. » Mais je m'étais trompée et j'en suis bien heureuse. Je ne fais pas partie de ce genre de personnes, Marilla, qui ne veulent pas admettre qu'elles ont commis une erreur. Non, ça n'a jamais été ma façon d'agir, Dieu merci. J'ai fait une erreur en jugeant Anne, mais ce n'est pas étonnant, car c'était bien la petite poison la plus étrange et la plus surprenante qui ait jamais existé en ce bas monde, comme je vous dis.. On ne pouvait aucunement appliquer, avec elle, les règles qui fonctionnent avec les autres enfants. Comment elle s'est améliorée ces trois dernières années n'est rien moins que merveilleux, et tout particulièrement son allure. C'est vraiment une charmante jeune fille, même si je ne peux pas dire qu'à titre personnel ce style de femme au teint pâle et aux grands yeux ait ma préférence. Je préfère les brunes plus pimpantes, comme Diana Barry ou Ruby Gillis. Ruby Gillis est vraiment belle à regarder. Et pourtant — j'ignore pourquoi mais lorsqu'Anne et elles sont ensemble, bien qu'elle ne soit pas aussi jolie qu’elles le sont, elle leur donne un air banales et ordinaires — comme quelque chose qui ressemble à l'un de ces lys blancs de juin qu’elle appelle narcisse à côté d'opulentes pivoines rouges, c'est cela, oui..
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CHAPTER XXX.
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THE QUEEN'S CLASS IS ORGANIZED.
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Marilla laid her knitting on her lap and leaned back in her chair.
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Her love made her afraid of being unduly indulgent, indeed.
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Certainly Anne herself had no idea how Marilla loved her.
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But she always checked the thought reproachfully, remembering what she owed to Marilla.
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"Anne," said Marilla abruptly, "Miss Stacy was here this afternoon when you were out with Diana."
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Anne came back from her other world with a start and a sigh.
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"Was she?
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Oh, I'm so sorry I wasn't in.
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Why didn't you call me, Marilla?
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Diana and I were only over in the Haunted Wood.
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It's lovely in the woods now.
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Diana wouldn't say much about that, though.
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It had a very bad effect on Diana's imagination.
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It blighted it.
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Mrs. Lynde says Myrtle Bell is a blighted being.
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Ruby Gillis thinks of nothing but young men, and the older she gets the worse she is.
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Diana and I talk a great deal about serious subjects now, you know.
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It's such a solemn thing to be almost fourteen, Marilla.
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And she said if the foundation was shaky we could never build anything really worth while on it.
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Diana and I talked the matter over coming home from school.
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We felt extremely solemn, Marilla.
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It's perfectly appalling to think of being twenty, Marilla.
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It sounds so fearfully old and grown up.
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But why was Miss Stacy here this afternoon?"
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"That is what I want to tell you, Anne, if you'll ever give me a chance to get a word in edgewise.
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She was talking about you."
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"About me?"
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Anne looked rather scared.
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Then she flushed and exclaimed: "Oh, I know what she was saying.
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I meant to tell you, Marilla, honestly I did, but I forgot.
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Jane Andrews lent it to me.
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I was reading it at dinner-hour, and I had just got to the chariot-race when school went in.
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I can't tell you how ashamed I felt, Marilla, especially when I heard Josie Pye giggling.
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Miss Stacy took 'Ben Hur' away, but she never said a word then.
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unit 62
She kept me in at recess and talked to me.
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unit 63
She said I had done very wrong in two respects.
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unit 65
I had never realized until that moment, Marilla, that what I was doing was deceitful.
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unit 66
I was shocked.
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unit 68
But Miss Stacy said she wouldn't require that, and she forgave me freely.
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unit 69
So I think it wasn't very kind of her to come up here to you about it after all."
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unit 71
You have no business to be taking story-books to school.
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unit 72
You read too many novels anyhow.
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unit 73
When I was a girl I wasn't so much as allowed to look at a novel."
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unit 74
"Oh, how can you call 'Ben Hur' a novel when it's really such a religious book?"
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unit 75
protested Anne.
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unit 76
unit 78
Miss Stacy made me promise that.
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unit 79
She found me reading a book one day called, 'The Lurid Mystery of the Haunted Hall.'
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unit 80
It was one Ruby Gillis had lent me, and, oh, Marilla, it was so fascinating and creepy.
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unit 81
It just curdled the blood in my veins.
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unit 84
But my love for Miss Stacy stood the test and I did.
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unit 85
unit 86
"Well, I guess I'll light the lamp and get to work," said Marilla.
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unit 87
"I see plainly that you don't want to hear what Miss Stacy had to say.
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unit 88
You're more interested in the sound of your own tongue than in anything else."
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unit 89
"Oh, indeed, Marilla, I do want to hear it," cried Anne contritely.
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unit 90
"I won't say another word—not one.
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unit 92
Please tell me, Marilla."
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unit 94
She intends to give them extra lessons for an hour after school.
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unit 95
And she came to ask Matthew and me if we would like to have you join it.
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unit 96
What do you think about it yourself, Anne?
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unit 97
Would you like to go to Queen's and pass for a teacher?"
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unit 98
"Oh, Marilla!"
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unit 99
Anne straightened to her knees and clasped her hands.
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unit 101
But I didn't say anything about it, because I supposed it would be perfectly useless.
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unit 102
I'd love to be a teacher.
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unit 103
