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Quel avenir pour l'Italie ?

Par Beppe Severgnini, le New York Times, 28 mai 2018.

MILAN — Ce week-end, le bateau portant le premier gouvernement anti-européen d'Italie, dirigé par un skipper amateur et occupé par une alliance bizarre de deux partis populistes rivaux, a coulé avant de quitté le port. Et bien que cela signifie un surcroit de turbulences pour le pays, c'est une bonne chose.

La Ligue (autrefois La Ligue du Nord); un parti d'extrême droite, et le Mouvement 5 étoiles, avaient choisi un juriste inconnu, Giuseppe Conte, comme premier ministre et un économiste eurosceptique, Paolo Savona, comme ministre des finances. C'en fut trop pour le président italien, Sergio Mattarella, qui rejetta, dimanche, le gouvernement proposé. Le choix de M. Savona, a-t-il dit, présentait un risque « pour les familles italiennes et leurs économies ». Même sans la position anti-européenne de M. Savona, le gouvernement s'est construit sur des promesses irréalistes. Le "contrat" de 58 pages que le Mouvement 5 étoiles et la Ligue avaient signé, après des semaines de querelles, était bourré de programmes d'une valeur de plus de 100 milliards d'euros - y compris une taxe uniforme de 20% et un revenu garanti pour chaque citoyen — cela inquiétait les investisseurs étrangers. (Il est intéressant de noter que le contrat ne nécessitait aucune sorte de conflit avec Bruxelles; M. Savona pourrait vouloir quitter l'euro, mais les parties n'ont rien demandé de tel.)

En d'autres termes, le gouvernement proposé avait peu de chances de réussir, mais cela n'aurait probablement pas été un désastre pour l'Union européenne non plus.

Les dirigeants de la coalition parlent maintenant de la décision de M. Mattarella comme la fin de la démocratie en Italie, bien que ce soit fermement inscrit dans les pouvoirs constitutionnels qui lui sont dévolus. Ils ont menacé de le destituer, mais ils ne réuniront jamais la majorité du Parlement ou le soutien du public nécessaire pour le faire.

Et maintenant, que fait-on ? M. Mattarella a demandé à Carlo Cottarelli, économiste et ancien directeur du Fond Monétaire International, de former un gouvernement provisoire et pousser l'Italie vers de nouvelles élections, probablement en septembre

La tâche de M. Cottarelli ne sera pas aisée. La Ligue et le Mouvement 5 étoiles tiennent conjointement une majorité dans les deux chambres du Parlement. Mais vont-ils rester ensemble ? Probablement pas. Quelques minutes après que leur tentative de gouvernement a sombré, ils se prenaient à la gorge — comme ils l'avaient fait pendant des années avec enthousiasme.

Alors, la démocratie italienne est-elle au bord du gouffre ? Bien sûr que non. À tort ou à raison, les marchés financiers et le reste de l'Europe étaient convaincus que le gouvernement proposé était une menace fondamentale ; maintenant que cela a été écarté, ils feront ce qu'ils peuvent pour prévenir son retour.

Mais, même abandonnés à leurs propres systèmes, les Italiens ne vont pas se lever. Nous avons vu ce qui s'est passé en Catalogne, après que le gouvernement espagnol a bloqué les efforts des Catalans pour l'indépendance ; de violents affrontements dans les rues et une vraie crise constitutionnelle. Matteo Salvini, l'impétueux dirigeant de la ligue, a menacé samedi de rassembler ses électeurs et de marcher sur Rome, évoquant la marche sur Rome évènement fondateur du fascisme en 1922. Mais les Italiens, y compris les électeurs de la Ligue, sont plus sages que cela et nous avons rarement porté nos mécontentements dans la rue. Et M. Salvini n'est pas Benito Mussolini.

Quand les prochaines élections auront lieu, elles seront sous une nouvelle loi électorale, une énorme amélioration par rapport à l'actuel mélange bizarre et inefficace, de représentation proportionnelle et de scrutin majoritaire à un tour. Ceci mélanger avec l'humeur changeante des électeurs et les résultats, au regard de là où se trouve aujourd'hui la Ligue et le Mouvement 5 étoiles, sont extrèmement incertains

À coup sûr, l'été va être chaud, même pour les normes climatiques et politiques italiennes. Le Mouvement 5 étoiles, le gagnant du 5 mars avec 33% des votes, s'est senti trahi par la Ligue, qui a refusé de remplacer M. Savona par un des siens, Giancarlo Giorgetti, une solution que le président Mattarella aurait acceptée.