But won't it be dreadfully expensive?
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unit 105
"I guess you needn't worry about that part of it.
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unit 107
I believe in a girl being fitted to earn her own living whether she ever has to or not.
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unit 109
So you can join the Queen's class if you like, Anne."
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unit 111
"I'm extremely grateful to you and Matthew.
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unit 112
And I'll study as hard as I can and do my very best to be a credit to you.
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unit 114
"I dare say you'll get along well enough.
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unit 115
Miss Stacy says you are bright and diligent."
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unit 117
"You needn't rush to any extreme of killing yourself over your books.
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unit 118
There is no hurry.
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unit 119
You won't be ready to try the entrance for a year and a half yet.
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unit 120
But it's well to begin in time and be thoroughly grounded, Miss Stacy says."
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Mr. Allan says everybody should have a purpose in life and pursue it faithfully.
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unit 123
Only he says we must first make sure that it is a worthy purpose.
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unit 124
I would call it a worthy purpose to want to be a teacher like Miss Stacy, wouldn't you, Marilla?
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unit 125
I think it's a very noble profession."
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unit 126
The Queen's class was organized in due time.
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unit 128
Diana Barry did not, as her parents did not intend to send her to Queen's.
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unit 129
This seemed nothing short of a calamity to Anne.
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unit 133
Not for worlds would Anne have had Gilbert Blythe or Josie Pye see those tears.
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unit 136
But we can't have things perfect in this imperfect world, as Mrs. Lynde says.
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unit 138
And I think the Queen's class is going to be extremely interesting.
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unit 139
Jane and Ruby are just going to study to be teachers.
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unit 140
That is the height of their ambition.
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unit 141
unit 145
Moody Spurgeon is going to be a minister.
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unit 146
Mrs. Lynde says he couldn't be anything else with a name like that to live up to.
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unit 149
But perhaps he will be more intellectual-looking when he grows up.
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unit 151
"What is Gilbert Blythe going to be?"
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unit 152
queried Marilla, seeing that Anne was opening her Cæsar.
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unit 153
unit 154
There was open rivalry between Gilbert and Anne now.
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unit 156
He was a foeman worthy of her steel.
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unit 160
But Anne Shirley he simply ignored, and Anne found out that it is not pleasant to be ignored.
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unit 161
It was in vain that she told herself with a toss of her head that she did not care.
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unit 165
That day by the pond had witnessed its last spasmodic flicker.
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unit 166
Anne realized that she had forgiven and forgotten without knowing it.
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unit 167
But it was too late.
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unit 171
Otherwise the winter passed away in a round of pleasant duties and studies.
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unit 172
For Anne the days slipped by like golden beads on the necklace of the year.
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unit 175
Even Anne and Gilbert lagged and grew indifferent.
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unit 179
It will be the tug of war, you know—the last year before the Entrance."
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unit 180
"Are you going to be back next year, Miss Stacy?"
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unit 181
asked Josie Pye.
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unit 183
The Queen's class listened in breathless suspense for her answer.
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unit 184
"Yes, I think I will," said Miss Stacy.
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"I thought of taking another school, but I have decided to come back to Avonlea.
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unit 186
To tell the truth, I've grown so interested in my pupils here that I found I couldn't leave them.
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unit 187
So I'll stay and see you through."
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unit 188
"Hurrah!"
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unit 189
said Moody Spurgeon.
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unit 191
"Oh, I'm so glad," said Anne with shining eyes.
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unit 192
"Dear Miss Stacy, it would be perfectly dreadful if you didn't come back.
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unit 193
unit 195
"I'm not even going to look at a school book in vacation," she told Marilla.
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unit 197
unit 198
Oh, you needn't be alarmed, Marilla.
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unit 199
I'll only let it run riot within reasonable limits.
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She says I'm all running to legs and eyes.
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unit 203
unit 205
I think we're going to have a very gay vacation.
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unit 208
They have dinner there in the evening, you know.
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unit 210
Jane says it was her first glimpse into high life and she'll never forget it to her dying day."
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unit 212
When Marilla was not at Aid meeting people knew there was something wrong at Green Gables.
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unit 215
The doctor says he must be careful to avoid excitement.
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unit 217
Come and lay off your things, Rachel.
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unit 218
You'll stay to tea?"
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She must be a great help to you."
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unit 223
"She is," said Marilla, "and she's real steady and reliable now.
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unit 226
"Lawful heart, shall I ever forget that tantrum of hers!
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unit 228
But I was mistaken and I'm real glad of it.
1 Translations, 4 Upvotes, Last Activity 1 month ago
unit 230
No, that never was my way, thank goodness.
1 Translations, 4 Upvotes, Last Activity 1 month ago
unit 232
There was no ciphering her out by the rules that worked with other children.
2 Translations, 5 Upvotes, Last Activity 1 month ago
unit 235
I like more snap and colour, like Diana Barry has or Ruby Gillis.
2 Translations, 6 Upvotes, Last Activity 1 month ago
unit 236
Ruby Gillis' looks are real showy.
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gaelle044 • 5157  commented on  unit 190  1 month, 1 week ago
gaelle044 • 5157  commented on  unit 197  1 month, 1 week ago
francevw • 14127  commented on  unit 153  1 month, 3 weeks ago
tontonjl • 10957  commented on  unit 135  1 month, 3 weeks ago
gaelle044 • 5157  commented  2 months, 1 week ago

Update: Thank to Gaby and her watching the movie, we now know that:
1. Anne only use the formal form ("vous") at the start, but later (we agreed for Chapter XI) she will say "tu" to Marilla and Matthew, and the formal form with everybody else but her classmates. Marilla and Rachel are friends and they use "tu".
2. She likes overstatements and superlatives.
3. We need to translate "green gables" by "les pignons verts" as it is done in the movie.
https://en.wikisource.org/wiki/Anne_of_Green_Gables_(1908)Voici la liste des lieux (et leurs traductions) fréquemment utilisés dans cet ouvrage.
The Idlewild = le Havre Sauvage
The White Sands = les Dunes Blanches
The Birch Path = le Sentier/Chemin des Bouleaux
The Haunted Wood = le Bois hanté
Orchard Slope = la Colline au Verger
Lover’s Lane = le Chemin des Amoureux

Anne of Green Gables (1908)

Written for all ages, it has been considered a children's novel since the mid-twentieth century. It recounts the adventures of Anne Shirley, an 11-year-old orphan girl who is mistakenly sent to Matthew and Marilla Cuthbert, a middle-aged brother and sister who had intended to adopt a boy to help them on their farm in Prince Edward Island. The novel recounts how Anne makes her way with the Cuthberts, in school, and within the town. Since publication, Anne of Green Gables has sold more than 50 million copies and has been translated into 20 languages. It has been adapted as film, made-for-television movies, and animated and live-action television series. — Excerpted from Anne of Green Gables (1908) on Wikipedia, the free encyclopedia.

by gaelle044 2 months, 1 week ago

CHAPTER XXX.