Leurs agendas sont aussi franchement différents. La Ligue est franchement à droite et surtout puissante dans la riche moitié nord du pays, où la population s'inquiète des impôts et de l'immigration. Le Mouvement 5 étoiles plait plus à gauche, et obtient le plus de votes dans le sud de l'Italie plus pauvre, où les électeurs sont inquiets du chomage et du mauvais gouvernement local. Il est peu probable que les deux partis siègent ensemble à la prochaine élection.

Reste à voir comment Silvio Berlusconi, le dirigeant âgé, affaibli mais inébranlable du parti de centre droit Forza Italia, se mêlera de cette affaire et recherchera une coalition avec la Ligue. Ils se sont associés lors de la dernière élection, où les partis ont respectivement gagné 14 et 17%, uniquement pour voir M. Salvini faire tomber M. Berlusconi qui tentait de former un gouvernement avec le Mouvement 5 étoiles. Cependant, M. Salvini pourrait le reconquérir en promettant de nouveau à Forza Italia de donner le contrôle des agences de télécommunications et de justice, ce que M. Berlusconi estime crucial pour ses intérêts commerciaux et personnels.

Qu'en est-il du Parti démocrate, qui était au pouvoir de 2013 à 2018, mais qui a été le grand perdant le 4 mars, alors qu'il n'en a sondé que 19 % ? Une grande partie de son succès dépendra de son chef, Matteo Renzi, à 43 ans déjà au rebut dans la politique italienne. Il a promis de démissionner pour faire place au Premier ministre sortant, Paolo Gentiloni; s'il le fait, le parti a une chance de revenir.

Cela semble naïf de le dire, mais les vrais gagnants ici sont les électeurs italiens. Grâce à leur président imperturbable, ils ont une chance de repenser leurs réponses à une question très importante. En votant pour la Ligue et 5 étoiles, ils ont mis l'Italie à une trajectoire de collision avec l'Union européenne. Les électeurs britanniques ont pris la même décision émotionnelle de quitter l'Union, et ils n'ont pas de seconde chance. L'Italie devrait se considérer chanceuse: une Constitution solide vaut mieux qu'un référendum précipité.

https://www.nytimes.com/2018/05/28/opinion/italy-mattarrella-election-coalition.html?action=click&pgtype=Homepage&clickSource=story-heading&module=opinion-c-col-right-region&region=opinion-c-col-right-region&WT.nav=opinion-c-col-right-region
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By Beppe Severgnini, The New York Times, May 28, 2018.
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And although it means more turmoil for the country, that’s a good thing.
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What now?
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Mr. Cottarelli’s task won’t be easy.
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The League and the Five Star Movement jointly hold a majority in both houses of Parliament.
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But will they stay together?
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Probably not.
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Is Italian democracy about to collapse, then?
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Of course not.
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But even left to their own devices, Italians are not going to rise up.
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And Mr. Salvini is no Benito Mussolini.
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For sure, the summer is going to be hot, even by Italian climatic and political standards.
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Their agendas are also quite different.
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The two parties are unlikely to stand together at the next election.
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It sounds naïve to say it, but the real winners here are Italy’s voters.
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Italy should consider itself lucky: A solid Constitution is better than a rushed referendum.
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What Comes Next for Italy?

By Beppe Severgnini, The New York Times, May 28, 2018.

MILAN — This weekend the ship carrying Italy’s first anti-European government, captained by an amateur skipper and manned by a bizarre alliance of two rival populist parties, sank before it even left the harbor. And although it means more turmoil for the country, that’s a good thing.

The League (formerly Northern League), a far-right party, and the Five Star Movement had picked an unknown legal scholar, Giuseppe Conte, as their prime minister and a euroskeptic economist, Paolo Savona, as finance minister. That was too much for Italy’s president, Sergio Mattarella, who rejected the proposed government on Sunday. The choice of Mr. Savona, he said, posed a risk “for Italian families and their savings.”