THE QUEEN'S CLASS IS ORGANIZED.

Marilla laid her knitting on her lap and leaned back in her chair. Her eyes were tired, and she thought vaguely that she must see about having her glasses changed the next time she went to town, for her eyes had grown tired very often of late.

It was nearly dark, for the dull November twilight had fallen around Green Gables, and the only light in the kitchen came from the dancing red flames in the stove.

Anne was curled up Turk-fashion on the hearth-rug, gazing into that joyous glow where the sunshine of a hundred summers was being distilled from the maple cord-wood. She had been reading, but her book had slipped to the floor, and now she was dreaming, with a smile on her parted lips. Glittering castles in Spain were shaping themselves out of the mists and rainbows of her lively fancy; adventures wonderful and enthralling were happening to her in cloudland—adventures that always turned out triumphantly and never involved her in scrapes like those of actual life.

Marilla looked at her with a tenderness that would never have been suffered to reveal itself in any clearer light than that soft mingling of fireshine and shadow. The lesson of a love that should display itself easily in spoken word and open look was one Marilla could never learn. But she had learned to love this slim, gray-eyed girl with an affection all the deeper and stronger from its very undemonstrativeness. Her love made her afraid of being unduly indulgent, indeed. She had an uneasy feeling that it was rather sinful to set one's heart so intensely on any human creature as she had set hers on Anne, and perhaps she performed a sort of unconscious penance for this by being stricter and more critical than if the girl had been less dear to her. Certainly Anne herself had no idea how Marilla loved her. She sometimes thought wistfully that Marilla was very hard to please and distinctly lacking in sympathy and understanding. But she always checked the thought reproachfully, remembering what she owed to Marilla.

"Anne," said Marilla abruptly, "Miss Stacy was here this afternoon when you were out with Diana."

Anne came back from her other world with a start and a sigh.

"Was she? Oh, I'm so sorry I wasn't in. Why didn't you call me, Marilla? Diana and I were only over in the Haunted Wood. It's lovely in the woods now. All the little wood things—the ferns and the satin leaves and the crackerberries—have gone to sleep, just as if somebody had tucked them away until spring under a blanket of leaves. I think it was a little gray fairy with a rainbow scarf that came tiptoeing along the last moonlight night and did it. Diana wouldn't say much about that, though. Diana has never forgotten the scolding her mother gave her about imagining ghosts into the Haunted Wood. It had a very bad effect on Diana's imagination. It blighted it. Mrs. Lynde says Myrtle Bell is a blighted being. I asked Ruby Gillis why Myrtle was blighted, and Ruby said she guessed it was because her young man had gone back on her. Ruby Gillis thinks of nothing but young men, and the older she gets the worse she is. Young men are all very well in their place, but it doesn't do to drag them into everything, does it? Diana and I are thinking seriously of promising each other that we will never marry but be nice old maids and live together for ever. Diana hasn't quite made up her mind though, because she thinks perhaps it would be nobler to marry some wild, dashing, wicked young man and reform him. Diana and I talk a great deal about serious subjects now, you know. We feel that we are so much older than we used to be that it isn't becoming to talk of childish matters. It's such a solemn thing to be almost fourteen, Marilla. Miss Stacy took all us girls who are in our teens down to the brook last Wednesday, and talked to us about it. She said we couldn't be too careful what habits we formed and what ideals we acquired in our teens, because by the time we were twenty our characters would be developed and the foundation laid for our whole future life. And she said if the foundation was shaky we could never build anything really worth while on it. Diana and I talked the matter over coming home from school. We felt extremely solemn, Marilla. And we decided that we would try to be very careful indeed and form respectable habits and learn all we could and be as sensible as possible, so that by the time we were twenty our characters would be properly developed. It's perfectly appalling to think of being twenty, Marilla. It sounds so fearfully old and grown up. But why was Miss Stacy here this afternoon?"

"That is what I want to tell you, Anne, if you'll ever give me a chance to get a word in edgewise. She was talking about you."

"About me?" Anne looked rather scared. Then she flushed and exclaimed:

"Oh, I know what she was saying. I meant to tell you, Marilla, honestly I did, but I forgot. Miss Stacy caught me reading 'Ben Hur' in school yesterday afternoon when I should have been studying my Canadian history. Jane Andrews lent it to me. I was reading it at dinner-hour, and I had just got to the chariot-race when school went in. I was simply wild to know how it turned out—although I felt sure 'Ben Hur' must win, because it wouldn't be poetical justice if he didn't—so I spread the history open on my desk-lid and then tucked 'Ben-Hur' between the desk and my knee. It just looked as if I were studying Canadian history, you know, while all the while I was revelling in 'Ben Hur.' I was so interested in it that I never noticed Miss Stacy coming down the aisle until all at once I just looked up and there she was looking down at me, so reproachful like. I can't tell you how ashamed I felt, Marilla, especially when I heard Josie Pye giggling. Miss Stacy took 'Ben Hur' away, but she never said a word then. She kept me in at recess and talked to me. She said I had done very wrong in two respects. First, I was wasting the time I ought to have put on my studies; and secondly I was deceiving my teacher in trying to make it appear I was reading a history when it was a story-book instead. I had never realized until that moment, Marilla, that what I was doing was deceitful. I was shocked. I cried bitterly, and asked Miss Stacy to forgive me and I'd never do such a thing again; and I offered to do penance by never so much as looking at 'Ben Hur' for a whole week, not even to see how the chariot-race turned out. But Miss Stacy said she wouldn't require that, and she forgave me freely. So I think it wasn't very kind of her to come up here to you about it after all."

"Miss Stacy never mentioned such a thing to me, Anne, and it's only your guilty conscience that's the matter with you. You have no business to be taking story-books to school. You read too many novels anyhow. When I was a girl I wasn't so much as allowed to look at a novel."

"Oh, how can you call 'Ben Hur' a novel when it's really such a religious book?" protested Anne. "Of course it's a little too exciting to be proper reading for Sunday, and I only read it on week-days. And I never read any book now unless either Miss Stacy or Mrs. Allan thinks it is a proper book for a girl thirteen and three-quarters to read. Miss Stacy made me promise that. She found me reading a book one day called, 'The Lurid Mystery of the Haunted Hall.' It was one Ruby Gillis had lent me, and, oh, Marilla, it was so fascinating and creepy. It just curdled the blood in my veins. But Miss Stacy said it was a very silly, unwholesome book, and she asked me not to read any more of it or any like it. I didn't mind promising not to read any more like it, but it was agonizing to give back that book without knowing how it turned out. But my love for Miss Stacy stood the test and I did. It's really wonderful, Marilla, what you can do when you're truly anxious to please a certain person."

"Well, I guess I'll light the lamp and get to work," said Marilla. "I see plainly that you don't want to hear what Miss Stacy had to say. You're more interested in the sound of your own tongue than in anything else."

"Oh, indeed, Marilla, I do want to hear it," cried Anne contritely. "I won't say another word—not one. I know I talk too much, but I am really trying to overcome it, and although I say far too much, yet if you only knew how many things I want to say and don't, you'd give me some credit for it. Please tell me, Marilla."

"Well, Miss Stacy wants to organize a class among her advanced students who mean to study for the entrance examination into Queen's. She intends to give them extra lessons for an hour after school. And she came to ask Matthew and me if we would like to have you join it. What do you think about it yourself, Anne? Would you like to go to Queen's and pass for a teacher?"