Even without Mr. Savona’s anti-European Union stance, the government was built on unrealistic promises. The 58-page “contract” that the Five Star Movement and the League had signed, after weeks of bickering, was crammed with programs worth over 100 billion euros — including an unlikely 20 percent flat tax and a guaranteed income for every citizen — that worried foreign investors. (Interestingly, the contract did not call for any sort of clash with Brussels; Mr. Savona might want to leave the euro, but the parties called for no such thing.)

In other words, the proposed government was unlikely to succeed, but it probably wouldn’t have been a disaster for the European Union, either.

The coalition’s leaders are now calling Mr. Mattarella’s decision the end of democracy in Italy, though doing so was firmly within his constitutional powers. They have threatened to impeach him, but they’ll never gather the majority of Parliament or the support of the public necessary to do so.

What now? Mr. Mattarella has asked Carlo Cottarelli, an economist and former director of the International Monetary Fund, to form a caretaker government and nudge Italy toward new elections, possibly by September.

Mr. Cottarelli’s task won’t be easy. The League and the Five Star Movement jointly hold a majority in both houses of Parliament. But will they stay together? Probably not. Minutes after their tentative government sank, they were at each other’s throat — where they have been for years, with gusto.

Is Italian democracy about to collapse, then? Of course not. Right or wrong, the financial markets and the rest of Europe were convinced that the proposed government was a fundamental threat; now that it has been sidetracked, they will do what they can to prevent its return.

But even left to their own devices, Italians are not going to rise up. We saw what happened in Catalonia, after the Spanish government blocked Catalan efforts at independence: violent clashes in the streets and a true constitutional crisis. Matteo Salvini, the League’s rowdy leader, on Sunday night threatened to rally his voters and march toward Rome, evoking the Marcia su Roma, fascism’s founding moment in 1922. But Italians — including League voters — are wiser than that, and we have rarely taken our discontent to the streets. And Mr. Salvini is no Benito Mussolini.

Whenever the next elections are held, they will be under a new electoral law, a huge improvement over the current bizarre, ineffective mix of proportional and first-past-the-post representation. Combine that with voter moodiness, and the results, regardless of where the League and the Five Star Movement stand today, are anyone’s guess.

For sure, the summer is going to be hot, even by Italian climatic and political standards. The Five Star Movement — the winner on March 4, with 33 percent of the vote — feels betrayed by the League, which refused to replace Mr. Savona with one of its own, Giancarlo Giorgetti, a solution President Mattarella would have accepted.

Their agendas are also quite different. The League is firmly on the right and is strong in the wealthy northern half of the country, where people fret about taxation and immigration. The Five Star Movement appeals more to the left, and it got most of its votes in the poorer Italian south, where voters are worried about unemployment and sloppy local government. The two parties are unlikely to stand together at the next election.

It remains to be seen whether Silvio Berlusconi, the aging, weakened but unshakable leader of the center-right Forza Italia party, will hold his nose and seek a coalition with the League. They teamed up in the last election, where the parties won 14 percent and 17 percent, respectively, only to have Mr. Salvini drop Mr. Berlusconi to try to form a government with Five Star. Mr. Salvini could woo him back, though, with a renewed promise to give Forza Italia control of the telecommunications and justice agencies, which Mr. Berlusconi deems crucial for his business and personal interests.

What about the Democratic Party, which was in power from 2013 to 2018 but was the big loser on March 4, when it polled only 19 percent? Much of its success will depend on its leader, Matteo Renzi, at 43 years old already a spent force in Italian politics. He has promised to resign to make room for the departing prime minister, Paolo Gentiloni; if he does, the party stands a chance of a comeback.

It sounds naïve to say it, but the real winners here are Italy’s voters. Thanks to their coolheaded president, they have a chance to rethink their answers to a very important question. By voting for the League and Five Star, they set Italy on a collision course with the European Union. British voters made a similarly emotional decision to leave the union, and they don’t get a second chance. Italy should consider itself lucky: A solid Constitution is better than a rushed referendum.

https://www.nytimes.com/2018/05/28/opinion/italy-mattarrella-election-coalition.html?action=click&pgtype=Homepage&clickSource=story-heading&module=opinion-c-col-right-region&region=opinion-c-col-right-region&WT.nav=opinion-c-col-right-region