"Oh, Marilla!" Anne straightened to her knees and clasped her hands. "It's been the dream of my life—that is, for the last six months, ever since Ruby and Jane began to talk of studying for the entrance. But I didn't say anything about it, because I supposed it would be perfectly useless. I'd love to be a teacher. But won't it be dreadfully expensive? Mr. Andrews says it cost him one hundred and fifty dollars to put Prissy through, and Prissy wasn't a dunce in geometry."

"I guess you needn't worry about that part of it. When Matthew and I took you to bring up we resolved we would do the best we could for you and give you a good education. I believe in a girl being fitted to earn her own living whether she ever has to or not. You'll always have a home at Green Gables as long as Matthew and I are here, but nobody knows what is going to happen in this uncertain world, and it's just as well to be prepared. So you can join the Queen's class if you like, Anne."

"Oh, Marilla, thank you," Anne flung her arms about Marilla's waist and looked up earnestly into her face. "I'm extremely grateful to you and Matthew. And I'll study as hard as I can and do my very best to be a credit to you. I warn you not to expect much in geometry, but I think I can hold my own in anything else if I work hard."

"I dare say you'll get along well enough. Miss Stacy says you are bright and diligent." Not for worlds would Marilla have told Anne just what Miss Stacy had said about her; that would have been to pamper vanity. "You needn't rush to any extreme of killing yourself over your books. There is no hurry. You won't be ready to try the entrance for a year and a half yet. But it's well to begin in time and be thoroughly grounded, Miss Stacy says."

"I shall take more interest than ever in my studies now," said Anne blissfully, "because I have a purpose in life. Mr. Allan says everybody should have a purpose in life and pursue it faithfully. Only he says we must first make sure that it is a worthy purpose. I would call it a worthy purpose to want to be a teacher like Miss Stacy, wouldn't you, Marilla? I think it's a very noble profession."

The Queen's class was organized in due time. Gilbert Blythe, Anne Shirley, Ruby Gillis, Jane Andrews, Josie Pye, Charlie Sloane, and Moody Spurgeon MacPherson joined it. Diana Barry did not, as her parents did not intend to send her to Queen's. This seemed nothing short of a calamity to Anne. Never, since the night on which Minnie May had had the croup, had she and Diana been separated in anything. On the evening when the Queen's class first remained in school for the extra lessons and Anne saw Diana go slowly out with the others, to walk home alone through the Birch Path and Violet Vale, it was all the former could do to keep her seat and refrain from rushing impulsively after her chum. A lump came into her throat, and she hastily retired behind the pages of her uplifted Latin grammar to hide the tears in her eyes. Not for worlds would Anne have had Gilbert Blythe or Josie Pye see those tears.

"But, oh, Marilla, I really felt that I had tasted the bitterness of death, as Mr. Allan said in his sermon last Sunday, when I saw Diana go out alone," she said mournfully that night. "I thought how splendid it would have been if Diana had only been going to study for the Entrance, too. But we can't have things perfect in this imperfect world, as Mrs. Lynde says. Mrs. Lynde isn't exactly a comforting person sometimes, but there's no doubt she says a great many very true things. And I think the Queen's class is going to be extremely interesting. Jane and Ruby are just going to study to be teachers. That is the height of their ambition. Ruby says she will only teach for two years after she gets through, and then she intends to be married. Jane says she will devote her whole life to teaching, and never, never marry, because you are paid a salary for teaching, but a husband won't pay you anything, and growls if you ask for a share in the egg and butter money. I expect Jane speaks from mournful experience, for Mrs. Lynde says that her father is a perfect old crank, and meaner than second skimmings. Josie Pye says she is just going to college for education's sake, because, she won't have to earn her own living; she says of course it is different with orphans who are living on charity—they have to hustle. Moody Spurgeon is going to be a minister. Mrs. Lynde says he couldn't be anything else with a name like that to live up to. I hope it isn't wicked of me, Marilla, but really the thought of Moody Spurgeon being a minister makes me laugh. He's such a funny-looking boy with that big fat face, and his little blue eyes, and his ears sticking out like flaps. But perhaps he will be more intellectual-looking when he grows up. Charlie Sloane says he's going to go into politics and be a member of Parliament, but Mrs. Lynde says he'll never succeed at that, because the Sloanes are all honest people, and it's only rascals that get on in politics nowadays."

"What is Gilbert Blythe going to be?" queried Marilla, seeing that Anne was opening her Cæsar.

"I don't happen to know what Gilbert Blythe's ambition in life is—if he has any," said Anne scornfully.

There was open rivalry between Gilbert and Anne now. Previously the rivalry had been rather one-sided, but there was no longer any doubt that Gilbert was as determined to be first in class as Anne was. He was a foeman worthy of her steel. The other members of the class tacitly acknowledged their superiority, and never dreamed of trying to compete with them.

Since the day by the pond when she had refused to listen to his plea for forgiveness, Gilbert, save for the aforesaid determined rivalry, had evinced no recognition whatever of the existence of Anne Shirley. He talked and jested with the other girls, exchanged books and puzzles with them, discussed lessons and plans, sometimes walked home with one or the other of them from prayer-meeting or Debating Club. But Anne Shirley he simply ignored, and Anne found out that it is not pleasant to be ignored. It was in vain that she told herself with a toss of her head that she did not care. Deep down in her wayward, feminine little heart she knew that she did care, and that if she had that chance of the Lake of Shining Waters again she would answer very differently. All at once, as it seemed, and to her secret dismay, she found that the old resentment she had cherished against him was gone—gone just when she most needed its sustaining power. It was in vain that she recalled every incident and emotion of that memorable occasion and tried to feel the old satisfying anger. That day by the pond had witnessed its last spasmodic flicker. Anne realized that she had forgiven and forgotten without knowing it. But it was too late.

And at least neither Gilbert nor anybody else, not even Diana, should ever suspect how sorry she was and how much she wished she hadn't been so proud and horrid! She determined to "shroud her feelings in deepest oblivion," and it may be stated here and now that she did it, so successfully that Gilbert, who possibly was not quite so indifferent as he seemed, could not console himself with any belief that Anne felt his retaliatory scorn. The only poor comfort he had was that she snubbed Charlie Sloane, unmercifully, continually and undeservedly.

Otherwise the winter passed away in a round of pleasant duties and studies. For Anne the days slipped by like golden beads on the necklace of the year. She was happy, eager, interested; there were lessons to be learned and honours to be won; delightful books to read; new pieces to be practised for the Sunday-school choir; pleasant Saturday afternoons at the manse with Mrs. Allan; and then, almost before Anne realized it, spring had come again to Green Gables and all the world was abloom once more.

Studies palled just a wee bit then; the Queen's class, left behind in school while the others scattered to green lanes and leafy wood-cuts and meadow byways, looked wistfully out of the windows and discovered that Latin verbs and French exercises had somehow lost the tang and zest they had possessed in the crisp winter months. Even Anne and Gilbert lagged and grew indifferent. Teacher and taught were alike glad when the term was ended and the glad vacation days stretched rosily before them.

"But you've done good work this past year," Miss Stacy told them on the last evening, "and you deserve a good, jolly vacation. Have the best time you can in the out-of-door world and lay in a good stock of health and vitality and ambition to carry you through next year. It will be the tug of war, you know—the last year before the Entrance."

"Are you going to be back next year, Miss Stacy?" asked Josie Pye.

Josie Pye never scrupled to ask questions; in this instance the rest of the class felt grateful to her; none of them would have dared to ask it of Miss Stacy, but all wanted to, for there had been alarming rumours running at large through the school for some time that Miss Stacy was not coming back the next year—that she had been offered a position in the graded school of her own home district and meant to accept. The Queen's class listened in breathless suspense for her answer.

"Yes, I think I will," said Miss Stacy. "I thought of taking another school, but I have decided to come back to Avonlea. To tell the truth, I've grown so interested in my pupils here that I found I couldn't leave them. So I'll stay and see you through."

"Hurrah!" said Moody Spurgeon. Moody Spurgeon had never been so carried away by his feelings before, and he blushed uncomfortably every time he thought about it for a week.

"Oh, I'm so glad," said Anne with shining eyes. "Dear Miss Stacy, it would be perfectly dreadful if you didn't come back. I don't believe I could have the heart to go on with my studies at all if another teacher came here."

When Anne got home that night she stacked all her text-books away in an old trunk in the attic, locked it, and threw the key into the blanket box.

"I'm not even going to look at a school book in vacation," she told Marilla. "I've studied as hard all the term as I possibly could and I've pored over that geometry until I know every proposition in the first book off by heart, even when the letters are changed. I just feel tired of everything sensible and I'm going to let my imagination run riot for the summer. Oh, you needn't be alarmed, Marilla. I'll only let it run riot within reasonable limits. But I want to have a real good jolly time this summer, for maybe it's the last summer I'll be a little girl. Mrs. Lynde says that if I keep stretching out next year as I've done this I'll have to put on longer skirts. She says I'm all running to legs and eyes. And when I put on longer skirts I shall feel that I have to live up to them and be very dignified. It won't even do to believe in fairies then, I'm afraid; so I'm going to believe in them with all my whole heart this summer. I think we're going to have a very gay vacation. Ruby Gillis is going to have a birthday party soon and there's the Sunday-school picnic and the missionary concert next month. And Mr. Barry says that some evening he'll take Diana and me over to the White Sands Hotel and have dinner there. They have dinner there in the evening, you know. Jane Andrews was over once last summer and she says it was a dazzling sight to see the electric lights and the flowers and all the lady guests in such beautiful dresses. Jane says it was her first glimpse into high life and she'll never forget it to her dying day."

Mrs. Lynde came up the next afternoon to find out why Marilla had not been at the Aid meeting on Thursday. When Marilla was not at Aid meeting people knew there was something wrong at Green Gables.

"Matthew had a bad spell with his heart Thursday," Marilla explained, "and I didn't feel like leaving him. Oh, yes, he's all right again now, but he takes them spells oftener than he used to and I'm anxious about him. The doctor says he must be careful to avoid excitement. That's easy enough, for Matthew doesn't go about looking for excitement by any means and never did, but he's not to do any very heavy work either and you might as well tell Matthew not to breathe as not to work. Come and lay off your things, Rachel. You'll stay to tea?"

Well, seeing you're so pressing, perhaps I might as well stay," said Mrs. Rachel, who had not the slightest intention of doing anything else.

Mrs. Rachel and Marilla sat comfortably in the parlour while Anne got the tea and made hot biscuits that were light and white enough to defy even Mrs. Rachel's criticism.

"I must say Anne has turned out a real smart girl," admitted Mrs. Rachel, as Marilla accompanied her to the end of the lane at sunset. She must be a great help to you."

"She is," said Marilla, "and she's real steady and reliable now. I used to be afraid she'd never get over her feather-brained ways, but she has and I wouldn't be afraid to trust her in anything now."

"I never would have thought she'd have turned out so well that first day I was here three years ago," said Mrs. Rachel. "Lawful heart, shall I ever forget that tantrum of hers! When I went home that night I says to Thomas, says I, 'Mark my words, Thomas, Marilla Cuthbert'll live to rue the step she's took.' But I was mistaken and I'm real glad of it. I ain't one of those kind of people, Marilla, as can never be brought to own up that they've made a mistake. No, that never was my way, thank goodness. I did make a mistake in judging Anne, but it weren't no wonder, for an odder, unexpecteder witch of a child there never was in this world, that's what. There was no ciphering her out by the rules that worked with other children. It's nothing short of wonderful how, she's improved these three years, but especially in looks. She's a real pretty girl got to be, though I can't say I'm overly partial to that pale, big-eyed style myself. I like more snap and colour, like Diana Barry has or Ruby Gillis. Ruby Gillis' looks are real showy. But somehow—I don't know how it is but when Anne and them are together, though she ain't half as handsome, she makes them look kind of common and overdone—something like them white June lilies she calls narcissus alongside of the big, red peonies, that's what."